Déserts médicaux : dix millions de Français vivent dans un territoire où l’accès aux soins est inférieur à la moyenne
Par M.J. le 04-02-2021

Dix millions de Français vivent dans un territoire où l’accès aux soins est de qualité inférieure à la moyenne, alerte l’Association des maires ruraux de France qui publie, jeudi 4 février, une nouvelle étude sur la dégradation des déserts médicaux sur notre sol.
Réalisée pour l’Association des maires ruraux de France (AMRF) par Emmanuel Vigneron, professeur des universités à Montpellier et spécialiste de l’approche territoriale de la santé, une nouvelle étude sur la démographie médicale* révèle que dix millions d’habitants vivent dans un territoire où l’accès aux soins est de qualité inférieure à celle de la moyenne des territoires français.
https://fr.calameo.com/read/00530798976b211c0b720
Le document souligne que la densité pour 1.000 habitants pour toutes les catégories de médecin « est systématiquement inférieure à la campagne par rapport aux territoires hyper-urbains ». Concernant les médecins spécialistes, leur nombre est même deux fois moins important dans les départements hyper-ruraux.
L’étude indique également que le nombre de cantons dépourvus de médecins est passé de 91 en 2010 à 148 en 2017, soit une augmentation de 62%. La densité médicale a d’ailleurs baissé de plus d’un tiers dans 30% de l’ensemble des cantons pendant la même période.
L’AMRF alerte ainsi sur la “dégradation des déserts médicaux”, alors que l’épidémie de Covid n’est toujours pas endiguée en France. « Nous ne sommes qu’au début de la crise. Si rien n’est fait, on court vraiment à la catastrophe », s’inquiète Dominique Dhumeaux, premier vice-président de l’Association. A ses yeux, « cette difficulté d’accès aux soins est insoutenable”. « J’ai du mal à imaginer comment notre société va absorber cette profonde injustice. Rien n’explique que pour 1.000 habitants, il y ait moins de médecins en milieu rural qu’en ville. Il n’y a pas moins d’enseignants ou de pharmaciens », déplore-t-il encore.
Autre problème majeur à prendre en considération pour les élus : la moyenne d’âge des praticiens, toujours plus élevée dans les territoires ruraux. « Plus de la moitié des médecins en rural sont âgés de plus de 55 ans et un bon nombre a déjà largement dépassé les 70 », souligne Dominique Dhumeaux, qui rappelle que « les jeunes médecins sont beaucoup plus nombreux en ville ». « J’ai même tenté ma chance avec Doctolib » : installé en Bretagne, un médecin sicilien déplaque faute de patients
Fin 2020, l’AMRF avait publié deux autres études, la première révélant que l’espérance de vie à la campagne se dégradait depuis le début des années 2000 par rapport aux villes et la seconde, que les habitants des régions rurales « consomment 20% de soins hospitaliers en moins que ceux des villes ».
[avec AFP]
Plus d’un Français sur 10 habite dans un désert
Par S.B. le 08-12-2020

D’après une étude publiée par l’Association des maires de France (AMF) et la Mutualité française, la désertification médicale s’est accélérée en France et pourrait encore se dégrader si des mesures ne sont pas prises.
« 11,1% des Français habitaient dans un désert médical » en 2019, année sur laquelle porte l’étude, soit 7,4 millions de Français contre 5,7 millions en 2016 (8,6%). « Il y a une accélération de la désertification médicale », a affirmé Séverine Salgado, directrice santé à la Mutualité française, lors de la présentation du premier baromètre santé réalisé avec l’Association des maires de France (AMF). « L’offre (de soins) est mal répartie sur le territoire et elle se rétracte inexorablement », a-t-elle constaté.
Ces chiffres sont plus importants que ceux de la statistique publique (Drees) qui estimait en février à 3,8 millions de personnes le nombre de Français vivant dans un désert médical en 2018 (5,7% de la population), qui se définit comme « une zone où les habitants ne peuvent en moyenne bénéficier au plus que de 2,5 consultations de médecine générale par an ».
« Si nous ne faisons rien, la situation va se détériorer », a prévenu Séverine Salgado, rappelant que beaucoup de généralistes se rapprochent de l’âge de la retraite. « Or, c’est dans les départements où la densité médicale est la plus faible que les médecins sont aussi les plus âgés », a-t-elle prévenu. Ainsi en 2019, un médecin généraliste sur trois a plus de 60 ans.
Selon le baromètre, la France dénombre en moyenne 151 médecins généralistes pour 100.000 habitants, mais les écarts sont très importants entre les départements. Celui de l’Eure est celui qui en compte le moins (94) et celui des Hautes-Alpes est celui qui en dispose de plus (248).« J’ai même tenté ma chance avec Doctolib » : installé en Bretagne, un médecin sicilien déplaque faute de patients
Une seconde étude, réalisée par l’Association des maires ruraux de France (AMRF) se veut encore plus alarmiste. Selon elle, les habitants des régions rurales « consomment 20% de soins hospitaliers en moins que ceux des villes ». « Cela démontre, hélas, qu’à force d’être éloignés de l’accès aux soins, les gens ne vont plus ou vont moins chez le médecin ou, quand ils y vont, trop tard », regrette auprès Dominique Dhumeaux, premier vice-président de l’AMRF et maire de Fercé-sur-Sarthe, localité de 600 habitants.
https://fr.calameo.com/read/0053079896ebd557b34d0
https://fr.calameo.com/read/005307989d7a938d7abc6
François Baroin, le président de l’AMF, a appelé à un « big bang médical territorial » pour remédier à la desertification. « Nous avons formulé des propositions en termes de réorganisation de santé », a-t-il ajouté, rappelant que l’accès aux soins ne fait pas partie pour l’instant des compétences des maires. « Il faut de nouveaux véhicules législatifs pour que les maires ou les inter-communalités puissent être des acteurs du financement de la médecine généraliste, hospitalière », a-t-il affirmé.
[avec AFP]
Déserts médicaux : « Il faut légiférer pour pousser les médecins à aller vers ces zones »
Santé

Propos recueillis par Margot Brunet
Publié le 04/02/2021 à 18:20
Une étude parue jeudi 4 février remet à l’ordre du jour la question des déserts médicaux, pointant du doigt l’augmentation du nombre de territoires concernés. L’association des Maires Ruraux de France exhorte le ministère de la Santé à prendre des mesures fortes.
« Dis-moi où tu habites, je te dirais comment tu mourras« . Ainsi débute l’un des dossiers publiés par l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF) à propos des déserts médicaux. Une assertion “loin d’être dénuée de fondements tant la réalité subie par de nombreux Français pour accéder aux services de soins s’est dégradée ces dernières décennies”. Pour remettre la question au centre des préoccupations, l’association a demandé à Emmanuel Vigneron, professeur des universités à Montpellier et spécialiste de l’approche territoriale de la santé, de se pencher sur la question.
Le constat est sans appel. En tout, trois études ont été publiées depuis décembre. La première alerte sur l’espérance de vie à la campagne : les ruraux vivent aujourd’hui en moyenne deux ans de moins que les citadins. La deuxième s’attarde sur la prise en charge hospitalière : elle rapporte que les habitants des régions rurales consomment 20 % de soins hospitaliers en moins que ceux des villes. Enfin, la troisième pointe du doigt un chiffre éloquent : “dix millions d’habitants vivent dans un territoire où l’accès aux soins est de qualité inférieure à celle de la moyenne des territoires français”. Surtout, les choses vont en s’aggravant : le nombre de cantons dépourvus de médecins est passé de 91 en 2010 à 148 en 2017, soit une augmentation de 62 %. Les maires ruraux demandent donc au gouvernement d’agir. Entretien avec Dominique Dhumeaux, vice-président de l’AMRF et maire de Fercé-sur-Sarthe (Sarthe).
Marianne : Quels sont les points marquants de ces études ?
Dominique Dhumeaux : Un problème qui n’est pas nouveau. Dans certains départements, un tiers de la population n’a plus de médecin. Quand on tombe malade, on n’a pas d’autres solutions que d’aller aux urgences pour avoir un diagnostic. Urgences qui se retrouvent en détresse face à cet afflux de patients. D’autres tardent à consulter, s’habituent à la douleur ou se tournent vers l’automédication. Ils voient alors un médecin trop tard, ou alors que le coût pour soigner la pathologie est devenu exorbitant. C’était déjà le cas depuis plusieurs années, mais le problème prend une ampleur considérable.
En zone rurale, plus de la moitié des médecins a plus de 55 ans, certains ont jusqu’à 75 ans et sont obligés de continuer à exercer. Leur nombre va s’effondrer, puisqu’ils ne seront pas renouvelés. Forcément, puisque les médecins ont la liberté de s’installer où ils le souhaitent, ils vont vers les lieux les plus agréables pour eux, où ils peuvent accéder à des lieux culturels, etc. On se retrouve donc avec des zones où se trouvent à la fois moins de généralistes, mais aussi moins de spécialistes. Cette catastrophe, qui a déjà commencé, aura lieu d’ici 4 ou 5 ans. C’est une bombe sociale à retardement, alors que l’espérance de vie en milieu rural se dégrade déjà à une vitesse catastrophique.
Les mesures prises jusqu’ici ne sont donc, selon vous, pas assez efficaces…
Il n’y a aucun outil en place pour obliger les médecins à aller vers ces zones, ni pour accompagner les collectivités vers la télémédecine. Des maisons de santé ont été créées pour que les praticiens puissent travailler ensemble, ça leur a permis de se réunir. Ça a certainement amorti le choc en rendant certains des territoires attractifs à des professionnels pendant un certain temps, mais ce n’est plus suffisant. Bien sûr, la fin du numerus clausus, il y a un an et demi, aidera en partie : le nombre de médecins augmentera, et certains s’installeront dans les zones où on manque de médecins. Mais il faut 9 à 10 ans pour former un médecin : cela ne le réglera donc certainement pas d’ici là, alors que nous prévoyons une situation extrêmement tendue dans les 4 ou 5 ans.
Pendant longtemps, on a mis l’accent sur la capacité des élus à se mobiliser. Ce n’est pas la solution. Un élu qui réussit à trouver un médecin pour sa commune est parfois obligé de le piquer à un autre. Il ne faut plus leur faire porter cette responsabilité, c’est celle de l’État, du Ministère de la Santé.
Vous plaidez donc pour des mesures autoritaires.
C’est le ministère de la Santé, avec les ARS, qui gère le nombre de médecins sur un territoire. C’est à lui d’imposer l’installation de certains d’entre eux, pendant une période, dans les déserts médicaux. Olivier Véran, sur ce sujet, rassure les médecins : il leur dit de ne pas s’inquiéter, qu’ils ne seront pas forcés de travailler loin de leur domicile. C’est incohérent, il le fait simplement pour ne pas s’attirer les foudres des syndicats de médecins.
La télémédecine, qui s’est généralisée avec le Covid-19, est une piste. On sait qu’environ 15 % des consultations peuvent se faire à distance, pour des renouvellements d’ordonnances par exemple. Il faut que le ministère mette en place des outils pour promouvoir la téléconsultation et la rendre possible partout. Il faut aussi donner plus de compétences aux infirmiers, ils peuvent se charger de certains actes médicaux dans des zones où ils sont les seuls à être présents. Une autre clé, sur le long terme, est la prévention : il faut faire en sorte d’expliquer aux gens pourquoi prendre soin d’eux, faire du sport, bien manger est essentiel, que cela prévient certaines pathologies.
Depuis longtemps, les ARS font en sorte que cette problématique ne soit pas largement visible du public, et ne donnent pas les chiffres éloquents à ce sujet. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons demandé ces études à M. Vigneron. Il travaille sur des chiffres officiels. Désormais, le constat n’est plus contestable, et nous voulons être inclus aux discussions avec les ARS. Si le gouvernement est en mesure de nous proposer autre chose, tant mieux. Nous voulons que la pression devienne telle qu’il n’y ait pas d’autre choix que de légiférer pour pousser les médecins à aller vers ces zones. On ne peut pas tolérer que des gens meurent plus tôt parce qu’ils vivent dans un certain territoire.