A Lyon, les écologistes bousculent Vinci
La métropole a incité le groupe immobilier à abandonner un projet dans le très prisé quartier de la Croix-Rousse, pour y construire des logements sociaux.
Par Richard Schittly(Lyon, correspondant)Publié hier à 18h34, mis à jour à 08h24
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Aux manettes de la métropole et de la mairie de Lyon, les écologistes veulent marquer les esprits, sans craindre de bousculer les habitudes locales. Après avoir repris la régie de l’eau au groupe Veolia, en privant le géant mondial d’un marché d’environ 90 millions d’euros par an, l’exécutif métropolitain vient de tordre le bras à Vinci, en reprenant la main sur un projet immobilier hautement symbolique. L’exécutif de la métropole a décidé de piloter la construction d’un ensemble de logements qui était promis au puissant promoteur, dans le quartier de la Croix-Rousse, à Lyon. Il s’agissait pour Vinci d’ériger un ensemble immobilier en lieu et place d’un ancien collège désaffecté, dans un secteur où le prix de l’immobilier figure en haut des palmarès de la capitale des Gaules. Dans ce 4e arrondissement, le prix de vente avait atteint 10 000 euros le mètre carré pour un studio, un record en pleine campagne électorale.
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« Nous voulons rendre le logement plus décent et plus accessible, encadrer les loyers et rééquilibrer le territoire. La politique gouvernementale a amplifié les problèmes, notre collectivité doit se donner des outils plus volontaristes que par le passé »,déclare Bruno Bernard, président (EELV) de la métropole de Lyon, en présentant l’opération de la Croix-Rousse, mercredi 3 février. Les nouveaux élus ont prévu d’injecter 518 millions d’euros dans l’habitat, sur les 3,6 milliards d’euros de leur programmation pluriannuelle des investissements (PPI), votée lors du dernier conseil métropolitain, le 25 janvier. Le plan de mandat ambitionne la construction de 6 000 logements sociaux par an, dont 1 000 en accession à la propriété, d’ici à 2026.
Prix de revente encadré
Le collège Maurice-Scève, du nom de l’auteur lyonnais de Délie au XVIe siècle, a été construit sur le terrain de la maison de naissance de Joseph Henri Grouès, dit l’Abbé Pierre, de son nom de résistant. Fermé pour cause d’insalubrité, l’ancien collège a ensuite été occupé par des mineurs isolés, puis des migrants africains, soutenus par un réseau associatif très actif. « En plein “boboïstan”, le lieu de naissance du fondateur d’Emmaüs ne pouvait tout simplement pas se transformer en site spéculatif », insiste l’entourage du président de la métropole.
Le futur ensemble se veut entièrement « abordable », avec 40 % de logements en location sociale, et 60 % en accession à la propriété pour ménages modestes, sous les plafonds du prêt social location-accession (PSLA). Un système de bail réel solidaire (BRS) doit encadrer le prix de revente, pour éviter des surenchères. Outre les logements, la métropole souhaite préserver l’accès public à l’esplanade, à l’arrière du bâtiment, avec vue imprenable sur le parc de la Tête d’or et la chaîne des Alpes à l’horizon.
Le prix de vente des logements du futur ensemble devrait se limiter à 3 400 euros le mètre carré, parking inclus. Un niveau inférieur de l’ordre de 50 % du prix du marché dans le quartier des mythiques Canuts. « Dans ce lieu si emblématique du squat Maurice-Scève, nous freinons l’inflation », se félicite Renaud Payre, vice-président (PS) chargé de l’habitat, du logement social et de la politique de la ville.
Un symbole politique
Le thème du logement renforce la cohésion de la majorité métropolitaine. Les écologistes musclent leur fibre sociale, et la gauche retrouve son thème majeur de campagne. « Sur dix demandes de logement social, une seule est satisfaite actuellement, cela ne peut plus durer », souligne Renaud Payre, par ailleurs chef de file de la gauche unie, alliée aux écologistes au second tour des élections.
L’opération s’appuie sur la Foncière solidaire, constituée d’une dizaine de partenaires, dont la métropole et les villes de Lyon et Villeurbanne. L’organisme public est chargé d’acquérir le maximum de terrains constructibles, et de les louer aux opérateurs immobiliers pour une redevance modique. But : limiter le coût du foncier, et donc celui des logements. Lancée par David Kimelfeld, l’ex-président de la métropole (ex-LRM), la Foncière solidaire va passer de 182 logements produits actuellement à une moyenne de 1 000 par an. « Le nerf de l’urbanisme, c’est le foncier. Nous allons tenir une politique de préemption et de négociation, dans une stratégie foncière beaucoup plus active », résume Béatrice Vessiller. La vice-présidente (EELV), chargée de l’urbanisme et du cadre de vie, annonce 300 millions d’euros d’investissements dans les acquisitions foncières, dont 95 millions cette année.
Même si son chiffre d’affaires n’en souffrira pas trop, le coup est rude pour Vinci, opérateur historique à Lyon, très présent dans les travaux publics et l’immobilier. Officiellement, le promoteur a lâché le projet Scève sans contentieux, en laissant passer le délai du permis de construire, établi à fin 2020. Contactée, la société n’a pas souhaité faire de commentaire. Officieusement, le nouvel exécutif métropolitain a fait comprendre en coulisses que le terrain de la métropole n’était plus à vendre pour un projet à haut rendement. Et qu’il allait devenir l’illustration emblématique de sa politique de logement.