Les vaccins ARN-messager, un bien public mondial ? Est-ce une si bonne idée, se demande Jean-Michel Bezat, journaliste économique

Vaccins : « Est-il injuste que les laboratoires qui ont pris le risque de suivre la piste de l’ARN messager en récoltent les fruits ? »

CHRONIQUE

Jean-Michel Bezat

Certaines voix politiques s’élèvent pour réclamer que les vaccins contre le Covid-19 deviennent, au nom du bien public mondial, des brevets génériques. Est-ce une si bonne idée, se demande Jean-Michel Bezat, journaliste économique au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 11h47, mis à jour à 13h50    Temps de Lecture 2 min. 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/02/08/vaccins-anti-covid-est-il-injuste-que-les-laboratoires-qui-ont-pris-le-risque-de-suivre-la-piste-de-l-arn-messager-en-recoltent-les-fruits_6069189_3234.html

Administration d’une dose du vaccin Pfizer le 22 janvier à Lamballe-Armor.
Administration d’une dose du vaccin Pfizer le 22 janvier à Lamballe-Armor. BENOIT TESSIER / REUTERS

Pertes et profits. Les crises sont propices aux grandes déclarations d’intention − et la pandémie de Covid-19 plus que d’autres. Dès la mi-juin 2020, alors que les premiers vaccins n’en étaient qu’à la phase des premiers essais, Emmanuel Macron avait défendu « cette vision d’un bien public mondial » dont l’accès doit être « octroyé au plus grand nombre ».

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Le chef de l’Etat jugeait néanmoins « logique que les efforts de recherche soient récompensés ». Huit mois plus tard, ils se déploient (trop) lentement, malgré le nombre croissant de vaccins (Pfizer, Moderna, AstraZeneca, Spoutnik V…) mis sur le marché. Le marché ? Pas vraiment ou pas complètement, quand il s’agit de vacciner l’ensemble de la population mondiale pour des raisons aussi éthiques que sanitaires. Après les retards de livraison, le débat monte en France sur l’urgence de faire tomber leurs brevets dans le domaine public et d’en faire des génériques. « Le sujet est trop grave pour laisser les brevets aux mains d’intérêts privés », clament haut et fort plusieurs élus du Parti communiste, dont son secrétaire national, Fabien Roussel, qui réclame la « réquisition » des usines.

Démotiver les chercheurs

A la guerre comme à la guerre ! Certains élus de La France insoumise ont relayé le message. Dénoncer les Big Pharma est toujours un exercice d’un bon rapport politique. C’est d’usage quand elles n’ont pas trouvé leur vaccin, comme Sanofi ; ou quand elles en ont trouvé un en un temps record et qu’elles en escomptent d’énormes revenus, comme les 15 milliards de dollars (12,5 milliards d’euros) attendus par l’américain Pfizer en 2021.

La ministre de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, lui a répondu, dimanche 7 février, sur France Info, que lever les brevets protégeant les vaccins était « une fausse bonne idée », pour une double raison : le problème actuel est celui de la production et il faut de très longs mois, selon elle, pour installer une usine de vaccins et certifier qu’elle répond à toutes les exigences de sécurité ; c’est aussi la concurrence entre biotechs, certes aidées par des subventions publiques (surtout aux Etats-Unis), qui a permis la mise au point de nombreux vaccins dans les pays occidentaux, en Russie et en Chine.

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La demande du PCF a le mérite de réclamer plus de transparence. Il a fallu la fuite d’une ministre belge, sur Twitter, pour apprendre que les prix négociés par la Commission européenne avec les laboratoires allaient de 1,80 à 18 euros la dose. Mais transformer aussi vite une innovation en générique risquerait de démotiver des chercheurs au moment où ils explorent des vaccins à spectre large pour tenir compte des mutations. Est-il injuste que ceux qui ont pris le risque de suivre la piste de l’ARN messager bien avant le Covid-19, comme l’équipe de BioNTech, en récoltent les fruits ? Cette reconnaissance n’est pas contradictoire avec la notion de bien public mondial. Aux pays riches et aux laboratoires de payer cette nécessaire solidarité envers les plus pauvres.

Jean-Michel Bezat

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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