La vaccination de 30 % des habitants entraine une baisse des infections en Israël

Ce que nous apprend la campagne de vaccination massive en Israël

Alors qu’un tiers des Israéliens sont déjà vaccinés, les premières études évoquent une baisse des infections après deux doses. 

Par William Audureau et Assma Maad

Publié hier à 16h52, mis à jour hier à 17h50

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/01/29/ce-que-nous-apprend-la-campagne-de-vaccination-massive-en-israel_6068120_4355770.html 

Dans la course à la vaccination, Israël occupe la pole position. Il s’agit du pays qui a le plus vacciné depuis le début de l’épidémie en proportion de sa population, ce qui en fait un laboratoire à ciel ouvert très scruté par les autres pays.

  • Combien de personnes sont déjà vaccinées en Israël ?

Depuis le lancement de la campagne de vaccination, le 19 décembre, et le 29 janvier, près de 3 millions d’Israëliens avaient reçu une dose de vaccin. Dans le détail, près de 32 % ont reçu une première dose et 18 % ont reçu les deux doses. Cette avancée est beaucoup plus rapide que dans n’importe quel autre pays, même si tous n’ont pas commencé à la même date : les Emirats arabes unis ont vacciné 29 % de leur population, le Royaume-Uni 12 % et la France 2 %, selon les projections d’Our World in Data.

Vaccins contre le Covid-19 : suivez la progression de la vaccination en France et dans le monde

  • Pourquoi le pays est-il aussi en avance ?

Il s’agit d’un enjeu politique pour le premier ministre, Benyamin Nétanyahou : critiqué sur sa gestion initiale de la crise sanitaire, il entend renverser sa cote de popularité en vue des élections législatives de mars.

Selon un contrat rendu partiellement public le 17 janvier, Israël s’est engagé à fournir au laboratoire américain Pfizer des données rapides sur les effets de la vaccination à grande échelle en échange d’un stock important de vaccins. Le pays a également passé un contrat avec Moderna, dont les premières doses ont été livrées au début de janvier.

Israël a déjà servi par le passé de terrain d’évaluation pour d’autres vaccins, notamment en collaboration avec les Centers for Disease Control (CDC) américains. Par ailleurs, alors que la question divise en France, Israël envisage la mise en place d’un passeport vert permettant aux personnes vaccinées de voyager plus librement.

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  • Quelle est la stratégie vaccinale d’Israël ?

Israël a choisi de vacciner en priorité les professionnels de santé, puis les personnes les plus vulnérables (âgées, malades ou souffrant de comorbidité). Récemment, la vaccination s’est étendue aux plus de 40 ans ainsi qu’aux adolescents de 16 à 18 ans. Pour rappel, en Israël, le service militaire est obligatoire pour les jeunes de 18 ans, et il dure deux ans.

Cette campagne de vaccination s’appuie sur un système de couverture de santé universelle publique avancée dans le domaine du numérique et des infrastructures efficaces. Le pays compte sur une organisation structurée autour de quatre caisses d’assurance-maladie : Clalit (le plus grand prestataire de soins), Maccabi, Meuhedet et Leumit. Chacune a pu rapidement ouvrir des centres de vaccination et contacter ses adhérents pour organiser les rendez-vous.

A noter qu’une carte d’identité israélienne est requise, si bien que les 4,5 millions de Palestiniens résidant en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza sont exclus du programme de vaccination. Benyamin Nétanyahou estime qu’en vertu des accords d’Oslo, seule l’autorité palestinienne y est compétente en matière de santé. Une politique jugée « inacceptable » par les Nations unies et fortement critiquée par la gauche israélienne.

  • Quels en sont les premiers résultats ?

A la mi-janvier, un communiqué de Clalit annonce une baisse de 33 % du taux d’infection, quatorze jours après la première injection. Un pourcentage en deçà du taux de protection de 52,4 % chez Pfizer-BioNTech. Ces résultats ont été observés sur deux groupes de 200 000 patients. Or, comme l’a précisé The British Medical Journal (BMJ) le 21 janvier, ces données préliminaires portent sur une population âgée de plus de 60 ans, contrairement aux essais de Pfizer, qui, eux, avaient inclus des individus plus jeunes.

Les données avec une seconde dose sont plus concluantes. Sur la base d’une cohorte de 600 000 personnes, le ministère de la santé évoquait à la mi-janvier une baisse de moitié des infections, rapporte Times of Israel.

Plus récemment, le 28 janvier, le service de santé Maccabi conclut à une efficacité globale de 92 % du vaccin de Pfizer-BioNTech chez ses adhérents. Ces données proviennent de « la première grande enquête sur le fonctionnement du vaccin en dehors des essais cliniques », selon Times of Israël. Sur 163 000 personnes ayant reçu deux doses, seules 31 ont contracté le Covid-19 « dans leurs dix premiers jours de protection maximale ». Un résultat très encourageant, proche des 95 % d’efficacité observés lors des essais cliniques de Pfizer.

Ces premiers bilans, qui doivent encore être confirmés, sont en tout cas positifs, estime Michael Edelstein, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’université Bar-Ilan de Tel-Aviv, contacté par Le Monde :

« On voit chez les plus de 60 ans des résultats très encourageants, comme une diminution du nombre d’infections de 50 % après une seule dose, une diminution de 60 % du nombre d’hospitalisations ou encore un nombre de cas très restreints au sein des personnes ayant reçu 2 doses, ce qui confirme une grande efficacité suggérée par les essais cliniques. »

Même optimisme de la part d’Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève :

« L’expérience israélienne confirme l’efficacité importante du vaccin à ARN messager Pfizer-BioNTech, dès la première dose, quinze jours après son administration, mais aussi son excellente tolérance. »

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  • Pourquoi ces résultats sont difficiles à interpréter

Quelques points de vigilance sont toutefois à signaler. Tout d’abord, les données sur l’efficacité de la campagne vaccinale proviennent pour la grande majorité de communiqués de presse, non d’études scientifiques dont les données complètes seraient mises à disposition pour évaluer leur solidité, regrette Michael Edelstein :

« Cela représente un manque de transparence de la part de ces organisations. Cependant elles ont indiqué que les manuscrits sont en préparation. Etant donné l’importance de ces données, il est logique de les partager le plus tôt possible avant leur publication. »

Ensuite, les inconnues sont encore nombreuses. « On est encore au milieu du gué », dit Antoine Flahault, qui détaille :

« Il reste à apprécier dans quelle mesure le vaccin va permettre de ralentir le cours de l’épidémie dans le pays, de restaurer une vie sociale plus normale, de diminuer la morbidité hospitalière et la mortalité liée au Covid-19, d’être efficace contre les nouveaux variants circulant dans le pays. Tout cela nous le saurons dans les prochains mois. »

De plus, Israël est reconfiné depuis le 27 décembre. Dans ces conditions, reconnaît Michael Edelstein, « il est compliqué de dissocier les effets du confinement, du vaccin et de l’introduction du variant britannique qui représente une grande proportion des cas en Israël. » Pour Antoine Flahault, la reprise progressive du contrôle sur l’épidémie est « essentiellement due aux effets du confinement » davantage qu’au vaccin.

Enfin, les variants compliquent les choses. La campagne de vaccination israélienne a débuté alors que se répandait le variant britannique, plus contagieux. Le 25 janvier, le coordinateur national de la lutte contre l’épidémie, Nachman Ash, estimait qu’il était responsable de la moitié des nouveaux cas. Les mutations « nous font reculer dans la gestion de la maladie », déplorait-il.

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  • Quel impact sur la progression de l’épidémie ?

A court terme, elle n’a pas été infléchie car « de nombreuses personnes ont été infectées entre les première et deuxième injections du vaccin »a détaillé Nachman Ash. L’Etat hébreu a même connu sa vague épidémique la plus meurtrière en janvier, alors que 2,3 millions d’Israéliens avaient déjà reçu une première dose. Néanmoins, 40 % des nouveaux cas sont des enfants, une population pour laquelle le vaccin n’est même pas encore homologué.

C’est une quinzaine de jours après la seconde injection que les effets attendus sont censés se manifester. « Les autorités israéliennes tablent sur des effets significatifs de leur campagne de vaccination à partir du mois de mars », explique Antoine Flahault.

  • Cette vaccination massive peut-elle entraîner l’apparition d’un « variant israélien » ?

La crainte qu’un variant apparaisse et échappe à la protection vaccinale est réelle, rapporte The Jerusalem Post le 24 janvier : face à l’immunité collective acquise par le pays, seuls de nouveaux variants de SARS-CoV-2 résistants à celle-ci survivraient à la campagne de vaccination.

Cette hypothèse n’est pas encore d’actualité, selon Sharon Alroy-Preis, directrice de la santé publique au sein du ministère de la santé israélien. « Aucune mutation israélienne significative n’est connue », rassurait-elle, sans écarter que celle-ci puisse à terme se produire. A la manière de la grippe saisonnière, une nouvelle vaccination serait alors nécessaire.Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19

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William Audureau et  Assma Maad

*Covid-19 : Israël, laboratoire de l’efficacité vaccinale

L’Etat hébreu a rendu public un contrat signé avec Pfizer, détaillant les données qu’il partage avec la société pharmaceutique américaine. Mais une partie de cet accord, qui a pu contribuer à assurer au pays son approvisionnement en vaccins, demeure secrète. 

Par Louis Imbert(Jérusalem, correspondant)Publié le 20 janvier 2021 à 23h35 – Mis à jour le 21 janvier 2021 à 17h58  

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/01/20/israel-laboratoire-de-l-efficacite-vaccinale_6067003_3210.html

Temps de Lecture 5 min. 

LETTRE DE JÉRUSALEM

Depuis un mois, 2,3 millions d’Israéliens ont reçu une première dose de vaccin contre le Covid-19 et plus de 500 000 d’entre eux une seconde. Au fil de cette campagne d’une rapidité record, le pays se mue en laboratoire de l’efficacité vaccinale, en bonne intelligence avec le laboratoire Pfizer, qui lui a fourni l’essentiel de ces doses.

Dimanche 17 janvier, l’Etat hébreu a ainsi rendu public un contrat signé avec le géant américain, détaillant les données qu’il partage avec lui, « afin de déterminer si une immunité de masse est obtenue après avoir atteint un certain pourcentage de couverture de vaccination en Israël. »

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Cet effort de transparence fait suite aux déclarations du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, qui proclamait, début janvier, qu’« Israël sera[it] un Etat modèle à l’échelle globale (…) Israël partagera[it] avec Pfizer et le monde entier les données statistiques qui aideront à développer des stratégies pour vaincre le coronavirus. »

Une partie de cet accord, qui a pu contribuer à assurer à Israël son approvisionnement, demeure cependant secrète. Dès novembre 2020, M. Nétanyahou en avait fait une condition de la sécurité de l’accès du pays au vaccin.

Le document publié par le ministère de la santé, en partie tronqué, ne révèle pas la date à laquelle il a été signé, ni le montant payé. Il précise que Pfizer ne peut obtenir des informations médicales personnelles sur les vaccinés, mais seulement des données agrégées hebdomadaires, y compris sur des sous-groupes de petite taille divisés selon leur âge, leur passif médical ou leur lieu de vaccination. Le contrat n’exclut pas enfin le partage d’informations que l’Etat ne rend pas lui-même publiques.

La seringue sous verre de Nétanyahou

Ce secret a suscité des critiques : « Le gouvernement a conclu un contrat avec un laboratoire sans en informer le public israélien et sans mobiliser le cadre éthique supposé l’encadrer », déplore ainsi Tehilla Shwartz Altshuler, spécialiste des libertés numériques à l’Institut d’Israël pour la démocratie (IDI). Lundi, le directeur du comité Helsinki pour les droits humains, lié au ministère de la santé et impliqué dans l’autorisation de la recherche médicale, a annoncé qu’il passerait en revue ce « deal », tout en prenant garde de ne pas alimenter une défiance publique vis-à-vis de la campagne de vaccination.

Petit pays de 9,3 millions d’habitants, doté d’un système de couverture santé universelle publique et de bonnes infrastructures, Israël a déjà servi par le passé de terrain d’évaluation de vaccins, notamment en collaboration avec les Centers for Disease Control (CDC) américains, relève Nadav Davidovitch, membre du comité qui conseille le gouvernement durant la pandémie.

La population israélienne est de longue date peu opposée aux vaccins. Les quatre fournisseurs de soins de santé concurrents, financés par l’Etat, se sont par ailleurs dotés, depuis une dizaine d’années, d’un système de traitement de données médicales personnelles centralisé de qualité. Certains d’entre eux les partagent déjà avec des start-up israéliennes, soulevant des questions sur la propriété et la monétisation de ces données.

Enfin, le premier ministre Nétanyahou, poursuivi pour corruption et critiqué pour sa gestion de l’épidémie, a fait de cette campagne la clé de sa survie politique. Il a promis de faire vacciner l’essentiel de la population avant les élections législatives prévues fin mars. Premier à se faire vacciner, le 19 décembre 2020, il a fait placer cette seringue sous verre dans son bureau. Entre-temps, les territoires palestiniens occupés par Israël n’ont pas pu importer pour l’heure un premier lot de doses.

« Il faut du temps avant que le vaccin ne fasse sentir son effet sur l’ensemble de la population », juge Hagaï Levine, directeur d’une école de santé publique

Que révèle donc le cas israélien ? Certes, près d’un citoyen sur cinq a reçu une première dose. Ce taux monte à 86 % des personnes âgées de 70 à 79 ans, tandis que 25 % d’entre eux ont reçu la seconde. Cependant, le pays a dépassé le stade des 4 000 morts. Il connaît encore un taux d’infection parmi les plus importants au monde (10,2 % de tests positifs) et les services d’urgences demeurent sous intense pression.

« Cela indique qu’il faut du temps avant que le vaccin ne fasse sentir son effet sur l’ensemble de la population, et que vous avez vraiment besoin de vacciner une très haute proportion de la population cible », juge Hagaï Levine, directeur de l’école de santé publique de l’Université hébraïque, par ailleurs candidat d’opposition aux législatives.

Des effets encourageants

Un communiqué publié sur la base de données préliminaires par le fournisseur de soins Clalit, a révélé cependant, le 12 janvier, des effets encourageants. Conformément aux tests en laboratoire de Pfizer, cette équipe ne décèle un début d’immunité parmi 200 000 Israéliens de plus de 60 ans qu’au terme du douzième jour qui suit la première dose. Mais à quatorze jours, l’institution observe un déclin de 33 % des personnes diagnostiquées positives au Covid-19. Une baisse qui se maintient entre 20 % et 40 % les jours suivants, et qui n’est pas observée sur un groupe de taille équivalent non vacciné.

Contrairement à Pfizer, cette observation prend en compte des porteurs asymptomatiques, capables de transmettre la maladie. Elle fournit donc une indication non seulement sur la protection offerte par le vaccin, mais aussi sur la circulation du virus.

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Une autre analyse, dont les résultats ont été rendus publics le 18 janvier, montre que les équipes médicales du centre médical Sheba, près de Tel-Aviv, présentent des niveaux d’anticorps six à vingt fois supérieurs une semaine après avoir reçu une seconde dose de vaccin. « Cependant, il ne faut pas que les vaccinés s’estiment hors de danger. Des gens sont morts du Covid-19 même après avoir reçu la première dose », met en garde M. Levine.

Des données publiées le 19 janvier par le ministère de la santé viennent appuyer ce rappel : 6,6 % des personnes ayant reçu une première dose de vaccin, et qui ont passé depuis lors un test au Covid-19, se sont révélées positives. Comme d’autres pays, Israël constate enfin que les variants britannique et sud-africain du virus circulent sur son territoire. Ils font craindre une accélération des transmissions, et l’efficacité relative du vaccin contre eux n’est pas encore documentée dans le pays.Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19

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Louis Imbert(Jérusalem, correspondant)

**Israël a lancé au pas de course la vaccination contre le Covid-19

Par  Clothilde Mraffko

Publié le 04 janvier 2021 à 03h02 – Mis à jour le 04 janvier 2021 à 18h30

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/01/04/israel-s-est-lance-dans-une-course-folle-a-la-vaccination-contre-le-covid-19_6065106_3210.html

RÉCIT

Déjà plus de 10 % de la population a reçu une première injection. Le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, en campagne pour sa réélection, espère ainsi contrebalancer sa gestion désastreuse de la crise sanitaire.

Dans la clinique Clalit de Jérusalem-Est, des personnes âgées reçoivent les premiers vaccins anti-Covid 19, le 3 janvier. TANYA HABJOUQA/NOOR POUR « LE MONDE » 

Mohamed Zahdeh déboutonne précautionneusement sa djellaba, à peine dissimulé par le rideau blanc qui isole quatre points de vaccination improvisés dans une petite salle d’une clinique de Jérusalem-Est. « Préférez-vous être piqué à droite ou à gauche ? Vous avez des allergies ? », demande l’infirmier, en préparant l’aiguille. Le vieil homme de 80 ans regarde droit devant lui pendant l’injection. « Il faut revenir le 31 janvier, pour la seconde dose », poursuit le soignant. « Si Dieu le veut », opine Mohamed Zahdeh en chaussant ses lunettes noires.

« Je n’ai rien senti. Pourquoi avoir peur ? Beaucoup de personnes autour de moi se sont fait vacciner. J’étais coincé à la maison, comme un prisonnier, je ne pouvais même plus prendre les miens dans mes bras », raconte le Palestinien, père de onze enfants.A

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En deux semaines, plus d’un million d’Israéliens ont déjà reçu une première injection – sur neuf millions d’habitants. Quelque 300 centres ont été ouverts progressivement à travers le pays ; Israël est l’Etat qui vaccine le plus au monde. « Nous explosons tous les records », s’est félicité vendredi Benyamin Nétanyahou en saluant le millionième Israélien vacciné.

« Au début, j’étais méfiante vis-à-vis du vaccin, reconnaît Sima Ben Shabbat, 58 ans, en remontant la manche de son pull. Mais je suis contente d’être là finalement et, franchement, toute la procédure m’a pris… quoi ? Cinq minutes à tout casser ! »

Shira Hershkop, une infirmière de 21 ans, sourit derrière son masque: « Nous vivons un moment historique, tout le monde le sens ici », dit-elle, préparant une dose du vaccin. TANYA HABJOUQA/NOOR POUR « LE MONDE » 

Au milieu du brouhaha, le docteur Dima Bitar orchestre le flot ininterrompu de patients : « Vous avez été vacciné ? Il faut attendre dehors, sous la tente, quinze minutes puis vous pourrez partir si vous vous sentez bien. » Beaucoup entrent sans avoir été appelés, certains tentent de négocier des rendez-vous.

« Nous explosons tous les records »

Normalement, seuls les assurés de plus de 60 ans et les professionnels de santé sont prioritaires, mais les exceptions sont nombreuses. « Nous travaillons un peu sous pression, avec quatre points de vaccination, au maximum six, on fait près de 500 injections par jour, parfois jusqu’à 900 », reconnaît la médecin de 47 ans, voile bleu clair et blanc autour de son visage, où se lit la fatigue accumulée des dernières semaines.

A côté, Abed Abu Surur note des horaires sur des petits tubes. Le protocole est strict. Une fois sorties du congélateur, les doses du vaccin Pfizer-BioNTech peuvent être conservées cinq jours. Le jour J, « on les sort du réfrigérateur deux heures avant, puis on ajoute de l’eau. Ensuite, on a six heures pour les utiliser, décrit l’infirmier de 54 ans, en secouant un petit flacon. On n’a jamais rien jeté. » La semaine dernière, la clinique a donc vacciné au pas de course, sans rendez-vous, pendant une journée, pour ne pas gâcher des doses sorties du congélateur cinq jours plus tôt.

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Israël s’y est pris très tôt, sans lésiner sur les moyens. Dès la mi-juin 2020, Benyamin Nétanyahou annonçait un accord avec Moderna pour de potentiels vaccins ; le 13 novembre, vantant ses liens personnels avec Albert Bourla, le PDG de Pfizer, le chef du gouvernement israélien signait une commande de huit millions de doses – assez pour vacciner près de la moitié du pays.

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Officiellement, Israël aurait déjà sécurisé de quoi faire dix millions d’injections ; dans la course mondiale pour le vaccin, les chiffres exacts et le coût des opérations restent secrets. Face à tant d’abondance, des critiques se sont élevées pour contraindre l’Etat hébreu à honorer ses obligations vis-à-vis des Palestiniens. Si les habitants de Jérusalem-Est, sous annexion illégale, sont éligibles à la vaccination, il n’est toujours pas prévu qu’Israël achemine des stocks vers la Cisjordanie et Gaza qu’il occupe depuis 1967.

Campagne politique

Le succès israélien en matière de vaccination ? « Il est dû à un mélange de plusieurs facteurs : nous avons l’infrastructure nécessaire pour vacciner rapidement, nous avons fait des simulations par le passé en cas d’attaque biologique… La majorité des Israéliens fait confiance aux vaccins, seule une infime partie de la population reste réfractaire et nous avons mené une large campagne sur les réseaux sociaux et les médias traditionnels pour informer le grand public en amont », énumère le professeur Nadav Davidovitch, directeur de l’école de santé publique de l’université Ben-Gourion et membre du comité de conseil national israélien sur le Covid-19. « A cela s’ajoute une forte volonté politique avant les élections. »

Clinique Clalit, Jerusalem-Est, le 3 Janvier 2021. Zone de décontamination, et dosage des vaccins. TANYA HABJOUQA/NOOR POUR « LE MONDE » 

Car cette campagne au pas de course profite avant tout à Benyamin Nétanyahou, fortement critiqué pour sa gestion de la pandémie. En septembre 2020, Israël affichait les pires taux de contamination au monde ; la coalition au pouvoir, chancelante, semblait ne plus rien contrôler. Elle s’est écroulée le 17 décembre, après des mois d’agonie et le pays s’achemine vers ses quatrièmes élections en deux ans.

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Au rythme de quelque 150 000 vaccinations par jour, le premier ministre entend sortir le pays du cauchemar du coronavirus d’ici début mars – juste à temps pour les législatives programmées le 23 mars. Un objectif ambitieux destiné à faire oublier son procès pour corruption qui devrait s’accélérer dès février et les mauvais résultats actuels.

Israël vient en effet de commencer son troisième confinement et le taux de contamination dépasse les 5 000 cas par jour – plus de 3 400 décès sont à déplorer depuis le début de l’épidémie. Le gouvernement étudie la possibilité d’étendre encore les restrictions. Hors du vaccin, point de salut.

Convaincre les plus religieux

Les autorités y jettent donc toutes leurs forces. Dans le sud de Jérusalem, un immense complexe sportif a même été transformé en clinique pour l’occasion. Aux murs, quatre écrans géants égrainent des numéros ; les patients se succèdent, à la chaîne, de 8 heures à 22 heures, même le shabbat, le samedi, jour chômé pour les juifs. Une dizaine de flacons dans les mains, Shira Hershkop, secouriste de 21 ans, sourit derrière son masque violet : « Nous sommes en train de vivre un moment historique, tout le monde ressent ça ici. »

Un patient octogénaire se fait vacciner à la clinique Clalit, à Jérusalem,  le 3 janvier. TANYA HABJOUQA/NOOR POUR « LE MONDE » 

Nissim Mizrach a attendu une heure avec son épouse pour se faire vacciner. « C’est normal à mon âge et il n’y a pas de contradiction avec la religion », glisse l’octogénaire en haussant les épaules, bretelles noires et kippa sur la tête.

C’est l’autre défi qu’ont en partie réussi à surmonter les autorités : convaincre les plus religieux et les Arabes israéliens de se faire vacciner. Pour la communauté juive ultraorthodoxe, certains grands rabbins ont donné l’exemple. D’autres se sont contentés de ne pas interdire à leurs ouailles de recevoir des injections. Dans les communautés arabes, les centres ont mis du temps à ouvrir et les Arabes israéliens, descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d’Israël, restaient méfiants. Certains dignitaires musulmans ont été mis à contribution pour encourager les fidèles à se faire vacciner.A

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Mais jusqu’à quand ? Déjà des rumeurs de rupture de stocks font frémir les autorités. La prochaine livraison de vaccins Pfizer devrait arriver mi-janvier, affirme le professeur Davidovitch ; d’ici là, la vaccination de nouveaux patients devrait être suspendue dès la semaine prochaine, pour s’assurer que ceux qui ont déjà reçu une première dose puissent finir le processus, a affirmé le ministre de la santé, Yuli Edelstein.

« La campagne de vaccination est importante partout pour garantir l’immunité, mais ce n’est pas l’unique solution, met en garde le professeur Davidovitch. Nous devons, en Israël et ailleurs, tirer les leçons de la crise due au Covid-19, notamment sur le fait que le système de santé a été sous-financé et sous-staffé. »Notre sélection d’articles sur le Covid-19

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Sur l’épidémie :

Et aussi :

Clothilde MraffkoJérusalem, correspondance

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/01/21/lexemple-de-vaccination-disrael-est-un-laboratoire-interessant-pilote-avec-pfizer-dans-un-accord-tenu-secret-les-palestiniens-en-etant-exclus/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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