Variant du Covid-19 : pourquoi un virus très contagieux est plus dangereux qu’un virus très létal
Le nouveau variant du SARS-CoV-2 circulant au Royaume-Uni, que l’on estime plus contagieux, pourrait provoquer plus de décès là où il se propage.
Par Gary DagornPublié aujourd’hui à 13h11, mis à jour à 13h55
Observé pour la première fois en septembre 2020 dans la région du Kent, dans le sud-est de l’Angleterre, le variant VoC 202012/01 (Variant of Concern, year 2020, month 12, variant 01) du coronavirus est probablement à l’origine d’une flambée de cas au Royaume-Uni et plus récemment en Irlande, en raison d’une contagiosité accrue
.Lire aussi : Neuf questions sur le nouveau variant du SARS-CoV-2 observé au Royaume-Uni
Si la preuve définitive d’une plus grande transmissibilité de ce nouveau variant n’a pas encore été faite, de nombreux indices convergent vers cette hypothèse. Les travaux préliminaires conduits par une équipe de la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM) ont conclu que cette déclinaison du virus était environ de 50 à 74 % plus contagieuse (valeur médiane : 56 %) que la majorité des SARS-CoV-2 en circulation depuis le début de la pandémie. Une mutation repérée sur la protéine de spicule du virus (N501Y) augmenterait nettement l’affinité, donc la liaison chimique, entre le virus et les cellules humaines qu’il peut pénétrer, ce qui favoriserait l’infection.Lire aussi : Le variant britannique du SARS-CoV-2, « un risque élevé » pour l’Europe
La contagiosité, facteur-clé de la dangerosité du virus
Une des premières inquiétudes était de savoir si ce nouveau variant était plus létal que les autres, c’est-à-dire s’il provoquait des cas plus sévères de Covid-19 et un plus grand nombre de morts pour une quantité égale de personnes infectées.
Spontanément, les craintes se concentrent sur le risque que le variant soit très mortel. Mais paradoxalement, un virus plus contagieux peut faire nettement plus de dégâts qu’un virus plus mortel.
Imaginons une hypothétique mutation du SARS-CoV-2 qui aurait un taux de létalité supérieur de 50 % à celui observé pour le SARS-CoV-2 « initial ». Le nombre de décès, à circulation virale égale, serait logiquement lui aussi augmenté de 50 %. Mais cette augmentation serait constante dans le temps.
En revanche, une contagiosité plus élevée aura des effets plus graves, car il ne s’agit pas d’une augmentation unique, mais multiple. Chaque personne infectée va contaminer à son tour davantage de personnes. Si l’on estime, par exemple, que le temps de génération (soit le fait d’infecter une personne après avoir été exposé au virus) est en moyenne de six jours, en trente jours, une augmentation de 50 % de la contagiosité va s’appliquer au moins cinq fois (30/6 = 5) : avec cinq « générations » de contamination, donc cinq fois une hausse de 50 %, la croissance est exponentielle.
Pour illustrer ce raisonnement, l’épidémiologiste britannique Adam Kucharski a pris sur Twitter l’exemple d’une situation initiale de 10 000 cas de Covid-19 :
- en appliquant un taux de létalité de 0,8 % et un taux de reproduction du virus de 1,1, le coronavirus « habituel » causerait, après trente jours de propagation libre, 129 décès ;
- en augmentant le taux de mortalité de 50 %, le nombre de décès serait de 193 après la même période ;
- en augmentant la contagiosité de 50 %, le nombre de cas croîtrait nettement plus vite, et provoquerait… 978 décès.
Le graphique ci-dessous, dont les calculs ont été réalisés à partir des paramètres connus en France, illustre la différence de dangerosité entre le variant britannique (avec des estimations de sa contagiosité) et un variant théoriquement plus mortel.
Un coronavirus plus contagieux est nettement plus dangereux
Morts du Covid-19 selon trois coronavirus différents : le virus « initial », une déclinaison qui serait 50 % plus mortelle, et le variant VoC 202012/1 en circulation au Royaume-Uni.

Si la forte contagiosité de ce nouveau variant se confirme, il sera très probablement plus difficile à maîtriser que le virus du printemps 2020, et moins sensible aux mesures de restriction publiques prises depuis un peu moins d’un an.
La situation au Royaume-Uni et en Irlande témoigne, dès à présent, d’une accélération impressionnante de la circulation du nouveau variant. En Irlande, où la part du variant VoC 202012/01 est passée de 8,6 % à 24,9 % des prélèvements séquencés entre le 20 décembre et le 3 janvier, le nombre de cas par million d’habitants a été multiplié par dix en l’espace de seulement deux semaines et demie.
Une recrudescence nette de cas de Covid-19 au Royaume-Uni et en Irlande
Nouveaux cas quotidiens de Covid-19 au Royaume-Uni et en Irlande par million d’habitants (moyenne glissante de sept jours).

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