« Confinons vite, fort, mais le moins de temps possible » : l’appel du directeur médical de crise de l’AP-HP
TRIBUNE
Bruno Riou – directeur médical de crise de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris
Le professeur de médecine Bruno Riou appelle à ne pas avoir peur de confiner de nouveau, alors que l’épidémie de Covid-19 continue de s’étendre en France avec l’arrivée de variants du virus.
Publié hier à 18h00, mis à jour à 06h54 Temps de Lecture 3 min.
Tribune. La situation actuelle de la crise due au Covid-19 en France est alarmante. Après une deuxième vague à l’automne 2020, les contaminations persistent à un niveau très élevé et continuent d’augmenter depuis de nombreuses semaines malgré des mesures restrictives de plus en plus importantes. L’épidémie n’est pas contrôlée, loin s’en faut.
Se surajoute à ce phénomène déjà inquiétant l’arrivée de variants plus contagieux du SARS-CoV-2, en particulier le variant dit « anglais ». Inéluctablement, il deviendra prédominant dans quelques semaines sans que personne n’imagine sérieusement pouvoir limiter ce processus. L’épidémie connaîtra alors une accélération comme cela est déjà survenu dans d’autres pays.
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Je suis intimement persuadé que seul un confinement est à même d’éviter ce scénario avec ses conséquences redoutables en termes de mortalité et de morbidité, pour les patients Covid-19 et non-Covid-19. Le débat se focalise aujourd’hui sur ce point, tant au niveau médiatique que politique, l’exécutif disant vouloir tout essayer pour éviter un confinement aux conséquences sociales, humaines et économiques plus que difficiles.
Réduire la durée des restrictions
Dans la gestion de crise, il faut savoir penser « hors du cadre ». Faisons-nous collectivement une erreur d’analyse en opposant les impératifs sanitaires aux autres impératifs ? Sommes-nous en train de ne pas voir « l’éléphant qui trône dans la pièce » depuis déjà longtemps ?
Prenons quatre acteurs dont on nous dit que leurs préoccupations divergent : le médecin, le restaurateur, l’étudiant et l’économiste. Le médecin souhaite éviter un maximum de décès et d’hospitalisations en réanimation – dont bien des survivants garderont des séquelles importantes –, éviter l’absence de prise en charge des patients « non-Covid-19 », et prévenir les conséquences psychiques des mesures de restriction, conséquences dont nous ne mesurons pas encore toute l’importance
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Le restaurateur est préoccupé par la date de réouverture de son restaurant, critère déterminant de sa survie professionnelle, et souhaite redonner un sens à sa vie faite de lien social. L’étudiant, lui, voudrait retourner dans les amphithéâtres, où d’ailleurs il ne s’est jamais beaucoup contaminé, pour retrouver un contact essentiel avec ses enseignants et ses pairs, rompre son isolement social, et, pour beaucoup, survivre économiquement en retrouvant une activité rémunérée. Quant à l’économiste, il s’inquiète des dégâts, pas seulement à court terme, sur le produit intérieur brut et l’endettement, mais également sur la destruction d’emplois.
Tous ces acteurs ont en fait un critère commun de jugement de gestion de la crise : la durée globale des mesures restrictives, quelles qu’elles soient. Or, de mi-décembre 2020 à début février, malgré les mesures restrictives prises, l’épidémie a continué à prendre de l’ampleur. Il faut en tirer la conclusion qui s’impose : malgré des efforts considérables, nous avons perdu des semaines précieuses, et vu s’éloigner l’objectif commun et final de retour à une situation plus proche de la normale.
Sur les terrasses au printemps
Il ne faut plus avoir peur d’un confinement total, à condition qu’il soit de courte durée : c’est la seule stratégie qui a démontré son efficacité dans de nombreux pays, y compris le nôtre, en attendant qu’une proportion suffisante de la population soit vaccinée, ce qui ne sera effectif que dans plusieurs mois.
Encore faut-il que le déconfinement soit associé à un renforcement de toutes les mesures visant à diminuer le risque de contamination et à un tester/tracer/isoler efficace pendant cette période critique où il prend toute son importance pour éviter une reprise de l’épidémie. Le médecin, le restaurateur, l’étudiant et l’économiste pourront se réconcilier autour de cet objectif commun et de ce critère de jugement partagé.
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D’autres pays semblent l’avoir mieux compris et j’envie les Italiens qui ont retrouvé le chemin de leurs restaurants cette semaine. Je redoute le débordement capacitaire de nos hôpitaux et réanimations, le brassage des populations et des variants que porteront avec elles les vacances de février. Confinons vite, fort, mais le moins de temps possible et gérons mieux notre déconfinement. Donnons-nous les moyens de nous retrouver ensemble sur les terrasses au printemps. J’espère faire partager ma conviction, il est encore temps d’agir.
Bruno Riou, professeur de médecine, directeur médical de crise de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), doyen de la faculté de médecine Sorbonne Université.Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19
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Bruno Riou(directeur médical de crise de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris)
Face à la « poussée incroyable » du variant anglais, des médecins appellent à reconfiner
Par L.C. le 10-02-2021

Alors que la barre des 80.000 victimes a été franchie en France, plusieurs médecins plaident pour un reconfinement rapide, alertant sur “la poussée incroyable du variant anglais” et l’augmentation du nombre de clusters, notamment dans les hôpitaux parisiens.
“Sans confinement, les chances de contrôler l’épidémie sont minces”, affirmait ce dimanche 7 février le Pr Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre du Conseil scientifique, dans les colonnes du Journal du Dimanche. Alors que le Gouvernement a choisi de ne pas reconfiner les Français une troisième fois, le professeur de l’Institut Pasteur a indiqué que “les mesures que l’on prend aujourd’hui sont efficaces sur le virus de 2020, toujours majoritaire. Tout se jouera sur notre capacité à contrôler la progression du variant anglais”.
Sur le plateau de Jean-Jacques Bourdin, ce mercredi 10 février, le Dr Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon, à Paris, a déclaré que “retarder l’inéluctable est un pari hasardeux”,ne voyant pas “comment on pourrait échapper à un reconfinement sur le strict point de vue sanitaire”, au moins local. Ce dernier a en effet décrit une situation “alarmante” liée à la “poussée incroyable” du variant britannique sur notre sol avec “autour de 39% de nouvelles contaminations liées au variant anglais”.
Par ailleurs, l’infectiologue a alerté sur la situation hospitalière particulièrement tendue. “On a des clusters de variant anglais dans les hôpitaux parisiens, mélangeant soignants et soignés. Dans mon service, sur 13 lits, on a déjà eu trois ou quatre cas de variant”, a-t-il expliqué.
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Face à cette situation de tensions, le directeur médical de crise de l’AP-HP, Bruno Riou, a appelé dans une tribune publiée dans Le Monde à confiner “vite, fort, mais le moins de temps possible”, assurant que l’épidémie n’est pas contrôlée, et le sera d’autant moins avec la montée en puissance du variant anglais. “Il deviendra prédominant dans quelques semaines sans que personne n’imagine sérieusement pouvoir limiter ce processus”, a-t-il prévenu.
“Il ne faut plus avoir peur d’un confinement total, à condition qu’il soit de courte durée : c’est la seule stratégie qui a démontré son efficacité dans de nombreux pays, y compris le nôtre, en attendant qu’une proportion suffisante de la population soit vaccinée, ce qui ne sera effectif que dans plusieurs mois”, a préconisé le Pr Riou, par ailleurs doyen de la faculté de médecine Sorbonne Université.
Selon un article du Canard enchaîné, paru ce mercredi, le président de la République se serait agacé des scientifiques qui n’ont que cette solution à lui proposer. “J’en ai marre de ces scientifiques qui ne répondent à mes interrogations sur les variants que par un seul scénario : celui du reconfinement”, se serait-il exclamé lors du conseil de défense sanitaire du 3 février, ajoutant que tout devait être fait pour “éviter un reconfinement”.
La déclaration du porte-parole du Gouvernement, Gabriel Attal, ce mercredi, a confirmé la volonté de l’exécutif de ne pas reconfiner. Ce dernier a assuré qu’« Il existe bien un chemin pour éviter le reconfinement », à l’issue du Conseil de défense. « Il n’est pas large mais il existe et nous aurions tort de ne pas tout mettre en oeuvre pour y parvenir », a-t-il précisé. Le porte-parole a toutefois précisé que « la situation reste fragile », avec des disparités territoriales, des contaminations toujours élevées, la progression des variants, et une campagne de vaccination « à flux tendus ».
[avec actu.fr, BFM TV, et lemonde.fr]