A droite comme à gauche, le Covid-19 remet la souveraineté économique au goût du jour
De Xavier Bertrand à Arnaud Montebourg, des tentatives de rapprochement se dessinent sur ce sujet alors que la présidentielle de 2022 approche à grand pas.
Par Sarah Belouezzane et Sylvia ZappiPublié le 26 janvier 2021 à 12h00
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Maîtriser plus fortement les ressorts de l’économie tricolore dans un système de plus en plus mondialisé, assurer la production de biens essentiels sur les territoires… Ce volontarisme circule depuis plusieurs décennies au sein du milieu politique français. La pandémie de Covid-19 qui frappe la planète depuis un an maintenant lui a, cependant, donné une vigueur nouvelle.
A droite comme à gauche, ils sont quelques-uns à défendre le concept de « souveraineté économique » et de protection de l’industrie française. Des personnalités comme Julien Aubert, député Les Républicains (LR) de Vaucluse, mais aussi Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France, Guillaume Peltier, député (LR) du Loir-et-Cher, et Arnaud Montebourg, ancien ministre socialiste du redressement productif, se retrouvent aujourd’hui sur ces questions-là. Ces trois-là, se font des œillades par médias interposés, M. Peltier, le sarkozyste, se voyant même « des points communs » avec M. Montebourg sur la souveraineté.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Quelle souveraineté économique pour la France après le veto contre le rachat de Carrefour ?
La pénurie de masques, dont on a découvert au mois de mars 2020 qu’ils étaient principalement produits en Chine, mais aussi le manque de réactifs pour effectuer les tests ont servi de catalyseurs. Plus tard, ce sont les vaccins qui ont suscité l’inquiétude du gouvernement et des responsables politiques dans leur ensemble.
« La maîtrise de son destin »
Xavier Bertrand définit ainsi la souveraineté économique : « C’est notre capacité à assurer l’indépendance et l’autonomie de notre pays sur des secteurs stratégiques comme par exemple la production de médicaments et de vaccins. » Selon ses proches, il s’agit là d’une « certaine idée de la protection des Français » et de leurs emplois. Ainsi, s’il fallait bien regarder la tentative de rachat de Carrefour par le canadien Couche-Tard, ce n’est pas, explique un intime, « pour une histoire de souveraineté alimentaire, mais parce qu’un actionnaire étranger a tendance à fermer des sites chez vous avant de le faire chez lui en cas de problème ».
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Soutien de la candidature de Xavier Bertrand à la présidentielle de 2022, Guillaume Peltier, lui, définit cette idée par « la liberté et la maîtrise de son destin ». Pour ce dernier, il s’agit de s’assurer « plus de liberté à l’intérieur en luttant contre le socialisme » et le nombre de normes et de règles qui « briment l’esprit d’entreprise » français. Le tout en « protégeant de l’extérieur » contre une mondialisation débridée, menace pour les intérêts nationaux. Et de citer, les Anglo-Saxons qui semblent, selon lui, « vouloir inventer un modèle patriotique »
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Partisan de longue date du souverainisme, mot qu’il n’aime pas car trop lié aux extrêmes, Julien Aubert estime nécessaire de « s’interroger sur ce qu’on veut produire et de qui on ne veut pas dépendre en matière stratégique ». « Etre proactif et protéger nos actifs sur tous les plans, ce qui implique de regarder l’actionnariat, les brevets… », précise-t-il. Rien ne sert, selon lui, de défendre Carrefour si « c’est pour vendre les turbines d’Alstom à General Electric ».
« La France avant l’Europe »
Arnaud Montebourg a estimé, en 2019, devant la commission des affaires économiques du Sénat, qu’il fallait contester cette vente devant la justice. Son passage à Bercy avait d’ailleurs été marqué par une lutte acharnée contre cette cession, en vain. La souveraineté, voir la « démondialisation », Arnaud Montebourg en a fait son cheval de bataille depuis plus de dix ans. Reprenant la première à Jean-Pierre Chevènement qui l’avait théorisée lors de son opposition au traité de Maastricht, le frondeur socialiste en a fait son totem lors des deux primaires socialistes de 2011 et 2016. « L’Europe ne nous protège pas, il faut le faire nous-même et reprendre de la liberté. Ce n’est pas le souverainisme mais la France avant l’Europe. Pas contre mais avant », explique-t-il pour mieux souligner sa différence avec une Marine Le Pen qui a longtemps souhaité l’abandon par la France de l’euro. Guillaume Peltier, lui, se dit proche de l’ancien ministre socialiste sur « le rôle néfaste de la mondialisation ».
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Voilà pour le fond. Sur la forme, les prises de parole des uns et des autres ont aussi pour but de montrer leur potentielle capacité de rassembler au-delà de leur propre camp. Après tout, le scrutin présidentiel approche à grands pas. Pour M. Montebourg, il faut impulser un nouveau « compromis historique »transpartisan et forger une nouvelle majorité politique avec « ceux qui veulent protéger la France » contre « ceux qui ne jurent que par le système libéral mondialisé ».
A droite, les proches de Xavier Bertrand, pensent eux, déjà au second tour de la présidentielle. Se montrer ouverts aux idées de cette partie des socialistes pourrait leur attirer des « électeurs de centre gauche mais aussi du Rassemblement national, perdus face à la mondialisation », estime un élu pro-Bertrand. Un calcul que Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos, ne renie pas : « Bertrand a une solide base de départ. Il doit élargir, ce n’est pas absurde de surfer sur des thématiques qui pourraient lui permettre de grignoter des voix. »
A l’inverse, la stratégie d’Arnaud Montebourg, sans base et dans la nécessité absolue de rassembler, ne semble pas convaincre l’expert. Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, réfute d’ailleurs la « confusion politique »engendrée par ce positionnement. Confusion que rejette aussi, à droite, Eric Woerth. L’élu de l’Oise prévient : « Si l’avenir de LR est de faire la campagne d’Hamon et de Montebourg, ce ne sera pas la cuvée de la réussite. »