Covid-19 : « De toute évidence, la stratégie vaccinale française se fracasse contre le mur du réel »
TRIBUNE
Aurélien Rouquet – Professeur de logistique
L’exécutif n’a pas bien anticipé les questions de transport et de réception des doses, ni les contraintes de stockage, estime le professeur de logistique Aurélien Rouquet.
Publié le 06 janvier 2021 à 03h39 – Mis à jour le 06 janvier 2021 à 10h37 Temps de Lecture 5 min.

Tribune. Lorsqu’on élabore une stratégie, il est crucial d’intégrer les contraintes logistiques. Si l’on ne le fait pas, le risque est de voir cette stratégie, une fois mise en œuvre, se fracasser contre le mur du réel. De toute évidence, c’est ce qui arrive à la stratégie vaccinale française, conçue par la Haute Autorité de santé (HAS) et mise en œuvre depuis dix jours par le gouvernement.
Sur le papier, la stratégie proposée par la HAS a consisté, face à des vaccins dont on savait qu’ils seraient initialement en nombre limité, à définir des publics prioritaires. Pour cela, les experts se sont basés sur deux critères de priorisation : « Le risque de faire une forme grave du Covid-19 et le risque d’exposition au virus. »
La priorité aux résidents des Ehpad
Cela les a conduits à proposer une stratégie fondée sur cinq phases successives. La première, dont le déploiement a commencé, devait cibler les résidents et personnels des Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes]. La deuxième phase prévoyait d’étendre la vaccination aux plus de 65 ans, ainsi qu’à certains soignants. Enfin, trois autres phases étaient prévues afin d’étendre peu à peu la vaccination, qui devait se conclure avec le public le moins à risque : les plus de 18 ans sans comorbidité.
Une telle stratégie peut bien sûr trouver des arguments sur le plan sanitaire. Même si d’autres pays ont fait des choix différents, il paraît a priori légitime de donner la priorité aux résidents des Ehpad, qui ont payé un lourd tribut au Covid-19, et que nous devons protéger, ainsi qu’au personnel médical correspondant. Cependant, déployer un vaccin au sein de plus de 10 000 Ehpad répartis sur tout le territoire est évidemment complexe. Cela l’est d’autant plus que le seul vaccin disponible pour l’instant, celui de Pfizer-BioNTech, doit être conservé à − 70 °C. En dix jours, seules quelques centaines de personnes ont ainsi été vaccinées, et la mise en œuvre de la vaccination dans tous les Ehpad va de toute évidence prendre des semaines.
Un stock de doses dans les congélateurs
Pourtant, plus de 500 000 doses ont déjà, fin décembre, été livrées par Pfizer-BioNTech, et selon le porte-parole du gouvernement, 500 000 doivent arriver chaque semaine de janvier. Ainsi, des centaines de milliers de doses dorment actuellement dans des congélateurs ! Sur le plan sanitaire, l’enjeu est pourtant aussi de déployer le plus vite possible les vaccins ! Plus le nombre de personnes vaccinées augmentera, plus on sera en mesure de ralentir la circulation du virus ! Ainsi, un critère qui aurait dû être intégré dans la stratégie vaccinale est la capacité à utiliser le plus vite possible les doses disponibles lorsqu’elles arrivent (tout en gardant bien sûr un stock de sécurité afin de faire face aux aléas qui peuvent survenir).
Alors qu’il était clair que la vaccination de tous les résidents des Ehpad allait prendre beaucoup de temps, la bonne stratégie consistait donc à prévoir en parallèle un autre flux logistique afin de pouvoir écouler au plus vite les vaccins au fur et à mesure qu’ils sont livrés. Au vu des contraintes de stockage qu’impose le vaccin Pfizer-BioNTech, la stratégie aurait dû prévoir la création de centres de vaccination ou « vaccinodromes », comme l’ont fait d’autres pays, et préciser quel public devrait y être vacciné en priorité.
« Comme pour les masques, la mise en place des tests, du traçage des cas, le vrai problème, c’est encore et toujours que la logistique n’a pas été associée à la conception de la stratégie ! »
Face à la faillite de sa stratégie, qui est apparue rapidement aux yeux de tous, l’Etat a d’abord défendu que sa lenteur était « assumée » et visait à rassurer une population française comportant de nombreux antivaccins. Comme au temps des masques, qui, lorsqu’ils manquaient, étaient jugés par lui inutiles, le gouvernement a ainsi essayé de cacher par une communication maladroite une faillite logistique. Très vite, la stratégie qui avait été élaborée par la Haute Autorité de santé a cependant été jetée à la poubelle. Faisant fi des cinq phases qui avaient été définies, le ministre de la santé, Olivier Véran, a étendu dès le 31 décembre la vaccination aux soignants de plus de 50 ans, puis expliqué, le 5 janvier, qu’elle serait aussi bientôt ouverte à toutes les personnes de plus de 75 ans. Il a aussi annoncé la mise en place de centres de vaccination dans les grandes villes pour le début du mois de février. Enfin, il a été décidé de créer un comité citoyen qui sera associé à la « conception de la stratégie vaccinale ».
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Peut-on sérieusement penser qu’un peu de démocratie participative est ici la solution ? Car, comme pour les masques, la mise en place des tests, du traçage des cas, le vrai problème, c’est encore et toujours que la logistique n’a pas été associée à la conception de la stratégie ! Ainsi, si la stratégie vaccinale de la HAS est mauvaise, c’est qu’elle n’a pas considéré les questions logistiques. Le cadrage stratégique de 51 pages ne mentionne ainsi qu’une fois le terme de « logistique », et encore, pour dire que des clusters ont été identifiés au sein « de services logistiques ».
Faut-il s’en étonner quand, parmi les membres du groupe de travail, on ne trouve que des médecins et pour seul représentant des sciences humaines et sociales un sociologue ? Par ailleurs, si le gouvernement a été incapable de voir que la stratégie proposée allait conduire à la faillite que l’on sait, c’est qu’il ne dispose pas des savoirs logistiques nécessaires. S’il existe bien sûr au sein de l’Etat des personnes spécialisées dans ce domaine, celles-ci semblent reléguées à l’arrière-plan. Les éléments logistiques ne sont de fait pas bien pris en compte dans les décisions, et perçus comme des questions d’intendance faciles à résoudre. On est d’ailleurs bien en peine au sein du gouvernement d’identifier une personne chargée de ces questions, alors pourtant que, dans cette crise, la logistique est clé.
Puiser dans le vivier de chercheurs
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On attribue souvent au général de Gaulle la phrase « l’intendance suivra », qu’il niera avoir prononcée. Ce qui est sûr, c’est qu’il écrivit dans ses Mémoires que c’est « en respectant la logistique » que « le général Eisenhower mena jusqu’à la victoire la machinerie compliquée et passionnée des armées du monde libre ». Il est temps que cette logistique soit respectée.
Aurélien Rouquet est professeur de logistique à Neoma Business School.
*Rythme, approvisionnement, gestion des priorités… Les questions que soulève la stratégie vaccinale française
Avec 138 personnes vaccinées au 30 décembre, la campagne de vaccination contre le nouveau coronavirus en France a commencé plus lentement que dans les pays voisins, ouvrant un débat politique.
Par Nathaniel Herzberg, Delphine Roucaute et Chloé HecketsweilerPublié le 31 décembre 2020 à 06h04 – Mis à jour le 06 janvier 2021 à 14h03 https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/12/31/rythme-approvisionnement-gestion-des-priorites-les-questions-que-souleve-la-strategie-vaccinale-francaise_6064886_3244.html
Temps de Lecture 9 min.

Si le gouvernement était encore critiqué il y a quelques semaines pour aller trop vite dans la mise en place de la vaccination en France, le discours a aujourd’hui changé. En cause, la lenteur des débuts de la campagne vaccinale française commencée le 27 décembre. Pour la première semaine, vingt-trois établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) sont visés, et 138 personnes étaient vaccinées au 30 décembre, selon le ministère de la santé.
L’Allemagne, elle, affichait déjà plus de 78 000 personnes vaccinées au 30 décembre, selon les données de l’Institut Koch, alors que la vaccination a débuté le même jour outre-Rhin. De son côté, le Royaume-Uni a commencé dès le 8 décembre et plus de 700 000 personnes ont d’ores et déjà été vaccinées. Avec le rebond attendu de l’épidémie et l’apparition d’un variant du SARS-CoV-2 suspecté d’être plus contagieux, la stratégie française est aujourd’hui questionnée par de nombreux scientifiques et médecins, inquiets que le vaccin n’arrive pas à temps.
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- Stratégie assumée ou solution par défaut ?
Conscient des critiques qui lui sont portées, l’exécutif tient le cap de sa stratégie.Interrogé mardi soir sur France 2, Olivier Véran a assuré que « cet écart que nous pouvons enregistrer aujourd’hui dans le démarrage, il est assumé ». « Ce qui compte, c’est que d’ici à la fin du mois de janvier nous ayons rattrapé le décalage vis-à-vis de tout le monde », promet le ministre de la santé.
Pour le président du conseil d’orientation de la stratégie vaccinale française, Alain Fischer, cette lenteur « donne le temps de faire les choses bien en termes de sécurité, d’efficacité, d’organisation et d’éthique avec le consentement ». La France est en effet le seul pays à recueillir le consentement des personnes, lors d’une consultation prévaccinale avec le médecin traitant ou référent de l’Ehpad. « Si nous allons trop vite, nous risquons d’augmenter la défiance et à terme de tout perdre », justifie Jean-Daniel Lelièvre, chef du département d’immunologie clinique et maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. « A ce stade, nous ne sommes pas à quinze jours, ou même à un mois près », temporise-t-il. Il ajoute un autre argument plus terre à terre: « Tous les pays d’Europe n’ont pas les mêmes habitudes culturelles, le même rapport aux vacances. En France, on ne vaccine pas 10 000 personnes entre Noël et le Jour de l’An. »

En cas de reprise épidémique, ou de flambée liée à la diffusion du nouveau variant, baptisé « VoC 202012/01 », serait-il possible d’accélérer ? M. Fischer l’admet : il n’est « pas sûr » qu’il soit possible d’aller « vraiment plus vite » que ce qui est fait aujourd’hui. « Il faut une organisation logistique extrêmement complexe qui nécessite de répartir ces vaccins dans plusieurs endroits en France avant de servir équitablement les quelque 14 000 Ehpad du territoire », soulignait-il sur Europe 1.
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- De combien de doses la France dispose-t-elle ?
L’Union européenne a signé des contrats d’approvisionnement avec plusieurs fabricants lui garantissant un accès à un certain nombre de doses. Celles-ci doivent être réparties dans les différents Etats membres au prorata de leur population. A ce titre, la France pourrait recevoir jusqu’à 30 millions de doses du vaccin de Pfizer-BioNTech (15 % de 200 millions), le seul à disposer d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) en Europe, et 12 millions de doses du vaccin Moderna (15 % de 80 millions), qui pourrait recevoir le feu vert des autorités début janvier 2021. Des précommandes plus importantes ont été effectuées pour le vaccin d’AstraZeneca – autorisé mercredi par les autorités britanniques pour une utilisation d’urgence – mais l’Agence européenne des médicaments (AEM) ne s’est pas encore prononcée.
Certains pays ont-ils reçu plus de doses que les autres fin décembre ? « Il n’y a pas eu de favoritisme », assure-t-on au ministère de la santé. « Les Allemands ont reçu davantage de doses car leur population est plus importante. » La France a reçu une première livraison du vaccin Pfizer-BioNTech de 60 000 doses samedi 26 décembre, et 500 000 doses supplémentaires en début de semaine. Elle recevra ensuite 500 000 doses par semaine, auxquelles s’ajouteront 500 000 vaccins Moderna par mois dès que le laboratoire aura décroché son autorisation de mise sur le marché. Au total, le ministère de la santé compte sur la livraison, au premier semestre, de 16,4 millions de doses du vaccin Pfizer-BioNTech et de 6,9 millions de doses du vaccin de Moderna. A raison de deux injections par personne, cela représente en théorie de quoi vacciner environ 11 millions de personnes.
Les premières livraisons permettront de vacciner les résidents d’Ehpad ainsi que les soignants de ces établissements présentant un facteur de risque (1 million de personnes). La vaccination sera élargie lors d’une seconde étape aux soignants de plus de 50 ans ou présentant un facteur de risque (1,2 million de personnes) et aux Français de plus de 65 ans (8,5 millions de personnes). Compte tenu du nombre limité de doses disponibles, les plus de 85 ans seront appelés à se faire vacciner en premier, suivi des plus de 75 ans en fonction du nombre de vaccins restant.
- Une stratégie à une dose est-elle possible ?
Pour vacciner les populations âgées au-delà des Ehpad, le nombre de doses risque vite d’être insuffisant. « On voit bien que cela va être difficile si le vaccin d’AstraZeneca ou un autre vaccin n’arrive pas rapidement », reconnaît Odile Launay, infectiologue et membre du comité vaccin Covid-19 français. Dans ce contexte, la priorité n’est-elle pas d’immuniser d’abord le plus grand nombre de personnes avec une seule dose de vaccin, quitte à retarder de plusieurs semaines l’administration de la seconde dose ?
« C’est une stratégie qui se défend tout à fait dans une situation de pénurie en période pandémique, même s’il faut s’attendre à une moindre efficacité », estime Mme Launay. « Les essais montrent une efficacité dès la première dose, et même s’il faut une seconde dose pour atteindre le meilleur niveau de protection, il est sans doute possible de les espacer de plusieurs semaines », souligne-t-elle en expliquant que des données sur l’efficacité avec l’espacement des doses sont disponibles pour d’autres vaccins.
« Si on souhaite élargir la vaccination aux personnes âgées de 50 à 60 ans, une vaccination à une dose pourrait être envisagée pour vacciner davantage de monde », juge-t-elle. Il faut en revanche être « très prudent » pour les plus fragiles, pour qui le régime à deux doses doit, dans tous les cas, être maintenu compte tenu de l’affaiblissement possible de la réponse immunitaire et du risque accru de formes sévères.
- Pourquoi est-ce un défi logistique ?

Stocké à − 80 °C dans de grands frigos, le vaccin de Pfizer-BioNTech ne peut être conservé que cinq jours après décongélation, à une température maintenue entre 2 °C et 8 °C. Et lors de son acheminement dans les Ehpad, le temps de transport ne doit pas dépasser douze heures. En France, six plates-formes logistiques réceptionneront et stockeront les doses, avant de les livrer aux pharmacies selon un « plan de transport optimisé », conçu pour limiter au maximum le temps passé par les vaccins dans les camions. Les dates de vaccination dans les Ehpad seront déterminées en fonction des contraintes liées à cette « tournée », et les volumes livrés dépendront des commandes passées par les établissements auprès des pharmacies. Le conditionnement en flacons de cinq doses requiert aussi un calcul au plus juste pour limiter le gaspillage.
Avant de remplir leur « bon », les Ehpad devront organiser des consultations prévaccinales et recueillir par écrit le consentement des résidents souhaitant être vaccinés, selon les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS). « Cela va prendre du temps, et on voit mal comment cela aurait pu être mis en place pendant la trêve des confiseurs », souligne un responsable de la campagne de vaccination. Le rythme des livraisons devra donc suivre celui du remplissage des formulaires de consentement, et les premières doses devront rester quelque temps stockées dans les entrepôts.
Compte tenu de la complexité de cette organisation, le ministère de la santé s’attend à ce que toutes les doses n’arrivent pas au bon moment au bon endroit. « Le taux d’indisponibilité pourrait atteindre 30 % », avance-t-on au ministère de la santé, en soulignant que ce chiffre inclut les doses perdues si un flacon entamé n’est finalement pas utilisé en totalité.
- Les résidents d’Ehpad sont-ils la meilleure cible ?

Le choix a été fait en France de vacciner en priorité les personnes âgées en Ehpad, population développant les formes les plus graves de la maladie et qui a payé un très lourd tribut dans cette pandémie. Des voix s’élèvent pourtant pour réclamer une priorisation de la campagne vaccinale envers les soignants. Le ministre de la santé a redit mardi soir que des doses seraient proposées aux soignants de plus de 50 ans au cours du mois de janvier.
« Il faut se mettre à vacciner les soignants pour ne pas être en pénurie de personnel quand il y aura plus d’hospitalisations à gérer », appuie le généticien Axel Kahn, pour qui l’hypothèse d’un variant plus contagieux se diffusant dans tout le territoire français et intensifiant l’épidémie doit être prise au sérieux. « Cette décision protégerait par ailleurs aussi indirectement les personnes âgées en Ehpad [en limitant le risque de contamination dans les établissements] », ajoute le généticien. A la Haute autorité de Santé, on défend le choix retenu en rappelant que le vaccin Pfizer, s’il a montré son efficacité contre les symptômes, n’a pas prouvé qu’il empêchait l’infection, donc la contamination. C’est donc bien la protection des personnes à risque qui a été privilégiée.
D’autres s’inquiètent encore du manque de données sur l’efficacité du vaccin chez les personnes très âgées, les essais cliniques des vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna n’incluant pas de sujets au-delà de 85 ans. « Leur efficacité semble élevée, y compris chez les plus de 65 ans », relativise Mme Launay, rappelant que des données « en vie réelle » seront collectées pour évaluer plus précisément le vaccin chez les sujets très âgés.
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- Cibler des territoires plutôt que des populations ?
Une autre approche consisterait à viser les territoires en fonction de la gravité de leur situation épidémique, en suivant l’exemple de Christian Estrosi, maire (Les Républicains) de Nice, qui a réclamé au gouvernement d’accélérer la campagne vaccinale dans la métropole, dont le taux d’incidence a fortement augmenté ces dernières semaines pour devenir le plus haut de France. Pour anticiper les efforts à fournir selon les territoires, il faudrait pouvoir identifier le ou les variants du virus circulant localement et prioriser les endroits où se diffusent majoritairement des mutants plus contagieux, comme celui identifié au Royaume-Uni et déjà présent dans de nombreux pays.
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Cette démarche implique que l’effort soit mis sur le séquençage du virus présent dans les prélèvements faits en dépistage. Or, la France est très en retard sur ce point depuis le début de l’épidémie. Dans une note transmise le 21 décembre au président de la République, des chercheurs du collectif FranceTest plaident pour la création d’un réseau national « SentiCov » destiné à « unir les efforts disparates et finalement peu productifs dans le séquençage des différentes souches circulantes de virus ».
Les objectifs affichés sont notamment d’établir une carte des variants viraux circulant dans les régions et d’évaluer leur impact sur l’efficacité de la vaccination et des tests. « Le gouvernement refuse depuis six mois que la distribution des vaccins se fasse de manière territorialisée, il y a l’idée que tout le monde est égal devant le virus, argumente le généticien Philippe Froguel, l’un des auteurs de la note. Mais si on montre que les Anglais qui ont quitté leur pays à la mi-décembre sont allés dans certaines régions de France, c’est dans ces territoires qu’il faudrait vacciner en priorité les personnes âgées. »
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Avec les « vaxxies », des Européens témoignent de leur vaccination contre le Covid-19
Contraction de « vaccin » et « selfie », l’expression est utilisée par de nombreux internautes pour raconter la procédure en cours dans leur pays, souvent allégée et accélérée.
Par Sandra FavierPublié hier à 12h15, mis à jour à 07h00
Temps de Lecture 5 min.
La pandémie de Covid-19 et le confinement auront été grands pourvoyeurs de néologismes. Et l’an 2021 a déjà vu naître son premier : vaxxie, contraction des mots « vaccin » et « selfie », en référence aux photos que les internautes partagent sur les réseaux sociaux après avoir reçu leur première injection. Sur la Toile, ces publications sont autant de témoignages de la manière dont s’opèrent les campagnes vaccinales et de leur avancement.
Ainsi, sur Instagram, très peu de photos aux auteurs français mais pléthore dont la localisation indique diverses villes d’Italie, du Royaume-Uni ou d’Allemagne.
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Les vaccinés arborent fièrement leur certificat ou pointent un badge « I got my Covid-19 vaccine » (« j’ai fait mon vaccin contre le Covid-19 ») et tous, surtout, manche relevée et bras tourné vers l’objectif, exposent leur pansement, collé sur le haut du bras. Comme une amulette d’immunité, alors qu’une nouvelle vague de contaminations s’annonce dans plusieurs pays.
Un formulaire de consentement, et puis s’en va
Comme un « bon exemple » à suivre également selon Lisa, assistante médecin dans un hôpital de Heide, en Allemagne. « C’est d’ailleurs pour cela que j’ai partagé une photo », bras dénudé et doigt pointé sur l’endroit de sa piqûre. Volontaire pour officier dans un service consacré au Covid-19, Lisa a fait partie des premiers vaccinés allemands. « J’ai vu ce que le virus pouvait faire à la population, alors la question n’était pas si j’allais me faire vacciner mais plutôt quand je pourrais le faire. »
La jeune femme de 29 ans a planifié, via un lien que son chef de service lui a soumis par mail, la date et l’heure de sa vaccination. Sur place, également, la procédure est simplifiée : « J’ai rempli un formulaire de consentement qui résumait antécédents médicaux et contre-indications, puis j’ai été vaccinée. »
Un processus facilitant qui a permis à l’Allemagne de distancer ses voisins européens. Au 5 janvier, le pays avait administré près de 400 000 doses du vaccin Pfizer-BioNTech, alors le seul autorisé par l’instance européenne (celui de Moderna l’a été le 6 janvier), et ainsi fournit une première immunisation à 0,44 % des Allemands. A titre de comparaison, la France avait vacciné, à la même date, environ 7 000 personnes, soit à peine 0,01 % de la population.
Le gouvernement français a, depuis, annoncé l’allègement de la procédure et l’accélération de la campagne. L’Allemagne, qui a priorisé les premières injections aux personnels soignants (seuls ceux de plus de 50 ans peuvent, pour le moment, être vaccinés en France) et aux personnes âgées, s’est aussi munie de « vaccinodromes » et d’équipes volantes, chargées d’administrer le vaccin dans les établissements d’accueil des personnes âgées.
Comme un pied de nez aux antivaccins, Lisa accompagne sa photo d’une légende univoque : « Pour l’instant, pas de décès instantané et aucun membre supplémentaire ne m’a poussé ». De son point de vue, la défiance ralentit les campagnes de vaccination européennes parce qu’il « semblerait que l’Etat considère que les gens peuvent s’informer seuls alors qu’en réalité, ils consultent Facebook plutôt que les sources officielles ».
En Allemagne, 65 % de la population serait prête à se faire vacciner contre le Covid-19, selon une étude BVA, publiée le 26 décembre 2020 par Le Journal du dimanche. De l’autre côté du Rhin, 44 % des Français seulement se disaient prêts à recevoir l’un des vaccins.
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Pour Antonio, médecin généraliste près de Palerme, en Sicile, la stratégie de priorisation serait également l’une des raisons du retard français. « Les bons chiffres italiens [plus de 300 000 doses administrées au 7 janvier] sont liés à la décision de vacciner en priorité les personnels médicaux, qui rêvaient littéralement du vaccin depuis longtemps, alors que la France a choisi de prioriser les personnes âgées, qui se méfient peut-être plus. »
Sur l’île, pas de lourdeur administrative : Antonio s’est rendu dans l’un des centres de vaccination que l’Italie a consacré à la lutte contre le Covid-19 et, après avoir rempli un formulaire de consentement, il a patienté une heure et reçu sa première injection
Alors qu’en France, pour l’instant, chaque vaccination doit être précédée d’une visite médicale chez son médecin, Antonio n’a dû se plier qu’à une rapide vérification : « Une discussion, directement avec le médecin qui vaccine, pour vérifier les contre-indications et poser nos questions. » Après la piqûre, Antonio enchaînait vingt-deux heures de garde aux urgences.
Une moindre défiance à l’égard du vaccin
Pour accélérer encore la cadence, certains pays se débarrassent même de toute paperasse. Au Danemark, près de 65 000 doses avaient été administrées au 5 janvier, hissant le pays parmi les plus performants de l’Union européenne.
Czank, gynécologue, a été invité à se faire vacciner par son employeur. Il n’a eu aucun formulaire à remplir ni de consentement écrit à fournir. Vacciné sur son lieu de travail, il a simplement dû rester « quarante minutes en observation et [est]reparti avec un rendez-vous pour la seconde injection »
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Au Royaume-Uni aussi, champion de la vaccination avec plus d’un million de personnes ayant reçu une première injection au 7 janvier, la rapidité est à l’ordre du jour. Gabrielle, chargée des formations digitales au sein du National Health Service (l’hôpital public britannique), n’a mis que vingt minutes à se faire vacciner, sur son lieu de travail.
« J’ai signé un formulaire de consentement, écouté les quelques informations que m’a données l’infirmière et me suis fait vacciner. Ensuite, j’ai juste laissé mon numéro de Sécurité sociale et j’ai patienté un quart d’heure sous surveillance, comme le protocole le recommande. »
Les grands-parents de Gina, tous les deux âgés de plus de 80 ans, ont été contactés un lundi après-midi par leur médecin pour se faire vacciner. Lundi soir, c’était chose faite et ils étaient de retour chez eux, dans le comté anglais de Kent, au sud-est de Londres, « rassurés ».
Outre-Manche, 81 % des sujets de Sa Majesté sont prêts à recevoir le vaccin contre le Covid-19, selon la même enquête BVA. Autant dire que Gabrielle ne se pose même pas la question de la défiance. « J’écoute ce que disent les scientifiques, avance-t-elle, comme si la question l’avait presque offensée. Je leur fais confiance et je suis reconnaissante qu’ils aient travaillé fort pour faire approuver le vaccin. » La jeune femme de 28 ans a contracté le Covid-19 en août 2020 et se bat, encore aujourd’hui, contre certains symptômes persistants. Alors, pour elle, « la vaccination est la clé pour avancer ».
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Le Royaume-Uni ambitionne de vacciner, d’ici à la mi-février, environ 14 millions de personnes, un objectif « très ambitieux » mais que le premier ministre britannique, Boris Jonhson, estime atteignable. De son côté, l’Union européenne a vacciné un peu plus d’un million de ses ressortissants, les Danois, Allemands et Italiens faisant la course en tête.