En Île de France un rapport incie à instaurer une taxation des camions pour financer « un plan Marshall des mobilités »

« L’écotaxe poids lourds » refait surface

Un rapport sur la mobilité en grande couronne d’Ile-de-France appelle à instaurer une taxation des camions pour financer « un plan Marshall des mobilités ». 

Par Eric BéziatPublié aujourd’hui à 11h30  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/02/08/l-ecotaxe-poids-lourds-refait-surface_6069181_3234.html

Sur le périphérique parisien, le 5 novembre 2020.
Sur le périphérique parisien, le 5 novembre 2020. THOMAS COEX / AFP

C’est l’un des mots tabous de la politique française en matière de mobilité depuis plusieurs années. Mais voilà que « l’écotaxe poids lourds » – celle qui avait déclenché, fin 2013, la révolte des « bonnets rouges » – réapparaît dans la sémantique des élus français. Plus précisément, l’idée refait surface dans un rapport sur l’avenir de la mobilité en grande couronne d’Ile-de-France à paraître mardi 9 février, et que Le Monde a pu consulter.

« Nous voulons un plan d’investissement massif et spécifique pour la grande couronne, un plan Marshall des mobilités », déclare François Durovray, président LR du conseil départemental de l’Essonne, auteur du rapport avec sept parlementaires essonniens d’horizons variés (trois LR, deux LRM, un centriste et l’« électron libre » Cédric Villani). Personnalité montante sur les sujets de mobilité, M. Durovray, 49 ans, affirme avoir produit ce travail après une demande informelle émanant du cabinet du ministre délégué chargé des transports, Jean-Baptiste Djebbari.

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Le texte part d’un double constat. D’abord, celui d’un besoin fort et structurel de transports dans ces territoires éloignés de la métropole-centre tout en y étant étroitement connectés. Ensuite, celui d’une impasse budgétaire pour lancer des chantiers de mobilité. Le rapport recense 46 projets ferroviaires ou routiers de transports en commun programmés en Ile-de-France, mais pas démarrés car non financés. Les besoins sont pourtant criants. La grande couronne est la seule zone d’Ile-de-France où le trafic automobile continue d’augmenter depuis l’an 2000. Chaque jour, note M. Durovray, 200 000 Essonniens quittent le département pour aller travailler à Paris, sur une population en âge de travailler d’environ 700 000 personnes.

Place donc à « une écotaxe ciblant les poids lourds et les véhicules utilitaires légers » à l’échelle de l’Ile-de-France. La région « aurait vocation à être maître d’ouvrage de ce déploiement », qui pourrait s’appuyer sur les portiques équipés de caméras existant encore sur le réseau. Des vestiges de l’écotaxe enterrée en 2014.

Stratégies d’évitement

« Les départements devraient pouvoir aussi avoir la possibilité de déployer le dispositif », précise le rapport. « Un camion peut traverser la France sans faire le plein et donc sans verser de taxe », souligne M. Durovray, lequel fustige les stratégies d’évitement de certains routiers, qui se détournent de l’autoroute payante pour emprunter le réseau non concédé qu’ils dégradent fortement sans avoir à en payer les conséquences. C’est précisément le cas en Essonne, avec la nationale 20, qui sert d’itinéraire bis à un grand nombre de camions quittant l’A10. M. Durovray se dit d’ailleurs candidat le plus vite possible à la mise en place d’une écotaxe sur la RN20.

La route de l’écotaxe va être ouverte par la loi « climat et résilience », présentée en conseil des ministres le 11 janvier et issue de la convention citoyenne pour le climat

Ce retour inattendu d’une taxation spécifique des poids lourds n’a pas seulement germé dans la tête des politiciens franciliens. La collectivité européenne d’Alsace, créée le 1er janvier 2021 par la loi Alsace, a récupéré les compétences sur les routes et autoroutes non concédées. Ses responsables ne cachent pas leur intention de mettre en place dès que possible une écotaxe pour empêcher le détournement, sur les routes alsaciennes, de flots de camions venus d’Allemagne, où ils sont soumis à un impôt poids lourds. A cette fin, une ordonnance est en préparation pour donner un cadre juridique d’ici à juin.

Le gouvernement va encore plus loin. La route de l’écotaxe va être ouverte par la loi « climat et résilience », présentée en conseil des ministres le 11 janvier et issue de la convention citoyenne pour le climat. Un article de ce nouveau texte va dupliquer la disposition écotaxe inscrite dans la loi Alsace. Les collectivités auront alors la possibilité d’instaurer une « contribution poids lourds » (ce terme a été préféré à la sulfureuse « écotaxe ») sur le réseau qu’elles gèrent. Ce sont essentiellement des départements qui sont concernés, mais des régions pourront aussi avoir la main. A terme, le gouvernement souhaite régionaliser cette compétence pour éviter la cacophonie fiscale dans une même région.

Désenclavement de la lointaine banlieue

Reste à faire avaler le principe aux transporteurs français, grands et petits. « L’acceptation passera par une affectation de la taxe, affirme François Durovray. On doit absolument éviter qu’elle aille se noyer dans le budget général. La taxation de la route doit aller à la route ou aux transports en commun qui permettent de réduire les embouteillages. » 

Cette manne financière (feu la précédente écotaxe aurait rapporté annuellement 150 millions d’euros à l’Ile-de-France, selon le rapport) irait donc à des projets de désenclavement de la lointaine banlieue. A commencer par une généralisation des lignes express de transports collectifs le long des axes autoroutiers avec des voies réservées, comme c’est le cas avec la ligne de bus Dourdan-Massy sur l’A10, dont le succès est grandissant et qui arrive d’ailleurs à saturation.

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Le rapport propose, sur le même modèle, un corridor de transport express sur l’autoroute A6. M. Durovray souhaite aussi l’aménagement de voies réservées au covoiturage sur les axes autoroutiers passant par la suppression de la bande d’arrêt d’urgence et une réduction de la vitesse maximale autorisée (là aussi à faire accepter aux usagers).

En matière ferroviaire, le rapport n’imagine pas le lancement de grands projets, mais plutôt une modernisation ou une réhabilitation du réseau existant. Il propose également de réduire les tarifs et abonnements au transport public payés par les habitants de la grande couronne, pour à la fois acter le fait que le service de transport y est dégradé et les inciter à laisser davantage leur voiture au garage.

Eric Béziat

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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