Les mesures suggérées par les citoyens ont été « détricotées » dans le projet de loi « climat et résilience », de nombreuses organisations dénoncent le manque d’ambition.

Emmanuel Macron et Barbara Pompili, un attelage politique à l’épreuve de la loi « convention climat »

Le texte inspiré des travaux de la convention citoyenne doit être présenté mercredi en conseil des ministres. L’occasion de mesurer le rapport de force entre la ministre de la transition écologique et le chef de l’Etat sur les ambitions environnementales du quinquennat. 

Par Olivier FayePublié aujourd’hui à 03h16, mis à jour à 09h30  

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Barbara Pompili et Emmanuel Macron visitant l'usine Framatome au Creusot (Saône-et-Loire), le 8 décembre 2020.
Barbara Pompili et Emmanuel Macron visitant l’usine Framatome au Creusot (Saône-et-Loire), le 8 décembre 2020. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »

Lundi 14 décembre 2020. Un silence de cathédrale s’est abattu sur le palais d’Iéna, à Paris, siège du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Emmanuel Macron vient de confirmer aux membres de la convention citoyenne sur le climat qu’il entend soumettre à référendum leur proposition de réécriture de l’article premier de la Constitution.

Le mystère planait depuis six mois sur le devenir de cette promesse présidentielle visant à graver dans la loi fondamentale la lutte en faveur de l’environnement. La surprise est totale, y compris pour la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, assise à la droite du chef de l’Etat. « Excusez-moi, je me remets de mes émotions monsieur le Président », balbutie-t-elle au moment de reprendre la parole.

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La numéro trois du gouvernement n’avait pas été informée du timing de cette annonce. Certes, le locataire de l’Elysée voulait ménager l’effet de surprise. Mais l’épisode souligne surtout que la ministre est tenue à distance. « Ce n’était pas correct de la part de Macron », juge aujourd’hui un cadre de la majorité. Rien n’est simple depuis le début du quinquennat entre Emmanuel Macron et Barbara Pompili.

L’ancienne secrétaire d’Etat de François Hollande doit présenter en conseil des ministres, mercredi 10 février, le projet de loi « climat et résilience » inspiré des travaux de la convention citoyenne. « Une loi pivot, qui fait entrer l’écologie dans la vie quotidienne, va verdir notre modèle et notre système, et jouer un rôle de catalyseur », a-t-elle vanté dans Le Journal du dimanche, le 7 février.

Retournement de situation

Fin de la location des passoires thermiques en 2028, interdiction de la publicité en faveur des énergies fossiles, réduction par deux du rythme d’artificialisation des sols, interdiction des vols intérieurs quand une alternative en train existe en moins de deux heures trente minutes… La liste est longue, mais ne convainc pas forcément.

Le réalisateur Cyril Dion, un des garants de la convention, regrette ainsi que les mesures suggérées par les citoyens aient été « détricotées ». Dans un avis en date du 27 janvier, le CESE souligne pour sa part que ces dispositions, « en général pertinentes, restent souvent limitées, différées, ou soumises à des conditions telles que leur mise en œuvre à terme rapproché est incertaine »« Dans notre pays, on dit toujours que ce n’est jamais assez », s’agace Mme Pompili.

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Le retournement de situation a de quoi étonner. Avant d’être nommée au gouvernement, en juillet 2020, la députée (La République en marche, LRM) de la Somme poussait en effet l’exécutif à se montrer plus ambitieux dans sa politique environnementale. En 2018, elle appartenait au petit groupe d’élus de la majorité favorables à un amendement inscrivant dans la loi l’interdiction du glyphosate, contre l’avis du gouvernement. Un an plus tard, elle s’abstenait au moment du vote sur la ratification du CETA, le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada.

Sur le plan politique, sa candidature contre Richard Ferrand pour la présidence de l’Assemblée nationale, en septembre 2018, a aussi marqué les esprits. Face à ce fidèle de la première heure d’Emmanuel Macron, l’ancienne dirigeante d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) plaidait en faveur d’un « rééquilibrage » du macronisme.

Hulot : « Pas à la hauteur des enjeux »

Dans les mois précédant son entrée au gouvernement, enfin, la rumeur bruissait de sa volonté de quitter LRM en entraînant d’autres élus dans son sillage. Elle s’était alors présentée sur une liste dissidente du parti présidentiel aux élections municipales à Amiens. « Barbara Pompili a foutu le bordel pendant un an, résume une tête d’affiche de la Macronie. Dans les dîners à l’Elysée, le président parlait d’elle de façon assez verte. Mais elle lui a fait un peu peur, il ne voulait pas ouvrir un front avec elle. »

Cet art du rapport de force a permis à la quadragénaire de devenir la quatrième ministre de la transition écologique et solidaire depuis 2017, après Nicolas Hulot, François de Rugy et Elisabeth Borne. Pas d’intégrer, en revanche, le cercle d’influence d’Emmanuel Macron.

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« Ce projet de loi en l’état n’est pas à la hauteur des enjeux et de nos engagements »,a regretté M. Hulot dans un entretien au Monde, samedi. « Barbara Pompili a perdu tous ses arbitrages, sur la rénovation énergétique, la publicité, l’écocide… Je n’y vois pas les grandes mesures qui changent la donne », tance de son côté Matthieu Orphelin, député (ex-LRM) du Maine-et-Loire.

De fait, l’ancienne d’EELV doit composer avec un chef de l’Etat soucieux de rester éloigné de l’écologie façon « Amish »« Il faut que nous soyons fermes sur notre ligne : investissement, progrès, et faire de l’écologie sans revenir sur des droits acquis », défend l’eurodéputé et conseiller élyséen Stéphane Séjourné.

« Amplifier les ambitions du texte »

L’Assemblée nationale doit se saisir en mars du projet de loi. « Il y a la place dans le débat parlementaire pour amplifier les ambitions du texte », veut croire Jean-Charles Colas-Roy, député (LRM) de l’Isère. « Ça va être la foire à la saucisse », soupire à l’avance un ministre, qui anticipe une pluie d’amendements de la part de la majorité. A cette occasion, l’attitude des députés d’En commun, le microparti fondé par Barbara Pompili au sein de la majorité, sera scrutée de près.

Dans l’intervalle, la ministre tente de creuser son sillon sur d’autres sujets. En janvier, cette militante antinucléaire s’est ainsi réjouie qu’une étude décrive comme « techniquement possible » un futur basé entièrement sur les énergies renouvelables.

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« Notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire », affirmait pourtant, en décembre 2020, Emmanuel Macron lors d’un déplacement au Creusot (Saône-et-Loire). Barbara Pompili se trouvait alors à côté de lui, murée dans un silence de cathédrale.

Olivier Faye

110 organisations interpellent Emmanuel Macron sur la loi climat

Dans une lettre ouverte, les associations dénoncent le « manque d’ambition » du projet de loi « climat et résilience », issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, qui sera présenté, mercredi, en conseil des ministres. 

Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 11h32, mis à jour à 13h48  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/09/le-compte-n-y-est-pas-110-organisations-interpellent-emmanuel-macron-sur-la-loi-climat_6069310_3244.html

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Emmanuel Macron et la ministre française de la transition écologique, Barbara Pompili, visitent une ferme innovante à Tilly, en Normandie, le mardi 12 janvier 2021.
Emmanuel Macron et la ministre française de la transition écologique, Barbara Pompili, visitent une ferme innovante à Tilly, en Normandie, le mardi 12 janvier 2021. Christophe Ena / AP

Leur mise en garde intervient à 24 heures de la présentation du projet de loi climat. Une centaine d’associations de défense de l’environnement ou de lutte contre la pauvreté ont appelé Emmanuel Macron à « redonner vie » aux ambitions climatiques.

Dans une lettre ouverte au président de la République mise en ligne lundi, ces 110 organisations dénoncent le « manque d’ambition » du projet de loi « climat et résilience » issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat (CCC), qui sera présenté mercredi en conseil des ministres.

« Alors que les propositions des citoyens devaient être retranscrites dans la loi, force est de constater que le compte n’y est pas », estiment Greenpeace, la Fondation Nicolas Hulot, WWF, mais aussi la Fondation Abbé Pierre, ATD Quart-Monde, Attac ou encore la CFDT, UFC-Que Choisir, et la Confédération paysanne.

« Monsieur le Président de la République, en amenuisant de la sorte l’ambition des mesures proposées par la Convention citoyenne sur le climat, vous privez notre pays d’un formidable potentiel de sortie des crises, climatique, sanitaire, économique et sociale. »

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« Ne privez pas notre pays de ce nouveau souffle »

« Les bénéfices attendus des mesures proposées par les 150 citoyennes et citoyens sont pourtant nombreux : moins de personnes vivant dans des passoires énergétiques, une pollution de l’air réduite, une alimentation plus saine et accessible à tous, une offre de mobilité moins émettrice et plus inclusive, davantage d’emplois dans les secteurs-clés de la transition écologique, etc. », poursuivent-elles.

« Alors que le débat parlementaire va débuter, nos organisations attendent de votre gouvernement et des représentants et représentantes de notre nation qu’ils redonnent vie à l’ambition initiale de ce projet de loi. Ne privez pas notre pays de ce nouveau souffle dont il a plus que jamais besoin », insistent-elles, regrettant notamment que le texte adopte une approche d’« encouragement » à changer de pratiques, « là où une intervention des pouvoirs publics est requise ».

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Fin de la location des passoires thermiques en 2028, interdiction de la publicité pour les énergies fossiles, interdiction des vols domestiques s’il existe une alternative en train en moins de 2 h 30… Le projet de loi reflète, selon le gouvernement, près de la moitié des 149 propositions de la CCC destinées à réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici à 2030 par rapport à 1990. Mais les défenseurs de la planète dénoncent depuis plusieurs mois un détricotage de ces propositions.https://www.dailymotion.com/embed/video/k63cREQ65KBkpVvDAT9?ads_params=&api=postMessage&autoplay=false&id=player-k63cREQ65KBkpVvDAT9&mute=false&origin=https%3A%2F%2Fwww.lemonde.fr&queue-autoplay-next=false&queue-enable=false

Le Monde avec AFP

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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