Interview de Jean Castex: « investissements importants » à venir pour les hôpitaux », effet d’annonce, je donne d’une main et je retire de l’autre avec l’ONDAM ?

De nouveaux « investissements importants » à venir pour les hôpitaux, annonce Castex   

Par S. B. le 08-02-2021

 https://www.egora.fr/actus-pro/hopitaux-cliniques/65286-de-nouveaux-investissements-importants-a-venir-pour-les-hopitaux#xtor=EPR-3-1%5BNews_En_Bref%5D-20210208-%5B_1%5D

Dans une interview accordée au quotidien Ouest-France, le Premier ministre Jean Castex a promis que des « investissements importants » seraient « annoncés dans les prochaines semaines » pour les hôpitaux, s’ajoutant aux mesures du Ségur de la Santé. Il est par ailleurs revenu sur la stratégie du Gouvernement pour lutter contre la pandémie.

« Des investissements importants seront aussi annoncés dans les prochaines semaines, sans parler de la reprise d’un tiers de la dette hospitalière », a déclaré le Premier ministre au quotidien régional, à la veille d’une visite en Bretagne tout en rappelant qu’un « effort sans précédent » avait déjà été engagé par le Gouvernement au travers du Ségur de la Santé.

Dans le contexte de crise sanitaire, l’exécutif s’était déjà porté au chevet du système hospitalier l’été dernier avec le Ségur de la Santé, qui a abouti à une enveloppe de 8,2 milliards d’euros de revalorisation salariale ainsi que 15.000 embauches. A cela s’ajoute la reprise de la dette hospitalière à hauteur de 13 milliards d’euros.

« Il ne suffit pas d’acheter des lits chez Ikea pour ouvrir des places en réanimation! »

Le Premier ministre s’est agacé de la proposition d’augmenter le nombre de places en réanimation dans les établissements hospitaliers. « Il ne suffit pas d’acheter des lits chez Ikea pour ouvrir des places en réanimation ! Augmenter les capacités hospitalières, c’est avant tout former des anesthésistes et des infirmières spécialisées et c’est cela qui prend du temps. On a pris le mal à la racine en supprimant le numerus clausus, mais il faut dix ans pour former un médecin. Nous avons aussi su presque doubler les places de réanimation en cas de crise aiguë », s’est-il justifié.

Interrogé sur la décision du Gouvernement de ne pas confiner, en opposition avec les préconisations du Conseil scientifique, le Premier ministre s’est défendu de vouloir reprendre les commandes. « À aucun moment je n’ai eu le sentiment que la conduite de l’État était dictée par le Conseil scientifique. Leur expertise est très utile mais c’est au politique ensuite de prendre ses responsabilités, sans jamais perdre de vue notre objectif premier, notamment grâce aux données épidémiologiques : la protection de la santé des Français. » 

Louant la solidité du « système français », Jean Castex a toutefois appelé à « rester pragmatique et tirer les leçons d’une crise. Si des réformes doivent être engagées, elles le seront », a-t-il ajouté.

[Avec Ouest-France.fr]

ENTRETIEN EXCLUSIF. Face au Covid, « notre système de santé est très solide », assure Jean Castex

Le Premier ministre se rend à Brest et Châteaubourg (près de Rennes) ce samedi 6 février. Jean Castex a accordé un entretien exclusif à Ouest-France à l’occasion de ce déplacement. Confinement, vaccins, plan de relance, réformes à venir, résilience… Il fait le point sur l’état de la France, son action et ses convictions au cœur de la crise.

https://www.ouest-france.fr/politique/jean-castex/entretien-exclusif-jean-castex-notre-systeme-de-sante-est-tres-solide-7144602

« Pour traverser cette crise, nous avons pris des mesures très fortes d’accompagnement des entreprises dont l’activité est pour certaines d’entre elles totalement à l’arrêt depuis des mois. » Jean Castex, Premier ministre a accordé un entretien exclusif à Ouest-France.

Propos recueillis par François-Xavier LEFRANC, Yves-Marie…

Publié le 05/02/2021 à 20h20

Jean Castex a reçu Ouest-France jeudi soir, à Matignon, juste après la conférence de presse du 4 février sur la situation sanitaire du pays. Très précisément huit mois, jour pour jour, après sa nomination au poste de Premier ministre.

L’occasion de faire un point sur la situation dans laquelle se trouve la France, évoquer les perspectives d’avenir et tirer un premier bilan de son action.

Lire aussi. « Matignon, c’est comme au Scrabble, les mois comptent triple ! »

Pouvons-nous vraiment surmonter l’épidémie sans reconfiner le pays ?

Personne ne peut en être sûr. L’épidémie a marqué le pas ces derniers jours. Cela tient aux efforts que nous avons faits collectivement et aux mesures en place depuis plusieurs semaines. Un nouveau confinement supposerait que les choses se dégradent fort. C’est une réponse de dernier recours, parce que si nous en connaissons les effets pour freiner l’épidémie, nous en connaissons aussi le coût social, humain et même sanitaire parfois. J’ai la conviction que nous pouvons encore l’éviter.

Vous avez surpris tout le monde en décidant de ne pas reconfiner, la semaine dernière…

Je vois bien certains sondages qui affirment que les Français seraient pour le reconfinement. Ce n’est pas si simple. Un confinement efficace supposerait la fermeture de beaucoup de nos commerces, mais aussi potentiellement celle de nos établissements scolaires. Or la France fait partie des pays qui sont parvenus à maintenir l’activité et les écoles ouvertes le plus longtemps depuis le début de l’épidémie. On peut en être fier.

Ne pas suivre l’avis des médecins, c’est une manière d’affirmer que les politiques reprennent les commandes ?

C’est une idée complètement fausse. Je suis le dossier depuis le 4 avril 2020, avant même de prendre la tête du gouvernement. À aucun moment je n’ai eu le sentiment que la conduite de l’État était dictée par le Conseil scientifique. Leur expertise est très utile mais c’est au politique ensuite de prendre ses responsabilités, sans jamais perdre de vue notre objectif premier, notamment grâce aux données épidémiologiques, la protection de la santé des Français. N’oublions pas que lors du confinement d’octobre, nous avions 50 000 personnes positives par jour, contre 20 000 aujourd’hui.

« Il ne suffit pas d’acheter des lits chez Ikea pour ouvrir des places en réanimation ! »

Mais il n’y avait pas de variants en octobre…

C’est exact, mais nous avons conservé beaucoup de mesures de freinage de l’épidémie : beaucoup d’activités restent fermées, le couvre-feu a été avancé à 18 heures, nous avons renforcé les contrôles aux frontières et des lieux de brassages à travers la fermeture des grands centres commerciaux et le renforcement du télétravail ! Regardons ce qui se passe chez nos voisins qui confinent aujourd’hui : les Anglais avaient gardé leurs bars ouverts et n’avaient pas rendu le port du masque obligatoire. Les Allemands ont déclenché leur deuxième confinement beaucoup plus tard que nous. Par ailleurs, nos hôpitaux ont fait des progrès considérables. Des malades qui auraient été hospitalisés l’an dernier peuvent être maintenus à domicile aujourd’hui, suivis avec succès par leur médecin traitant. Le corps social s’adapte bien à la crise.

Faut-il augmenter le nombre de lits en réanimation ?

J’entends parfois cette question, mais il ne suffit pas d’acheter des lits chez Ikea pour ouvrir des places en réanimation ! Augmenter les capacités hospitalières, c’est avant tout former des anesthésistes et des infirmières spécialisées et c’est cela qui prend du temps. On a pris le mal à la racine en supprimant le numerus clausus, mais il faut dix ans pour former un médecin. Nous avons aussi su presque doubler les places de réanimation en cas de crise aiguë. Enfin, vous posez une question structurelle : faut-il dimensionner les services, notamment ceux de réanimation, en fonction d’une crise qui survient une fois par siècle ? Je ne le crois pas, même si nous avons engagé un effort sans précédent de soutien à nos hôpitaux, à travers le Ségur de la santé et les revalorisations conséquentes pour les professionnels hospitaliers. Des investissements importants seront aussi annoncés dans les prochaines semaines, sans parler de la reprise d’un tiers de la dette hospitalière.

Il y aura beaucoup à revoir dans l’organisation de notre système de santé ?

Rappelons d’abord que le système français est très solide. Tout le monde est soigné, ça ne coûte rien – ou presque – aux malades, les plus hautes technologies sont présentes. Mais il faut toujours rester pragmatique et tirer les leçons d’une crise. Si des réformes doivent être engagées, elles le seront.

Pourquoi l’État ne s’appuie-t-il pas plus sur les collectivités locales pour gérer la crise ?

L’État concerte et s’appuie évidemment sur les collectivités, pour la campagne vaccinale, par exemple. Mais une crise d’une telle ampleur doit être pilotée au niveau national. L’autonomie ou le fédéralisme ne facilite pas toujours les choses. Certains de nos voisins n’ont pas réussi à fermer leurs restaurants ou leurs stations de ski parce que la décision n’appartenait pas à l’État central, alors même, et ils le reconnaissent, qu’il aurait fallu le faire.

« Toutes les personnes qui souhaitent se faire vacciner le pourront avant la fin de l’été »

Les personnes âgées isolées, qui ne vivent pas en Ehpad, pourront-elles toutes se faire vacciner ?

Je veux les rassurer : il n’y aura pas d’oubliés. Je comprends l’impatience mais je demande simplement à tous ceux qui n’arrivent pas à obtenir un rendez-vous tout de suite de faire preuve d’un peu de patience. Nous avons suivi les recommandations des autorités sanitaires en priorisant d’abord les plus vulnérables. Mais nous avons pris un engagement : toutes les personnes qui souhaitent se faire vacciner le pourront avant la fin de l’été.

Envisagez-vous de nouvelles mesures sur la circulation des personnes pendant les vacances ?

Nous sommes obligés d’être beaucoup plus stricts sur les contrôles aux frontières pour faire barrage aux variants. En revanche, restreindre les déplacements sur le territoire français n’aurait de sens que si la présence du virus était très inégale sur le territoire. J’appelle néanmoins nos concitoyens à la plus grande vigilance. Et je leur fais complètement confiance. Ils l’ont montré pendant les vacances de Noël.

Le déploiement du plan de relance répond-il à vos attentes ?

Pour traverser cette crise, nous avons pris des mesures très fortes d’accompagnement des entreprises dont l’activité est pour certaines d’entre elles totalement à l’arrêt depuis des mois. Nous n’avons pas à rougir de ce qui a été fait. Il faudra rester très vigilant sur ce qui va se passer après la crise, quand les aides exceptionnelles s’arrêteront. C’est là que certaines défaillances d’entreprises apparaîtront. Raison de plus pour déployer le plan de relance. C’est 100 milliards d’euros, dont 40 payés par l’Europe. Nous voulons donner de l’activité à des entreprises qui vont en perdre à cause de la crise, reconvertir les salariés licenciés vers des secteurs où il y a des besoins d’embauches. Sept milliards d’euros sont prévus pour les jeunes qui auront du mal à trouver du travail.

Quel premier bilan pouvez-vous en tirer ?

Il est très favorable, mais contrasté. Il y a d’excellentes nouvelles pour l’industrie : relocalisations, innovations, numérisation… On a eu cinq, dix fois plus de projets que d’argent initialement prévu. Nous allons donc investir davantage, rouvrir des enveloppes pour la reconversion de l’agriculture, pour la modernisation de nos entreprises industrielles… En 2020, 500 000 jeunes ont choisi l’apprentissage. C’est bien plus qu’en 2019, qui était déjà une année exceptionnelle. France relance est aussi un formidable outil pour préparer le pays aux défis à venir, je pense notamment à celui du dérèglement climatique.

« Assurance chômage, retraites : ces réformes sont nécessaires pour le pays »

Ce plan de relance va-t-il avoir une déclinaison régionale ?

Dans les régions et dans les communautés de communes. Nous allons y signer des contrats de relance de transition écologique. Je veux que le plus petit canton de Bretagne et d’ailleurs émarge au plan de relance. Pour faire des pistes cyclables, de l’isolation thermique des bâtiments… : du concret, avec des effets rapides pour les citoyens.

Où trouvez-vous tout cet argent ?

Nous empruntons. Est-ce raisonnable de faire ça ? Oui. Il y a d’ailleurs un consensus des économistes sur le sujet. Si l’État n’intervenait pas dans cette crise, les conséquences à moyens termes seraient bien plus dramatiques, y compris économiques.

Mais cette dette, il va falloir la rembourser…

Nous avons une chance, actuellement on s’endette presque à des taux négatifs. Ce n’est donc pas la charge des intérêts qui va grever les finances publiques. Mais il reste le capital. Le plan de relance créera de la croissance. Quand la pandémie est arrivée, l’économie mondiale était solide. On peut espérer un rebond assez fort après. La meilleure façon de rembourser sera que la croissance retrouvée rende notre économie plus compétitive, avec plus d’emplois. Les recettes fiscales et sociales seront alors aussi accrues.

Faudra-t-il aussi poursuivre des réformes structurelles, sur l’assurance chômage, les retraites ?

Oui. Il faut dire la vérité aux Français : ces réformes sont nécessaires pour le pays. Que le temps ne soit pas venu pour les faire, car la priorité c’est la santé et l’emploi, je le comprends. Mais il faudra s’emparer du sujet quand le moment sera opportun car nous ne pouvons pas laisser notre protection sociale dans une situation de déficit fort et durable.

Ce sera pour le prochain quinquennat ?

Répondre à cette question impliquerait de savoir quand prendra fin la crise sanitaire. Mais nous avons la volonté de réaliser ces réformes.

Une hausse des impôts n’est donc toujours pas d’actualité ?

Non, nous n’augmenterons pas les impôts. Ce qui est capital, c’est de créer la confiance pour les entrepreneurs et pour les ménages, qui ont épargné 100 milliards au cours de cette crise. Je ne crois pas qu’augmenter les impôts les inciterait à investir ou à consommer à nouveau.

« Les Français sont extrêmement résilients »

Comment trouvez-vous les Français face à la crise ?

Il y a eu un effet de sidération. Pourquoi nos sociétés et nos sciences si développées ne sont-elles pas capables d’arrêter un virus ? Mais s’il y a une leçon à tirer de la période, c’est que les Français sont extrêmement résilients face à un choc que la France n’a pas connu depuis des décennies. C’est dans ces instants-là que l’on voit qu’un peuple est résistant. C’est une épreuve collective. Nous savons nous adapter en de telles circonstances. Nous allons faire face.

Même les jeunes ?

Bien sûr ! Beaucoup d’entre eux souffrent et c’est pour moi un vrai sujet de préoccupation, mais je sais aussi combien nos jeunes sont combatifs. L’État doit les aider parce que les temps sont durs. Nous leur devons de pouvoir poursuivre leurs études le mieux possible, compenser leurs difficultés financières accrues par cette crise, par les aides que nous avons mis en place. L’objectif est qu’il y ait le moins possible de jeunes au bord du chemin. Ils relèveront ce défi. J’ai confiance en eux.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire