Le glyphosate peut perturber le microbiote à des doses très faibles, selon une étude internationale
Une équipe de chercheurs français, italiens, britanniques et néerlandais a observé des modifications du fonctionnement des bactéries intestinales et des marqueurs de stress oxydatif chez des animaux de laboratoire.
Par Stéphane FoucartPublié hier à 10h32
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Alors que le glyphosate entre en phase de réévaluation en vue de sa réautorisation sur le marché européen, en 2022, les nouveaux travaux sur le sujet seront examinés avec minutie. Une équipe de chercheurs français, italiens, britanniques et néerlandais, conduits par Michael Antoniou et Robin Mesnage (King’s College de Londres, Royaume-Uni), a publié, le 27 janvier, dans la revue Environmental Health Perspectives (EHP), des résultats indiquant que l’exposition alimentaire au célèbre herbicide perturbe le microbiote intestinal d’animaux de laboratoire et ce, à des niveaux d’exposition considérés comme sans effets par les autorités réglementaires. Avec ses additifs présents dans la version commerciale européenne la plus courante (vendue en France sous le nom Roundup Star 360), l’herbicide produit des marqueurs de stress oxydatif aux plus faibles doses d’exposition.
Détecter les changements de métabolisme
« Il y a eu beaucoup de travaux conduits ces dernières années sur l’effet du glyphosate sur le microbiote intestinal, avec parfois des résultats contradictoires, explique Robin Mesnage. Nous avons voulu en avoir le cœur net, en recourant aux techniques d’analyse les plus pointues, susceptibles de fournir les données les plus objectives et les moins sujettes à interprétation. » Un tel intérêt pour les colonies bactériennes de l’intestin est dû à l’accumulation de nouvelles connaissances montrant que leur perturbation peut avoir des impacts sur le métabolisme, l’immunité et même la cognition.
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Les chercheurs ont utilisé une approche dite « multi-omics » en identifiant, grâce à leurs gènes, les micro-organismes du microbiote et en détectant les changements de leur métabolisme, c’est-à-dire la présence et la répartition des centaines de petites molécules issues de la « combustion » des nutriments. Les chercheurs ont mené ces analyses sur des rats exposés à différentes doses de glyphosate pur ou de Roundup et les ont comparées à celles issues d’animaux non exposés.
Résultat : même à la dose la plus faible, la dose journalière admissible, des changements du microbiote sont observés. « La première question à laquelle nous cherchions une réponse était de savoir si le glyphosate est un antibiotique, explique M. Mesnage. Notre expérience ne met pas en évidence une telle propriété : dans le milieu intestinal, le glyphosate ne semble pas en mesure de tuer des bactéries. Au contraire, on observe que certains types de bactéries prolifèrent, comme si elles étaient capables de tirer profit du glyphosate. »
« Nous relevons des molécules qui sont des marqueurs de stress oxydatif sur les animaux exposés aux plus faibles doses de Roundup », le chercheur Robin Mesnage
Les auteurs observent aussi, chez les animaux exposés, une accumulation de certaines substances dans l’intestin, notamment d’acide shikimique, indiquant que l’enzyme bloquée par le glyphosate chez les végétaux est aussi inhibée dans l’intestin. « C’est, à ma connaissance, la première fois que ce phénomène est démontré chez un vertébré, dit le toxicologue Xavier Coumoul (Inserm, université de Paris), qui n’a pas participé à ces travaux. C’est d’autant plus notable que l’effet est mis en évidence au niveau d’exposition de la dose journalière admissible pour les humains. » Cependant, ajoute M. Coumoul, « il n’est pas certain que la population humaine, en Europe en tout cas, soit effectivement exposée à de tels niveaux par voie alimentaire ».
Les chercheurs ont aussi recherché des répercussions de l’exposition au glyphosate et au Roundup dans la composition sanguine des animaux. « Nous relevons des molécules qui sont des marqueurs de stress oxydatif sur les animaux exposés aux plus faibles doses de Roundup, mais pas sur ceux exposés aux plus faibles niveaux de glyphosate pur », précise M. Mesnage. Pour les chercheurs, cela suggère qu’un ou plusieurs organes des animaux exposés subit un stress oxydant. Lequel, ou lesquels ? « A elle seule, cette étude ne peut le dire, et cela fera l’objet de travaux ultérieurs », répond M. Mesnage.
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Cette preuve, apportée au niveau moléculaire, d’un stress oxydant induit chez le rat par un désherbant à base de glyphosate, alors que le glyphosate seul avait peu d’effets, est un élément supplémentaire dans la controverse sur la cancérogénicité du célèbre herbicide classé « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), au contraire des agences réglementaires. En effet, dans sa monographie de 2015, le CIRC avait déjà identifié le stress oxydant comme le mécanisme probable par lequel le glyphosate pouvait initier des cancers.