Attention à cette citation décontextualisée du professeur Caumes sur les effets indésirables des vaccins
« LA PETITE PHRASE » – Des propos tenus par l’infectiologue en décembre sur le vaccin de Pfizer-BioNTech sont encore très largement commentés en ligne aujourd’hui.
Par Les Décodeurs
Publié hier à 14h41, mis à jour hier à 14h53
Temps de Lecture 2 min.
Une « petite phrase » se retient vite, se détourne, se propage de réseau en réseau et se retourne contre la personne qui en est à l’origine. Parfois à tort, car les propos réellement tenus sont souvent moins caricaturaux. Le but de ce format est de rendre compte, factuellement, du contexte dans lequel ils ont été prononcés.
La « petite phrase » :
En décembre, les propos du professeur Eric Caumes, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, avaient fait vivement réagir. Le 8 décembre, au micro de France Inter, il avait exprimé ses réticences sur le vaccin Pfizer-BioNTech en déclarant :
« Me faire vacciner avec des produits que je ne connais pas, dont je n’ai d’information que par les communiqués de presse des laboratoires pharmaceutiques, c’est quand même leur faire une confiance aveugle et absolue. »
Mais c’est surtout une phrase, prononcée dans les colonnes du Parisien le lendemain, samedi 9 décembre, qui a été massivement relayée en ligne :
« Je n’ai jamais vu une fréquence aussi élevée d’effets indésirables pour un vaccin ! »
Un mois après, cette citation circule toujours activement sur les réseaux sociaux. Comme sur le site Wikistrike, connu pour relayer des théories conspirationnistes et des fausses informations. Pourtant, Eric Caumes avait nuancé ses propos quelques jours après les avoir prononcés.

LE CONTEXTE
Lorsque l’infectiologue de la Pitié-Salpêtrière s’est exprimé sur le vaccin Pfizer-BioNTech, les résultats complets des essais n’avaient pas encore été publiés dans une revue scientifique. Ses réticences envers le vaccin germano-américain se fondaient sur un rapport de 53 pages publié par la Food and Drug Administration (FDA), le 8 décembre. Ce document détaille les résultats de l’essai clinique du vaccin en vue de l’autorisation de mise sur le marché aux Etats-Unis, qui sera finalement accordée trois jours plus tard, le 11 décembre, outre-Atlantique. Eric Caumes le précisait d’ailleurs dans les colonnes duParisien :
« En lisant les 53 pages, quelque chose m’a frappé. Je n’ai jamais vu une fréquence aussi élevée d’effets indésirables pour un vaccin ! (…) Je suis surpris, car ces effets indésirables ne sont pas listés dans le document de l’Agence américaine des médicaments, qui est ma seule source. »
L’infectiologue a [finalement] déclaré que le vaccin de Pfizer-BioNTech était « très efficace » et qu’il se ferait vacciner, à titre personnel
Mais le professeur a précisé son propos, au lendemain de la publication, le 10 décembre, des résultats de l’essai du vaccin dans la revue scientifique The New England Journal of Medicine (NEJM). Ce qu’il a admis publiquement sur BFM-TV, le 14 décembre. « J’ai été prudent parce que je n’avais pas de data. Jusqu’à jeudi dernier [le 10 décembre], il n’y avait pas de publication scientifique », a-t-il confié, avant d’admettre que « les choses [avaient] changé » depuis la publication du NEJM.
L’infectiologue a aussi déclaré que le vaccin de Pfizer-BioNTech était « très efficace » et qu’il se ferait vacciner, à titre personnel. « Pour moi, la seule solution, c’est le vaccin si l’on veut sortir de l’épidémie. »
Éric Caumes: « Le vaccin est la seule solution si l’on veut sortir de l’épidémie » https://t.co/WvRVeknUCq— BFMTV (@BFMTV)
Concernant les effets indésirables, le professeurCaumes les a qualifiés de « pas graves mais fréquents ». Pour les personnes qui sont à risque de faire des formes graves, il estime que « le jeu en vaut la chandelle, (…) il faudra se faire vacciner ».
Lire l’analyse *: Des vaccins aux effets indésirables fréquents mais apparemment bénins
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*Covid-19 : des vaccins aux effets indésirables fréquents mais apparemment bénins
Après ceux de Pfizer, les résultats des essais cliniques de phase 3 de Moderna sont jugés rassurants par les experts. L’Agence européenne du médicament doit statuer sur le candidat-vaccin de Pfizer lundi.
Par Nathaniel HerzbergPublié le 20 décembre 2020 à 04h01 – Mis à jour le 20 décembre 2020 à 14h03
Temps de Lecture 5 min.

Pour les spécialistes, c’est une confirmation. Et elle est rassurante. Comme le vaccin de Pfizer, celui mis au point par la start-up Moderna induit « des réactions locales et systémiques fréquentes mais principalement minimes ou modérées ». En d’autres termes, le produit est sûr, même s’il peut causer quelques désagréments temporaires. L’avis a été rendu public, mardi 15 décembre, par un panel d’investigateurs de la Food and Drug Administration (FDA). Il a servi de base à l’autorisation d’urgence de l’Agence sanitaire américaine, qui a été accordée vendredi 18 décembre. Moderna va donc rejoindre son principal concurrent dans la campagne de vaccination lancée aux Etats-Unis, lundi 14 décembre, alors que le pays déplore plus de 300 000 morts.
L’examen détaillé des rapports des investigateurs de la FDA concernant les vaccins de Pfizer et de Moderna dévoile des profils d’effets indésirables très similaires. Tous deux, on le sait, s’appuient sur la technologie de l’ARN messager, qui consiste à stimuler le système immunitaire en injectant non pas des virus ou des protéines, mais seulement le mode d’emploi génétique de ces dernières, le fameux ARN, nos cellules se chargeant du reste. Tous deux prévoient deux injections à trois semaines d’intervalle pour Pfizer, quatre pour Moderna. « Tous deux présentent une réactogénicité forte, plus forte que les vaccins habituels, même si certains vaccins récemment autorisés offraient des profils de même nature », analyse l’infectiologue Odile Launay, coordinatrice du centre de vaccination Cochin-Pasteur.
Lire aussi Covid-19 : la saga du vaccin à ARN messager désormais dans le sprint final
Réactogénicité : le mot qualifie la réaction de l’organisme dans les jours qui suivent l’injection. Et les chiffres peuvent surprendre : 86 % des volontaires de l’essai Pfizer et 91 % de ceux de l’essai Moderna ont déclaré avoir éprouvé une douleur locale persistante au point d’injection pendant au moins un jour. Ils sont également respectivement 63 % et 68 % à avoir ressenti une fatigue inhabituelle ; 55 % et 63 % à avoir souffert de maux de tête ; 38 % et 60 % à avoir subi des douleurs musculaires. Frissons, fièvre et douleurs articulaires s’ajoutent à ce tableau des désagréments fréquents. Des résultats d’une ampleur sinon inédite – un récent vaccin conte le zona s’en rapproche –, du moins inhabituelle.
Une journée d’arrêt de travail recommandée
De ce premier constat, les experts tirent deux enseignements. Le premier est technique. « Moderna injecte 100 microgrammes d’ARN, Pfizer 30, auxquels il faut ajouter l’enrobage lipidique, forcément plus important chez Moderna ; cela peut expliquer une réactogénicité un peu plus importante », indique Bruno Pitard, directeur de recherche au CNRS (Nantes) et spécialiste de ce type de vaccins. Du reste, l’allemand CureVac, qui prépare son propre candidat à ARN, met déjà en avant un dosage à 12 microgrammes. Surtout, les médecins insistent sur le caractère bénin et très temporaire de ces réactions, dues à la mise en action du système immunitaire, voire parfois au stress associé à l’opération.
Ainsi, pas moins de 30 % des volontaires du groupe contrôle ont déclaré avoir éprouvé une fatigue anormale après l’injection… du placebo. « On a très peu de réactions de niveau 3, susceptibles d’empêcher une vie quotidienne normale », insiste Odile Launay. Elles concernent quand même 9,7 % des volontaires de l’essai Moderna et 4,6 % de ceux de Pfizer. Mais là encore, la situation se règle rapidement. Aux Etats-Unis, le Centre de contrôle des maladies infectieuses (CDC) d’Atlanta a toutefois recommandé de prévoir une journée d’arrêt de travail, notamment après la seconde injection, la plus sensible.
Lire aussi Effets indésirables vaccinaux : retour sur des alertes historiques, confirmées ou non
Ces essais n’ont en revanche révélé aucun effet secondaire véritablement grave, autrement dit, « des réactions qui perdurent et ne sont pas attendues, résume Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie clinique et des maladies infectieuses à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. Ce sont celles-là qui nous inquiètent ». Du moins celles en lien avec la vaccination. Cette précision a toute son importance. Des dizaines d’événements médicaux sérieux sont en effet apparus pendant les deux mois d’observation, qu’un comité indépendant a été chargé d’étudier. Certains volontaires sont même morts. La phase 3 de Pfizer, par exemple, a enregistré deux décès chez les vaccinés, mais quatre dans le groupe placebo. Accident de la circulation, arrêt cardiaque, AVC… Pendant les essais, la vie et la mort continuent. « Il n’y a pas eu non plus d’effet indésirable ayant imposé d’arrêter l’essai », ajoute Odile Launay, contrairement à la phase 3 du vaccin britannique d’AstraZeneca, interrompue, puis reprise, après une atteinte neurologique.
Des populations particulières écartées
Les deux rapports de la FDA mettent toutefois au jour un sujet de controverse : celui de la paralysie de Bell. Cette atteinte du nerf facial, phénomène neurologique sérieux, souvent résolutif en quelques semaines, reste assez mal connue. Quatre cas ont été observés au cours de l’essai Pfizer, tous dans le groupe des vaccinés ; quatre encore chez Moderna, dont un dans le groupe placebo. Les deux laboratoires écartent tout lien avec leur produit. D’autant, affirment-ils, que la proportion rejoint l’incidence habituelle, située entre 20 et 30 cas pour 100 000. La FDA n’est pas convaincue et recommande une attention particulière. Il est vrai qu’une même réaction avait été constatée lors de l’essai de phase 1 d’un vaccin antigrippal suisse, abandonné depuis. La Haute Autorité de santé (HAS) française devra elle aussi déterminer si des précautions particulières sont à prendre.
Lire aussi Covid-19 : des vaccins sous haute surveillance
Autre question délicate : le risque d’allergie. Prudence oblige, les sujets les plus menacés, ceux repérés comme susceptibles de faire des chocs anaphylactiques, sont exclus des essais. Mais la campagne de vaccination au Royaume-Uni a fait apparaître, dès le premier jour, des réactions sévères chez deux de ces personnes, présentant un passé de réaction aiguë (l’un à l’œuf, l’autre à un médicament), leur imposant de toujours garder un stylo injecteur d’adrénaline sur eux. Deux Américains ont également subi une réaction allergique sérieuse après leur vaccination en Alaska. Que faire, alors ? « L’orthodoxie veut que l’on écarte les personnes présentant une allergie connue à un des composants du vaccin, rappelle Daniel Floret, de la HAS. Faut-il aller plus loin et ne pas vacciner tous les allergiques graves ? Il va falloir en discuter. »
Cette absence de grands allergiques illustre une des limites de l’essai. Il reste aveugle à d’éventuels effets indésirables chez des populations particulières, écartées du processus par mesure de précaution : enfants, femmes enceintes, personnes très âgées, immunodéprimées ou présentant des pathologies auto-immunes connues. Pour elles, des études particulières devraient être lancées. De même, l’essai n’a que très peu de chances de repérer des réactions rares, en deçà de 1 pour 100 000. Ce qui, si l’on vaccine 50 millions de Français, peut quand même faire 500 incidents. Enfin, impossible de voir apparaître des effets à long terme, au-delà de trois mois. De tels incidents sont déjà arrivés, par exemple les cas de narcolepsie observés après un vaccin contre la grippe H1N1, « mais ils demeurent rarissimes », insiste Jean-Daniel Lelièvre. Largement en deçà des bénéfices attendus, insistent tous les experts.
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*Covid-19 : des vaccins aux effets indésirables fréquents mais apparemment bénins
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Publié le 20 décembre 2020 à 04h01 – Mis à jour le 20 décembre 2020 à 14h03
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Pour les spécialistes, c’est une confirmation. Et elle est rassurante. Comme le vaccin de Pfizer, celui mis au point par la start-up Moderna induit « des réactions locales et systémiques fréquentes mais principalement minimes ou modérées ». En d’autres termes, le produit est sûr, même s’il peut causer quelques désagréments temporaires. L’avis a été rendu public, mardi 15 décembre, par un panel d’investigateurs de la Food and Drug Administration (FDA). Il a servi de base à l’autorisation d’urgence de l’Agence sanitaire américaine, qui a été accordée vendredi 18 décembre. Moderna va donc rejoindre son principal concurrent dans la campagne de vaccination lancée aux Etats-Unis, lundi 14 décembre, alors que le pays déplore plus de 300 000 morts.
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