« Covid-19 : pourquoi l’exécutif a reculé face au confinement »

C’est ce que titre La Croix, qui observe : « Alors qu’un troisième confinement semblait inéluctable, le gouvernement a choisi de se donner encore un peu de temps, au vu des dernières données sanitaires qui semblent montrer que la dynamique de l’épidémie n’est pour l’instant pas aussi explosive que ce qu’on redoutait ».
Pierre Bienvault s’interroge toutefois : « La France pourra-t-elle échapper à un troisième confinement ? ». Le Pr Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Tenon (Paris), répond : « Franchement, cela ne semble pas possible. Je ne vois pas comment on pourra éviter cette troisième vague qui risque de submerger les hôpitaux. Sans reconfinement, on y va tout droit ».
Le Pr Yves Buisson, épidémiologiste et membre de l’Académie de médecine, note quant à lui : « Certes, les indications sanitaires sont à la hausse mais loin d’être hors de contrôle. Et je salue la décision du gouvernement ».
Pierre Bienvault poursuit : « Comment expliquer qu’après avoir semblé préparer le terrain à un reconfinement, l’exécutif ait fait volte-face ? ».
L’Élysée fait savoir que « lors du conseil de défense de mercredi, les projections des scientifiques laissaient apparaître une évolution rapide du nombre de nouveaux cas. Mais les toutes dernières données, arrivées vendredi, se sont révélées moins mauvaises que prévu ».
Le journaliste observe qu’« Olivier Véran assure ainsi que, ce vendredi, il est apparu que «l’incidence, c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas quotidiens, avait peu augmenté depuis 4 jours». Autre signal un peu positif : les traces de virus dans les eaux usées, signe indirect de la dynamique de l’épidémie, sont en baisse en Île-de-France ».
« Mais surtout Olivier Véran évoque l’enquête flash, visant à mesurer le taux de pénétration des nouveaux variants du virus : au vu des dernières données, le ministre relève que la circulation du variant anglais s’intensifie, de «50% chaque semaine», mais de «manière moins intense» qu’à l’étranger où des «hausses de 70 à 100% ont été relevées» », continue Pierre Bienvault.
Bruno Lina, virologue, membre du conseil scientifique et responsable de cette enquête flash, indique quant à lui que « la seule chose qu’on peut dire, c’est que la pénétration du variant anglais se poursuit en France, mais à un rythme effectivement un peu moins rapide que ce qu’on avait pu craindre ».
Le journaliste relève que « les 7 et 8 janvier, ce variant britannique constituait 3,3% des virus dépistés en France selon l’enquête flash. Ces derniers jours, d’autres études ont montré que le pourcentage était aux alentours de 10% ».
« Mais si ce variant britannique poursuit sa progression, il ne le fait pas de manière aussi explosive qu’en Grande-Bretagne, en Irlande ou au Portugal, trois pays qui, ces dernières semaines ont dû reconfiner en urgence », remarque Pierre Bienvault.
Jean-Francois Mattei, ancien président de l’Académie de médecine et ancien ministre de la Santé, déclare qu’« il ne faut pas comparer la situation de ces pays avec celle de la France. L’épidémie y a explosé alors qu’il y avait peu de restrictions. Les bars et les restaurants étaient ouverts, ce qui n’est pas le cas chez nous depuis plusieurs semaines. Et on est sous couvre-feu »,
« Peut-être qu’Emmanuel Macron a aussi voulu ré-affirmer que la légitimité de la décision revient au pouvoir politique et qu’on ne vit pas en France dans l’ère du bio-pouvoir ou de la dictature sanitaire comme le disent certains », note-t-il.
Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie à l’université de Montpellier, note de son côté que « face à une dynamique de l’épidémie, devenue exponentielle, plus on agit tard, plus on risque d’avoir un nombre de décès élevés. Et plus le pic de contaminations est haut au moment du confinement, plus ce dernier risque d’être long ».
Covid-19 : pourquoi l’exécutif a reculé face au confinement
Analyse
Alors qu’un troisième confinement semblait inéluctable, le gouvernement a choisi de se donner encore un peu de temps, au vu des dernières données sanitaires qui semblent montrer que la dynamique de l’épidémie n’est pour l’instant pas aussi explosive que ce qu’on redoutait.
- Pierre Bienvault,
- le 31/01/2021 à 18:26
- Modifié le 31/01/2021 à 18:30

La France pourra-t-elle échapper à un troisième confinement ? « Franchement, cela ne semble pas possible. Je ne vois pas comment on pourra éviter cette troisième vague qui risque de submerger les hôpitaux. Sans reconfinement, on y va tout droit », estime le professeur Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Tenon, à Paris. « Certes, les indications sanitaires sont à la hausse mais loin d’être hors de contrôle. Et je salue la décision du gouvernement », affirme de son côté le professeur Yves Buisson, épidémiologiste et membre de l’Académie de médecine.
→ ANALYSE. Pas de confinement : une prise de risque assuméeiPourquoi lire La Croix ?La Croix vous explique, avec lumière et clarté, le monde qui vous entoure, afin que vous puissiez bâtir votre opinion.+
De nouvelles données arrivées vendredi
Vendredi 29 janvier, Jean Castex a joué la carte de la surprise en écartant l’idée d’un reconfinement immédiat. Il a annoncé une application plus stricte du couvre-feu, ainsi que la fermeture des frontières aux pays extérieurs à l’Union européenne et celle, devenue effective ce dimanche, de centres commerciaux non-alimentaires de plus de 20 000 m2. Mais comment expliquer qu’après avoir semblé préparer le terrain à un reconfinement, l’exécutif ait fait volte-face ? « Lors du conseil de défense de mercredi, les projections des scientifiques laissaient apparaître une évolution rapide du nombre de nouveaux cas. Mais les toutes dernières données, arrivées vendredi, se sont révélées moins mauvaises que prévu », explique-t-on à l’Élysée.Newsletters La Croix iEdition Economie & Entreprises

Chaque lundi, l’analyse des enjeux économiquesJe m’inscrisÀ lire aussiCoronavirus : le Portugal au bord de la rupture
Dans le Journal du Dimanche, Olivier Véran assure ainsi que, ce vendredi, il est apparu que « l’incidence, c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas quotidiens avait peu augmenté depuis quatre jours ». Autre signal un peu positif : les traces de virus dans les eaux usées, signe indirect de la dynamique de l’épidémie, sont en baisse en Île-de-France. Mais surtout Olivier Véran évoque l’enquête flash, visant à mesurer le taux de pénétration des nouveaux variants du virus : au vu des dernières données, le ministre relève que la circulation du variant anglais s’intensifie, de « 50 % chaque semaine », mais de « manière moins intense » qu’à l’étranger où des « hausses de 70 à 100 % ont été relevées ».
Membre du conseil scientifique et responsable de cette enquête flash, le virologue Bruno Lina affirme ne pas être en mesure de délivrer les dernières données de ce travail. « Cela sera peut-être le cas ce lundi, affirme-t-il. En attendant, la seule chose qu’on peut dire, c’est que la pénétration du variant anglais se poursuit en France, mais à un rythme effectivement un peu moins rapide que ce qu’on avait pu craindre ». Les 7 et 8 janvier, ce variant britannique constituait 3,3 % des virus dépistés en France selon l’enquête flash. Ces derniers jours, d’autres études ont montré que le pourcentage était aux alentours de 10 %. « Vendredi, on était à 17 % à l’AP-HP »,souligne le professeur Pialoux.
Pas de « dictature sanitaire » en France
Mais si ce variant britannique poursuit sa progression, il ne le fait pas de manière aussi explosive qu’en Grande-Bretagne, en Irlande ou au Portugal, trois pays qui, ces dernières semaines ont dû reconfiner en urgence. « Au Portugal, en trois semaines, le variant britannique est passé de 7 % à 50 % », note le professeur Lina.
« Surtout, il ne faut pas comparer la situation de ces pays avec celle de la France. L’épidémie y a explosé alors qu’il y avait peu de restrictions. Les bars et les restaurants étaient ouverts, ce qui n’est pas le cas chez nous depuis plusieurs semaines. Et on est sous couvre-feu », note Jean-Francois Mattei, ancien président de l’Académie de médecine, qui soutient plutôt l’annonce gouvernementale. « Peut-être qu’Emmanuel Macron a aussi voulu ré-affirmer que la légitimité de la décision revient au pouvoir politique et qu’on ne vit pas en France dans l’ère du bio-pouvoir ou de la dictature sanitaire comme le disent certains », ajoute l’ancien ministre de la santé.
Le chef de l’État ne serait pas le premier à se refuser à suivre, le doigt sur la couture du pantalon, les injonctions des médecins notamment hospitaliers qui, ces derniers jours, plaidaient plutôt pour un reconfinement rapide. Mais l’histoire du Covid montre qu’en dehors des présidents Trump et Bolsonaro, les chefs d’État ayant souhaité temporiser avant d’imposer des mesures fortes, comme Boris Johnson en Angleterre, ont été contraints de faire machine arrière face à la dynamique du virus. « Si en mars, les réanimations sont pleines à craquer, soupire un médecin hospitalier, on risque de dire qu’on a perdu beaucoup du temps avant d’agir. »
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« Plus on agit tard, plus le confinement risque d’être long »
Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie à l’université de Montpellier
« On constate que face à une dynamique de l’épidémie, devenue exponentielle, plus on agit tard, plus on risque d’avoir un nombre de décès élevés. Et plus le pic de contaminations est haut au moment du confinement, plus ce dernier risque d’être long. Car il faut du temps pour redescendre à un niveau gérable de l’épidémie. C’est ce qui se passe en Grande-Bretagne où le gouvernement, qui a confiné dans l’urgence début janvier, prévoit aujourd’hui que les écoles ne rouvriront pas avant mars. »