Avant la vague, l’épuisement et le raz le bol des soignants

CORONAVIRUS

Covid-19 : le ras-le-bol des cadres de santé des hôpitaux publics

Covid-19 : le ras-le-bol des cadres de santé des hôpitaux publics
Le collectif de soignants dénonce des conditions de travail dégradées.Illustration Ascension Torrent

 PUBLIÉ LE 26 JANVIER 2021 À 12H40.

https://www.larepubliquedespyrenees.fr/2021/01/26/covid-19-le-ras-le-bol-des-cadres-de-sante-des-hopitaux-publics,2782215.php

Un collectif de cadres et cadres supérieurs de santé paramédicaux des hôpitaux publics a rédigé une prise de parole pour défendre les professionnels de santé, « culpabilisés par rapport à des comportements soupçonnés d’être des dérives aux bonnes pratiques ». Des Palois en font partie.

« Les cadres de santé ne s’expriment pas souvent mais là, la coupe est pleine », confie Florence Pinsard, cadre de santé de l’unité de soins de longue durée au Centre hospitalier de Pau. Comme plus de 60 autres professionnels de santé des hôpitaux publics, elle est signataire de la prise de parole que le collectif de cadres et cadres supérieurs de santé paramédicaux des hôpitaux publics a envoyé ce mardi matin à tous les médias.

« Nous entendons depuis quelques jours de la part des médias, et parfois de nos propres directions, des propos choquants consistant à culpabiliser les professionnels de santé par rapport à des comportements soupçonnés d’être une dérive aux règles de bonnes pratiques », indique le document. « Lors de l’apparition d’un cluster, il est plus souvent mis en avant de mauvaises pratiques et un manque de respect des recommandations, que des conditions de travail difficiles ne permettant pas la qualité et la sécurité des soins. C’est insupportable à entendre alors que nous sommes épuisés et malgré tout totalement engagés pour continuer de protéger les plus fragiles, soigner du mieux possible. » « Certaines directions d’hôpitaux ont même indiqué qu’elles allaient venir dans les services voir si les équipes appliquaient bien les gestes barrière », s’insurge Florence Pinsard.

Des conditions dégradées

Dans cette prise de parole, les soignants dénoncent « des salles de détente bien trop petites pour permettre aux soignants d’une équipe de se sustenter, des espaces contraints, des ratios soignants /patients trop bas » soit des conditions dégradées qui « rendent difficiles la mise en œuvre des mesures d’hygiène et barrières ». « Bien sûr, nous ne sommes pas irréprochables mais on fait du mieux qu’on peut avec les moyens qu’on a !« , confie Florence Pinsard. « Pour la première vague, nous étions un binôme de soignants pour 6 patients, aujourd’hui un binôme prend en charge 13 patients… », indique-t-elle.

« Les gens ont bien compris que le confinement servait à désengorger les hôpitaux mais du coup ils font le raccourci que c’est la faute des hôpitaux s’ils sont confinés… On subit cette crise comme tout le monde, on prend des risques tous les jours, on ne mérite pas d’être culpabilisés. On n’a pas besoin de ça ! », confie la cadre de santé

« Nous demandons donc à la population de continuer à nous soutenir, à défendre les hôpitaux publics sollicités comme jamais malgré les difficultés, afin de faire face tous ensemble à cette crise. » C’est sur cette phrase que se termine le document. « On n’a pas besoin qu’on nous applaudisse tous les soirs ou qu’on nous apporte des gâteaux, seulement qu’on nous soutienne », conclut Florence Pinsard.

Les soignants épuisés face au Covid-19 : « Je suis dans la maltraitance », déplore une cadre de santé

https://www.francetvinfo.fr/economie/greve/greve-des-medecins/les-soignants-epuises-face-au-covid-19-je-suis-dans-la-maltraitance-deplore-une-cadre-de-sante_4142343.html

Ils en ont ras-le-bol. Alors qu’ils doivent gérer une nouvelle vague de malades du Covid-19, les personnels hospitaliers sont épuisés et le font savoir avec des rassemblements et des grèves un peu partout en France, jeudi.Article rédigé par 

Solenne Le Hen

Radio France

Publié le 15/10/2020 08:47Mis à jour le 15/10/2020 09:31 Temps de lecture :  2 min.

L'unité de soins intensifs de l'hôpital Lariboisière, à Paris, le 14 octobre 2020. (LUCAS BARIOULET / AFP)
L’unité de soins intensifs de l’hôpital Lariboisière, à Paris, le 14 octobre 2020. (LUCAS BARIOULET / AFP)

Une deuxième vague épidémique de Covid-19 s’abat sur les hôpitaux et les personnels soignants, infirmiers, médecins ou aides-soignants, n’en peuvent déjà plus. Les augmentations de salaire obtenues à l’issue du « Ségur de la Santé« , près de 200 euros par mois pour certains métiers l’an prochain, ne rendent malheureusement pas l’hôpital public plus attractif, regrettent les soignants qui manifestent jeudi 15 octobre un peu partout en France à l’appel de plusieurs syndicats et collectifs de soignants.

>> *TÉMOIGNAGES. « Nous nous transformons en robots » : cinq soignants témoignent de la dégradation de leurs conditions de travail à l’hôpital public

Les conditions de travail dégradées empêchent toujours d’attirer des professionnels de santé, explique Fabienne Eymard. Selon cette cadre de santé à la Timone à Marseille, son travail consiste aujourd’hui à gérer des plannings à trous, et en l’occurrence gérer la pénurie.

Les longues maladies et les maternités ne sont pas remplacées.Fabienne Eymard, cadre de santé à la Timone à Marseille 

à franceinfo

« Dans mon service, j’ai une auxiliaire de puériculture qui est absente depuis janvier 2018,explique Fabienne Eymard. Ce qui fait que quand je sors le planning en début de mois, il est déjà avec une personne en moinsEn septembre, j’ai eu un arrêt lié au Covid et un nouvel arrêt pour une intervention chirurgicale. Ce qui fait que mon équipe d’auxiliaires puériculture s’est retrouvée à un tiers en moins de l’effectif normal ».  

À chaque fois, Fabienne Eymard doit changer tout le planning de ses équipes quitte à bouleverser leur vie personnelle. « Que je le veuille ou non, je suis dans la maltraitance, à ce niveau-là, déplore la cadre de santé. Et je m’aperçois, que ce soit moi ou l’équipe, on s’habitue à travailler en sous-effectif. »  

Il m’est arrivé de laisser une seule infirmière avec 32 patients chez les adultes, notamment en chirurgie.Fabienne Eymard

« Je travaillais en sous-effectif un jour sur deux », raconte quant à lui Thomas Laurent, infirmier aux Hospices civils de Lyon. Alors, pour compenser, pour boucher les trous du planning de son service, il a multiplié les heures supplémentaires, jusqu’à ce que, épuisé, il renonce. Il quitte l’hôpital. « C’était trop. Et je n’ai pas pu me résoudre à continuer encore longtemps dans ces conditions. Du coup comme beaucoup de collègues avant moi et sûrement malheureusement bien d’autres qui viendront ensuite, j’ai choisi de changer de métier. Et au niveau des autres soignants, des retours qu’on peut avoir, la majeure partie comprend, me dit : ‘Tu as raison de partir, c’est une bonne chose, si je pouvais, je ferai comme toi' ». Aujourd’hui Thomas Laurent se dit triste de quitter l’hôpital public, triste mais soulagé.

« Nous nous transformons en robots » : cinq soignants témoignent de la dégradation de leurs conditions de travail à l’hôpital public

Article rédigé par 

Guillemette JeannotFrance TélévisionsPublié le 15/10/2020 07:00Mis à jour le 15/10/2020 07:13 Temps de lecture :  7 min.

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/temoignages-nous-nous-transformons-en-robots-cinq-soignants-temoignent-de-la-degradation-de-leurs-conditions-de-travail-a-l-hopital-public_4139829.html

Personnel hospitalier soignant un malade atteint du Covid-19, à l'hôpital Lariboisière, Assistance Publique - Hopitaux de Paris, le 27 avril 2020.  (JOEL SAGET / AFP)
Personnel hospitalier soignant un malade atteint du Covid-19, à l’hôpital Lariboisière, Assistance Publique – Hopitaux de Paris, le 27 avril 2020.  (JOEL SAGET / AFP)

Médecins, infirmiers et aides-soignants appellent à nouveau à la grève, jeudi 15 octobre, pour défendre un système de santé français à l’agonie. Et l’épidémie de Covid-19 n’arrange rien.

Plus de lits, plus d’embauches et des revalorisations de salaire. C’est ce que demandent les personnels soignants hospitaliers qui manifesteront, jeudi 15 octobre, dans toute la France. En première ligne depuis le début de l’épidémie de Covid-19, ils ne comptent plus dans leurs rangs les cas d’épuisement professionnel ou de burn out. Sur les 60 000 soignants interrogés par l‘Ordre national des infirmiers, début octobre, les deux tiers déclarent que leurs conditions de travail se sont détériorées depuis le début de la crise et 43% pensent quitter la profession d’ici à cinq ans.

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A l’approche de l’hiver, l’épidémie n’est pas endiguée et les indicateurs repartent, pour la plupart, à la hausse. L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP) a d’ailleurs officialisé le renforcement du plan blanc dans ses établissements, le 8 octobre, en raison de l’augmentation du nombre d’hospitalisations en réanimation et en prévision du pic des maladies hivernales.

Or depuis le déconfinement, le personnel hospitalier tente de rattraper le retard sur la prise en charge des autres malades mettant les services au maximum de leurs capacités. Trois mois après le Ségur de la santé, de nombreux personnels hospitaliers estiment que les réponses du gouvernement ne sont pas à la hauteur du défi sanitaire. A la veille de leur mobilisation, jeudi 15 octobre, cinq soignants franciliens livrent à franceinfo leur ressentiment.

Corinne Jac, 54 ans, aide-soignante

« Nous avons tous reçu un courrier, à l’hôpital Saint-Louis, il y a une dizaine de jours, nous annonçant que les congés de la Toussaint sont susceptibles d’être annulés. [Dans ce courrier daté du 2 octobre, l’APHP précise à ses salariés que les plafonds des comptes épargne temps ont été augmentés afin d’y déposer les jours de congés non pris et que les heures travaillées sur les congés de la Toussaint seront majorées de 50%.] J’ai été surprise, car il n’y avait pas d’annonce de renforcement du plan blanc à l’époque. Cette annulation de congés est hallucinante, car il y a des agents qui n’en ont pas pris depuis mars.

Je suis déroutée par ce gouvernement qui avait le temps de préparer cette deuxième vague. Ici, dans le service des urgences, nous sommes tous fatigués. Il y a eu les grèves de décembre où nous avons dormi sur place dans les salles de consultation. Puis pendant le confinement, c’est une jeune femme qui m’a prêté gratuitement son appartement près de l’île Saint-Louis. 

« Aujourd’hui, je puise dans mes réserves, motivée par la solidarité et l’esprit d’équipe, pour tenir face à cette deuxième vague. »

Corinne Jac  à franceinfo

Si le public nous a applaudi à 20 heures tous les soirs pendant trois mois, le Ségur de la santé ne nous a rien apporté. En septembre, nous avons touché 90 euros d’augmentation de salaire, les autres 90 euros seront versés en mars 2021. Le point d’indice n’a pas évolué depuis 2010 et le gouvernement nous donne 180 euros d’augmentation alors que nous avions demandé une revalorisation de 300 euros. Les comptes n’y sont pas ! Alors avec mes collègues nous portons aujourd’hui un brassard noir en signe de deuil car l’hôpital se meurt. »

Sylvie Pecand, 57 ans, infirmière

« Je suis effondrée. Depuis deux semaines, j’apprends tous les jours qu’un ou deux collègues quittent le service. J’avais la larme à l’œil récemment en disant au revoir à un collègue et ami. Les conditions de travail se dégradent. Ce qu’on a vécu [la première vague] les fait partir.

« Dans mon service de suppléants de nuit, nous ne sommes plus que quatre au lieu de onze. L’hôpital Saint-Louis n’a jamais connu ça. C’est catastrophique. »

Sylvie Pecand  à franceinfo

Les lits continuent de fermer, faute de personnel. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, parle de 4 000 lits nomades pour pallier ce manque. Mais comment faisons nous pour ouvrir 4 000 lits à la demande sans personnel ? Un médecin ou une infirmière en réanimation ne se trouve pas en un claquement de doigts. Et il faut du temps pour être opérationnel. On vit l’ubérisation de notre système de santé. En sept mois de crise, les mesures qui auraient dû être prises en amont n’ont pas été prises. Il fallait anticiper !

Nous allons être encore plus en difficulté qu’en mars. Je crains également l’afflux de patients souffrants de cancer. Beaucoup n’ont pas voulu se soigner par peur du Covid et sont en retard dans la prise en charge de leur pathologie. Nous n’allons pas être assez nombreux et nous ne pouvons pas nous cloner pour soigner tout le monde. C’est pourquoi aujourd’hui, je marche silencieusement autour de l’hôpital afin d’alerter la population sur notre situation critique. »

Laurent Rubinstein, 30 ans, infirmier

« A l’hôpital Robert-Debré, la direction nous propose de réaliser des heures supplémentaires en venant travailler sur nos congés. Et comme nous n’avons plus de ‘renfort Covid’ aux urgences, je vais venir travailler sur mes trois semaines de congés prévues en novembre. Comme en septembre, où je suis déjà revenu renforcer l’équipe trois nuits pendant mes deux semaines de repos.

« Depuis mars, je n’ai pas eu de véritable pause. Avec le plan blanc, nous devons être joignables 24 heures sur 24 et rester proches de notre lieu de travail. »

Laurent Rubinstein  à franceinfo

Sans ces renforts, nous ne sommes plus dédiés à 100% aux patients Covid. Nous allons soigner tout le monde sans avoir le temps de prendre toutes les précautions nécessaires. Je trouve cela dangereux, car je ne voudrais pas être un vecteur du virus pour les patients.  

J’aime mon métier, mais cela commence à devenir fatigant mentalement et physiquement. Nous n’avons plus le temps de prendre soin des gens. Nous nous transformons en robots. Je dors moins, je stresse beaucoup plus qu’auparavant et je fume plus de cigarettes. L’hôpital est en train de couler alors je me mobilise avec mes collègues en portant un garrot noir pour éviter l’hémorragie. »

Stéphane Dauger, 51 ans, médecin 

« L’ambiance générale est catastrophique. Dans mon service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Robert-Debré, il y a un manque flagrant de motivation et de volonté que je ne connaissais pas. C’est la première fois qu’en tant que chef de service, je vis une telle perte d’expertise et d’expérience alors que nous sommes dans une niche protégée, la réanimation pédiatrique. Nous avons beaucoup de mal à recruter. C’est extrêmement inquiétant. Nous tentons de remplacer ces départs par des intérimaires et d’autres collègues inexpérimentés. 

Par ailleurs, le mode de gouvernance n’a pas changé, le personnel médical n’est toujours pas impliqué dans la réflexion sur les stratégies. Tout cela participe à la démotivation à la perte de confiance du personnel hospitalier. Le gouvernement nous dit que nous sommes mal organisés. C’est assez vexant. C’est une excuse pour ne pas financer nos demandes : ne pas fermer les lits, garder le personnel et faire un geste financier.

« Nous allons tout droit vers la privatisation de l’hôpital public. Aborder une telle crise économique avec un hôpital public affaibli doublée d’une crise sanitaire, c’est quelque chose de grave à mon sens. »

Stéphane Dauger à franceinfo

Car c’est à l’hôpital public que viennent les gens les plus défavorisés. Ce n’est certainement pas le moment de faire des économies. Aujourd’hui comme demain, nous allons continuer à nous battre car nous entrons dans une période très difficile. »

Maurice Raphaël, 60 ans, médecin

« Je ne suis pas très optimiste pour l’avenir et je ne veux plus cautionner le piétinement quotidien de notre déontologie. C’est pourquoi j’ai démissionné il y a deux mois. Je finis à la fin du mois après une trentaine d’années passées à l’APHP, dont les dix dernières en tant que chef du service des urgences de l’hôpital Bicêtre, au Kremlin-Bicêtre. Nous sommes une dizaine de médecins à partir.

« Je ne veux plus être complice d’un système maltraitant. »Maurice Raphaël 

à franceinfo

Nous avons actuellement 100 lits fermés dans tout l’hôpital. Les patients restent parfois aux urgences installés sur des brancards pendant 24 heures, collés les uns aux autres dans un couloir au mépris total des règles d’hygiène et de sécurité. Ce n’est pas normal. Rien ne bouge.

Personnellement, j’ai touché une prime de risque Covid de 3 euros par mois. C’est ridicule. Il y a un manque flagrant de bienveillance envers nos professions. Un pays qui voit que 40% de ces infirmières souhaitent quitter le métier, c’est assez inquiétant et cela nécessite une réforme urgente du système hospitalier. 

Nous acceptons de travailler dans des conditions qui se dégradent depuis une dizaine d’années. Notre activité a doublé avec un taux d’hospitalisation qui est le même. Et cet hiver, la charge de travail va encore être démultipliée alors que nous sommes en sous-effectif. »

« On est traités comme des pions » : le ras-le-bol et l’épuisement des soignants creusois, en grève ce jeudi

Jeudi 15 octobre 2020 à 20:02 –  Par  Jeanne DaucéFrance Bleu Creuse

https://www.francebleu.fr/infos/societe/est-traites-comme-des-pions-le-ras-le-bol-des-soignants-creusois-1602783369

Une vingtaine de personnels hospitaliers se sont mobilisés ce jeudi 15 octobre devant l’hôpital La Valette, pour réclamer plus de moyens et une hausse des salaires. Tous ressentent un épuisement, accentué par la pandémie de Covid-19.

Colère, épuisement, ras-le-bol, déprime… Ces mots reviennent dans la bouche de la vingtaine de soignants creusois, mobilisés ce jeudi 15 octobre devant le CH de La Valette, à Saint-Vaury, à l’occasion de la journée de grève nationale des hospitaliers et acteurs médico-sociaux. Dans leur viseur, le Ségur de la santé, le plan du gouvernement, entériné en juillet 2020, qui prévoit la création de 15.000 postes en France et une revalorisation des salaires des soignants. Mais pour les personnels, le compte n’y est pas. A bout de souffle depuis plusieurs années, la pandémie de Covid-19 les a mis encore plus sous tension.À réécouter « Les soignants sont épuisés », dit la secrétaire CGT Santé en Creuse en cette journée de grève des hospitaliers

Les soignants du secteur médico-social exemptés de prime Covid

Fabien est infirmier à La Valette. « On soigne des êtres humains. Le minimum, ce serait qu’on soit nous aussi traités comme des êtres humains et pas comme des pions ! » Cet infirmier médico-social a été mobilisé contre la pandémie de coronavirus. Mais à l’exception des personnels d’Ehpad, les agents médico-sociaux ne touchent pas la prime Covid-19. Une prime de 183 euros mensuels, soit un manque à gagner de près de 2.200 euros par an. « Apparemment, on est des sous-infirmiers ! s’indigne Fabien. Cela nous montre que notre travail n’a pas de sens, donc nous aussi on subit cette perte de sens dans notre travail.« 

« On a salué l’engagement des soignants pendant le confinement. Aujourd’hui on nous dit : « Vous avez eu une prime, vous voulez quoi de plus ? » L’argent c’est le nerf de la guerre, mais ce n’est pas tout, il faut aussi plus de moyens. Ce qui fait tenir les soignants, c’est venir s’occuper de leurs patients« , détaille Pascale Lanz, éducatrice à La Vallette, syndiquée CGT. À lire aussi Coronavirus : hausse de salaires anticipée pour les soignants

L’hôpital public n’a plus d’avenir, malheureusement

Car si le salaire se dégrade, le moral des soignants aussi. Marie-Laure infirmière depuis 36 ans, se sent « démoralisée, déprimée. J’ai envie d’arrêter mais je suis presque en fin de carrière, donc c’est trop tard pour une reconversion professionnelle. Mais je comprends mes jeunes collègues qui veulent changer de voie, car l’hôpital public n’a plus d’avenir malheureusement« .  

37 % d’infirmiers songent à arrêter leur métier, selon l’Ordre des infirmiers ; 43 % pensent ne plus travailler dans le secteur de la santé d’ici 5 ans. La pandémie n’a pas arrangé les choses, mais le manque de moyens non plus. Pour endiguer ce phénomène, il faut augmenter les salaires et cadrer les horaires dit Bertrand Reinhardt, cadre de santé de La Vallette syndiqué CGT. « Travailler un week-end sur deux, ne pas avoir de vacances, être appelé sur ses repos… On peut le faire cinq-six ans, mais plus longtemps ce n’est pas possible. Il faut embaucher pour éviter l’épuisement des soignants. » 

En France, la CGT estime qu’il manque 100.000 postes dans les hôpitaux, 200.000 dans les Ehpad.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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