LE DERNIER FAUX-SEMBLANT DE DEMOCRATIE SANITAIRE EN PSYCHIATRIE DU PRESIDENT MACRON (Communiqué de l’USP)

LA COMMISSION NATIONALE DE PSYCHIATRIE : LE DERNIER FAUX-SEMBLANT DE DEMOCRATIE SANITAIRE DU PRESIDENT MACRON

Alors que l’ensemble de la profession crie haut et fort l’état de catastrophe non naturelle de la psychiatrie publique, confirmée sans ambiguïté par Adeline Hazan, ex-CGLPL, dans son rapport de juin 2020, Monsieur Macron, accompagné de Monsieur Véran, ont cru calmer sa colère et son indignation par l’installation d’une Commission nationale de psychiatrie censée entre autres choses préparer les Assises nationales de la psychiatrie et de la santé mentale qui auront lieu avant l’été. Autant dire, encore une fois, du travail dans la précipitation pour être sûr qu’il soit bâclé.

Il fallait bien calmer ces agités qui se sont mis en grève dès 2018 ; ceux qui s’offusquent d’une loi sur la contention et l’isolement votée en urgence dans la Loi de financement de la Sécurité sociale ; ceux qui dénonçaient déjà l’instance censée piloter la psychiatrie, vide de substance – le COPIL ; ceux qui s’insurgeaient de l’omnipotence de la fondation FondaMentale dans les orientations de la DGOS.

Peu importe les arguties des acteurs de terrain…
Réunir quelques dizaines de participants soumis aux choix présidentiels et ministériels, pilotés par une quarantaine de personnalités désignées, dont les deux tiers des professionnels de santé et la moitié des professionnels de la psychiatrie sont des universitaires, en dit long sur l’oreille que prêtent les autorités aux milliers de professionnels travaillant dans les EPSM et les services de psychiatrie des hôpitaux généraux. On s’étonnera au passage qu’il n’y ait aucun représentant des CMPP dans cette commission, structures ô combien soumises aux diktats de la DGOS actuellement.
La CNP l’annonce clairement : il s’agit de « conduire les réflexions et les travaux des orientations ministérielles et émettre des propositions permettant de les décliner sur le plan opérationnel » !
Autrement dit : rien d’autre que broder autour de la bonne parole présidentielle.
Le président Macron aurait-il une vision particulière de la psychiatrie ? Il semble que oui puisqu’il choisit de faire venir à sa table, au nez et à la barbe des personnalités coordonnant la CNP et invitées à y participer, les nouveaux représentants de la (pédo)psychiatrie de demain, aux orientations et rattachements bien connus, en l’occurrence toujours d’inspiration neuroscientiste et FondaMentaliste !
Cachez le refoulé, il revient au galop !
L’USP répète qu’elle demande une loi-cadre pour la psychiatrie élaborée en associant professionnels du soin psychique, usagers, familles et législateurs.

Delphine Glachant Présidente de l’USP

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/02/16/la-cour-des-comptes-pointe-du-doigt-lexistence-de-deficiences-multiples-concernant-la-prise-en-charge-des-patients-en-psychiatrie-aux-troubles-dits-severes/

Réaction de Delphine Glachant:

La psychiatrie sacrifiée ?

C’est pas mal que la cour des comptes en dise quelque chose.Malheureusement ce qui est préconisé, qui va dans le sens des réformes en cours, est à l’opposé de l’égalité aux soins pour tous et le 100% sécu.Quelques points : les CMP, saturés. Mais c’est totalement anormal d’imaginer un filtrage par les médecins généralistes. Certes ils sont des professionnels de première ligne et doivent participer à la prévention mais déjà ils sont en nombre insuffisant, débordés, souvent ne prennent pas de nouveaux patients. Une évaluation d’un premier patient en CMP se fait sur une heure (entretien, discussion entre les 2 professionnels qui y participent, lien avec la famille si elle est présente, courrier si besoin..)Je ne sais pas quel généraliste prend une heure pour voir un patient ?
L’orientation des patients dits légers vers le privé ? C’est ce qui se fait déjà faute d’effectifs suffisants. Sur mon secteur, il n’y a aucun psychiatre privé. Dans le secteur voisin, St Maur des fossés, bien doté en psychiatres privés, de façon inversement proportionnelle aux logements sociaux, pas un ne fait une consultation inférieure à 80€. Tarif sécu 46€
Les consultations auprès des psychologues remboursées par la sécu. Le tarif est de 22€ remboursé, Rares sont les psycho qui demandent moins de 45/50€ , donc il y a un reste à charge pour les patients. C’est soumis à une indication du médecin généraliste et à une entente préalable de la sécu avec des critères d’exclusion stricts. Autant d’obstacles qui vont rendre l’accès des dépressifs et anxieux à ces psychothérapies plus difficile. Donc des non prises en charge… et les consultations limitées à 10, ce qui est très peu pour une psychothérapie.
Les suivis des patients à domicile ? Bien sûr qu’il y en a mais les infirmiers et psychiatres de CMP sont souvent débordés. Faire des visites à domicile prend beaucoup de temps. Il y a certains endroits où il y a des organsiations spécifiques (pour les HAD par exemple). Les suivis après hospitalisation ? Pour ma part mon agenda est tellement plein à échéance d’un mois 1/2 que je me rajoute des consultations sur mon temps hospitaliser pour faire la joonction avant la reprise du suivi au CMP. Donc mes journées à l’hôpital se grèvent des consultations des sortants. Il y a des fois, c’est sportif. Et ça, c’est contraire à la disponibilité psychique qu’il faudrait avoir pour soigner en psychiatrie.
La réforme du financement de la psychiatrie fixe un compartiment basé sur l’activité (15%). Après 9 jours d’hospitalisation, le tarif baisse. Au 112e jour, il passe au tarif du médicosocial. On va sûrement en arriver à faire comme dans d’autres disciplines : faire sortir et reconvoquer le lendemain, quand ce sera possible, ce qui n’est pas souvent le cas. Un jeune patient qui fait un premier épisode psychotique est hospitalisé 1 à 2 mois. Il faut du temps pour se remettre d’un moment fécond et reprendre pied dans l’existence. Les patients dits chroniques, représentent effectivement un coût très important. L’idée de la réforme est de les diriger vers les maisons d’accueil spécialisées et les foyers d’accueil médicalisé, structures dont le déficit en France est criant. Il y a plusieurs années d’attente. De plus, ces patients qui restent parfois des années, ont parfois une pathologie psychiatrique telle qu’ils ne peuvent pas aller vers le médicosocial. Dans mon  service, en y pensant vite fait, il y a trois personnes qui nécessitent des soins psychiatriques permanents.Dans cette réforme, il y a également la majoration des tarifs ambulatoires pour les prises en charge intensive pendant les trois premiers mois. Cela signifie prendre en charge la crise au niveau ambulatoire par une équipe pluriprofessionnelle. Pourquoi pas si on a les moyens humains de le faire. Mais pour ça il faut dégager les emplois du temps de tous les patients dits chroniques. Ca tombe bien, les tarifs prévus seront dévalorisés, pour adresser ces patients considérés comme stabilisés vers les médecins généralistes pour leur prescription mensuelle. Mais ces patients sont des psychotiques et ça n’a l’air de rien mais ce rdv mensuel, malheureusement souvent bimensuel, faute de temps, où parfois il se dit assez peu de chose,  est un repère extrêmement important pour la continuité d’exister de ces patients.

.Un petit dernier sujet : Macron vient de lancer la commission nationale de la psychiatrie, qui va préparer aux Assises Nationales de la psychiatrie et de la santé mentale avant l’été (21 juin !) Une usine à gaz pour valider les choix présidentiels et ministériels. Je vous joins le communiqué USP, on n’est pas sortis d’affaire. Un aspect positif dans tout ça : ça s’agite pas mal dans le milieu. Les gens en ont ras le bol. On nous fait encaisser l’inacceptable.

delphine.glachant@gmail.com (praticien hospitalier en psychiatrie au CH spécialisé Les Murets à La Queue-en-Brie – Val-de-Marne, pésidente de l’USP)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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