Un Eco-score, le « Yuka du carbone »: les membres de la convention citoyenne pour le climat souhaitent rendre obligatoire l’affichage d’une note environnementale sur les produits

Un « Eco-score » des produits alimentaires pour mieux informer les consommateurs

La loi sur l’économie circulaire prévoit d’expérimenter des affichages environnementaux. Une dizaine d’applications et sites lancent un indice sur le modèle du Nutri-score. 

Par Mathilde GérardPublié le 08 janvier 2021 à 12h00, mis à jour à 11h51  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/08/un-eco-score-des-produits-alimentaires-pour-mieux-informer-les-consommateurs_6065603_3244.html

Temps de Lecture 4 min. 

A Paris, en novembre 2020.
A Paris, en novembre 2020. ALAIN JOCARD / AFP

Aiguiller le consommateur vers des achats respectueux de l’environnement et encourager les industriels à rendre leurs produits plus vertueux : ce sont les deux principaux enjeux de l’information environnementale. Les membres de la convention citoyenne pour le climat souhaitent rendre obligatoire l’affichage d’une note environnementale sur les produits ; Emmanuel Macron s’y est montré favorable, le 14 décembre 2020, en appelant au développement d’un « Yuka du carbone ».

Si l’on est encore loin d’un affichage environnemental centralisé, validé par les autorités, et rendu obligatoire, une première pierre est posée en ce début 2021 dans le domaine de l’alimentation. Une dizaine d’applications et de sites, dont Yuka, Open Food Facts, Marmiton, ou le site d’épicerie en ligne La Fourche, vont déployer, à partir de jeudi 7 janvier, un score environnemental baptisé « Eco-score » sur leurs différents supports.

A la façon du Nutri-score, qui renseigne sur l’impact santé des aliments, l’Eco-score présente une note de A (pour les produits à l’empreinte environnementale la plus faible) à E (pour ceux ayant le plus fort impact), et un code couleur du vert au rouge.

Lire aussi  Deux ans après son lancement, le Nutri-Score a gagné du terrain dans les rayonnages

Mais là où le Nutri-score a été conçu par une équipe de chercheurs sur la base de publications scientifiques, et déployé par une agence publique (Santé publique France), l’Eco-score est une initiative privée. Pour établir cet indicateur, ses promoteurs se sont appuyés sur la base de données Agribalyse de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), pondérée par un système de bonus-malus pour rendre compte des critères d’origine, de saisonnalité ou de modes de production.

Les initiateurs de l’Eco-score, forts de leur notoriété (Yuka revendique aujourd’hui 15 millions d’utilisateurs, Marmiton 20 millions d’internautes mensuels…), n’excluent pas de voir à terme leur indicateur converger avec un affichage environnemental encadré par les pouvoirs publics.

Calcul complexe

La loi sur l’économie circulaire du 10 février 2020 prévoit en effet une expérimentation de score environnemental au cours du premier semestre 2021 sur les produits agricoles et alimentaires. Neuf projets ont été enregistrés au 7 janvier et doivent être lancés dans les prochains mois. Si l’Eco-score ne figure pas en tant que tel dans l’expérimentation du gouvernement, Yuka a candidaté à l’appel à projet et son utilisation de l’Eco-score sera étudiée dans ce cadre. « Un bilan sera tiré de ces expérimentations et transmis au Parlement d’ici à la fin de l’été, précise-t-on au ministère de la transition écologique. Il devra donner lieu à un décret en fin d’année pour définir la méthodologie qui s’appliquera à tous les acteurs qui souhaiteront afficher un score environnemental. » 

Pour l’heure, la loi ne prévoit pas de rendre ce score obligatoire, mais des discussions sont en cours entre la France et ses partenaires européens et de premiers secteurs pourraient être cités dans le projet de loi issu des travaux de la convention pour le climat, qui sera présenté en conseil des ministres en février.

Reste que la convergence vers une méthode de calcul qui fait consensus s’annonce complexe. L’Eco-score lui-même se compose de deux strates : le premier pilier est l’analyse de cycle de vie (ACV) reprise de la base de données Agribalyse de l’Ademe, une méthodologie normée au niveau international qui calcule les impacts environnementaux d’un produit du champ à l’assiette. Mais aussi complexe que soit l’ACV, cet indicateur comporte un certain nombre de limites et a tendance à favoriser les modes de production intensifs et à forte productivité, au détriment de productions à plus faibles rendements, comme celles issues de l’agriculture biologique ou l’élevage extensif en pâturage.

 Lire aussi  Une base de données destinée aux professionnels de l’alimentation accusée de pénaliser les systèmes agricoles extensifs

Ces limites ont conduit, mi-décembre2020, dix-sept organisations de défense de l’environnement (Greenpeace, Générations futures…), du bien-être animal (CIWF), des consommateurs (UFC-Que choisir) et des organisations de production bio à dénoncer des « aberrations » dans certains résultats issus d’Agribalyse, et à demander un report du calendrier pour le déploiement du score environnemental : « La méthode doit être complétée et si besoin repensée, écrivaient les organisations. Il y a urgence si l’on veut éviter que certains acteurs de l’agroalimentaire n’utilisent ces données biaisées à des fins de greenwashing ! »

« Une méthodologie ouverte »

Pour pallier les limites de l’analyse de cycle de vie, Yuka, OpenFoodFacts et leurs partenaires ont inclus dans leur notation un deuxième pilier, pondérant le score obtenu par Agribalyse avec un système de bonus-malus. Six critères ont été retenus : la présence d’un label certifié (Label rouge, Agriculture biologique, Demeter…), l’origine du produit (les produits français sont valorisés par rapport à des productions plus lointaines), la politique environnementale du pays de production (selon l’indice de performance environnementale développé par l’université de Yale et mis à jour tous les deux ans), l’impact sur la biodiversité, le respect de la saisonnalité et, enfin, la recyclabilité de l’emballage. La note finale ainsi obtenue, sur 100, est ensuite traduite par une lettre de A à E. « Tout est transparent, détaille Shafik Asal, cofondateur d’ECO2 Initiative, un bureau d’étude partenaire du projet. Notre objectif est d’avoir une méthodologie ouverte à tous ceux qui souhaitent l’implémenter. »

Lire aussi  Le Nutri-Score et Yuka bousculent l’agroalimentaire

L’Eco-score sera déployé sur l’application Yuka en février, mais il est déjà disponible sur le site et l’application d’Open Food Facts, sur 240 000 références, ainsi que sur les sites des autres partenaires (Foodchéri, La Fourche…).

« La démarche va dans le bon sens, car elle vise à améliorer les biais des résultats d’Agribalyse, commente Charles Pernin, délégué général du Syndicat des entreprises agroalimentaires bio (Synabio), qui avait cosigné la missive des dix-sept organisations signalant les limites d’Agribalyse. Le fait que soient ajoutés ou retranchés des points en fonction de l’appartenance à un label, la distance parcourue ou la saisonnalité est une très bonne chose. Mais nos interrogations quant à la façon dont sera utilisée Agribalyse dans le futur affichage environnemental demeurent. »

Au cabinet de la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, on tient à préciser que la méthodologie n’est pas encore arrêtée, et que les expérimentations issues d’organismes privés, comme celle de Yuka, seront examinées et encadrées par un conseil scientifique et un comité de pilotage.about:blank

Mathilde Gérard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire