Sans encourager la désobéissance civile, le Rassemblement national dit comprendre cette frustration

L’extrême droite cherche à capter la colère contre les restrictions dues à la crise sanitaire

Des appels au non-respect des dispositions contre le Covid-19 ont été lancés pour lundi. Sans encourager la désobéissance civile, le Rassemblement national dit comprendre cette frustration. 

Par William AudureauSamuel Laurent et Franck JohannèsPublié aujourd’hui à 05h23, mis à jour à 13h24  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/01/31/face-aux-mesures-sanitaires-l-extreme-droite-tente-de-capter-la-colere_6068249_823448.html

Malgré l’interdiction, des clients déjeunent au restaurant Poppies, à Nice (Alpes-Maritimes), le 27 janvier.
Malgré l’interdiction, des clients déjeunent au restaurant Poppies, à Nice (Alpes-Maritimes), le 27 janvier. ERIC GAILLARD / REUTERS

Les rumeurs autour d’un éventuel troisième confinement, qui ont rythmé toute la semaine, suscitent chez les Français des sentiments encore confus, entre résignation et colère. Popularisé sur les réseaux sociaux où certains appellent à ne pas respecter les mesures sanitaires ce jour-là, le lundi 1er février pourrait être un premier baromètre vers un début de désobéissance civile, à laquelle appellent en premier lieu les restaurateurs.

Du côté d’une partie de l’extrême droite, on entend bien profiter du mouvement avec à l’esprit le souvenir des « gilets jaunes » et le souhait de ne pas rater une éventuelle mobilisation sociale.

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Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire de la droite de 2016 et qui a annoncé sa candidature pour 2022, a été le plus direct. Il a appelé franchement, le 27 janvier sur CNews, à la désobéissance civile. « Les règles de ce gouvernement sont absurdes et il faut commencer à désobéir à ces règles, a déclaré le leader du petit parti VIA, la voie du peuple, issu du Parti chrétien-démocrate (PCD) de Christine Boutin. D’ailleurs notre bloc constitutionnel reconnaît le droit de résister à l’oppression. »

Il estime que porter le masque dans la rue « ne sert à rien », que la fermeture des restaurants est « absurde », et que le confinement à 18 heures « n’a aucun effet sanitaire ». Il appelle à réagir contre cette « forme d’oppression qui justifie que les Français commencent à désobéir aux règles absurdes, iniques, incompréhensibles que le gouvernement nous impose ».

La prudence du RN

De son côté, Florian Philippot, le chef de file des Patriotes, manifeste tous les samedis devant le ministère de la santé contre « la dictature sanitaire » et « une politique qui relève de la pseudoscience et du charlatanisme, comme le sont les confinements et les couvre-feux »« Personne ne m’a démontré que cette politique de confinement avait le moindre effet sur la baisse de l’épidémie, a dit l’ancien numéro deux du Front national sur FranceTVinfo. Il faut arrêter de boucler la France, arrêter ce carnage, en termes d’économie, de social, mais aussi carnage psychologique pour beaucoup de gens, carnage démocratique pour nos libertés. »

François Asselineau, pour l’Union populaire républicaine (UPR), est sur la même longueur d’onde et appelle à la destitution du chef de l’Etat, une hypothèse qu’envisage à son tour Nicolas Dupont-Aignan. « Il y a urgence à changer de politique avant l’explosion populaire, a déclaré le président de Debout la France le 28 janvier. Certes, il « ne souhaite pas qu’on en arrive là » parce qu’il est « respectueux des institutions ». Mais « à un moment, quand des ordres sont stupides et inefficaces, le peuple se rebelle », a prévenu le député de l’Essonne, qui a déjà manifesté au côté de Florian Philippot près du ministère de la santé.Lire la tribune : Face à la pandémie de Covid-19, « sommes-nous prêts, encore, à consentir ? »

Le Rassemblement national (RN) est plus prudent. Toute à sa campagne présidentielle et ne voulant pas flétrir son entreprise de dédiabolisation, Marine Le Pen se tient à l’écart de ces mouvements de désobéissance trop éruptifs.

Mais, certains de ses cadres disent comprendre le ras-le-bol. Jordan Bardella, interrogé le 28 janvier sur France Inter, a indiqué qu’il pouvait concevoir la colère d’une partie des Français. « Ça ne veut pas dire que j’appelle…, a repris le numéro deux du RN. Tout le monde doit être responsable. Je n’appelle pas à la désobéissance civile, mais admettez que les Français depuis un an ont tout accepté et qu’aujourd’hui ils sont rincés. »

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En vitrine, le parti s’efforce évidemment de rester dans un cadre légal. Parti d’ordre, le RN s’est toujours méfié de mouvements pour lui anarchiques, et a eu du mal à saisir la spécificité des « gilets jaunes ».

Colère sur les réseaux sociaux

Si les partis d’extrême droite rêvent d’en profiter, la colère est d’abord partie de la base. Les messages sur les réseaux sociaux sont notamment devenus viraux après le suicide, en novembre 2020, de Ghislaine Boriller, 36 ans, dans le Morbihan, ou d’Alysson, une barbière de 24 ans, à Liège (Belgique).

La vidéo d’une restauratrice en pleurs, « J’ai voté pour Macron, eh bien je regrette, je regrette », a été énormément partagée. D’autant que les perspectives sont peu réjouissantes, prévient l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), le syndicat majoritaire. Si l’année dernière, grâce aux aides, les défaillances de restaurants ont en réalité été très inférieures aux années précédentes, 30 % d’entre eux pourraient mettre la clé sous la porte en 2021, quand ces aides seront levées.

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Depuis décembre 2020, l’association Les Ultra-essentiels, qui regroupe restaurateurs, gérants de bar ou de discothèque et des professionnels de l’événementiel, milite discrètement pour la réouverture des lieux de sociabilité, et a multiplié les actions locales à Noël.

Ce collectif informel d’une quarantaine de membres, qui rêve d’une journée de réouverture le 1er février, peinait cependant à se faire entendre. Jusqu’à ce qu’émerge l’un de ses membres, Stéphane Turillon, d’abord sur Facebook où sa gouaille fait fureur, puis dans les médias, où il est désormais devenu le porte-parole du mouvement d’appel à la réouverture des restaurants le 1er février. « J’appelle chaque restaurateur, hôtelier, discothèque, théâtre, cinéma… à reprendre ses droits et rouvrir », exhorte-t-il ainsi le 29 janvier sur CNews.

Combien le suivront ? Le groupe Facebook « Les restaurateurs ouverts le 1er février 2021 » est suivi par plus de 4 000 personnes, dont certains n’ont aucun doute sur leur participation à l’initiative. Sa créatrice, Rachel Gerbeau, restauratrice en Champagne au Relais de Creney, a même prévu d’offrir le kir aux clients qui réservent. D’autres sont susceptibles de suivre, comme Le François Villon, dans le Vieux Lyon, qui entend rouvrir « dans le respect des règles sanitaires ». L’initiative ne fait pourtant pas l’unanimité. S’il « comprend la détresse », David Zenouda, fondateur du collectif Restons ouverts et défenseur d’une réouverture longue durée des terrasses, regrette que ses confrères passent outre la loi. « Perte des aides, fermetures administratives, mises au chômage de nos salariés… Les risques encourus sont trop grands », estime-t-il. Même message du côté de l’UMIH, qui s’attend à ce que le mouvement ne soit suivi qu’à la marge, et a du reste déconseillé à ses adhérents de s’y rallier.

Galaxie covido-sceptique

Loin des restaurateurs, la journée du 1er février a trouvé un réel écho auprès d’influenceurs de la galaxie covido-sceptique, où se mêlent souverainistes, naturopathes et complotistes.

L’avocat star des anticonfinement et des antivaccins, Carlo Alberto Brusa, a appelé à la réouverture ; le chef d’entreprise et vidéaste conspirationniste Silvano Trotta a, lui, abondamment relayé le mouvement italien IoApro (« moi, j’ouvre ») ; tandis que le « coach en santé naturelle » Jérémie Mercier a proclamé le 1er février jour de la « fin de la dictature sanitaire ».

Christophe Wilson, le patron du restaurant le Poppies, qui a bravé l’interdiction administrative dès le 27 janvier à Nice, est lui-même antivaccin, trumpiste et adepte de la théorie du complot QAnon.

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« C’est la frange la plus extrême des restaurateurs », juge David Zenouda. Pour la plupart d’entre eux, le combat est politique. Sur Twitter, plusieurs hashtags comme #DesobeissanceCivile, #DictatureSanitaire ou #JeNeMeConfineraiPas sont partagés depuis le début de la semaine. Dans leur lutte, ils ne sont pas seuls. Des collectifs de parents opposés au port du masque pour les enfants appellent eux aussi à manifester, tout comme des collectifs « gilets jaunes ». Difficile de mesurer à quel point ces appels seront concrètement suivis le 1er février.Notre sélection d’articles sur le Covid-19

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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