Emmanuel Macron présente un « plan quantique » pour la France de 1,8 milliard d’euros sur cinq ans
L’enveloppe, annoncée par le président de la République jeudi à Saclay, regroupe à la fois les efforts de l’Etat et des organismes affiliés mais aussi des crédits européens, et du secteur privé.
Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 06h37, mis à jour à 09h55
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Le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, doit présenter, jeudi 21 janvier dans la matinée, sur le plateau de Saclay, un plan d’investissement national de 1,8 milliard d’euros dans les technologies quantiques, appelées à transformer l’informatique et l’industrie, a déclaré l’Elysée.
L’enveloppe qui sera annoncée par le président de la République regroupe à la fois les efforts de l’Etat et des organismes affiliés (1,05 milliard d’euros) mais aussi des crédits européens (200 millions d’euros) et ceux du secteur privé (550 millions).
La France passera ainsi « de 60 millions d’euros par an » de dépenses publiques pour le quantique à « 200 millions par an, ce qui la placerait à la troisième place derrière les Etats-Unis et la Chine », selon un conseiller de l’Elysée, qui chiffre, par exemple, à 400 millions de dollars l’effort public annuel des Américains.
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800 millions d’euros aux seuls ordinateurs
Les technologies quantiques exploitent les propriétés surprenantes de la matière à l’échelon de l’infiniment petit (atome, ion, photon, électron…). Elles devraient permettre à terme de construire des ordinateurs aux capacités de calcul ridiculisant celles des plus puissants supercalculateurs actuels. Elles permettront aussi de nombreuses applications industrielles, comme la production de capteurs beaucoup plus sensibles qu’aujourd’hui, ou la construction de moyens de communication inviolables.
Encore balbutiantes, elles commencent à sortir des laboratoires de recherche sous forme de prototypes, et il faudra probablement encore attendre plusieurs années pour voir des applications commerciales viables.
Dans le détail, le plan français prévoit de consacrer une enveloppe de près de 800 millions d’euros aux seuls ordinateurs, qu’il s’agisse des premières machines devant voir le jour (simulateurs et machines partiellement quantiques, 350 millions d’euros), ou bien de celles qui apparaîtront à plus long terme (ordinateurs quantiques à part entière, 430 millions d’euros).
Bourses de thèse et contrats post-doctoraux
Les autres enveloppes seront consacrées aux capteurs (250 millions d’euros), à la cryptographie post-quantique (150 millions d’euros), aux communications quantiques (320 millions d’euros) et aux technologies annexes qui permettent de construire les équipements quantiques (cryogénie par exemple, 300 millions d’euros).
Selon l’Elysée, les crédits publics annoncés viendront pour moitié du Programme d’investissement d’avenir et pour moitié des différents établissements de recherche impliqués dans le quantique (Inria, CNRS, CEA…).
Le plan quantique doit notamment permettre de financer « une centaine de bourses de thèse et une cinquantaine de contrats post-doctoraux », auxquels pourront venir s’ajouter « une dizaine d’excellents chercheurs qu’on pourrait faire venir par an », selon un conseiller de l’Elysée.
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Le Monde avec AFP
*La France rêve d’un plan quantique pour développer ces technologies du futur
Les enjeux sont économiques, scientifiques, militaires et concernent la souveraineté nationale.
Par David LarousseriePublié le 09 janvier 2020 à 12h03
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La France ne veut pas rater la vague technologique à la mode, l’information quantique. Elle s’apprête donc à lancer un plan stratégique pour développer ce secteur, sur les recommandations d’un trio d’experts mandatés en avril 2019 par le premier ministre, Edouard Philippe, et qui a remis son rapport jeudi 9 janvier. Nos voisins et concurrents ont déjà élaboré de tels programmes : l’Australie en 2003, le Royaume-Uni en 2013, l’Allemagne et les Etats-Unis en 2018, la Russie en 2019 mais surtout la Chine depuis plus de dix ans, qui est la seule à disposer d’un satellite, depuis 2016, recourant à ces technologies pour communiquer.
La notion d’information quantique n’est pas encore très connue car elle fait appel à de la physique très fondamentale, mais elle commence à faire parler d’elle sous forme de prometteuses applications dans le calcul, les communications ou la métrologie. « Cette technologie est une véritable rupture. Ses applications peuvent révolutionner des branches industrielles comme la chimie, la pharmacologie, l’énergie, la métallurgie, l’aéronautique ou les communications », écrit Jean-Paul Herteman, ancien PDG de Safran, dans ce rapport rédigé avec la députée LRM, Paula Forteza et le directeur de recherche au CNRS, Iordanis Kerenidis.
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« Il y a urgence à agir désormais pour la France si on veut une place dans la course », estime Paula Forteza. Il s’agit de « ne pas rater ce virage », pour reprendre le titre de leur document, qui pointe les enjeux tout autant économiques et scientifiques que militaires ou de souveraineté nationale. Un ordinateur quantique d’un nouveau genre pourrait en effet casser les chiffrements des communications actuelles…
Seconde révolution
En fait une première révolution quantique a déjà eu lieu. Les propriétés atomiques de la matière, décrites par la théorie quantique, sont à l’origine d’inventions comme les lasers, les processeurs, ou les horloges qui synchronisent les satellites de géolocalisation… Mais c’est à une seconde révolution que les chercheurs et les industriels travaillent désormais, exploitant d’autres propriétés du monde de l’infiniment petit, qui font miroiter des calculs plus rapides, des communications plus sécurisées et des instruments de mesures plus précis, comme des accéléromètres, des gravimètres ou des capteurs d’imagerie
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Si la France a tardé pour annoncer un plan spécifique, elle possède néanmoins des atouts. C’est même dans ses laboratoires, aux débuts des années 1980 que la seconde révolution quantique a débuté, grâce à des expériences qui ont confirmé le caractère pour le moins curieux de la mécanique quantique. Ses chercheurs sont depuis restés à la pointe avec notamment des prix Nobel et de nombreuses percées scientifiques. Des fleurons industriels comme Atos ou Thales sont aussi en pointe. Des entreprises a priori éloignées du domaine s’intéressent au sujet, EDF, Total ou l’européen Airbus… Une dizaine de start-up a été créée et les auteurs du rapport estiment qu’en cinq ans, une cinquantaine devrait encore pousser. Un fonds d’investissement, Quantonation, a été lancé en 2018…
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Avec de tels atouts, les recommandations n’apparaissent pas révolutionnaires. « Il s’agit d’améliorer l’existant et de s’appuyer sur nos forces », résume Iordanis Kerenidis. Il est donc proposé pêle-mêle de renforcer les soutiens, dans ce domaine, de la banque publique d’investissement Bpifrance à l’innovation ou de l’Agence nationale de la recherche. De multiplier les passerelles entre la recherche publique et privée. De développer la formation à ces métiers mêlant ingénierie et physique. De lancer une série de « défis » ou de « hackathons » (sessions de développeurs concevant un produit en quelques jours) pour faire émerger de premiers marchés. Ou de créer trois instituts, à Paris, Grenoble et Saclay (Essonne). Ce dernier a d’ailleurs été lancé en novembre 2019.
Le volet « calcul » est le plus concret. Le plan devrait soutenir le développement de deux types de machines. Un ordinateur quantique imparfait mais qui pourrait résoudre certains types de problèmes. Et la première version d’une machine plus futuriste et incertaine, susceptible de réaliser n’importe quelle opération. Une autre infrastructure devrait mêler les superordinateurs classiques et des maillons quantiques pour augmenter les performances. Enfin, l’une des ambitions est que la France soit leader dans les algorithmes et les logiciels.
« Il faudrait doubler ou tripler l’effort public actuel qui est de l’ordre de 60 millions d’euros annuels », estime Paula Forteza, qui chiffre l’effort global, contributions du privé incluses, à 1,4 milliard d’euros sur cinq ans. L’Allemagne a annoncé un plan de 650 millions d’euros sur quatre ans et le Royaume-Uni de 600 millions de livres (708 millions d’euros) sur dix ans. Un groupe de travail devra définir, pour le premier semestre 2020, les détails de ce plan, dans le cadre des programmes de long terme en cours : pacte productif, nouveau volet du plan d’investissement d’avenir et loi de programmation pluriannuelle de la recherche.
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