« L’hypothèse d’une aggravation de la situation épidémiologique dans les prochaines semaines fait toujours partie des scénarios à envisager » (Santé Publique France)

Covid-19 : les variants de plus en plus présents, la situation sanitaire en France est en sursis

« Les prochaines semaines nous diront si les mesures actuelles suffisent », a reconnu Olivier Véran, alors que le variant britannique est responsable à lui seul de près d’un quart des contaminations au Covid-19. 

Par Elisabeth PineauPublié aujourd’hui à 03h50, mis à jour à 21h26  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/12/covid-19-face-aux-variants-la-situation-sanitaire-en-france-est-en-sursis_6069668_3244.html

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En moyenne, au 9 février, 19 007 personnes sont diagnostiquées positives chaque jour. Ces dernières 24h 27 007 patients atteints du Covid-19 sont hospitalisés, dont 3 337 en réanimation.

Sous la menace des nouveaux variants circulant sur son territoire, la France connaît en quelque sorte une situation sanitaire en sursis. « La pression reste forte mais elle n’augmente pas, a affirmé jeudi 11 février le ministre de la santé, Olivier Véran, lors d’un point sur l’épidémie de Covid-19. Les prochaines semaines nous diront si les mesures actuelles suffisent ou s’il faut se résigner à prendre des mesures de type confinement. Nous ne faisons pas de pari sur l’avenir, mais nous constatons que nous avons déjà gagné du temps et nous espérons en gagner suffisamment pour l’éviter. »

Depuis trois semaines, le nombre de nouvelles contaminations reste stable, « aux alentours des 20 000 cas par jour en moyenne », selon M. Véran. Le nombre de nouvelles hospitalisations, lui, stagne avec environ 1 500 entrées quotidiennes, de même que le nombre total de patients en réanimation, entre 3 000 et 3 200. Dans son dernier bulletin, publié jeudi 11 février et portant sur la semaine du 1er au 7 février, Santé publique France (SPF) juge que le maintien à un niveau très haut du nombre d’hospitalisations et d’admissions en réanimation est « préoccupant du fait de la tension du système de soins depuis plusieurs semaines ». La circulation du SARS-CoV-2 reste « à un niveau très élevé dans le contexte d’augmentation de la prévalence des variants plus transmissibles », résume l’agence de santé publique. 

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Depuis début décembre 2020, le nombre de nouveaux cas quotidien n’a fait que progresser lentement vers 20 000 cas, « sans jamais redescendre vraiment ni repartir en phase exponentielle, avec un taux de reproduction [le nombre moyen de personnes infectées par un cas] autour de 1, analyse Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale (ISG) à l’université de Genève (Suisse). Un R = 1, c’est inquiétant quand l’incidence est à un niveau élevé, ce qui est le cas actuellement »,avec une moyenne nationale hebdomadaire de 207 nouveaux cas pour 100 000 habitants, selon Santé publique France.

Scruté par les épidémiologistes pour suivre la dynamique de l’épidémie, ce nombre de reproduction autour de 1 peut être interprété comme la résultante de deux composantes : l’une, associée aux anciennes souches du virus, à la baisse ; l’autre, due à la circulation des nouveaux variants, plus transmissibles, à la hausse. Avec les mesures sanitaires décrétées, et notamment le couvre-feu, « la France aurait pu faire baisser ce fameux R, mais cette baisse s’est arrêtée net depuis début décembre, conduisant à un plateau. L’une des explications possibles est que ces nouveaux variants demanderaient davantage d’efforts encore pour pouvoir baisser complètement », avance Antoine Flahault.

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« C’est un statu quo depuis dix jours », complète Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l’université de MontpellierComment expliquer cet équilibre apparent avec certains indicateurs globalement stables alors que, dans le même temps, la part du variant britannique, environ 40 % plus contagieux, ne cesse de croître ? Mircea Sofonea invoque « une prise de conscience collective de mesures sanitaires », avec le couvre-feu renforcé et l’anticipation d’un éventuel reconfinement, ainsi qu’un potentiel facteur climatique : « S’il fait vraiment très froid, avec des températures négatives, la circulation du virus est un peu moins favorisée. »

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Situation en trompe-l’œil

Une situation en trompe-l’œil qui ne saurait durer ? « Dans le contexte de la diffusion de variants plus transmissibles, l’hypothèse d’une aggravation de la situation épidémiologique dans les prochaines semaines fait toujours partie des scénarios à envisager », avertit Santé publique France. Le variant britannique, dont la proportion parmi les cas positifs augmente de 50 % toutes les semaines, concerne désormais un malade du Covid-19 « sur quatre ou cinq », selon Olivier Véran.

Détectés il y a une quinzaine de jours en France, les variants sud-africain et brésilien, eux, ont des niveaux de pénétration moins importants sur le territoire métropolitain : sur 17 000 tests positifs réalisés ces derniers jours, 4 % à 5 % présenteraient des mutations évocatrices de ces deux variants. Ces derniers cristallisent les inquiétudes dans la mesure où ils peuvent occasionner des réinfections chez des personnes ayant déjà contracté le coronavirus et sont en outre moins sensibles à certains vaccins disponibles – mais leur diffusion « n’est pas encore inéluctable », veut croire le ministre de la santé.

« Pour l’instant, le nombre de reproduction est bien stabilisé, il n’y a pas de raison de croire qu’il va bouger spontanément dans un horizon d’une à deux semaines », estime Mircea SofoneaLa plupart des épidémiologistes présument que le variant britannique sera majoritaire dans certaines régions aux alentours de début mars. Une situation qui entraînera de facto une hausse du nombre de reproduction et des indicateurs d’incidence. « On n’a pas beaucoup de marge de manœuvre vis-à-vis de l’occupation hospitalière. D’après nos modèles, il ne reste qu’environ deux semaines pour réagir une fois que le nombre de reproduction passe à 1,1 », ajoute Mircea Sofonea.

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La fermeture des écoles pour les vacances, favorable mais pas suffisante

« Le risque est que la circulation des variants prenne le dessus dans une progression exponentielle en partant de très haut », souligne pour sa part Antoine Flahault. Le professeur de santé publique estime que la fermeture des écoles à l’occasion des vacances scolaires de février peut jouer un rôle favorable, même si ce ne sera sans doute pas suffisant pour baisser significativement et durablement le taux de reproduction du virus.

« Avec les variants, on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Or, quand le niveau de contaminations est élevé, ça peut basculer très vite et quand ça dérape à 20 000 cas par jour, c’est incontrôlable », abonde Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Selon lui, « on n’arrivera pas à retrouver un semblant de vie normale sans un coup de frein brutal de la circulation du virus, qui passe par un reconfinement, très probablement le dernier. Sans ce coup de frein, on n’en finira pas avec le stop and go permanent ». 

Le scénario n’est pas exclu par l’exécutif. En cas de croissance exponentielle des contaminations et de risque de saturation des hôpitaux, « nous prendrons nos responsabilités », a assuré, jeudi, Olivier Véran.

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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