Le couvre-feu n’a pas produit les effets escomptés pour contenir l’épidémie.

Covid-19 : quel impact du couvre-feu sur l’épidémie ?

Analyse 

L’instauration d’un couvre-feu à 18 heures dans certains départements début janvier, généralisé ensuite à l’ensemble du territoire, n’a pas produit les effets escomptés pour contenir l’épidémie.

  • Mathieu Laurent, 
  • le 29/01/2021 à 19:22 
  • Modifié le 29/01/2021 à 19:22

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Covid-19 : quel impact du couvre-feu sur l’épidémie ?
Photo d’illustration : à Nice, le 1er janvier 2021, où le couvre-feu a été instauré de façon anticipé.DYLAN MEIFFRE/NICE MATIN/MAXPPP

Utile, mais pas suffisant. Le gouvernement a répété qu’il attendait d’en savoir davantage sur l’efficacité d’une interruption de toutes les activités dès 18 heures, étendue au territoire national depuis le samedi 16 janvier, avant de décider d’une nouvelle étape plus radicale, qui semble désormais imminente.

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Peut-être sous la forme d’un « confinement très serré », d’après la formule employée par Gabriel Attal le 27 janvier. Le lendemain, Olivier Véran a déclaré que le couvre-feu à 18 heures a bien eu un impact en stabilisant la progression de l’épidémie au cours du mois de janvier, mais que « son effet s’estompe ». Santé publique France (SPF) a publié les résultats de son étude portant sur le couvre-feu par groupes de départements, et les conclusions sont plus que mitigées.Newsletters La Croix iEdition Sciences & Ethique

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Les effets par groupes de départements

L’agence a analysé les effets du couvre-feu en retenant trois groupes : le premier correspond aux 15 départements ayant appliqué un couvre-feu anticipé depuis le 2 janvier ; le deuxième aux 10 départements où il a été mis en place entre le 10 et le 12 janvier ; et le dernier aux 71 départements intégrés lors de l’élargissement de la mesure à la France entière.

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Avec un taux de dépistage stable dans les trois groupes, les analystes de Santé publique France ont d’abord observé que le taux d’incidence augmentait moins rapidement dans le groupe 1 (+ 15 % contre + 24 % dans le groupe 2 et + 36 % dans le groupe 3). Ensuite, il a diminué dans le groupe 1, restant stable dans les deux autres ; puis, sur la troisième semaine, le taux d’incidence a augmenté à nouveau dans le groupe 1 (+ 5 %), bien que de manière moins marquée que dans les deux autres groupes de départements.

« Efficacité relative »

Prudente, SPF indique que « l’amélioration de la situation épidémiologique dans le groupe 1 pouvait être en partie liée à la mise en place du couvre-feu anticipé », mais en précisant que « l’évolution de la situation était déjà plus favorable dans ce groupe ». Et, à propos de la remontée du taux d’incidence dans ce groupe de départements pionniers, malgré le maintien du couvre-feu, SPF conclut que la mesure a pu atténuer la dynamique, mais « n’a pas suffi à contenir l’évolution défavorable de la circulation virale ».

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Pour la zone dans laquelle le couvre-feu a été instauré entre le 10 et le 12 janvier, l’étude constate une augmentation de l’incidence plus marquée que dans les départements où la mesure ne s’est appliquée qu’à partir du 16 janvier. SPF en déduit que « ces éléments ne sont pas en faveur d’un impact positif du couvre-feu anticipé, même si une évolution encore plus défavorable aurait pu être observée en l’absence de celui-ci ». Une autre façon de parler « d’efficacité relative », pour reprendre une autre formule de Gabriel Attal utilisée cette semaine.

Impact modeste, voire contre-productif

Commentant ces résultats, Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste à SPF, a concédé que l’impact du couvre-feu a été « modeste et temporaire ». En exprimant le souhait de mieux comprendre les raisons de cet échec relatif, qui pourrait s’expliquer « non par la mesure elle-même, mais par son degré de mise en œuvre ». En clair, la mesure n’a été que modérément respectée.

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Plus sévères encore, des chercheurs du laboratoire de virologie du CHU Toulouse ont indiqué que « le couvre-feu a eu l’effet inverse »* d’une limitation de la propagation, puisqu’« il y a eu une augmentation du nombre de personnes testées positives » dans l’aire urbaine toulousaine depuis le 16 janvier. Contraints par l’horaire de 18 heures, les habitants se sont en effet retrouvés plus nombreux sur des créneaux plus serrés dans les commerces et grandes surfaces.

*Covid-19 : comment le couvre-feu à 18 heures a aggravé l’épidémie à Toulouse

https://www.ladepeche.fr/2021/01/29/covid-19-comment-le-couvre-feu-a-18-heures-a-aggrave-lepidemie-a-toulouse-9340790.php

La concentration de la population à certaines heures, un probable effet indésirable du couvre-feu à 18 heures à Toulouse La concentration de la population à certaines heures, un probable effet indésirable du couvre-feu à 18 heures à Toulouse DDM – VALENTINE CHAPUIS

Coronavirus – Covid 19,  Toulouse,  Haute-GaronnePublié le 29/01/2021 à 14:15 , mis à jour à 14:36

l’essentielLe couvre-feu à 18 heures, mis en place le 15 janvier dernier, n’a pas ralenti la circulation du coronavirus à Toulouse. Au contraire. Dix jours plus tard, le taux de personnes positives au Covid-19 a augmenté plus rapidement. C’est ce que montre une étude menée par le laboratoire de virologie du CHU de Toulouse sur l’aire urbaine et ses 1,3 million d’habitants. 

Le couvre-feu à 18 heures était une mesure prise par le gouvernement pour freiner la diffusion du Covid-19. Mais, à Toulouse, sa mise en place, le 15 janvier dernier, semble avoir eu l’effet inverse.

C’est ce qu’il ressort des études de suivi du coronavirus menées au laboratoire de virologie du CHU de Toulouse. « Nous actualisons régulièrement nos courbes, notamment pour mesurer comment une mesure sanitaire (type couvre-feu) ou un évènement social (comme les fêtes de fin d’année) peut impacter la dynamique de diffusion du virus », rappelle Chloé Diméglio, docteur en mathématiques appliquées, biostatisticienne dans le laboratoire de virologie du Pr Jacques Izopet au CHU de Toulouse. 

Fêtes de fin d’année : impact minime sur la diffusion du virus

Les chercheurs toulousains ont d’abord évalué l’effet des fêtes de fin d’année sur l’augmentation du nombre de cas positifs à la Covid-19 dans l’aire urbaine toulousaine (bassin de 1,3 million d’individus).

« Cet effet a eu lieu, mais il a été assez faible. À Noël, à Toulouse, le nombre de tests positifs Covid-19 était un des plus bas de France, à 4 %. Nos calculs prévoyaient une augmentation  »normale » de ce taux de positivité entre 7 et 8 % entre le 10 et le 15 janvier. Il a finalement atteint 8,5 %, c’est la trace d’un petit relâchement de la part de la population », explique Chloé Diméglio.

Selon les modèles du laboratoire de virologie du CHU de Toulouse, la mise en place d’un couvre-feu à 18 heures aurait dû aplatir la courbe d’incidence et retarder à début février le cap des 10 % de personnes positives au SARS-Cov-2 dans l’aire urbaine toulousaine. La mise en place du couvre-feu à 21 heures (le 16 octobre) avait produit cet effet ralentisseur sur la dynamique de diffusion du virus. 

Cette fois, le couvre-feu à 18 heures, entré en vigueur le 15 janvier n’a rien retardé. Au contraire. « Nous avons atteint les 10 % de positivité au Covid entre le 20 et le 24 janvier. Or, par expérience, nous savons qu’une mesure sanitaire ou un événement social se traduisent sur la dynamique de diffusion du coronavirus dans les 7 à 10 jours qui suivent. Le fait d’avoir concentré la circulation des personnes aux mêmes horaires est peut-être un effet indésirable du couvre-feu à 18 heures, à Toulouse en tout cas », souligne Chloé Diméglio. 

Chloé Diméglio, Dr en mathématiques appliquées et biostatisticienne, suit l'évolution de l'épidémie de Covid-19 au laboratoire de virologie du CHU de Toulouse.
Chloé Diméglio, Dr en mathématiques appliquées et biostatisticienne, suit l’évolution de l’épidémie de Covid-19 au laboratoire de virologie du CHU de Toulouse. DDM – DDM – NATHALIE SAINT-AFFRE

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Variant anglais : « Il circule faiblement chez nous »

Pourrait-il y avoir un autre effet, comme l’après fêtes, la galette des rois, les soldes, la présence du nouveau variant anglais du virus ? 

« Aucune donnée sur Toulouse ne permet pour l’instant de dire que l’augmentation du nombre de cas est due au variant anglais du virus qui circule faiblement chez nous. Quant à la galette des rois, j’ai du mal à croire qu’elle a eu un impact plus important que les fêtes de fin d’année », complète la biostatisticienne qui avertit : « Ce que nous avons observé vaut seulement pour Toulouse et montre bien que les situations épidémiologiques peuvent être très différentes d’une région, d’une ville, d’une zone à une autre. Nous l’avions déjà observé cet été lorsque les préfets avaient la main pour adapter les mesures à leur territoire ». 

Des conclusions qui pourraient plaider pour des mesures territorialisées. 

A lire aussi : Covid-19 : il faudrait vacciner 90 000 personnes à Toulouse avant fin mars pour casser la diffusion du virusEmmanuelle Rey

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/01/23/lavancement-du-couvre-feu-de-20-heures-a-18-heures-est-il-efficace/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/01/22/une-stabilisation-de-lepidemie-et-une-certaine-efficacite-du-couvre-feu/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/01/15/limpact-du-couvre-feu-est-ce-efficace-plutot-18-ou-20-heures/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2020/12/20/les-couvre-feu-doctobre-ont-ilks-ete-efficaces/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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