Covid-19 : pourquoi il est difficile de mesurer l’impact du couvre-feu à 18 heures
Il faut analyser avec prudence la baisse du taux d’incidence dans les quinze départements où la mesure a été imposée dès le 2 janvier.
Par Léa SanchezPublié hier à 17h47, mis à jour à 12h43
Temps de Lecture 4 min.
L’avancement du couvre-feu de 20 heures à 18 heures est-il efficace ? « Là où nous l’avons mis en place tôt, le 2 janvier, dans quinze départements, on a vu qu’il y avait plutôt une baisse de la pression épidémique », a assuré Olivier Véran, jeudi 21 janvier, sur le plateau du « Journal de 20 heures » de TF1.
Quelques jours plus tôt, sur France Inter, le ministre de la santé évoquait, tout en restant prudent, la baisse récente dans ces départements d’un indicateur très scruté, le taux d’incidence du Covid-19 (c’est-à-dire le nombre de personnes déclarées positives pour 10 000 habitants, sur sept jours) : « − 16 % à peu près sur une semaine ».
Ce chiffre est cohérent avec l’évolution constatée, entre le 8 janvier et le 15 janvier, des données du fichier Sidep, qui rassemble les résultats des tests virologiques dits « RT-PCR » et des tests antigéniques. Mais s’il semble plaider en faveur du couvre-feu à 18 heures, il ne permet pas, à lui seul, de conclure à l’efficacité de la mesure.
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- Une variété de situations
Dans son point épidémiologique hebdomadaire, publié vendredi, Santé publique France (SPF) a divisé les départements en trois groupes en fonction de leur date d’application du couvre-feu à 18 heures : le 2 janvier pour les quinze premiers, le 10 ou 12 janvier pour les dix suivants, le 16 janvier pour l’ensemble de la France métropolitaine. Le taux d’incidence sur sept jours glissants est effectivement en baisse dans le premier groupe (− 13,3 % entre le 10 et le 17 janvier).
L’amélioration de la situation dans les premiers départements en couvre-feu à 18h doit être analysée avec prudence
Évolution du taux d’incidence sur 7 jours glissants par groupe de départements, du 1erseptembre 2020 au 17 janvier 2021. Les DOM-TOM ne sont pas inclus dans ces données. Le creux observé entre le 25 décembre et le 7 janvier est lié à la présence de jours fériés dans cette période. Il est nécessaire de prendre en compte les délais d’incubation et de dépistage avant de pouvoir observer l’effet d’une mesure.

Mais cette diminution doit être appréhendée avec précaution pour plusieurs raisons :
- Il existe des disparités entre départements. Dans la Nièvre, le taux d’incidence n’a baissé que de 4 % entre le 8 et le 15 janvier, alors que la baisse atteint 32 % en Haute-Marne, et que sur la même période ce taux a diminué de 22 % en Savoie (qui n’était pas sous couvre-feu anticipé) ;
- elle recouvre des situations sanitaires différentes. Le taux d’incidence reste encore actuellement plus élevé dans les territoires où le couvre-feu a été instauré à 18 heures dès le 2 janvier ;
- SPF note une augmentation du taux d’incidence début janvier dans les trois groupes, mais qui est moins marquée parmi les départements placés sous couvre-feu dès le 2 janvier. Pourtant, il était alors « trop tôt pour que l’effet du couvre-feu anticipé puisse être observé », note l’organisme dans son dernier point épidémiologique hebdomadaire.
Un amélioration de la situation antérieure au couvre-feu à 18h dans les premiers départements concernés par cette mesure
Variations hebdomadaires du taux d’incidence par groupe de départements en France métropolitaine (données au 20 janvier 2021, évolution calculée par rapport au taux d’incidence sur 7 jours glissants du dimanche précédent).

Comment expliquer cette évolution précoce ? Selon l’agence de veille sanitaire, elle « pourrait être liée à des comportements plus prudents de la population pendant les fêtes dans ces départements où la circulation virale était particulièrement active et avait fait l’objet de campagnes de communication locales ».
D’après SPF, la mise en place du couvre-feu anticipé dans ces territoires, le 2 janvier, « a pu avoir un effet cumulé, conduisant à une inversion de la situation épidémiologique et une amorce de diminution du taux d’incidence ». Attention : il s’agit d’une hypothèse. Pour la confirmer, il faudra continuer à suivre l’évolution des indicateurs dans les jours à venir « en particulier dans les départements placés sous couvre-feu anticipé les 10 et 12 janvier ».
- Une donnée qui dépend des politiques de dépistage
La prudence est nécessaire face à la fragilité des indicateurs observés. La mise en place du couvre-feu anticipé début janvier survient après le pic de tests d’avant Noël, qui complique la lecture des chiffres. Or le taux d’incidence est très sensible à l’évolution des politiques de dépistage – plus on teste massivement, plus le taux d’incidence augmente. Pour analyser finement son évolution, il faut avoir en tête le profil des personnes dépistées et le nombre de tests pratiqués pour 100 000 habitants dans chaque département.
Le taux de dépistage a baissé dans les départements placés sous couvre-feu anticipé dès début janvier (− 10,7 % entre la période du 11 au 17 janvier et la semaine précédente), alors qu’il est resté relativement stable dans les autres.
Il peut également être intéressant d’observer en parallèle l’évolution des admissions à l’hôpital et en réanimation, en prenant en compte les délais d’incubation (cinq à sept jours) puis d’aggravation de la maladie (sept à dix jours). Il faudra, dans tous les cas, du temps pour étudier rigoureusement l’impact de l’avancement du couvre-feu à 18 heures.
- D’autres facteurs à prendre en compte
L’observation d’une corrélation – c’est-à-dire d’une coïncidence temporelle entre avancement de l’heure de couvre-feu et baisse du taux d’incidence – n’implique en effet pas nécessairement un lien de cause à effet. Il est difficile, dans ce contexte de crise sanitaire, de mesurer précisément l’influence d’une seule mesure par rapport à d’autres événements : rentrée scolaire, suspension des activités physiques en intérieur destinées aux enfants, léger assouplissement du télétravail, etc.
Fin 2020, une publication de SPF suggérait un « impact positif des mesures de freinage » prises en octobre, dont le premier couvre-feu à 21 heures dans certaines métropoles, et recommandait une « poursuite de l’analyse des tendances épidémiologiques » pour « clarifier le rôle spécifique de ces mesures ».
Ses auteurs préconisaient de « prendre en compte les autres facteurs (vacances, activités de dépistage et de recherche des contacts, respect des mesures, facteurs météorologiques, etc.) qui ont pu influencer la dynamique de l’épidémie ». Ces différents éléments peuvent aussi influencer la tendance observée dans les départements où le couvre-feu a été avancé à 18 heures dès le 2 janvier.Notre sélection d’articles sur le Covid-19
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