Jean Rottner, président LR de la région Grand-Est : sur la crise sanitaire, « les élus ont un devoir d’alerte »
Invité du Club de l’économie du « Monde », mercredi 3 février, le médecin urgentiste, ancien maire de Mulhouse, fustige l’administration centrale de la santé : « A chaque niveau, c’est bretelles, ceinture et parachute ».
Par Françoise Fressoz et Philippe EscandePublié aujourd’hui à 10h33, mis à jour à 16h01
Temps de Lecture 4 min.
Jean Rottner, président LR de la région Grand-Est, revient sur la crise sanitaire et économique qui frappe la France. Pour l’ancien maire de Mulhouse, « ce qui manque aujourd’hui entre l’Etat et les élus locaux, c’est la confiance ».
- La situation sanitaire
« Je ne ressens pas de colère dans ma région, mais de la lassitude. Psychologiquement, les gens sont atteints, quelle que soit leur place dans la société, parce qu’ils ne voient pas la ligne d’arrivée… Je donne raison au président de la République [Emmanuel Macron] d’avoir, pour le moment, exclu le reconfinement. Du point de vue économique, c’est plutôt salutaire, mais il faut rester très vigilant. Dans le Grand-Est, l’épidémie [de Covid-19] reste sous contrôle, mais sur un plateau élevé : on compte 200 à 220 patients pour 100 000 habitants. Je rappelle que l’objectif de nos voisins allemands est de limiter le ratio à 50 malades pour 100 000 habitants. »

- La politique vaccinale
« Début janvier, j’ai qualifié de “scandale d’Etat” la façon dont cela se passait, car tous les signaux faibles que nous avions connus à propos des masques étaient en train de se reproduire. Fin décembre [2020], la France [pointait] au 52e rang du classement mondial de la vaccination, derrière le Costa Rica, alors que gouvernement avait annoncé que 2 millions de doses seraient administrées. Quand les élus locaux interrogeaient le ministère de la santé sur l’ouverture des centres de vaccination, ce dernier répondait qu’il n’y en aurait pas, pour finalement tourner casaque. C’était ubuesque. L’administration centrale de la santé veut tout contrôler. Or, elle est hypertrophiée et enkystée. A chaque niveau, c’est bretelles, ceinture et parachute. Aujourd’hui, cela va mieux, car l’Etat a accepté de nous laisser coopérer. Les centres de vaccination ont été montés en quelques jours, souvent avec des crédits des collectivités. La région, pour sa part, assure la gratuité des transports interurbains pour les personnes qui vont se faire vacciner. Et elle prépare, en lien avec les entreprises, la couverture vaccinale du monde économique qui nous paraît un enjeu majeur. »
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- Le devoir d’alerte
« Certains ont dit : “Rottner critique parce qu’il y a des élections !” Je refuse ce procès. Je le trouve insultant. Dans les fonctions qui sont les nôtres, nous avons un devoir d’alerte, un devoir d’action. J’ai alerté et je crois que les paroles fortes du début du mois de janvier ont contribué à une forme d’accélération… Ce qui manque aujourd’hui entre l’Etat et les élus locaux, c’est la confiance. Progressons ensemble. On a tous intérêt à ce que ce pays sorte le plus rapidement possible de la crise qu’il connaît. »
- Les élections régionales
« Elles sont prévues le 6 juin, mais si la situation sanitaire l’impose, il ne faudra pas hésiter à les déplacer. On ne peut pas parler de respiration démocratique, lorsque la participation chute parce que la peur est là. Le précédent des élections municipales doit nous faire réfléchir. »
- Le plan de relance
« On a très bien travaillé avec Bruno Le Maire [ministre de l’économie et des finances] et Agnès Pannier-Runacher [ministre déléguée à l’industrie]. Régionalement, le plan de relance a été préparé dès le premier confinement et annoncé début juillet [2020] pour remobiliser et souder les acteurs économiques. La région n’a pas cherché à copier l’Etat, elle a complété ce que l’Etat ne faisait pas. Au total, le montant représente 1,2 milliard d’euros, ce qui est considérable.
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Le challenge, maintenant, est d’engager rapidement les travaux en assurant la coordination des différents acteurs et en lançant les appels d’offres. Un exemple concret : pour la réhabilitation énergétique des bâtiments publics, l’Etat va apporter 240 millions d’euros, la région, 60 millions, les communes et les départements, autant. Il faut que tout le monde parvienne à travailler ensemble. »
- Les relocalisations
« Ne rêvons pas, nous n’allons pas faire revenir d’Asie des productions qui, aujourd’hui, ne sont pas réalisables. La première des relocalisations consiste à créer la filière qui n’existe pas ailleurs. Dans la région, nous avons mis en place un programme qui permet de voir s’il est possible de relocaliser la chaîne d’approvisionnement d’un certain nombre d’industriels. Une dizaine d’entre eux étaient en phase de test il y a un an. Nous cherchons à présent à développer le modèle auprès de 200 à 250 entreprises. La demande existait avant la crise épidémique. »
- Un nouveau pacte social
« La longue épidémie que nous traversons me conduit à prôner un nouveau pacte social à l’échelle du pays. Il faut pouvoir assumer collectivement un certain niveau de déficit budgétaire en matière de santé, notamment pour remettre à niveau les urgences, qui sont souvent la seule lumière dans le pays. Je ne verrais pas d’inconvénient à ce que, comme pour les lycées, les régions aient la responsabilité des infrastructures hospitalières pour qu’elles puissent les porter, les animer et les gérer.
Il faut peut-être aussi remettre en cause le tout-gratuit, considérer qu’à partir d’un certain niveau de revenus, on peut payer quelques euros pour une boîte de Doliprane. Le débat doit être posé. »
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