Le gouvernement fait appel à une société privée américaine pour l’aider dans sa stratégie de vaccination

Un cabinet américain conseille dans l’ombre le Gouvernement pour la campagne de vaccination     

Par M.J. le 06-01-2021 

https://www.egora.fr/actus-pro/politique/63224-un-cabinet-americain-conseille-dans-l-ombre-le-gouvernement-pour-la#xtor=EPR-3-1%5BNews_En_Bref%5D-20210107-%5B_1%5D

D’après les informations du Canard Enchaîné et du site Politico, le Gouvernement a fait appel au cabinet américain McKinsey pour organiser sa stratégie de vaccination contre le Covid.  

Alors que le Gouvernement est attaqué et critiqué de toutes parts concernant la lenteur de la mise en place de la campagne de vaccination et de possibles erreurs stratégiques, le Canard Enchaîné et le site Politico révèlent que l’exécutif aurait fait appel à un cabinet américain nommé McKinsey pour le conseiller depuis le mois de décembre.  

Les missions de ce cabinet, dont le Gouvernement s’est bien gardé de parler, consistent en la “définition du cadre logistique”, « l’établissement d’un benchmarking logistique avec d’autres pays » et « l’appui à la coordination opérationnelle du groupe de travail », explique un membre du ministère de la Santé à Politico. Le Canard Enchaîné relève également que c’est le représentant français de McKinsey, le politique Maël de Calan, qui avait exposé en détail la stratégie gouvernementale de vaccination le 23 décembre dernier, lors d’une présentation avec le ministre de la Santé, les directeurs d’ARS et ceux des hôpitaux sélectionnés pour le lancement de la vaccination.  500 à 600 centres de vaccination d’ici la fin du mois de janvier promet Véran 

A l’heure actuelle, le montant de la prestation de McKinsey n’est pas connu mais selon l’AFP, ce n’est pas la première fois depuis le début de la crise sanitaire que le ministère fait appel à des sociétés privées pour le conseiller. C’était le cas par exemple, rappelle l’Express, dans le cadre du “pôle logistique” qui avait à sa charge l’acheminement des gants et des blouses.  

Face aux critiques, Olivier Véran a annoncé une nouvelle stratégie de vaccination en affirmant qu’à la fin du mois de janvier, les personnes âgées de plus de 75 ans et plus habitant chez elles pourraient se faire vacciner. Jeudi 7 décembre, une nouvelle conférence de presse sur la stratégie du Gouvernement est également organisée par Jean Castex.  

Lu dans le @canardenchaine : le ministère de la Santé a fait appel au cabinet américain McKinsey pour l’aider à organiser la vaccination (et ne l’a pas dit). pic.twitter.com/hGzo0TyKZE

— Louis Hausalter (@LouisHausalter) January 5, 2021

[avec l’Express] 

« On assiste à une nouvelle étape dans la privatisation de l’action publique »

Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS, déplore dans un entretien au « Monde » que le gouvernement fasse appel à des cabinets de conseil privés pour l’aider sur la mise en oeuvre logistique de sa stratégie vaccinale. 

Propos recueillis par Raphaëlle Besse Desmoulières

Publié le 07 janvier 2021 à 10h00 – Mis à jour le 08 janvier 2021 à 10h10  

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/01/07/on-assiste-a-une-nouvelle-etape-dans-la-privatisation-de-l-action-publique_6065458_823448.html

Temps de Lecture 4 min. 

La direction générale de la santé (DGS) a indiqué au Monde, mercredi 6 janvier, que l’Etat a fait appel à plusieurs sociétés privées pour l’épauler dans sa stratégie vaccinale. Selon la DGS, Accenture a été chargé du « lancement, l’enrichissement et l’accompagnement de la mise en œuvre du SI [système d’information] vaccination », les sociétés Citwell et JLL de « l’accompagnement logistique et la distribution des vaccins Covid » et McKinsey de « la définition du cadrage logistique, le benchmarking [comparaison avec les pays étrangers] et la coordination opérationnelle ». Pour Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et membre du Centre de recherches politiques de Sciences Po, « cela prouve qu’au sommet de l’Etat et c’est très grave plus personne, sauf dans le domaine militaire, n’est capable de mettre en place un plan opérationnel ».

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Etes-vous surpris que l’Etat ait recours à des cabinets de consultants pour plancher sur la stratégie vaccinale ?

Non. Par contre, ça m’inquiète…

Pourquoi ?

Parce que cela signifie que la capacité de coordination et de pilotage opérationnel de l’Etat est désormais bien faible. L’une des fonctions essentielles de l’Etat, outre la prévision, c’est bien de fournir un cadre d’action cohérent aux acteurs, établissements publics ou bien élus locaux, surtout en période de crise. On assiste en fait à une nouvelle étape dans l’externalisation et la privatisation de l’action publique. L’Etat qu’on voulait stratège fait appel désormais à des fournisseurs privés de stratégies clé en main alors même qu’il ne manque pas en interne d’experts, d’inspections, de cabinets et d’autorités en tout genre.

Est-ce courant ?

On a vu ces pratiques se développer dans les années 1990 sous Michel Rocard dans le cadre de la modernisation de l’administration mais c’était plutôt ponctuel. Il s’agissait surtout de renforcer la capacité d’évaluation des politiques publiques. Peu à peu, c’est devenu un nouveau marché. Cela s’est amplifié sous Nicolas Sarkozy, à partir de 2007, lors de la révision générale des politiques publiques dans le but avoué de réduire les effectifs et les coûts budgétaires. Ce recours est lié à la conversion culturelle, sinon économique, d’une partie des cercles dirigeants de l’Etat non pas à la culture d’entreprise mais à la culture de la gestion abstraite à distance.

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Qu’est-ce qui a changé sous la présidence d’Emmanuel Macron ?

On a vu le profil des membres de cabinet se modifier avec des personnes venues plus systématiquement du privé – et notamment des cabinets de consultants – avec une culture plus managériale. L’idée est d’importer le savoir-faire du privé dans le public. C’est une marque de fabrique du macronisme. Résultat : il y a une fracture interne au sein de l’appareil d’Etat entre les cabinets et le terrain avec une perte de savoir-faire opérationnel. A cela s’ajoute, dans le domaine de la santé, un éclatement des entités.

Dans les années 2010, on a importé les agences, une formule très à la mode dans les pays anglo-saxons, en créant des établissements publics (ARS, Santé publique France…) qui ont chacun leur direction et leur état-major protégeant leur pré carré. Cela a engendré un éclatement des donneurs d’ordre, un enchevêtrement des compétences et une concurrence entre ces entités. Sans oublier une mauvaise coordination.

Avec quelles conséquences ?

Il y a une forme d’externalisation de l’expertise qui est à l’opposé de la culture traditionnelle de l’administration française, assez pédagogique. Progressivement, on a transformé les hauts fonctionnaires en techniciens de la gestion – ce qui s’est accompagné d’une forme de déclin social de la haute fonction publique. Le problème, c’est que nous ne sommes ni dans un modèle clairement décentralisé comme en Allemagne où les hôpitaux sont gérés par les collectivités locales, ni dans un modèle clairement centralisé mais dans un entre-deux, donc nulle part. Il n’existe plus aucune doctrine claire et cohérente de l’Etat.

D’où le recours aux cabinets de conseil ?

Quand on n’a plus l’expérience du terrain, cela devient difficile de répondre à une question comme celle de savoir comment vacciner 30 ou 40 millions de personnes. Cela prouve qu’au sommet de l’Etat – et c’est très grave – plus personne n’est capable de mettre en place un plan opérationnel, sauf, heureusement, dans le domaine militaire, et donc on se retourne vers des groupes privés. Historiquement, les périodes de crise témoignaient de l’inverse : face au désarroi des acteurs privés, l’Etat reprenait la main, que ce soit par la planification ou l’aménagement du territoire. Le plus ironique là-dedans, c’est que ce sont les mêmes qui ont imaginé des solutions managériales de fragmentation de l’appareil d’Etat dans les années 1990 qui viennent aujourd’hui vendre les solutions pour y remédier.

Quel est le coût de ces prestations ?

C’est très cher. Sous Nicolas Sarkozy, les « rapports annuels de performance » nous apprennent que le recours aux cabinets privés par les ministères à partir de 2008 est de l’ordre de 50 millions d’euros par an.

Pourquoi ces pratiques ne sont-elles pas plus transparentes ?

C’est transparent sur le plan juridique car il y a des appels d’offres. Ce qui l’est moins, c’est la constitution d’une économie de l’expertise gestionnaire associant le secteur public et le secteur privé et donc d’un marché professionnel nourrissant le pantouflage ou des espoirs de pantouflage surtout lorsque la fin d’un quinquennat approche. Les règles de lutte contre les conflits d’intérêts ont été renforcées mais leur application est toujours difficile sur le long terme des carrières

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Raphaëlle Besse Desmoulières

© Vincenzo Pinto/AFP

Éditorial de l’humanité: « La débâcle de l’État qui fait appel à grands frais à des sociétés privées »

Lundi 11 Janvier 2021Maud Vergnol

https://www.humanite.fr/editorial-la-debacle-de-letat-698524

Apollon lui avait offert le don de prédire l’avenir. Mais, pour punir Cassandre de l’avoir abandonné, il décida que personne ne la croirait. Et lorsqu’elle comprit que le cheval de Troie annonçait la chute de sa ville, elle ne put empêcher les Troyens de l’y faire rentrer. Depuis les années 1990, combien d’avertissements ont-ils été lancés, et notamment dans nos colonnes, contre la privatisation rampante de l’action publique et les ravages inexorables qu’elle engendrerait ? « Circulez, y a rien à voir », nous répondaient doctement les promoteurs zélés de la RGPP et autres « réformes » de la fonction publique, exhortant la gauche qui s’y opposait d’ « arrêter de jouer les Cassandre ». Oubliant au passage… que celle-ci avait toujours raison !closevolume_off

Le fiasco de la vaccination française n’est que l’aboutissement logique de l’impuissance organisée de l’État. Nulle fatalité. Juste des choix politiques, dont on a tendance à oublier qu’ils ont des conséquences concrètes sur les vies humaines. En pleine course contre la montre pour enrayer la pandémie, on apprend donc que l’un des postes stratégiques pour la distribution du vaccin en France est vacant. La cheffe de la « direction alerte et crise » de l’agence nationale Santé publique France, chargée de distribuer les millions de doses de vaccin, n’a pas été remplacée depuis le 31 décembre. Mais, rassurez-vous, un cabinet de recrutement est sur le coup… Au même moment, la presse révèle aussi qu’un autre cabinet privé, McKinsey, a été sollicité par l’État, pour la modique somme de 20 millions d’euros depuis le début de la pandémie, afin de contribuer, cette fois, à mettre en œuvre une stratégie vaccinale.

Loin de simples anecdotes, ces faits disent tout de cette sous-traitance dispendieuse des missions de l’État, qui affaiblit toujours plus la puissance publique. D’autant que les membres de ces cabinets sont souvent d’ex-hauts fonctionnaires passés dans le privé pour doubler leurs salaires. « Déléguer notre capacité à soigner à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle », affirmait gravement le président de la République le 12 mars 2020. « En même temps », il sollicite une multinationale du conseil pour organiser la vaccination. L’imposture macroniste dévoilée au grand jour.

« Les politiques de santé publiques ne doivent pas être confiées à des cabinets privés »

(Communiqué de  l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament OTMEDS)

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Recherche13/01/2021

Émis par : OTMEDS

https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/165904/les-politiques-de-sante-publiques-ne-doivent-pas-etre-confiees-a-des-cabinets-prives-communique/

Le gouvernement a sollicité des cabinets privés (McKinsey, Accenture, Citwell, JLL) afin de guider la campagne de vaccination contre le COVID-19. Ces sollicitations signent bien la réelle capitulation de l’exécutif qui franchit une nouvelle étape dans la privatisation des politiques de santé, et qui en parallèle refuse toute expertise de la société civile. Par ces sollicitations, l’exécutif montre l’étendue de son incompétence.

Ces choix du gouvernement, pris en toute opacité, soulèvent plusieurs questions :

  • Pourquoi le gouvernement a-t-il refusé l’expertise de la société civile, pourquoi la refuse-t-il encore et préfère-t-il dépenser l’argent public pour des prestations privées ? Dès le 5 mars, date où Emmanuel Macron a annoncé des financements à la recherche contre le COVID-19, le gouvernement aurait dû solliciter les associations travaillant à la promotion de la santé publique, les médecins généralistes, les élus locaux, les professionnels ayant l’expérience de gestion de crise et tout un spectre de la société civile afin d’élaborer des scénarios de campagne vaccinale pour être prêts au niveau logistique dès les vaccins mis au point.
  • Quel est le contenu des contrats qui lient ces sociétés à l’État ?Le gouvernement doit les rendre publiques et préciser les mandats confiés, la répartition des rôles avec les agents de la fonction publique.
  • Combien cela coûte-t-il ? Le cabinet McKinsey toucherait deux millions d’euros mensuels pour sa prestation. Le gouvernement doit rendre publiques devis et factures de toutes les agences consultées.
  • Le travail de ces agences privées se fait-il au seul service de l’intérêt commun ? L’ensemble des liens d’intérêts des employés de ces cabinets doit être rendu publique.
  • L’efficacité de ces agences privées est-elle garantie ? Des agences comme McKinsey sont connues dans le milieu du développement et de la santé mondiale pour avoir démontré leur peu d’efficacité avec les pays en développement. Pourquoi s’adresser à elle ?
  • Pourquoi le gouvernement refuse-t-il le travail des fonctionnaires d’État et des institutions en charge ? Où se situent les causes qui font que le fonctionnement normal de l’appareil d’État s’avère incapable d’élaborer une stratégie pertinente pour une campagne vaccinale ? Sur la base des audits et rapports déjà existants, il est urgent, pour améliorer nos réponses futures à des crises sanitaires et assurer celle contre le COVID-19, de savoir quelle est la part de responsabilités des politiques et des fonctionnaires, dans ces dysfonctionnements, ce qu’il faut faire en matière de formation, de communication inter-services pour permettre aux agents publics de répondre correctement à une situation de crise. Il ne faut pas attendre les procès éventuels ou les travaux, nécessaires, des sociologues, pour commencer un diagnostic sur ce sujet.

Ces douze derniers mois ont montré que la privatisation de la recherche, du développement et de la production des médicaments et produits de santé, dont les vaccins et des diagnostics, dans des logiques de profits, étaient vouées à l’échec. Nous refusons que cette privatisation soit étendue et que les stratégies en santé soient élaborées par des groupes privés. Un pays comme la France, 6èmepuissance économique mondiale, doit développer et mettre en place elle-même ses politiques publiques en santé et mettre en place une réelle politique de démocratie sanitaire.

Les réponses doivent être apportées sans délai.

Contact : contact@transparencemedicaments.net

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/01/24/lexecutif-na-pas-bien-anticipe-les-questions-de-transport-et-de-reception-des-doses-ni-les-contraintes-de-stockage-aurelien-rouquet-professeur-de-logistique/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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