Gérald Darmanin et Marine Le Pen: la chef du RN s’est trompée sur les chiffres de l’immigration, sujet fétiche de son parti.

L’islamisme au cœur du débat télévisé entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen

Le ministre de l’intérieur a défendu le projet de loi sur le séparatisme, dont la présidente du parti d’extrême droite estime qu’il a été « vidé de son sens ». 

Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 01h47, mis à jour à 08h46  

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/02/12/l-islamisme-au-c-ur-d-un-debat-cordial-entre-gerald-darmanin-et-marine-le-pen_6069660_823448.html

Lors du débat entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin sur le plateau de « Vous avez la parole », sur France 2, le 11 février.
Lors du débat entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin sur le plateau de « Vous avez la parole », sur France 2, le 11 février. STÉPHANE DE SAKUTIN / AFP

Marine Le Pen et Gérald Darmanin ont débattu jeudi 11 février sur France 2 de l’islamisme et de l’immigration, tombant d’accord par endroits, le ministre de l’intérieur accusant son adversaire d’« approximations » et la présidente du Rassemblement nationale (RN) fustigeant un texte insuffisant contre l’islamisme. Ce débat était très attendu à quinze mois de la présidentielle, entre une candidate à l’Elysée désireuse de faire oublier son duel raté face à Emmanuel Macron en 2017, et un poids lourd de la majorité en première ligne sur les textes régaliens de la Macronie.

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En quête de crédibilité, forte de sondages qui la donnent au second tour face à Emmanuel Macron, la dirigeante d’extrême droite a jugé que le projet de loi du gouvernement sur le séparatisme, « vidé de son sens », l’avait « beaucoup déçue »alors qu’elle se voulait « constructive ». Elle n’a pas exclu de voter le texte, mais que cela « dépendrait » de l’examen à l’Assemblée d’une mesure gouvernementale encadrant l’instruction en famille, critiquée de toutes parts. « Je ne veux pas d’un Etat qui s’ingère dans la liberté des familles » et des religions, a-t-elle dit.

Approximations

Mme Le Pen était venue avec une contre-proposition de loi ciblant les « idéologies islamistes » qui sont à ses yeux « partout » et qu’elle entend bannir de toutes les sphères de la société, à commencer par le voile. « Vous êtes très approximative (…) vous dites beaucoup de choses qui ne sont pas la vérité ou qui ne sont pas le texte, qui ne sont pas le droit », a accusé pour sa part le ministre de l’intérieur, qui jouait par procuration le rôle du chef de l’Etat.

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Gérald Darmanin lui a reproché de « ne pas voter les textes » comme la loi antiterroriste de 2017, qui permet notamment la fermeture de lieux de culte. « Madame Le Pen dans sa stratégie de dédiabolisation vient à être quasiment un peu dans la mollesse, il faut prendre des vitamines ! », a-t-il ironisé. En l’occurrence la chef du RN s’est trompée sur les chiffres de l’immigration, sujet fétiche de son parti. Gérald Darmanin l’a encore accusée d’« approximation », Marine Le Pen évoquant le chiffre de 471 000 titres de séjour accordés en 2019, alors que le ministre lui a assuré que le chiffre était de 277 000.

Marine Le Pen affirme que la France a accordé 460.000 titres de séjour en 2019. Le vrai chiffre : 277.000. Menson… https://t.co/XisVjDarJj— JeunesMacron (@Jeunes avec Macron) 

« Vous avez dit absolument n’importe quoi »

Quand la chef du RN a souhaité un référendum pour demander aux Français « s’ils souhaitent qu’on supprime le droit du sol, c’est-à-dire l’acquisition quasi automatique de la nationalité », le ministre a répondu que « ce n’était pas vrai »« Chacun constatera que vous avez dit absolument n’importe quoi sur absolument tous les sujets ce soir » et « il faut travailler pour le prochain débat présidentiel », a-t-il conclu.

📹 « Je suis pour un grand référendum sur l’immigration. C’est aux Français de prendre position sur cette immigration… https://t.co/NwIdN7h0MV— MLP_officiel (@Marine Le Pen) 

Interrogée pour savoir si elle avait l’impression d’avoir mieux fait qu’en 2017, Marine Le Pen a répondu qu’« on ne peut pas comparer des débats qui n’ont rien de comparable ». Ce face-à-face était un test pour la candidate de l’extrême droite, qui admet avoir été « trop offensive » dans son débat raté de 2017 et reste attendue sur l’économie.

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Invité au même moment sur C8, le candidat des « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, a déclaré dès le début de son passage chez Cyril Hanouna que sa présence sur la chaîne jeudi soir était un « acte de protestation contre ce qui est en train de se passer : la rédaction d’un service public organise un débat entre deux personnes qui sont d’accord sur une loi et vont voter la même chose » sur la place « des musulmans en France ».

Le Monde avec AFP

Kouachi, immigration, voile : le vrai du faux du débat entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin

« Le Monde » revient sur trois extraits des échanges entre la présidente du Rassemblement national et le ministre de l’intérieur. 

Par Adrien Sénécat et Assma MaadPublié aujourd’hui à 15h11, mis à jour à 16h00  https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/02/12/kouachi-immigration-voile-le-vrai-du-faux-du-debat-entre-marine-le-pen-et-gerald-darmanin_6069759_4355770.html

Temps de Lecture 5 min. 

Gérald Darmanin et Marine Le Pen se sont partagé le plateau de France 2, jeudi 11 février, dans un débat quasi exclusivement centré sur les questions de l’islamisme et de l’immigration. L’occasion pour le ministre de l’intérieur et la présidente du Rassemblement national (RN) de se découvrir des points communs, mais aussi parfois de s’opposer sur les faits. Retour sur trois séquences qui pouvaient prêter à confusion.

Compte-rendu : L’islamisme au cœur du débat télévisé entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen

1. Marine Le Pen « corrige » son intox par une autre

Ce qu’elle a dit

Au cours du débat, Gérald Darmanin a accusé Marine Le Pen d’avoir « dit une bêtise importante » au sujet du terroriste Amedy Coulibaly. Invitée de BFM-TV vendredi 5 février, la députée RN avait affirmé vouloir changer « le code de la nationalité pour que la nationalité française s’hérite ou se mérite. Qu’on ne se retrouve pas à donner de manière quasi automatique à M. Coulibaly la nationalité française alors qu’à 18 ans il avait déjà un casier judiciaire long comme le bras ».

Or, Amedy Coulibaly est né en France de parents français. Il avait donc la nationalité française dès sa naissance, comme la majorité de ses concitoyens. Mais Marine Le Pen a balayé cette erreur d’un revers de main : « Vous avez raison, c’était Kouachi (…). Oui, oui, c’était Kouachi… », a-t-elle éludé, pour tenter de mettre fin à cet échange.

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POURQUOI C’EST (ENCORE) FAUX

L’exemple de Saïd et Chérif Kouachi ne sert pas plus l’argumentaire de Marine Le Pen que celui d’Amedy Coulibaly. En effet, les deux frères, auteurs de la tuerie dans les locaux de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015, sont, eux aussi, nés en France de parents français. Même si leur famille est d’origine algérienne, ils n’ont jamais disposé de la double nationalité.

Par ailleurs, aucun des deux frères n’avait de casier judiciaire à 18 ans. Le cadet de la fratrie, Chérif, avait un casier judiciaire garni de plusieurs faits de délinquance, mais ceux-ci dataient de sa vie d’adulte. Quant à Saïd Kouachi, il était connu pour ses liens avec la filière des Buttes-Chaumont à Paris, mais avait un casier judiciaire vierge avant de passer à l’acte. Contacté par Le Monde, l’entourage de Marine Le Pen n’a pas répondu à nos sollicitations.

2. Une erreur sur les chiffres de l’immigration

Ce qu’elle a dit

Marine Le Pen a accusé son interlocuteur d’avoir « perdu le contrôle de l’immigration, de la sécurité dans notre pays ». Pour appuyer son argument, la présidente du RN a interrogé le ministre de l’intérieur sur le nombre de titres de séjours accordés en 2019 : « Pourquoi continuez-vous à accorder, comme en 2019, 471 000 titres de séjour ? »

« C’est faux, lui a alors répondu Gérald Darmanin. C’est 277 000 titres de séjour, pas 450 000. » Mais Marine le Pen a défendu son chiffre en affirmant que les mineurs isolés « ne sont pas calculés » dans la statistique avancée par le ministre de l’intérieur.

POURQUOI C’EST FAUX

Les statistiques sur les titres séjour permettent de savoir combien de ressortissants étrangers majeurs ont été admis en France. Ainsi, 277 406 premiers titres de séjour ont été délivrés pour l’année 2019, selon le ministère de l’intérieur. Il s’agit majoritairement de demandes accordées pour des motifs familiaux et des étudiants.

Délivrance des premiers titres de séjour en 2019Dkdjdh
Motifs dadmission2019 (définitif)
Total277 406
Humanitaire37 851
Familial90 502
Etudiants90 336
Economique 39 131
Divers19 586

Marine Le Pen a raison : ces chiffres ne comptabilisent pas les mineurs. Selon le rapport 2019 de la Mission nationale mineurs non accompagnés, 16 760 personnes ont été déclarées mineurs non accompagnés. Mais, même en ajoutant ce chiffre aux titres de séjour, on serait loin des 471 000 titres de séjour mentionnés par Marine Le Pen.

Philippe Vardon, membre du bureau national du RN et conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), a publié sur Twitter ce qui semble être le détail du calcul à l’origine du chiffre avancé par Marine Le Pen. Selon lui, « 471 988 immigrés [légaux] sont entrés en France [en 2019] : 277 406 titres de séjour, 177 822 demandes d’asile [et] 16 760 mineurs non accompagnés ».

Mais cette addition ne permet pas d’estimer le nombre de personnes qui immigrent légalement en France, notamment parce qu’elle comptabilise plusieurs fois certaines d’entre elles. En effet, les demandes d’asile acceptées donnent droit à un titre de séjour pour motif humanitaire. Le calcul de Philippe Vardon revient donc à compter des réfugiés deux fois.

Au-delà des chiffres sur les titres de séjour et le nombre de demandes d’asile, l’Insee calcule, chaque année, les flux migratoires des immigrés. L’objectif étant d’estimer dans quelle proportion la population du pays évolue, sur la base des données issues du recensement. Les derniers chiffres disponibles sont ceux (encore provisoires) pour l’année 2018, où 273 000 immigrés étaient arrivés en France pour 70 000 départs. Cela veut dire que la France a gagné environ 200 000 immigrés cette année-là.

3. Le mauvais exemple de Gérald Darmanin sur le port du voile

Ce qu’il s’est dit

Marine Le Pen s’est prononcée en faveur d’une interdiction des signes religieux ostentatoires dans l’espace public, visant notamment le port du voile islamique. Gérald Darmanin lui a rétorqué qu’il « y a des femmes qui portent le foulard totalement librement et qui sont parfaitement républicaines ». Il a ensuite cité le cas de Latifa Ibn Ziaten, la mère d’un parachutiste français tué par le djihadiste Mohammed Merah en 2012 :

« Elle porte le foulard et je ne vais pas lui demander de retirer son foulard dans l’espace public, quand elle vient à la mairie de Tourcoing ou quand elle va à la boulangerie acheter son pain. »

« Ce que vous ne savez peut-être pas, lui rétorque alors Marine Le Pen, c’est qu’elle a donné une interview au Monde en octobre 2019 dans laquelle elle dit [porter] le voile pour respecter le deuil de [son] fils. Ce n’est pas un voile islamique. »

POURQUOI C’EST VRAI

Latifa Ibn Ziaten a réagi dans Le Monde en octobre 2019 à un incident survenu quelques jours plus tôt au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Julien Odoul, élu du RN, y avait pris à partie une mère accompagnatrice scolaire voilée. Elle y expliquait, entre autres, pourquoi elle porte un foulard : « Je porte ce foulard depuis le décès de mon fils, en signe de deuil, qu’il n’a rien à voir avec un voile islamique. Je suis française, née au Maroc, de religion musulmane, mais je n’ai jamais porté le voile. »

Marine Le Pen n’a donc pas dénaturé le propos de Latifa Ibn Ziaten sur ce point. Son argumentaire élude cependant une autre contradiction pointée par Gérald Darmanin : est-il seulement possible de distinguer le port d’un foulard pour des raisons religieuses du port du même vêtement pour d’autres raisons ? Comment les forces de l’ordre en jugeraient-elles si une loi interdisant le port de signes religieux ostentatoires dans tout l’espace public était adoptée ?

Lire notre article de 2019 : Au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, un responsable du RN agresse une femme voilée

Retrouvez tous les articles de vérification des Décodeurs dans notre rubrique.

Adrien Sénécat et  Assma Maad

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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