Les scientifiques ne sont d’accord que sur un seul point: « La situation épidémique devient de plus en plus compliquée à lire » ! – Le Conseil scientifique divisé

Covid-19 : les indicateurs baissent, mais la circulation des nouveaux variants s’accélère

Selon les projections de l’équipe de Vittoria Colizza, le variant britannique va s’imposer dans les prochaines semaines « en l’absence d’une distanciation sociale plus rigoureuse et intensifiée ». 

Par Delphine Roucaute

Publié aujourd’hui à 06h02, mis à jour à 11h16 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/19/covid-19-les-indicateurs-baissent-mais-la-circulation-des-nouveaux-variants-s-accelere_6070497_3244.html

Temps de Lecture 5 min. 

Le service de réanimation de l’hôpital de Lons-le-Saunier, ici le 3 février, a connu un taux d’occupation de 150 % pendant de longues semaines.
Le service de réanimation de l’hôpital de Lons-le-Saunier, ici le 3 février, a connu un taux d’occupation de 150 % pendant de longues semaines. AXELLE DE RUSSE POUR LE MONDE

La situation épidémique devient de plus en plus compliquée à lire, les épidémiologistes s’accordent sur ce point. Depuis plusieurs jours, les indicateurs très surveillés que sont le nombre de nouveaux cas de Covid-19 dans la population, les nouvelles hospitalisations ou encore les admissions dans les services de réanimation, sont à la baisse au niveau national, même s’ils se situent encore à un niveau très élevé. Ces chiffres montrent l’impact du couvre-feu sur la dynamique de la souche du virus dite « historique » circulant en France depuis un an.

Mais, en parallèle, les enquêtes montrent une progression des nouveaux variants : alors que le variant britannique représentait 25 % des cas criblés la semaine dernière, il est passé aujourd’hui à 36 % ; les variants sud-africain et brésilien correspondent à 5 %. « Aujourd’hui, on n’a pas de doute sur le fait que les variants vont changer la dynamique de l’épidémie, mais le doute plane sur le moment où ce changement va apparaître dans les courbes », commente Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes.

https://www.dailymotion.com/embed/video/kDvjjk3eYQa6lRwEqrX?ads_params=&api=postMessage&autoplay=false&id=player-kDvjjk3eYQa6lRwEqrX&mute=false&origin=https%3A%2F%2Fwww.lemonde.fr&queue-autoplay-next=false&queue-enable=false

Selon l’épidémiologiste, le variant britannique a peut-être été initialement surévalué dans les enquêtes de dépistage, car causant plus de symptômes. Si cette surévaluation ne change pas sa progression dans le temps, elle modifie toutefois le moment où il devient dominant parmi les nouveaux cas, et donc décale l’instant où sa courbe croise celle de la souche historique.

Pour expliquer cette situation, le ministre de la santé, Olivier Véran, a convié à ses côtés lors du point sanitaire hebdomadaire la chercheuse Vittoria Colizza, directrice de recherche à l’Inserm. Avec son équipe, elle a publié, le 14 février, une étude proposant des projections des admissions à l’hôpital selon différents scénarios de restrictions.

Eviter une saturation des services de santé

« En l’absence d’une distanciation sociale plus rigoureuse et intensifiée, le variant britannique progressera rapidement dans les prochaines semaines, avec un calendrier plus précoce dans les régions signalant une forte présence du variant, comme en Ile-de-France », expliquent les auteurs de l’étude. Parmi les mesures mises en avant figurent le respect du télétravail et le renforcement de la stratégie de dépistage, qui proposera notamment, à la rentrée, des tests salivaires dans les écoles. Si l’augmentation de la couverture vaccinale est essentielle, elle ne devrait avoir un impact sur la courbe épidémique qu’à partir d’avril, selon ces projections.

Par ailleurs, Olivier Véran a annoncé que l’isolement de toutes les personnes positives passera de sept à dix jours à partir de lundi ; il restera, en revanche, de sept jours pour les cas contacts. A l’appui de cette décision, le ministre cite « certaines études scientifiques évoquant la possibilité que les variants puissent être responsables d’une durée de contagiosité plus importante ». Parmi elles, une étude menée sur soixante-cinq joueurs et employés de la NBAla ligue de basket nord-américaine, – dont sept atteints du variant britannique –, qui montre que cette plus grande contagiosité pourrait s’expliquer par un temps d’infection plus long. Si l’échantillon est trop réduit pour tirer des conclusions définitives, cette piste se vérifie déjà dans certains territoires.

 Lire aussi  Covid-19 : les variants de plus en plus présents, la situation sanitaire en France est en sursis

Dans le centre hospitalier intercommunal de Toulon – La Seyne-sur-Mer, où elle dirige l’unité Covid-19, la docteure Clarisse Audigier-Valette a accueilli de nombreux malades contaminés dans des clusters du haut Var, où le variant britannique était largement majoritaire. Parmi ces patients, elle a pu observer des personnes plus jeunes, entre 30 et 45 ans, avec une aggravation plus tardive de la maladie, jusqu’à quinze jours après les premiers symptômes. Ces personnes présentaient également des taux de lymphocytes très bas, nécessitant une dépendance plus longue à l’oxygène et donc des durées d’hospitalisation allongées.

Cette situation est encore loin de concerner tous les centres hospitaliers et varie, bien évidemment, suivant que les territoires sont plus ou moins touchés par le variant britannique et les clusters afférents. Mais, pour la pneumologue, cette évolution des caractéristiques de la maladie est à anticiper, afin d’éviter une saturation des services causée par la flambée des cas à venir et par leur durée d’hospitalisation plus longue. « Avec un virus plus contagieux comme l’est le variant britannique, il y a un risque de perdre les signaux de l’épidémie dans cette phase de transition, surtout quand plusieurs indicateurs se chevauchent, explique-t-elle. Et ce qui n’est pas acceptable aujourd’hui, c’est de mourir parce qu’on n’a pas pu accéder aux soins. »

« Discordance »

Dans d’autres territoires, comme en Alsace, on observe plutôt, depuis une semaine, une sorte de détente dans les services hospitaliers, mais « il faut rester prudents », avertit Yves Hansmann, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Strasbourg. « Au Royaume-Uni, la situation a dégénéré dès que le variant est devenu dominant, donc la situation peut évoluer dès la semaine prochaine », rappelle-t-il.

Au CHU de Strasbourg, les patients ont été infectés par un panel de variants large, dont il est encore difficile de mesurer l’impact. Dans cette période d’entre-deux, les équipes hésitent sur la conduite à tenir par rapport aux déprogrammations des activités hors Covid-19. Est-il déjà envisageable de relâcher la pression dans les services ou faut-il se tenir prêt à faire tout de suite face à une flambée des cas ?

Lire aussi  L’irruption des variants à travers le monde, sujet d’étude et d’inquiétude

Dans une note envoyée à tous les personnels de santé, lundi 15 au soir, la direction générale des soins a mis à jour certains protocoles de prise en charge des patients et d’isolement des personnels contaminés. Un ton alarmiste qui tranche avec la communication gouvernementale jusque-là en vigueur. « Il y a une discordance entre l’annonce de chiffres rassurants et le ton de cette communication interne, qui est un signal annonçant qu’on va devoir se mettre en tension », commente la docteure Audigier-Valette.

« On est en quelque sorte sur une ligne de crête », souligne Rodolphe Thiébaut, professeur de santé publique à Bordeaux. Citant la célèbre phrase du statisticien George Box selon qui « tous les modèles sont faux, mais certains sont utiles », il insiste sur le fait que ces projections ne sont pas des prédictions et sont soumises à des variations de paramètres, comme l’évolution du comportement de la population. « Les gestes barrières gardent toute leur utilité face aux nouveaux variants et doivent s’ancrer dans les habitudes », conclut le chercheur.Covid-19 : le conseil scientifique divisé sur l’isolement des personnes les plus vulnérables

Cinq membres du conseil scientifique, dont son président, Jean-François Delfraissy, ont publié jeudi 18 février dans la revue scientifique The Lancet une « lettre » appelant à ne recourir au reconfinement généralisé qu’en dernier recours, et proposant à la place des mesures ciblant les différents groupes générationnels, comme l’auto-isolement des catégories de personnes les plus âgées et vulnérables. L’anthropologue Laëtitia Atlani-Duault, qui présentait le texte lors d’une conférence de presse de la nouvelle agence de recherche sur les maladies infectieuses émergentes (ANRS), a assuré qu’il ne représentait pas l’avis de l’ensemble du conseil scientifique.

« Il n’est plus possible d’utiliser une succession de confinements généralisés comme réponse principale à la pandémie de Covid-19 », argumentent ainsi les auteurs. Fin janvier, M. Delfraissy plaidait pourtant pour un reconfinement rapide, arguant que les nouveaux variants du SARS-CoV-2 « changent complètement la donne ».

« Un contrat social clair et transparent »

Considérant que l’épidémie est appelée à durer à cause de l’échappement immunitaire qu’impliquent les nouveaux variants, les scientifiques appellent désormais à une « nouvelle approche » basée sur « un contrat social clair et transparent » entre les générations. « En vertu de ce contrat social, les plus jeunes générations accepteraient la contrainte de mesures de prévention (comme les masques, la distance physique), à la condition que les groupes les plus âgés et les plus vulnérables adoptent non seulement ces mesures-là mais aussi d’autres, plus spécifiques (comme l’auto-isolement selon un critère de fragilité), afin de réduire leur risque d’infection », écrivent-ils.

Lire aussi  Crise sanitaire : le risque d’un choc intergénérationnel

L’idée n’est pas nouvelle et avait déjà été suggérée dans le dernier avis publié par le conseil scientifique, le 13 janvier. « Une recommandation forte d’autoconfinement doit être adressée à la population des personnes les plus âgées et présentant des comorbidités dès lors qu’elle n’est pas vaccinée durant la période des deux mois à venir », pouvait-on y lire.

Lors de l’annonce du deuxième confinement le 28 octobre 2020, Emmanuel Macron avait pourtant exprimé des réticences face à cette « barrière entre les générations » jugée « pas réaliste et à ce stade insuffisante ». En réponse à une question lors de son point presse hebdomadaire, jeudi, le ministre de la santé, Olivier Véran, a également jugé cette mesure très « discutable », soulignant que son impact épidémique « n’est pas assuré ».

Olivier Véran a jugé cette mesure très « discutable », soulignant que son impact épidémique « n’est pas assuré »

Un point de vue partagé par de nombreux épidémiologistes dont Pascal Crépey, qui juge ce dispositif « illusoire », étant donné que la plupart des personnes qui se savent à risque vivent déjà de manière confinée depuis un an. Et quels critères d’âge retenir ? « On ne peut pas extraire 20 millions de personnes [les plus de 65 ans] de la population, surtout que certaines d’entre elles ne sont pas autonomes et ont besoin de contacts à domicile pour vivre », argumente l’enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes. Pour lui, raisonner ainsi équivaut à « regarder l’épidémie seulement par le prisme de la mortalité ».

Covid-19 : attention à ne pas «baisser la garde», alerte l’infectiologue Denis Malvy

Pour le professeur Denis Malvy, membre du conseil scientifique, le virus n’a pas dit son dernier mot, malgré les chiffres plutôt stables. Il rappelle que les variants sont en expansion et que, selon les modélisations, la situation « pourrait malheureusement s’aggraver fin février, début mars ».

 Il ne faut pas «oublier les basiques : tester, tracer, isoler», explique le Pr Malvy : «Il faut monter en puissance, donner les moyens à cette stratégie d’enfin s’exprimer».
Il ne faut pas «oublier les basiques : tester, tracer, isoler», explique le Pr Malvy : «Il faut monter en puissance, donner les moyens à cette stratégie d’enfin s’exprimer». LP/Guillaume Georges

Par Florence Méréo Le 19 février 2021 à 06h55, modifié le 19 février 2021 à 07h04

https://www.leparisien.fr/societe/sante/covid-19-attention-a-ne-pas-baisser-la-garde-alerte-l-infectiologue-denis-malvy-19-02-2021-8425493.php

Denis Malvy s’apprête à s’envoler vers la Guinée, au chevet des victimes d’un autre virus : Ebola, qui frappe à nouveau plusieurs pays d’Afrique. Avant de partir, l’infectiologue de renommée mondiale, membre du conseil scientifique, appelle à ne pas céder à un optimisme aveuglant sur la situation sanitaire en France. Selon ce médecin du CHU de Bordeaux(Gironde), l’épidémie de Covid-19 en a encore sous le coude.

Le nombre de cas de Covid-19, comme celui des admissions en réanimation, était en légère baisse ces derniers jours. Faut-il s’en réjouir ?

PR DENIS MALVY(Long silence). La réponse n’est pas si simple. Bien sûr, tout signe positif est bon à prendre. Mais vous dire que je me réjouis serait faux. Non, tout ne va pas pour le mieux. L’épidémie est toujours active, flambe en Paca et dans plusieurs départements du Grand-Est, chauffe en Dordogne ou en Corrèze, sous la menace des variants. Toutes les réanimations de France continuent d’être impactées. Celle de Bordeaux l’est, alors même que les données d’incidence ne sont pas catastrophiques.

Ce décalage entre chiffres et vécu n’est-il pas paradoxal ?

Nous sommes dans un entre-deux. D’un côté, le virus initial devient mou. De l’autre, celui avec les variants, plus transmissible, se fait les muscles. Il est en pleine expansion. Pendant ce temps, il y a un flou et, comme nous sommes tous fatigués, nous nous y raccrochons. Mais attention à ce trompe-l’œil qui peut nous rendre trop optimistes et nous faire baisser la garde. Aujourd’hui, nous sommes dans l’incertitude.

Pour une dégradation de la situation, comme pour une amélioration…

Le pire n’est pas obligatoire ! Mais le virus cherche à se défendre et, selon les modélisations, la situation pourrait malheureusement s’aggraver fin février, début mars. C’est-à-dire, qu’au lieu d’être hétérogène, elle prendrait un aspect uniforme sur l’ensemble du territoire, avec un impact fort sur le système hospitalier.

LIRE AUSSI >  Explosion de l’épidémie de Covid-19 : quel crédit accorder à ces modèles qui imaginent le pire ?

Peut-on encore agir ?

Oui, il n’y a pas de fatalité, mais il faut anticiper. On ne peut pas ne rien faire. Cela passe par une majoration des restrictions de la vie sociale.

Un nouveau confinement ?

Aux décideurs, de décider ! Mais il n’y a pas que cela : des modèles par région, une adaptation des couvre-feux… Surtout, il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier et oublier les basiques : tester, tracer, isoler. Il faut monter en puissance, donner les moyens à cette stratégie d’enfin s’exprimer. Cette carte n’a pas été pleinement jouée, faisons-le. Je suis persuadé que nous avons la capacité de nous adapter, et de réussir.

VIDÉO. Covid-19 : « La situation reste si fragile qu’un rien peut la faire basculer », prévient Gabriel Attal

https://www.dailymotion.com/embed/video/x7zdf3k?ads_params=videoposition%253Dcoeur%2526pageSection%253Dsociete%2526secondarySection%253Dsociete%2526subSection%253Dsante&api=postMessage&apiKey=9ebfe9d2e61926ab5517&apimode=json&autoplay=false&embed_index=1&id=f2ee6aa72acc28a&mute=true&origin=https%3A%2F%2Fwww.leparisien.fr&pubtool=cpe&queue-autoplay-next=true&queue-enable=true&ui-highlight=false

Covid-19 : le conseil scientifique divisé sur l’isolement des personnes les plus vulnérables

Cinq membres de l’instance, dont son président, Jean-François Delfraissy, défendent des mesures ciblant les différents groupes générationnels, et pensent que le confinement généralisé ne doit être qu’un dernier recours. 

Par Delphine RoucautePublié aujourd’hui à 11h12, mis à jour à 14h28  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/19/covid-19-le-conseil-scientifique-divise-sur-l-isolement-des-personnes-les-plus-vulnerables_6070526_3244.html

Temps de Lecture 2 min. 

Cinq membres du conseil scientifique, dont son président, Jean-François Delfraissy, ont publié jeudi 18 février dans la revue scientifique The Lancet une « lettre » appelant à ne recourir au reconfinement généralisé qu’en dernier recours, et proposant à la place des mesures ciblant les différents groupes générationnels, comme l’auto-isolement des catégories de personnes les plus âgées et vulnérables. L’anthropologue Laëtitia Atlani-Duault, qui présentait le texte lors d’une conférence de presse de la nouvelle agence de recherche sur les maladies infectieuses émergentes (ANRS), a assuré qu’il ne représentait pas l’avis de l’ensemble du conseil scientifique.

https://www.thelancet.com/action/showPdf?pii=S2468-2667%2821%2900036-0

« Il n’est plus possible d’utiliser une succession de confinements généralisés comme réponse principale à la pandémie de Covid-19 », argumentent ainsi les auteurs. Fin janvier, M. Delfraissy plaidait pourtant pour un reconfinement rapide, arguant que les nouveaux variants du SARS-CoV-2 « changent complètement la donne ».Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Covid-19 : les indicateurs baissent, mais la circulation des nouveaux variants s’accélère

« Un contrat social clair et transparent »

Considérant que l’épidémie est appelée à durer à cause de l’échappement immunitaire qu’impliquent les nouveaux variants, les scientifiques appellent désormais à une « nouvelle approche » basée sur « un contrat social clair et transparent » entre les générations« En vertu de ce contrat social, les plus jeunes générations accepteraient la contrainte de mesures de prévention (comme les masques, la distance physique), à la condition que les groupes les plus âgés et les plus vulnérables adoptent non seulement ces mesures-là mais aussi d’autres, plus spécifiques (comme l’auto-isolement selon un critère de fragilité), afin de réduire leur risque d’infection », écrivent-ils.

 Lire aussi  Crise sanitaire : le risque d’un choc intergénérationnel

L’idée n’est pas nouvelle et avait déjà été suggérée dans le dernier avis publié par le conseil scientifique, le 13 janvier. « Une recommandation forte d’autoconfinement doit être adressée à la population des personnes les plus âgées et présentant des comorbidités dès lors qu’elle n’est pas vaccinée durant la période des deux mois à venir », pouvait-on y lire.

Lors de l’annonce du deuxième confinement le 28 octobre 2020, Emmanuel Macron avait pourtant exprimé des réticences face à cette « barrière entre les générations » jugée « pas réaliste et à ce stade insuffisante ». En réponse à une question lors de son point presse hebdomadaire, jeudi, le ministre de la santé, Olivier Véran, a également jugé cette mesure très « discutable », soulignant que son impact épidémique « n’est pas assuré ».

Olivier Véran a jugé cette mesure très « discutable », soulignant que son impact épidémique « n’est pas assuré »

Un point de vue partagé par de nombreux épidémiologistes dont Pascal Crépey, qui juge ce dispositif « illusoire », étant donné que la plupart des personnes qui se savent à risque vivent déjà de manière confinée depuis un an. Et quels critères d’âge retenir ?

« On ne peut pas extraire 20 millions de personnes[les plus de 65 ans] de la population, surtout que certaines d’entre elles ne sont pas autonomes et ont besoin de contacts à domicile pour vivre », argumente l’enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes. Pour lui, raisonner ainsi équivaut à « regarder l’épidémie seulement par le prisme de la mortalité ».Notre sélection d’articles sur le Covid-19

Delphine Roucaute

« Le Conseil scientifique se fracture sur la stratégie à suivre »

Le Figaro
Libération

 C’est ce que titre Le Figaro, qui constate qu’« une partie de ses membres plaide pour l’auto-isolement des plus âgés et l’allégement des mesures pour les jeunes ».
Vincent Bordenave note ainsi que « c’est une mise au point qui marque sans doute un tournant dans la stratégie de lutte contre le Covid-19.

Alors qu’aucun avis du Conseil scientifique n’a été rendu public depuis plus d’un mois, 5 de ces membres (dont le président Jean-François Delfraissy) publient une lettre dans The Lancet Public Health. Ils plaident pour mettre fin à cet interminable cycle de confinements, couvre-feux et restrictions ».

Le journaliste observe que « le discours s’inscrit en opposition avec les prises de position de nombreux scientifiques qui plaident pour la mise en place d’une stratégie zéro-Covid. Stratégie qui passe par un confinement strict afin d’anéantir toute circulation virale, pour ensuite rouvrir progressivement le pays ».


« Un élément saute aux yeux : ni Simon Cauchemez, ni Arnaud Fontanet respectivement modélisateur et épidémiologiste à l’Institut Pasteur, ne comptent parmi les signataires. […] Ce sont pourtant leurs travaux qui avaient convaincu le Président de la République de mettre en place un second confinement en octobre dernier », 
remarque Vincent Bordenave.
Le journaliste relève qu’il est « difficile de savoir quelle est réellement la teneur des débats au sein de ce conseil, qui jusque-là s’était distingué par des avis presque systématiquement unanimes. La seule parole publique des dernières semaines fut l’annonce de 4 nouveaux membres ce mercredi. Tout juste peut-on savoir de source élyséenne que ces nominations (une pédopsychiatre, un vétérinaire, une infectiologue et un gériatre) marquent les nouvelles priorités ».
« Notons tout de même que ce silence n’est pas du seul fait du conseil, puisqu’au moins deux avis ont été remis au gouvernement depuis la mi-janvier (portant sur les variants, la vaccination et les outremers). Leur mise en ligne dépend du ministère de la Santé et tarde à venir »,
observe-t-il.


Laëtitia Atlani-Duault, anthropologue et première auteure de la communication dans le Lancet, précise : « Le but de cette lettre est d’expliquer ce que signifie l’échappement immunitaire dans une période particulièrement cruciale. […] De façon certes encore théorique à ce stade, on ne peut pas non plus totalement éliminer un phénomène d’échappement immunitaire face aux vaccins […] L’alternance des confinements n’est pas une solution viable ».
Vincent Bordenave ajoute que les auteurs « rappellent que 96% des décès liés au Covid sont à déplorer chez les plus de 70 ans. Pour eux, on ne peut pas continuer d’exiger des sacrifices à l’ensemble de la population alors que cette maladie touche de manière tellement inégale les différentes classes d’âge. Ils appellent de leurs vœux un nouveau contrat social dans la lutte contre l’épidémie, «à définir et construire collectivement». Les jeunes générations pourraient accepter la contrainte des mesures de prévention (masques, distanciation physique) à condition que les groupes plus âgés et les plus vulnérables adoptent en plus des mesures d’auto-isolement ».


Un épidémiologiste réagit : « Il n’y a aucune proposition au-delà de l’autoconfinement des plus vieux. Or les études montrent que ces mesures sont limitées car les personnes âgées s’auto-isolent déjà ».


Vincent Bordenave ajoute que « desserrer l’étau pour les plus jeunes conduira à une augmentation du nombre de morts. Selon certains virologues cela pourrait en outre favoriser l’apparition de nouveaux variants ».


Lucien Abenhaïm, ancien Directeur Général de la santé, déclare quant à lui que « cette lettre a le mérite d’ouvrir un débat indispensable. La situation actuelle n’est pas tenable sur le long terme, il va falloir trancher entre deux chemins, soit celui défendu dans ce courrier, soit celui du zéro-Covid ».


De son côté, Libération publie un entretien avec Thierry Lefrançois, vétérinaire, qui « a été nommé mercredi au sein du comité dédié à la lutte contre le Covid-19. Une première, qui doit permettre de mieux appréhender l’émergence et la transmission des virus dans le monde animal ».


Le spécialiste déclare ainsi que « le monde vétérinaire connaît bien les coronavirus. J’apporte quant à moi une expérience spécifique sur la santé globale, les maladies émergentes et la gestion de crises sanitaires. Au sein du Conseil scientifique, chacun apporte ses connaissances mais aussi ses réseaux. Ayant travaillé en Afrique et dans les Caraïbes, je sais par exemple quelles communautés scientifiques interroger quant à l’émergence, la circulation et la transmission des virus dans le monde animal. Mais mon rôle sera aussi, le cas échéant, de mobiliser des laboratoires de recherche en santé animale si la capacité maximale des autres établissements en matière de séquençage est atteinte ».
Thierry Lefrançois ajoute que « le fait d’avoir nommé un vétérinaire au sein du Conseil scientifique est assez emblématique d’une volonté politique visant à réfléchir plus globalement sur la santé. Aujourd’hui, notre rôle est de conseiller pour mieux gérer cette crise, mais à l’avenir, mieux vaudrait prévenir de telles crises. Environ 75% des maladies émergentes sont d’origine animale ; même si elles ne sont pas toutes transmissibles à l’homme, ce phénomène interroge sur notre gestion de la biodiversité, sur la déforestation, sur l’élevage intensif… La prise de conscience s’accélère mais soyons clairs : il y aura très certainement d’autres pandémies ».Date de publication : 19 février 2021

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/02/19/tracer-et-isoler-les-variants-mission-impossible-le-tracage-trouverait-son-efficacite-optimale-avec-un-nombre-de-lordre-de-5-000-par-jour-lisolement-nest-pas-contraint/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/02/18/la-crise-covid-sera-terminee-cet-ete-a-mon-avis-mais-le-sars-cov-2-sera-toujours-la-martin-blancher-epidemiologiste/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/02/19/incertitude-dans-nos-hopitaux-mais-en-region-paca-la-bascule-a-deja-eu-lieu-la-deprogrammation-dautres-soins-a-commence-environ-20/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire