Publié le 18/02/2021
« Troisième vague » : les pouvoirs publics jouent-ils un double jeu ?

Paris, le jeudi 18 février 2021
– Côté pile : le gouvernement semble de plus en plus éloigné de toute perspective de renforcement des mesures destinées à freiner la circulation de SARS-CoV-2 et de ses variants. Il paraît également prendre ses distances avec le Conseil scientifique, dont les avis n’ont pas été rendus publics depuis plusieurs semaines. Aussi, alors que se tenait hier un nouveau Conseil de défense dédiée à l’épidémie, le patron des députés LREM à l’Assemblée nationale annonçait déjà le verdict : « Il ne faut pas prendre de mesures exceptionnelles car on voit bien aujourd’hui que le plateau est maîtrisé, que notre capacité hospitalière répond présent, que le nombre de personnes en réanimation a baissé, de peu » détaillait Christophe Castaner, sur France 2. Quelques heures plus tard, il n’était pas démenti par le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal qui confirmait qu’aucun durcissement n’était à l’ordre du jour et qui saluait le sens de « responsabilités » des Français.
Néanmoins, il mettait en garde « La situation reste si fragile qu’un rien peut la faire basculer ».
Organisation de crise
Est-ce la fragilité de cette situation qui explique que côté face, les autorités sanitaires semblent préparer les professionnels de santé à une véritable veillée d’armes. Ainsi, vendredi une circulaire confidentielle (révélée par le Journal du Dimanche) a été adressée aux établissements hospitaliers. Elle concerne la mise en place d’une « organisation de crise », afin de pouvoir affronter une « nouvelle vague épidémique ». Augmentation des capacités en réanimation et déprogrammations « graduée et adaptée » sont notamment demandées aux établissements, tandis que des « cellules de recherche et de suivi des lits de réanimation disponibles » sont à redéployer dans les ARS (dans les cas où elles auraient limité leurs activités). Si comme le remarquent dans le Parisien plusieurs praticiens hospitaliers franciliens, cette circulaire représente plutôt un « rappel » à l’ordre qu’une véritable nouveauté, elle témoigne cependant de l’état d’alerte des autorités, qui contraste avec ce que l’on perçoit de l’attitude affichée par le gouvernement.
Situation préoccupante
Dans le même esprit, mardi, le fil DGS-urgent, utilisé par la Direction générale de la Santé pour s’adresser aux professionnels de santé, émettait une série de préconisations liées à «l’organisation de l’offre de soins en prévision d’une nouvelle vague épidémique ». « La situation épidémique est préoccupante avec la persistance de fortes tensions des services hospitaliers dans les régions de l’est, sous l’effet de l’activité COVID notamment, conjuguée à une progression importante du virus et de la sollicitation de l’offre de soins dans les régions de l’ouest, dans un contexte de circulation de plusieurs variantes du SARS-CoV2, dont les effets sur le système de santé sont difficilement évaluables à ce stade. Cette évolution fait craindre un niveau de saturation homogène de l’offre de soins pour la prise en charge des patients Covid mais également non Covid sur l’ensemble du territoire. Plusieurs territoires ultra-marins connaissent aussi une progression épidémique importante, avec une quasi saturation de l’offre de soins hospitalière à Mayotte » alerte en introduction la Direction générale de la Santé. Pour faire face à cette situation, cette dernière rappelle la nécessité d’une mobilisation active des professionnels de santé de ville, afin de limiter le recours à l’hospitalisation, et ce par tous moyens, notamment la « télésanté ». On notera que tant la circulaire que cette lettre de la DGS insistent sur l’éviction qui doit être désormais systématique de tout professionnel de santé infecté par SARS-CoV-2 (quelle que soit la souche en cause), qu’il soit ou non symptomatique.
Des médecins hostiles à un nouveau confinement
Certains médecins ne cachent pas leur malaise face à l’ambivalence créée par l’apparente confiance du gouvernement d’une part et les appels à se préparer au pire d’autre part. Néanmoins, une majorité soutiendrait le choix fait par Emmanuel Macron de ne pas utiliser de nouveau confinement, comme le révèlent non seulement un récent sondage sur notre site, mais également la position majoritaire des présidents de commission médicale d’établissement de CHU selon une enquête réalisée par leur président et signalée par Le Monde.
Aurélie Haroche
Martin Blachier, épidémiologiste : « Quand 80 % des gens seront vaccinés, le Covid-19 ne sera plus un problème »
L’épidémiologiste Martin Blachier. Photo PH-expertise
Coronavirus – Covid 19, SantéPublié le 18/02/2021 à 19:01
l’essentielLe Dr Martin Blachier, épidémiologiste et médecin en santé publique, ne croit pas à de nouvelles contaminations importantes en mars avec les variants anglais, sud-africain et brésilien du Covid-19. Il estime que la situation épidémiologique reste stable mais ne baisse pas encore : c’est pourquoi les bars et restaurants doivent rester fermés.
Les nouvelles contaminations et les hospitalisations sont un peu moins élevées depuis quelques jours : peut-on être optimiste ?
Il faut se méfier. La réalité c’est plutôt une stabilité. Le R, le taux de reproduction du virus, est à 0,95. Donc on ne peut pas dire qu’on soit sur une dynamique de baisse extraordinaire. On est plutôt encore dans le paradigme d’un plateau que sur le début d’une baisse.
Faut-il s’attendre à des semaines compliquées en mars avec les variants ?
Je suis loin d’en être persuadé. Une nouvelle étude des chercheurs d’Harward vient de sortir sur le variant anglais. En fait il ne serait pas plus contagieux mais aurait une période de contagiosité plus importante. Les données montrent une durée de portage un peu plus longue du B117 que des autres souches ce qui pourrait expliquer potentiellement qu’il prenne un peu plus de place que les autres variants. L’autre élément c’est que dans aucun pays au monde, un quelconque variant n’a fait une relance épidémique sans que l’on ait des lieux de contamination qui soient ouverts. Au Portugal, aux Pays-Bas, en Angleterre, les bars et les restaurants étaient ouverts et ces pays ont fait une forte reprise épidémique hivernale.
L’Inserm redoute jusqu’à 25 000 hospitalisations par semaine avec le variant anglais, d’après ses modélisations.
Je suis très sceptique. Je n’y crois pas. Si on se basait sur leurs premières prédictions, ça devrait déjà augmenter. Je pense aussi qu’il y a trop d’approximations dans leur modèle, il y a trop d’hypothèses qui sont fausses. S’il y a une remontée, c’est que les gens se relâchent mais pour l’instant ils ne semblent pas le faire.
Doit-on ou non garder les bars, restaurants et lieux culturels fermés ?
Il faut les garder fermés. Il n’y a rien, pour l’instant, qui nous permette de rouvrir quoi que ce soit. La situation est stable. On pourrait rouvrir si on avait une stratégie avec une vraie politique de testing de masse avec des tests antigéniques. Le gouvernement n’est pas encore dans une stratégie de réouverture.
Et les écoles ?
Il ne faut plus jamais fermer les écoles. Il faut les laisser ouvertes quoi qu’il arrive. Jamais le coût de la fermeture des écoles sur les enfants ne pourra être justifié par un quelconque impact politique, même s’il y avait une reprise exponentielle. Les enfants ne sont strictement pas à risque. Rien ne peut justifier de fermer les écoles.
L’épidémiologiste Didier Pittet ne prévoit pas de sortie de crise avant l’été 2022. Vous êtes d’accord ?
Je ne sais pas sur quoi il se base pour dire ça. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une fois que la population aura atteint l’immunisation par le vaccin, le Sars-CoV-2 ne sera plus un problème. Oui le virus sera toujours là, les virus ne disparaissent pas, surtout les virus respiratoires qui sont la majeure partie du temps asymptomatiques. En revanche, quand 80 % des gens seront vaccinés, le Sars-CoV-2 ne sera plus un problème. La crise Covid sera terminée cet été à mon avis mais le Sars-CoV-2 sera toujours là. Le Covid ressemblera à une grippe comme certains hivers mais ce ne sera plus une vague qui fera arrêter la société. Cet été, ce sera terminé.
Un avis sur « Le gouvernement tient un double (communication rassurante et circulaire confidentielle alarmiste aux établissements) -Martin Blachier – épidémiologiste est rassurant »