Décolonialisme, « cancel culture »… : « La France, l’Amérique et les idées »
CHRONIQUE
Michel Guerrin Rédacteur en chef au « Monde »
Répondant à un article du « New York Times », Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », assure dans sa chronique que c’est moins l’approche décoloniale qui est dénoncée en France que ses abus.
Publié le 12 février 2021 à 04h47 – Mis à jour le 12 février 2021 à 06h56 Temps de Lecture 4 min.
Chronique. Une longue enquête publiée le 9 février sur le site du New York Timesest constellée d’ironie taquine. Son titre : « Les idées américaines menacent-elles la cohésion française ? » Bigre : non pas Google ou Amazon, mais les idées. A savoir le décolonialisme, les études sur la race ou le genre, les mots « woke »(éveillé aux discriminations) ou « cancel culture » (qui condamne les créateurs inconvenants ou les œuvres inappropriées).
Il est vrai que, dans le débat identitaire, attisé par la loi dite sur le séparatisme religieux, les responsables politiques citent souvent les Etats-Unis. Pas vraiment pour en dire du bien. Plutôt pour dénoncer une société communautarisée, baignant dans un océan de bien-pensance, qui muselle l’art au musée et la parole à l’université au nom de minorités qu’il ne faut pas blesser.
Le président Emmanuel Macron dénonce des théories en sciences sociales importées des Etats-Unis et le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, appelle à les combattre. Une centaine d’universitaires ont soutenu ce dernier dans Le Monde du 31 octobre 2020.
Dans leur essai Race et sciences sociales (Agone, 422 pages, 22 euros), le sociologue Stéphane Beaud et l’historien Gérard Noiriel s’inquiètent d’une « américanisation » de la France alors que dans Le Prophète et la pandémie(Gallimard, 326 pages, 20 euros), le spécialiste de l’islam Gilles Kepel dénonce « les islamo-gauchistes, décoloniaux et autres intersectionnels, tenant le haut du pavé à l’université, qui interdisent toute approche critique » de l’islam politique.
Ces exemples, parmi d’autres, sont autant de signes pour le New York Times que la France vit une « menace existentielle ». Sous-entendu, elle exagère l’importance du mouvement décolonial sur les campus américains, concentrée « autour d’une poignée de disciplines ». Le journal américain y voit plutôt une forme de détresse d’hommes blancs et âgés qui ont peur de perdre leur pouvoir dans une France qui fut une grande puissance et qui nie son racisme comme son passé colonial.
Le New York Times oublie de dire que c’est moins l’approche décoloniale qui est dénoncée en France que ses abus, notamment l’exclusion de tout autre approche et ses postures moralisatrices. Le journal fait l’impasse sur les dizaines d’exemples de censure aux Etats-Unis, une autocensure galopante et les précautions oratoires effarantes que prennent les universitaires comme les responsables culturels.
Lire aussi Genre, identités, cancel culture… Le fantasme du péril américain
Du reste des lecteurs, sur le site du New York Times, appellent la France à tenir bon face à une culture woke qui « détruit déjà les Etats-Unis, alimente la division sociale et détourne l’attention des vrais problèmes, économiques et environnementaux », avec des étudiants qui vivent « dans la peur constante de prononcer le mauvais mot ou la mauvaise phrase et d’être mis à l’index à cause de leurs idées ».
Guerre de tranchées
En France au moins le débat a lieu, sauf qu’il s’apparente à une guerre de tranchées. Avec leur livre Race et sciences sociales, MM. Beaud et Noiriel espéraient tisser des fils entre une gauche traditionnelle et universaliste, pour qui la question sociale est la mère de toutes les inégalités, et une gauche plus jeune et identitaire pour qui les questions de race et de genre méritent une attention dominante.
Car les auteurs sont de gauche et s’adressent d’abord à ce camp. Ils sont armés d’une bibliographie qui fait autorité, sur le monde ouvrier, l’immigration, les inégalités sociales et raciales. Ils ne minorent pas les tenants du suprémacisme blanc qui font des ravages sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Mais ils taclent autant la gauche républicaine droite dans ses bottes que la mouvance décoloniale. Ils expliquent surtout comment la notion de race a évolué dans le débat public depuis la fin du XIXe siècle ou comment la gauche, championne de la cause sociale, a failli sur ce point quand elle était au pouvoir, laissant le champ libre aux approches identitaires.
Sauf que Beaud et Noiriel penchent d’un côté. Ils déplorent que la « lutte des races » l’emporte largement sur la « lutte des classes » dans le débat. Avec pour conséquence que le capitalisme dérégulé s’y retrouve très bien, s’accommodant des questions raciales pour conserver leur pouvoir et perpétuer les inégalités. Résultat : les auteurs en prennent plein la figure. Les coups viennent de partout, y compris de la gauche et du mouvement décolonial.
Fantasmes et crispations
Les auteurs s’y attendaient : « Nous ne nous faisons pas trop d’illusions sur la réception de cet ouvrage. L’expérience nous a appris que même si on multiplie les précautions de langage, les forces qui s’affrontent sur la question identitaire utiliseront tel ou tel de nos arguments pour alimenter leurs polémiques, soit pour nous rallier à leur cause, soit pour nous dénoncer. »
Aussi leur livre, écrivent-ils, s’adresse plutôt au public non initié comme aux jeunes chercheurs, auxquels ils rappellent une règle : croisez les critères des personnes que vous interrogez : milieu familial et social, race, religion, sexe, géographie, etc. N’évacuez pas des données qui ne cadrent pas avec vos convictions ; une critique non voilée des études décoloniales à l’université.
Le problème avec ces dernières, ce qui alimente fantasmes et crispations, est qu’on n’en connaît pas vraiment le périmètre ni l’ampleur, même si elles semblent en expansion. On ne sait pas plus ce qu’en pensent les Français. Une piste est donnée par un sondage inédit sur la liberté de création, réalisé par l’institut Viavoice pour le compte de Communic’Art, une agence spécialisée dans la culture, et dévoilé le 5 février par Le Journal des arts. Seuls 6 % des 1 001 personnes interrogées savent ce qu’est la cancel culture. Logique, le terme est récent, américain aussi. Mais une fois la notion expliquée, ils sont 65 % à considérer qu’elle est un risque réel pour la démocratie et 15 % le contraire. Décidément, la France n’est pas encore l’Amérique.
Michel Guerrin(Rédacteur en chef au « Monde »)
Un antiracisme sectaire à l’assaut des facs : malaise dans la culture juvénile
Par Céline Masson , Isabelle De Mecquenem et Jean Szlamowicz
Publié le 05/06/2018 à 12:45
La « mouvance décoloniale » gagne du terrain à l’Université par le biais de militants qui se prévalent des libertés académiques des enseignants-chercheurs pour diffuser abusivement un discours univoque et véhément. Il s’agit d’une forme d’emprise sur les étudiants, public captif et d’autant plus réceptif, lorsqu’il s’agit « d’une génération de jeunes Français issus de l’immigration, accédant aux études supérieures, désireux de connaître et de comprendre ce point de rencontre entre l’histoire de France et leur propre histoire familiale » comme l’a bien vu Gilles Clavreul (1).
On a vu des signes de radicalité discursive inquiétants à l’occasion des mobilisations contre la réforme de l’entrée à l’Université : « À mort la démocratie » sur les murs de l’ENS, tags antisionistes lors d’un saccage des locaux de l’UEJF à Tolbiac. On a vu au programme de la « Commune libre de Tolbiac », des ateliers « non mixtes » réservés aux « racisés », évoquant des précédents plus graves et plus révélateurs encore, lors de colloques universitaires sur l’intersectionnalité ou l’islamophobie qui cherchaient à légitimer l’idée d’une racisation de la société et d’un racisme d’État. Dans une conférence à l’Université de Nanterre, un étudiant a dénoncé froidement « l’impérialisme gay » et « l’homoracialisme de la gauche blanche » expressions caractéristiques de la rhétorique des Indigènes de la République. Des propos discriminatoires sont ainsi ouvertement divulgués au mépris de la rationalité critique et de l’universalisme qui fondent l’Université laïque en France et ailleurs.Une génération politiquement désemparée est-elle en train d’émerger sous nos yeux ?
Une génération politiquement désemparée est-elle en train d’émerger sous nos yeux tandis que ses aînés, acquis à la démocratie libérale, commémorent les cinquante ans de mai 68 ? Si les étudiants de l’époque dénonçaient l’autoritarisme incarné par de Gaulle et refusaient de devenir les dominants d’une société figée et étouffante, ceux d’aujourd’hui sont tentés de s’identifier à la figure du « dominé » avec le ressentiment comme passion politique exclusive. S’y ajoute un « propalestinisme rédempteur» (2) à l’état endémique qui a transformé les universités françaises en lieux de pressions idéologiques, comme le montre l’annulation d’un festival sur la culture israélienne à l’Université de Lille 1, en février dernier, suite aux menaces de militants pro-palestiniens. Aussi l’hypothèse d’un tropisme idéologique sectaire se développant au sein même des universités peut-elle être évoquée, tendance comparable à la vague délétère du « politiquement correct » dénoncée naguère par John R. Searle dans un article intitulé « L’enseignement supérieur des États-Unis est-il en crise ? »(3)
La focalisation sur la cause dite « palestinienne » resurgit sur tous les campus. Cette fixation autour de la Palestine, considérée comme devant être intégralement reconquise, c’est-à-dire en éliminant la souveraineté juive d’Israël, n’est pas une critique rationnelle de la politique d’un Etat mais la négation de l’existence même d’Israël. Là encore, l’incantation des mots — « colonie », « occupation », « apartheid » — n’a aucun rapport avec le réel politique complexe mais sert à attirer les bonnes volontés grâce à des concepts consensuels construisant un clivage dont la seule issue est un antagonisme binaire consistant à être du bon côté de la morale. L’éloquence vertueusement indignée est alors le masque des manipulations politiques.
Notre réflexion porte sur des formes d’interventions militantes et politisées plutôt situées à gauche s’adressant à de jeunes adultes. Plus spécifiquement, nous présenterons deux exemples apparemment sans lien qui constituent des apparitions symptomatiques dans le paysage universitaire ayant trouvé écho chez des étudiants et dont l’expression manifeste relève de l’antiracisme et/ou de l’anticapitalisme.
PREMIER EXEMPLE : UNE PIÈCE DE THÉÂTRE PROPOSÉE À DES ÉTUDIANTS PAR UN METTEUR EN SCÈNE EXTÉRIEUR À L’UNIVERSITÉ
Une pièce sur « le rôle de vos enfants dans la reprise économique mondiale » voulait en effet dégriser les esprits sur les ravages de la « finance folle » à travers des personnages volontairement caricaturaux, et si la figure emblématique du « banquier juif » y a pris spontanément place, c’est en tant que personnification du capitalisme financier mondial. Dans cette logique de critique radicale et d’humour à finalité militante, le message de la pièce a propulsé ipso facto ses propagandistes dans le camp du Bien, et le public solidaire ne pouvait être soupçonné de la moindre complaisance pour des stéréotypes lourdement connotés.
Dans ce qui est devenu « l’affaire de l’Université de la Rochelle » en 2013 et 2014, il faut rappeler que la protestation de Michel Goldberg, enseignant- chercheur de ladite université, qui, le premier a donné l’alerte sur le caractère antisémite de la pièce, a d’abord été inaudible. Le monde universitaire local est resté apathique et même bienveillant à l’égard d’un spectacle qui exacerbait le mythe du complot juif et les pires clichés à propos de plusieurs minorités.
DEUXIÈME EXEMPLE : LE PARTI DES INDIGÈNES DE LA RÉPUBLIQUE
Un deuxième exemple plus médiatisé est celui du PIR ou Parti des Indigènes de la République issu de « multiples hybridations » comme l’écrit Pierre-André Taguieff (4) : « Initié par des militants communautaires d’origine maghrébine, soutenus ou rejoints par une poignée d’intellectuels gauchistes, ce mouvement est idéologiquement issu d’une extrême gauche anticolonialiste et tiers-mondiste qui, ayant emprunté divers thèmes à l’antifascisme, à l’antiracisme et à l’anti-impérialisme (visant autant la France que les Etats-Unis), les a radicalisés dans un sens anti-occidental, « antisioniste » et, pour finir, anti-Blancs. » (P.-A. Taguieff, 2017)
Dans ce fonctionnement, est monté en épingle le scénario suivant: le Blanc colonisateur contre l’indigénat c’est-à-dire les victimes du système, minorisées, qui doivent se défendre. Il s’agirait de substituer à l’impérialisme hégémonique et patriarcal, l’indigénat des grand-frères.
« Je vois trois catégories en France : les français de souche – le corps légitime de la nation qui est d’origine chrétienne ; les Juifs qui sont plus ou moins tolérés à condition de se blanchir ; les sujets post-coloniaux » (5) L’indigène étant un « sujet post-colonial » ou « sujet colonial » (6) (les deux expressions sont utilisées)
Face au système raciste colonial et capitaliste, s’érige un système antiraciste décolonial, anticapitaliste, anti-impérialiste. Monde perçu en totalité clivé entre les bons indigènes et les mauvais Blancs ; c’est là véritablement un retournement de ce qu’a pu être le système des valeurs de l’empire colonial où les Blancs étaient perçus comme supérieurs. On retourne les catégories pour réinstaurer un système totalitaire qui racialise les individus c’est-à-dire oppose une majorité dominante à une minorité racialisée. Dire « je suis blanchie » ce n’est pas dissimuler un délit mais au contraire révéler le délit de contamination par le Blanc de sa blanchité (pénétration blanche). En somme « je suis blanchi » est la révélation de la domination du Blanc dont « je » ou « nous » est la victime (le « nous » renvoie à un ensemble indistinct se caractérisant par un statut : celui de victime). C’est un « nous » singulier, un « nous idéal » à l’image du « moi-idéal » freudien conçu comme un idéal narcissique de toute-puissance. Le « blanchiment » est l’opération de dévoiement voire de pervertissement de l’indigène, faible victime impuissante qui est appelée à s’indigner et à rejoindre l’appel à un « amour révolutionnaire » (7). On remarquera au passage que cet appel à « l’amour » est un appel passionné qui mêle aussi la colère, la haine et l’envie (on sait que l’amour et la haine sont deux faces d’une même pièce). Autre retournement défensif dont l’opération projective serait la suivante :« l’autre me hait ou me persécute, donc je le hais, je l’exclus et le combats par la politique de l’amour révolutionnaire ».
C’est bien la « rage narcissique » (9) (Kohut, 1972) qui est à l’œuvre (voir les travaux de P. Cotti (10)) et qui peut alimenter ce sentiment de persécution. La rage est disproportionnée, le point de vue d’autrui ne peut être pris en compte, il ne peut y avoir débat, c’est l’unilatéralité qui l’emporte.
Cette « rage narcissique » serait ici cette défense particulière venant parer à une blessure narcissique (générationnelle) de la minorité qui peut se manifester par le besoin de vengeance et l’urgence de rétablir un moi entamé par l’histoire familiale (une histoire exilique, de mobilité contrainte parfois peu connue souvent tue mais pressentie voire imaginée par la troisième voire quatrième génération comme traumatique). Il s’agit de redresser les torts supposés subis par les aïeux. Cette « ragenarcissique » serait le pendant agressif de la honte. C’est l’hubris réactive et collective comme levier à ce qu’on pourrait appeler « l’identification au dominant » par retournement du passif en actif qui en est le pivot (« je vais te montrer que je peux dominer et ne pas subir ta force et ton humiliation, mais l’exercer et t’exclure sur le même mode par une ségrégation inversée. C’est le Noir/Arabe qui est désormais inclus et le Blanc exclus d’où le développement d’un « racisme anti-blanc » et comme le Juif est « blanchi », il est du côté du Blanc mais d’un Blanc trouble entaché des poncifs antisémites qui en fait un Blanc à part.
Outre leurs dérives ségrégationnistes et essentialistes, ces positionnements sont faussés et pervertis par leur parti pris radical comme le rappelle le sociologue Shmuel Trigano dans son ouvrage La nouvelle idéologie dominante. Le post-modernisme, “la déconstruction n’est réservée qu’à l’Occident”. (10)
Il suffit alors que surviennent certains acteurs idéologiques (le PIR ou d’autres groupuscules plus ou moins téléguidés) et l’on peut satisfaire ses pulsions d’embrigadement grâce à un vocabulaire que l’on plaque sur des « causes ». Les sciences humaines sont ainsi devenues le lieu d’une déréalisation puissante : il suffit de prendre le ton de la dénonciation et de la déconstruction et d’affubler ses délires de noms pompeux pour paraître « théoriser ».
Ce vertuisme dévoyé engendre des monstres : racisme, ségrégation, sexisme, antisémitisme, néo-colonialisme deviennent l’horizon perverti de ceux qui se déclarent antiracistes, antifascistes, humanistes.
En se fondant sur une lecture manichéenne du monde où existerait des oppresseurs et des opprimés que l’on pourrait définir par leur appartenance raciale ou sexuelle, la ségrégation devient ainsi un comportement logique aboutissant à des « ateliers en non-mixité racisée ». Un travail rhétorique permet de travestir la ségrégation en la rebaptisant : on parlera alors de « non-mixité choisie comme outil d’organisation politique ».
En se laissant bercer par des termes abscons mais dont l’autorité conceptuelle séduit (« racisation », « décolonial » au PIR ; « invisibilisation » dans le néo-féminisme, etc.), une part de la jeunesse dénuée de repères autres que les slogans des manipulateurs se laisse embrigader par des valeurs en apparence consensuelles et humanistes qui ne cessent de créer des divisions mortifères pour la société.
Un identitarisme endémique permet ainsi de faire passer chacun pour une victime, justifiant par là diverses formes de soulèvements agressivement idéologisés.
Cette polarisation radicale, essentialiste, systématique ne relève pas de la pensée politique mais du prétexte victimaire pour une guerre civile : « Nous sommes opprimés, donc tout est permis ». Au nom de l’antiracisme, cette nébuleuse encourage une violence qui justifie l’occupation des lieux de transmission du savoir et nourrit un discours de propagande.
(1) Gilles Clavreul, « Radiographie de la mouvance décoloniale : entre influence culturelle et tentations politiques », Fondation Jean Jaurès, 22 décembre 2017.
(2) Comme dit Pierre-André Taguieff dans Judéophobie, la dernière vague, Paris, éd. Fayard, 2018, p.198.
(3) Le Débat, 1994/4, (n° 81), p. 142-156, article initialement paru dans un numéro spécial de Partisan Review sous le titre « The Politics of Political correctness » , vol. 60, n° 4, 1993.
(4) P.-A. Taguieff, L’islamisme et nous, CNRS Editions, Paris, 2017.
(5) Houria Bouteldja dans https://vacarme.org/article2738.html
(6) Idem.
(7) H. Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous : Vers une politique de l’amour révolutionnaire, Ed. de la Fabrique, Paris, 2016.
(8) H. Kohut, “Some thoughts on narcissism and narcissistic rage”, Psychoanalytic Study of child, 1972, 27: 360-400.
(9) P. Cotti, “Deconstructing persecution and betrayal in the discourse of Anders Behring Breivik. A preliminary essay”, Int J Psychoanal., 2015 Aug, 96(4):1041-68.
(10) 2015, Hermann, p.87
VOIR AUSSI:
Appel de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires signé par 76 universitaires
Le texte de l’appel est paru sur le site du Point le 13 janvier 2021
http://decolonialisme.fr/?page_id=1000
Nous faisons face aujourd’hui à une vague identitaire sans précédent au sein de l’enseignement supérieur et de la recherche. Un mouvement militant entend y imposer une critique radicale des sociétés démocratiques, au nom d’un prétendu « décolonialisme » et d’une « intersectionnalité » qui croit combattre les inégalités en assignant chaque personne à des identités de « race » et de religion, de sexe et de « genre ». Ces sociétés, assimilées à « l’Occident » aux dépens de toute approche géographique et historique rigoureuse, sont condamnées comme coloniales et patriarcales et comme lieux où sévit un « racisme systémique », dans des discours confondant science et propagande. Ce mouvement idéologique procède à une occupation méthodique des postes de prestige savant, ce qui l’a fait sortir de la marginalité malgré l’extrémisme, l’intolérance et la vindicte qui le caractérisent.
Les idéologues qui y sont à l’œuvre entendent « déconstruire » l’ensemble des savoirs. Il ne s’agit pas pour eux d’exercer librement les droits de la pensée savante sur ses objets et ses méthodes, mais de mener la critique des savoirs dans un esprit de relativisme extrême, discréditant la notion même de vérité. Tout savoir est exclusivement réduit à des enjeux de pouvoir, et les sciences sont systématiquement dénoncées du fait des dominations de race, de culture, de genre, qui seraient à leur fondement.
Militantisme et « déconstruction » se conjuguent ainsi pour limiter l’exercice de la rationalité critique et le débat scientifique argumenté. Le nouveau credo du décolonialisme et des idéologies identitaires se répand sur les réseaux sociaux qui l’amplifient, et ses adeptes visent quiconque refuse la conversion : des phénomènes de censure, d’intimidation, de discrimination politique ont instauré des clivages inédits et conduisent de jeunes doctorants à s’aligner sur les nouveaux mandarins sous peine de ne jamais obtenir de postes.
Or, le problème est loin de se cantonner à la profession des enseignants-chercheurs. En effet, la question de la science pose celle de la formation sur laquelle repose l’École, clé de voûte de la République. De plus la conquête méthodique d’une hégémonie culturelle se traduit par une emprise croissante sur les médias, ce qui limite considérablement l’espace du débat démocratique.
C’est précisément parce qu’il est crucial de combattre les discriminations racistes et sexistes dans notre société qu’il est nécessaire de combattre ces nouvelles formes de fanatisme. Celles-ci s’autorisent de nobles causes sans apporter aucune solution valable aux problèmes soulevés. De surcroît, ces nouveaux militantismes fanatiques procèdent à de curieuses inversions. Au nom de l’« antiracisme politique », on revendique des identités raciales et on assigne les individus à leur « blanchité » ou à leur non « blanchité ». En prétendant développer une écriture « inclusive », on entend imposer une orthographe contraire aux fondements de la langue, impossible à enseigner, et donc profondément excluante. Au lieu de développer un savoir situé socialement et historiquement, on prétend enfermer tout savoir dans un genre, une race, une culture ou un âge, qui se trouvent ainsi essentialisés en identités. Ce n’est pas ainsi que l’on combat le racisme, le sexisme ou les inégalités à l’intérieur d’une nation ou entre les nations. Et cet identitarisme qui progresse au sein de l’Université menace en retour de faire progresser d’autres formes d’identitarismes en dehors de l’Université.
En lançant l’Observatoire du décolonialisme et des autres idéologies identitaires qui se présentent comme savantes, nous appelons à mettre un terme à l’embrigadement de la recherche et de la transmission des savoirs. C’est pourquoi nous invitons toutes les bonnes volontés du monde de l’enseignement supérieur et de la recherche à contribuer aux travaux de l’Observatoire, à les diffuser et utiliser ses bases de données, pour constater avec nous le ridicule de ces discours dogmatiques qui ignorent tout de la distance à soi. Pour résister fermement aux intimidations idéologiques qui alimentent l’obscurantisme, il faut défendre le pluralisme et le goût de la discussion sur des bases rationnelles.
Signataires:
Michel Albouy, émérite Université de Grenoble – Roland Assaraf, CNRS – Claudine Attias-Donfut, émérite Cnav – Samir Bajrić, Université de Bourgogne – Fabrice Balanche, université Lyon-2 – Isabelle Barbéris, CNRS – Sami Biasoni, doctorant École normale supérieure – Yves Bottineau, émérite université Paris-7-Diderot – Jean-François Braunstein, université Paris-1-Panthéon-Sorbonne – Jean-Marie Brohm, émérite université Montpellier-2 – Pierre-André Buvet, université Sorbonne-Paris-Nord – Sylvie Catellin, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines – Joseph Ciccolini, APHP Marseille – Catherine Louveau, émérite université Paris-Sud – Georges Copinschi, Université libre de Bruxelles – Charles Coutel, Université d’Artois – Jacques de Saint-Victor, université Sorbonne-Paris-Nord – Gilles Denis, Vigilance Universités – Albert Doja, Université de Lille – Jean Dupèbe, université Paris-Nanterre – Michel Erman, Université de Bourgogne – Michel Fichant, émérite Paris-Sorbonne – Renée Fregosi, université Paris-1-Panthéon-Sorbonne – Édith Fuchs, Institut d’études politiques de Paris – Alexandre Gady, université Paris-Sorbonne – Monique Gosselin-Noat, université Paris-Nanterre – Yana Grinshpun*, université Sorbonne-Nouvelle – Hubert Heckmann*, Université de Rouen – Emmanuelle Hénin, Sorbonne Université – Nathalie Heinich, CNRS – Catherine Kintzler, Honoraire université de Lille – Mustapha Krazem, Université de Lorraine – Marcel Kuntz, CNRS – Andrée Lerousseau, Université de Lille – Arnaud Larcheret, Arabian Gulf University – Anne-Marie Le Pourhiet, université Rennes-1 – Franck Lessay, émérite université Sorbonne-Nouvelle – Laurent Loty*, CNRS – Jean-Marie Maguin, université Paul-Valéry – Joseph Martinetti, Université de Côte d’Azur – Éric Maulin, Université de Strasbourg – Samuel Mayol*, université Sorbonne-Paris-Nord – Adel Mtimet, Université de Gabès en Tunisie – Frank Muller, émérite Université de Strasbourg – Serge Niémetz, Université de Lorraine – Bruno Ollivier, émérite Université des Antilles – Fabien Ollier, directeur des éditions QS – Laetitia Petit, Aix-Marseille Université – Rémi Pellet, Université de Paris – René Pommier, honoraire Paris-Sorbonne – André Quaderi, Université de Côte d’Azur – Gérard Rabinovitch, Institut européen Emmanuel Levinas – François Rastier, émérite CNRS – Nicolas Robert, université Grenoble-Alpes – Gilbert Romeyer–Dherbey, Sorbonne Université – François Roudaut, Université de Montpellier – Bernard Rougier, université Sorbonne-Nouvelle – Xavier-Laurent Salvador*, Sorbonne-Paris-Nord – Georges Elia-Sarfati, Université de Strasbourg – Pierre Schapira, Sorbonne Université, CNRS, IMJ-PRG – Bruno Sire, Président honoraire université Toulouse-1-Capitole – Isabelle Starkier, université Évry-Paris-Saclay – Jean-Paul Sermain, université Sorbonne-Nouvelle – Jean Szlamowicz*, Université de Bourgogne – Vincent Tournier, Sciences po Grenoble – Pierre-André Taguieff, CNRS – Véronique Taquin*, classes préparatoires, Paris – Pierre-Henri Tavoillot, Sorbonne Université – Thibault Tellier, Sciences po Rennes – André Tiran, émérite Université de Lyon – Dominique Triaire, Université de Montpellier – Shmuel Trigano, émérite université Paris-Nanterre – Pierre Vermeren, université Paris-1-Panthéon-Sorbonne – Wiktor Stoczkowski, EHESS
& encore: Philippe d’Iribarne, anthropologue – Christophe de Voogdt, Historien – Jean-René Ladmiral, traductologue – Patrick Henriet, Directeur d’Études.
Ont également souhaité signer la pétition :
Olga Baley, Hadrien Desuin, Jacques MICHAUT, Helyette Ayoun, claude Roche, Jean Szlamowicz, Jean-Michel ROY, Irina Ghidali, Andrea Baruffini, Vincent Tournier, Franck Neveu, Gaël Gratet, Nora Boussa, Yann Long, François Fontaine, Dominique Pradelle, Lucas Prévost, Daniel Abimi, Roland Assaraf, Anne Clertant, Julian Bursztyka, Marie Brunhes, Hugo R. Suppo, Annette Bloch, H.L.P.M. MARÉCHAUX, Ali GHERRAS, GILLES LAIRAUDAT, Julien Rohmer, PIRIS Bernard, Catherine BOLLY, Michel Comte, philippe favier, Arnaud Lafforgue, Luisa Mora, Joseph Ciccolini, Matthieu Faucher, Jacqueline Lalouette, Klaus Kinzler, Sonia GOMAR, alain-jacques lacot, AMAPOLA LIMBALLE, Tony BILLOTTA, André PERRIN, pia liquette-gorbach, Benoit Génot, Diego Herrera, GUILLAUME ROSIER, Christian FRERE, Catherine Janela, bernard sasso, Nicolas Metauer, Anne-Laure Neron, ghislaine BANSARD, Jean-Luc Heinrich, Philippe Dehaene-Miquel, Jacqueline Röhl, fabien Maléa, Jasmine Getz, Jean-Luc Pierre, Jean-Pierre Schandeler, Catherine Gremeret, Mathieu Girault, Francine PLANCHARD, jean MONNERET, Marie-Félix Chacelas, Jean-Gatien Gilbert, Françoise Riou, Jérôme Barde, Laure BAUMGARTEN, monique cauffman, Katia Olmo, jean paul yves le goff, Marie-Josèphe Courdouan, florence issac, Nicolas Dufaure, Francis Alexandre DUBREIL, Colombani Dominique, Danielle Auderset-Thuerler, Jean François DRON, AkoZoOm Puissant, Bruno Tinel, Augusta Soarès, catherine PAILLIER, delattre myriam, Raymond Gillardin, daniel grosgeorge, Nadine BOUCHER, Jean-Claude Ternaux, Christiane VOISINET, Marcelo Sztrum, catherine GALLOY, Louis-Charles Reynaldi, Quentin Jacquet, Marie-Noëlle Ciccia, Annie DECHEZELLES, jean RIVON, Marie -France Delhomme, Miguel Sansón Cerrato, YVES DELAIR, ludovic heyraud, Rebecca SCHURTZ, Christian Lapaque, Isabelle Oudoul, SARAH RADULESCU, Raimundo Leão, Gerard Salvador, Patrick CARRE, Gerard Ponthieu, Olivier GOLLIARD, Chantal Emery, Nathalie Selva Artaud, ziri nadia, Rina Nunes, Adelaide Vaure, jean-andré grosrenaud, Luc Lassagne, Daniel Goossens, Claude Hamm, Malaury Siam, Jean-René VALETTE, Avigaël NATIK, Emmanuel Didier, Damien Sans, Olivier Delcourt, guillemette flahault, Isabelle Sobkowiak, philippe corbiere, DERRE Christophe, Grégoire Bignier, Annie/ anna Kenane/ouaknine, marie jeanne oudoul fayolle, GUY LEMENAGER, Dominique MANNEKENS, Madeleine Lewensztain Gagna, jean-pierre vergnaud, Olivier Guillard, Roland Lombardi, Frédéric Antoine, Pierre MISCEVIC, Patrick Saint Laurens, Odile Chaumeton, Marie-Hélène Gautier, Anne MENANT, MICHELE ET FLORENCE BORIO, Sylvie AÏOUN, Martial Clemenceau, Christian GAUDRAY, Isabel Knoerrich, Gaëtan SCOT, Peter Bernhard, Laure Montlahuc, pascale rodriguez, Daniel Lamar, Marie-Thérèse MUTIN, Danièle Manesse, Simon Rivet, Michel Bietri, Frédéric Durantet, Jean-Daniel Augiron, Francoise Leclercq, Mathieu ALAGILLE, Pablo Andreu, Léna Cohen, Marc MICHEL, BITSCHNAU Patricia, Blandine Cavier, Pierre Le Guerinel, Estrella de la Torre, Michel Lebeau, Orélien Péréol, Christian DOUMET, Anselme François, Jean-paul le Goff, marie sallaberry, Anne-Sophie EL SAYED, sharon deslignères, daniel kieffer, Bernadette WERNECKI, Liliane Chenault, Huguette Lacoste, Alain Duthy, gerard saurrat, Alexandre Abellard, Serge PASTORE, Philippe Tauveron, Chantal Bosse-Vidal, berthier berthier, henryk paszt, Alain MORET, Yves Chauvel, Simone HENRY, Jean caune, Jihane LE GOFF, Eric LEVET-LABRY, Michel Reynier, Christine Boutrin, Clyde Paquin, Lydie SOUSSAND, christiane Martin-Tourette, Christian Jeunesse, dominique rembauville, Jean-Louis MATHARAN, Anne Toth, belinda cannone, Roxane Tanzy, Jacqueline Milhaud, Roger Marceau, Etienne PINAT, christine Anne Montourcy, Françoise Lallemand, Gabriel Gras, Marie-Claude Damon, Martin Girard, François Disdier, Jacques Marquette, Marie-France Dacyh, Adrienne Ntsiabaka, Jacques BONNISSENT, Jean-Yves Huet, Hugues PERTUISET, Emmanuel Grenier, isabelle reydet, christiane gouyet, bernadette ladauge, eric etienne, Damien GUILLOU, Michel Brousson, Herve Burnouf, yoann cheny, Patrick Mennucci, guillaume dufermont, Gérard Lantez, Samuel Tomei, Véronique LAVIGNE, Nicolas Rougiers, Pierre Boisard, hery pascal, HUGGHE DEBORAH, Marie Jourdain, clément GUEGUEN, Christophe Deschamps, Anne Denis, Françoise Le Brun, lucas dorothée, Bertrand Héry, Luc Pitallier, Janine Salaun, Nicolas KUZYK, Claude Revel, Viviane BOUCHENINO, Paul Groisard, Sylvie Marty, frank kovacs, Anders Turgeon, Marie-Elaine Boucher, Thomas Bailly, Sylviane SOKOLOWSKI, Ahlam Menouni, Yves Roy, Gildas Rouat, Laurent Touzard, Pierre Cormary, Côme ARNAUD, Piotr Bursztyka, marc Bied-Charreton, Pierre SERVET, gerard VETTER, Ben JoD, Charles Franco, elisabeth panayotis, Isabelle Martin-Pradier, Nadine Durand, Noël RODRIGUEZ, François Djindjian, Pierre MARTIN, gisèle delgrande, Jean serge Lorach, Le Conte des Floris Catherine, Thibault Basset, Laurent Mardago, DOMINIQUE TROTEL, Dominique Sorin, Séverine Scott Tchuente, Françoise FEUVRIER, Marline Trani, Marcel COURTIOL, Peathryn Loat, benjamin vulbeau, Stéphane Buono, Alexandra Muesser, Sébastien Colin, Alain sabaty, Bertrand DOAT, Maria Munk-Farrugia, Hubert Perrier, Jean François Barre, Alain Falardeau, Bruno Kherroubi, Jean Jacquemain, Marie-Christine Gardou, Christophe Dessaux, Jean-Eric Schoettl, balzer shimano, Carole AZOULAY, FRANCOISE BOURGEOIS, frédéric nion, Xavier Nadrigny, Anne Roussel, alain marliac, yoni Belazzoug, Nicolas GAUDE, virginie hemberger, Emmanuelle Hénin, Martial Guédron, Christophe Bossuet, Joelle Allouche, Delphine Mouquin, Laurent Roquette, Armelle Aymonin, Philippe Biarnais, marie-louise figueroa, Danielle SORBIERE, Maurice Gabillet, marie lengline, Eric Blanqui, Baligh Kais, marie bayonne, Matthieu GERARD GUIHERY, Jeremy FAUREL, Audrey Dubosc, Michel Messu, Alain Mac Gregor, alain lebouchard, Frédéric Lurienne, Christophe Barot
Un avis sur « Un horizon perverti source de divisions mortifères, gagne du terrain à l’Université, avec la « mouvance décoloniale », les racisés (les bons indigènes et les mauvais blancs), des colloques universitaires sur l’intersectionnalité ou l’islamophobie… »