Flambée des prix des médicaments anticancéreux : une étude conduite à l’Institut Paoli-Calmettes analyse les relations entre prix et bénéfice thérapeutique (Communiqué)
Imprimer la listeRecherche20/01/2021
Émis par : IPC
Dans une étude collaborative récemment publiée dans « European Journal Of Cancer », Marc Rodwin, Professeur de Droit à Suffolk University (Etats-Unis), et résident de l’Institut d’études avancées d’Aix-Marseille université (IMéRA, AMU) 2017-2018, Patricia Marino (Chercheur IPC, SESSTIM, AMu, Inserm, IRD) et leurs collègues reviennent sur l’explosion des prix des médicaments anticancéreux.
Conduite à l’Institut Paoli-Calmettes (IPC), cette étude a analysé les relations entre prix et bénéfice thérapeutique des nouveaux médicaments anticancéreux en France sur les 13 dernières années.
Utilisant à la fois l’échelle de magnitude du bénéfice clinique (MCBS) de l’ESMO (European Society for Medical Oncology) et le score d’amélioration du service médical rendu (ASMR) de la Haute Autorité de Santé, largement employé par le Comité Economique des Produits de Santé (CEPS) pour la fixation des prix des médicaments, l’équipe dirigée par Marc Rodwin et Patricia Marino met en évidence une corrélation modeste entre le prix des médicaments et le bénéfice thérapeutique obtenu selon ces deux critères.
De façon surprenante, l’étude démontre qu’une grande partie des nouveaux médicaments examinés n’apportent que des bénéfices marginaux.
De plus, en calculant les augmentations de prix associées aux nouveaux traitements en comparaison des traitements plus anciens, ils montrent qu’il n’existe aucune corrélation significative avec la valeur ajoutée thérapeutique en termes d’efficacité et/ou de qualité de vie. Ainsi, même des médicaments n’induisant que de faibles améliorations des résultats médicaux voient leur prix s’envoler.
Pour les auteurs, les autorités politiques devraient s’interroger sur la légitimité des prix fixés au regard des bénéfices thérapeutiques obtenus et identifier de nouvelles approches pour s’assurer que les prix reflètent réellement la valeur médicale des nouveaux traitements anticancéreux.
Les obstacles à surmonter incluent le prix unique de médicaments dans des indications multiples, pour lesquelles le bénéfice clinique peut être très différent, les données issues d’études cliniques parfois biaisées, les remises secrètes négociées entre les compagnies pharmaceutiques et le comité de fixation des prix qui induisent un manque de transparence sur les prix réellement pratiqués et limitent ainsi les stratégies de coopération gouvernementale.
Pour le Professeur Anthony Gonçalves, Chef du Département d’Oncologie Médicale à l’PC et l’un des chercheurs et auteurs « il s’agit d’une question brûlante car l’augmentation explosive du prix des médicaments du cancer exerce une pression croissante sur l’équilibre de notre système de sécurité sociale et va finir par menacer l’accès de chacun aux vraies innovations thérapeutiques. De nouvelles règles permettant d’établir des prix justes et équitables sont à examiner ».
Référence :
(lien gratuit pour 30 jours)
A propos de l’IMéRA
Fondation de l’université d’Aix-Marseille, l’IMéRA est un institut d’études avancées de type UBIAS, qui accueille chaque année en résidence une vingtaine de chercheurs et d’artistes internationaux, issus de toutes les disciplines. Les résidents y développent leur propre projet de recherche en lien avec des équipes et des laboratoires du site d’Aix-Marseille.
L’IMéRA promeut les approches interdisciplinaires innovantes dans tous les domaines du savoir et contribue à l’internationalisation de la recherche sur le territoire d’Aix-Marseille. Installé dans le centre de Marseille, sur l’ancien site de l’Observatoire d’Astronomie, il organise tout au long de l’année des conférences et séminaires interdisciplinaires ouverts au public. Membre du Réseau Français des Instituts d’Etudes Avancées (RFIEA), l’IMéRA fait également partie du réseau européen NETIAS (Network of European Institutes for Advanced Study) et du réseau mondial UBIAS (University Based Institutes for Advanced Study). Il participe en outre au programme de résidence Cofund FIAS-FP.
Pour plus d’informations : imera.univ-amu.fr/
A propos de l’IPC
Certifié par la Haute Autorité de Santé (HAS) en 2015 niveau A, et accrédité Comprehensive Cancer Center par l’OECI l’Organisation of European Cancer Institutes) en juin 2019, l’Institut Paoli-Calmettes est membre du réseau Unicancer. L’IPC rassemble 1 700 personnels médicaux et non médicaux, engagés dans la prise en charge globale de l’ensemble des pathologies cancéreuses : recherche, soins médicaux et de support, enseignement et formation. L’IPC a réalisé plus de 100 000 consultations et accueilli plus de 11 000 nouveaux patients en 2019. La prise en charge à l’IPC s’effectue exclusivement sur la base des tarifs de la sécurité sociale, et les dépassements d’honoraires ne sont pas pratiqués dans l’établissement. L’IPC a établi des coopérations avec une vingtaine d’établissements de santé de la région.
Pour plus d’informations : www.institutpaolicalmettes.fr
Elisabeth BELARBI – Chargée des Relations presse
04 91 22 37 48 – 06 46 14 30 75 – belarbie@ipc.unicancer.fr
Original ResearchThe use of ‘added benefit’ to determine the price of new anti-cancer drugs in France, 2004–2017
European Journal of Cancer
Volume 145, March 2021, Pages 11-18
Author links open overlay panelMarc A.RodwinaJulienMancinibSégolèneDurancAnne-CélineJalbertdPatriceVienseDominiqueMaraninchifAnthonyGonçalvesgPatriciaMarinohShow moreShareCitehttps://doi.org/10.1016/j.ejca.2020.11.031Get rights and content
Highlights
Most new drugs offered no or very low added therapeutic benefit over existing medications.•
Drug prices are weakly correlated with added benefit.•
Price increases are not correlated with added benefit.•
Prices increased substantially even for drugs without added benefit.
Abstract
Background
Increasing drug prices strains budgets. Assessing the relation between added benefit and prices can help clinical decision-making and resource allocation.
Methods
We assessed, over a period of 13 years, the relation between added therapeutic benefit and prices for drugs to treat solid tumours in France using the French High Authority of Health Scale (ASMR) and the European Society for Medical Oncology–Magnitude of Clinical Benefit Scale (MCBS).
Results
In total, 36 medications were approved for 68 indications. There was a weak correlation between ASMR and MCBS scales (Spearman’s |ρ| = 0.28). Drugs had low added benefit on both ASMR (71%) and MCBS (49%). Mean monthly price for new drugs was €4616 (S.D., €3096), ranging from €1795 to €19,675 and increased by 47% comparing 2004–2012 with 2013–2017. The mean monthly price difference of new drugs over their comparator was €3700 (S.D., €3934) ranging between a €13,853 decrease and a €19,675 increase. There was a weak but statistically significant correlation between ASMR and price (|ρ| = 0.35, p = 0.004) and between MCBS and price (|ρ| = 0.33, p = 0.005). Correlations between added benefit and prices were similar or higher for first indications (ASMR, |ρ| = 0.37, p = 0.030; MCBS, |ρ| = 0.48, p = 0.004). In first indications, mean monthly prices increased €3954 for drugs without ASMR added benefit. The mean annual price and price increase for first indications offering no ASMR benefit was €57,312 and €47,448, respectively.
Conclusion
Prices and benefit are weakly correlated. However, prices increased substantially even for drugs with no added benefit.