Le mal être des étudiants devient préoccupant

Mobilisation étudiante : « Entre la fatigue, le flou, la colère et la solitude, on fait quoi ? »

Des milliers d’étudiants ont manifesté en France, mercredi, pour réclamer une réouverture des cours à la fac. Emmanuel Macron doit se rendre à l’université Paris-Saclay, jeudi. 

Par Soazig Le Nevé et Stéphanie Wenger(Strasbourg, correspondance)

Publié aujourd’hui à 05h58, mis à jour à 08h17  

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Manifestation d’étudiants à Paris le 20 janvier.
Manifestation d’étudiants à Paris le 20 janvier. CHRISTOPHE ENA / AP

Plusieurs centaines d’étudiants ont défilé devant les fenêtres du ministère de l’enseignement supérieur à Paris, mercredi 20 janvier après-midi, pour crier leur lassitude et leur détresse d’être cantonnés aux cours à distance depuis le deuxième confinement, décidé par l’exécutif fin octobre 2020 pour endiguer la propagation du Covid-19. L’annonce par le premier ministre, Jean Castex, le 14 janvier, d’un retour en présentiel pour les séances de travaux dirigés (TD) pour les seuls étudiants de première année – ils étaient 284 800 en 2020 pour 2,7 millions d’étudiants au total – à partir du 25 janvier, est ressentie comme un affront pour tous les autres.

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A l’initiative de l’UNEF et d’autres organisations étudiantes de gauche (UNL, Solidaires Etudiants, les jeunes communistes, les jeunes « insoumis », les jeunes écologistes…), les manifestations se sont multipliées dans plusieurs grandes villes après que le mouvement a pris forme sur les réseaux sociaux durant le week-end, avec le hashtag #etudiantsfantomes.

Dans leurs rangs, le sentiment d’abandon domine. « Entre la fatigue, le flou, la colère et la solitude, on fait quoi ? Je comprends que les plus fragiles en viennent à mettre fin à leurs jours », témoigne Constance (toutes les personnes interrogées ont souhaité conserver l’anonymat), en première année de master d’anthropologie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Auprès d’elle, son amie Laetitia ne voit qu’une seule solution pour que les étudiants retrouvent un cap : « Ouvrir un maximum de cours en présentiel avec des petits groupes et obliger les professeurs à se former pour assurer les cours à distance. » Au quotidien, les études sur écran peuvent devenir insoutenables. « Si je suis morose, il m’arrive de me connecter sans suivre ce que dit le prof. Mon cerveau se met sur off, j’entends mais je n’écoute pas, surtout s’il est 19 heures », reprend Constance qui regrette de ne plus pouvoir « être captivée » par ses enseignants.

« Je paye un loyer pour rien »

En tête de cortège, la présidente de l’UNEF demande au gouvernement de débloquer 1,5 milliard d’euros pour permettre une reprise dans de bonnes conditions sanitaires. « Il y a des possibilités de reprendre les cours en dédoublant les effectifs, en recrutant des chargés de cours et en titularisant les contractuels afin d’assurer des séances supplémentaires en présentiel », détaille Mélanie Luce, qui refuse d’entendre que les étudiants doivent « encore tenir », comme Emmanuel Macron l’a recommandé, le 15 janvier, à une étudiante de Sciences Po Strasbourg, en réponse à une lettre où elle lui décrivait son « impression d’être morte ».

« Sur 20 étudiants, je n’en avais plus que 10 à se connecter à la fin », note Matthieu, chargé de TD à l’université de Nanterre

Pour Alice (le prénom a été modifié), en deuxième année de licence de cinéma à l’université Paris-VIII (Vincennes-Saint-Denis), l’entrée dans les études après un bac obtenu en 2019 est plus que fragile. « Entre les grèves, le confinement quand j’étais en première année, et ce deuxième confinement que nous vivons toujours, je suis allée trois mois à la fac en tout et je crois pouvoir dire que je n’ai rien appris. Je paye un loyer pour rien et je ne sais pas où je vais », se désole-t-elle. D’un an son aînée, Véra (le prénom a aussi été modifié), s’inquiète de ne pas trouver de stage pour valider sa troisième année de licence : « Dans le secteur de la culture, en ce moment, c’est complètement bloqué. Aucune boîte de production ne prend de stagiaire. »

Doctorant et chargé de TD à l’université de Nanterre, Matthieu a vu son groupe fondre au fil des semaines. « Sur vingt étudiants, je n’en avais plus que dix à se connecter à la fin. L’enseignement est réduit à ce qu’il a de plus morne. Il y a aussi beaucoup de problèmes mentaux qui ne font que s’aggraver », rapporte-t-il.

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A Strasbourg, la manifestation a rassemblé près de 200 personnes. Devant le siège du Crous, Paulina, en première année de master de lettres, engagée dans le mouvement Solidaires, évoque l’étudiant lyonnais Anas K. qui s’était immolé par le feu à Lyon, en novembre 2019, et avait survécu. Ces derniers jours, deux autres tentatives de suicide ont eu lieu dans une résidence universitaire lyonnaise. « Le retour en TD pour les premières années, c’est un début, mais quand la majorité des étudiants souffre, il faut beaucoup plus de moyens », dit-elle

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Organisée chaque semaine par une association étudiante, une distribution alimentaire est en cours lorsque le cortège passe. Echange de regards entre les étudiants qui marchent et ceux qui patientent, cabas à la main. Ibtissam, en deuxième année de maths et informatique, vient régulièrement récupérer des denrées. « On ne s’en sortirait pas sinon », témoigne la jeune fille qui partage un appartement avec sa sœur. Inscrite en licence de comptabilité et gestion, cette dernière a décroché. « Est-ce que c’est utile d’aller manifester ? De toute façon, quoiqu’on fasse on perd notre temps : on ne nous écoute pas », croit l’étudiante.

Nouvelles mesures d’accompagnement

Pour Lucie, en master de sciences politiques, il était indispensable de se montrer présente aujourd’hui. « Ça fait un bon moment que les étudiants n’en peuvent plus, confie-t-elle. Nos diplômes n’auront pas la même valeur à cause du distanciel. Certains ont perdu leur job ; d’autres, leur logement, ils ont dû retourner chez leurs parents… C’est juste insupportable. »

La dévalorisation, c’est aussi ce qu’a ressenti Mina, étudiante en troisième année d’histoire de l’art, en plus d’une grande incertitude face à l’avenir. Faute de pouvoir accéder aux salles du patrimoine, elle n’a pas pu rédiger son rapport de stage. La conservatrice du musée où elle effectuait son stage s’est montrée compréhensive, mais la jeune femme est découragée : « On attend de nous l’excellence académique, mais on ne se rend pas compte quelles sont les implications de cette pandémie dans nos études. Je prépare un master de recherche, je devais partir en Angleterre… Je suis dans l’incertitude complète. »

Emmanuel Macron doit se rendre, jeudi 21 janvier, à l’université de Paris-Saclay, aux côtés de la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, afin d’échanger avec des étudiants sur « les problématiques » rencontrées depuis le début de la crise sanitaire due au Covid-19. « Il pourrait annoncer de nouvelles mesures d’accompagnement », a déclaré à l’Agence France-Presse une source gouvernementale. En décembre 2020, interrogé par le média en ligne Brut, le chef de l’Etat avait indiqué son intention d’« améliorer » le système des bourses étudiantes, car « il y a des trous dans notre dispositif ».

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Lors de sa rencontre avec les organisations étudiantes, le 15 janvier, le premier ministre a, pour sa part, annoncé la création d’un « chèque soutien psychologique » pour que les étudiants puissent consulter des médecins de ville. Un dispositif dont le montant et les modalités de délivrance n’ont pas encore été communiqués.

Soazig Le Nevé et  Stéphanie Wenger(Strasbourg, correspondance)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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