Publié le 31/12/2020
Vaccination Covid en France : vers une étrange défaite ? [Tribune]
31 Décembre 2020

S’il est des moments où l’on ne peut se contenter d’être uniquement un commentateur. Celui-ci en est un.
Sidérés, comme un grand nombre de confrères, par les débuts misérables de la vaccination Covid dans notre pays nous nous devons de prendre la plume pour dénoncer ce qui pourrait augurer d’un nouveau fiasco qu’il faut tout faire pour l’ éviter.
Quelles sont les données en notre possession en ce 31 décembre 2020 au matin pour le vaccin Pfizer ?
Quand le Royaume-Uni et Israël ont atteint environ 800 000 vaccinés (après il faut le dire un début anticipé par rapport à l’Europe continentale, le 8 décembre pour le Royaume-Uni par exemple), l’Allemagne 80 000, le Portugal 20 000, la France plafonne à 332 avec seulement quelques dizaines d’EHPAD concernés bien qu’elle ait reçu, à la même date, la même dotation de vaccins par habitants que ses partenaires européens !Pour justifier ce gap inquiétant (et il faut bien le dire humiliant), nos autorités politiques et sanitaires, nous martèlent, comme à des enfants impatients, qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation (sic) et que ces chiffres sont conformes aux plans établis.
En dehors de ce remake du Lièvre et la tortue, le gouvernement nous explique que cette lenteur est voulue et qu’elle se justifie par des précautions éthiques et médicales que nous serions donc les seuls à respecter : consentement éclairé des candidats à la vaccination avec délai de rétractation de 5 jours (comme pour un achat à crédit !) et consultation médicale préalable. En occultant le fait que le consentement est requis pour tout acte médical, que consultation et vaccination peuvent bien sûr être réalisées dans le même temps (comme c’est le cas par exemple pour la prévention de la grippe saisonnière pour des millions de nos concitoyens chaque année) et que ces précautions inusitées ne peuvent avoir comme effet que de renforcer la méfiance de la population (si l’on me laisse 5 jours pour réfléchir c’est bien que ce vaccin est dangereux !). De plus, même si le choix d’un consentement éclairé était la véritable explication de ce retard, il faudrait justifier le nombre ridicule d’Ehpad impliqués la première semaine car rien n’interdisait de demander simultanément leur consentement au million de personnes concernées.
Comment comprendre ce début de campagne qui n’en est pas une, qui n’est appuyée par aucune communication gouvernementale et surtout par aucun enthousiasme des responsables sanitaires ?
Comme on ne peut imaginer que cette lenteur soit due à un doute sur la sécurité d’un vaccin que l’on vient pourtant d’autoriser et que des millions de personnes ont reçu sans dommage immédiat dans le monde, la seule explication rationnelle est celle d’une impréparation logistique de l’administration française (temporaire ?) face à l’accélération non anticipée du processus européen d’autorisation du vaccin, avancé, on se le rappelle, d’une semaine.
Comme les masques jugés inutiles (voire dangereux !) jusqu’au moment où l’on a pu en disposer en nombre suffisant, comme les tests considérés comme superfétatoires au printemps avant que l’on ne les pratique larga manu, gratuitement et sans ordonnance, vacciner le plus rapidement possible comme cela est recommandé par nos partenaires européens sera considéré comme une attitude brouillonne jusqu’au jour où notre administration sera enfin prête à respecter son propre plan de montée en puissance.
Espérons-le, le plus vite possible. Mais, croyons que le pire n’est pas sûr et que dès la semaine prochaine, le gouvernement révisera sa stratégie vaccinale. Car chaque jour qui passe sans immunisation collective nous coutera des centaines de morts et des centaines de millions d’euros.
Dr Anastasia Roublev
Publié le 31/12/2020
Vaccination : polémique sur la stratégie de l’escargot

Paris, le jeudi 31 décembre 2020 –
Seulement 300 personnes environ ont été vaccinées contre la Covid-19 en France en quatre jours. Une stratégie de la lenteur assumée par le gouvernement mais de plus en plus critiquée.
Le week-end dernier, la quasi-totalité des pays de l’Union Européenne ont entamé leur campagne de vaccination contre la Covid-19, en utilisant le vaccin élaboré par le laboratoire américain Pfizer. Plusieurs pays européens ont fait le choix de démarrer en trombe pour vacciner le plus de personnes possibles et ce le plus rapidement possible. C’est le cas de l’Allemagne, où 78 000 personnes ont déjà été vaccinés, mais également du Danemark, du Portugal ou de la Croatie, pays qui ont déjà vacciné 0,2 % de leur population.
Tout le contraire de la France, qui n’a vacciné que quelques centaines de sujets depuis le début de la campagne de vaccination ce dimanche. A titre de comparaison, on vaccine autant en France en quatre jours qu’en Israël en…deux minutes. La France est pour l’instant le champion d’Europe de la lenteur. Les autorités sanitaires ont adopté une stratégie de vaccination particulièrement prudente : seule une trentaine d’Ehpad sont pour l’instant concernés par la campagne de vaccination et chaque personne dispose d’un délai de rétractation après avoir donné son consentement. Une politique désormais critiquée de toute part.
L’opposition vent debout contre la stratégie de vaccination
Ce mercredi sur les antennes d’Europe 1, le professeur de génétique Axel Khan s’est montré particulièrement critique sur la stratégie des autorités. Il l’a jugé « pas adaptée à une situation qui est très périlleuse » et dénonce une « très importante erreur stratégique ». Selon lui, en insistant sur les précautions prises et le suivi médical des personnes vaccinés, le gouvernement ne fait qu’accentuer la méfiance déjà importante des Français vis-à-vis des vaccins. Le professeur Bruno Megarbane, chef du service de réanimation à l’hôpital Lariboisière à Paris, a lui dénoncé un « protocole actuel trop lourd», critiquant notamment l’existence d’un délai de rétractation.
La polémique sur la stratégie de vaccination française a également pris un tournant politique. A droite comme à gauche, l’opposition se montre de plus en plus critique envers le gouvernement. Président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau évoque un « nouvel échec » du gouvernement après celui des masques et des tests, tandis que le député LR Robin Reda fustige « l’excès de confiance » du ministre de la santé Olivier Véran. A l’autre bord de l’échiquier politique, la députée PS Valérie Rabault exprime son incompréhension et juge la stratégie gouvernementale « pas assez positive et pas assez offensive ». De nombreux élus demandent également que des responsables politiques et notamment des maires se fassent vacciner en public, comme c’est le cas dans de nombreux pays étrangers, afin de redonner confiance à la population.
Fischer et Véran se défendent
Face à ces critiques, les autorités tentent de défendre leur stratégie. Désigné « M. Vaccin » par le gouvernement, le professeur Alain Fischer a tenté tant bien que mal d’expliquer la méthode française. Interrogé sur LCI ce mercredi soir, il a cependant reconnu des problèmes de logistique qui ralentissent le processus, notamment concernant l’approvisionnement des vaccins, expliquant, de façon surprenante, qu’il n’était pas un « expert en logistique ».
Le ministre de la Santé Olivier Véran continue lui d’assumer sa politique de prudence, qui s’expliquerait selon lui par le scepticisme important de la population française face au vaccin. « On préfère accumuler les preuves avant d’ouvrir massivement la vaccination aux Français » a-t-il expliqué aux journalistes du Parisien. Signe tout de même que les critiques ont quelque peu ébranlé les certitudes de l’exécutif, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a annoncé que la vaccination allait s’accélérer dès la semaine prochaine pour tenir l’objectif du million de personnes vaccinés d’ici fin février. Il se murmure que lors du conseil de défense de ce mardi, le Président de la République Emmanuel Macron aurait exprimé son mécontentement face à ce qui ressemble bien à un nouvel échec logistique pour le gouvernement.
Nicolas Barbet
RYTHME, APPROVISIONNEMENT, GESTION DES PRIORITÉS… LES QUESTIONS QUE SOULÈVE LA STRATÉGIE VACCINALE FRANÇAISE
Avec 138 personnes vaccinées au 30 décembre, la campagne de vaccination contre le nouveau coronavirus en France a commencé plus lentement que dans les pays voisins, ouvrant un débat politique.
Par Nathaniel Herzberg, Delphine Roucaute et Chloé Hecketsweiler
Publié aujourd’hui à 06h04, mis à jour à 10h59
Temps de Lecture 9 min.

Si le gouvernement était encore critiqué il y a quelques semaines pour aller trop vite dans la mise en place de la vaccination en France, le discours a aujourd’hui changé. En cause, la lenteur des débuts de la campagne vaccinale française commencée le 27 décembre. Pour la première semaine, vingt-trois établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) sont visés, et 138 personnes étaient vaccinées au 30 décembre, selon le ministère de la santé.
L’Allemagne, elle, affichait déjà plus de 78 000 personnes vaccinées au 30 décembre, selon les données de l’Institut Koch, alors que la vaccination a débuté le même jour outre-Rhin. De son côté, le Royaume-Uni a commencé dès le 8 décembre et plus de 700 000 personnes ont d’ores et déjà été vaccinées. Avec le rebond attendu de l’épidémie et l’apparition d’un variant du SARS-CoV-2 suspecté d’être plus contagieux, la stratégie française est aujourd’hui questionnée par de nombreux scientifiques et médecins, inquiets que le vaccin n’arrive pas à temps.
Lire aussi : Neuf questions sur le nouveau variant du SARS-CoV-2 observé au Royaume-Uni
- Stratégie assumée ou solution par défaut ?
Conscient des critiques qui lui sont portées, l’exécutif tient le cap de sa stratégie.Interrogé mardi soir sur France 2, Olivier Véran a assuré que « cet écart que nous pouvons enregistrer aujourd’hui dans le démarrage, il est assumé ». « Ce qui compte, c’est que d’ici à la fin du mois de janvier nous ayons rattrapé le décalage vis-à-vis de tout le monde », promet le ministre de la santé.
Pour le président du conseil d’orientation de la stratégie vaccinale française, Alain Fischer, cette lenteur « donne le temps de faire les choses bien en termes de sécurité, d’efficacité, d’organisation et d’éthique avec le consentement ». La France est en effet le seul pays à recueillir le consentement des personnes, lors d’une consultation prévaccinale avec le médecin traitant ou référent de l’Ehpad. « Si nous allons trop vite, nous risquons d’augmenter la défiance et à terme de tout perdre », justifie Jean-Daniel Lelièvre, chef du département d’immunologie clinique et maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. « A ce stade, nous ne sommes pas à quinze jours, ou même à un mois près », temporise-t-il. Il ajoute un autre argument plus terre à terre: « Tous les pays d’Europe n’ont pas les mêmes habitudes culturelles, le même rapport aux vacances. En France, on ne vaccine pas 10 000 personnes entre Noël et le Jour de l’An. »

En cas de reprise épidémique, ou de flambée liée à la diffusion du nouveau variant, baptisé « VoC 202012/01 », serait-il possible d’accélérer ? M. Fischer l’admet : il n’est « pas sûr » qu’il soit possible d’aller « vraiment plus vite » que ce qui est fait aujourd’hui. « Il faut une organisation logistique extrêmement complexe qui nécessite de répartir ces vaccins dans plusieurs endroits en France avant de servir équitablement les quelque 14 000 Ehpad du territoire », soulignait-il sur Europe 1.
Lire aussi Covid-19 : Le nouveau variant britannique du SARS-CoV-2, « un risque élevé » pour l’Europe
- De combien de doses la France dispose-t-elle ?
L’Union européenne a signé des contrats d’approvisionnement avec plusieurs fabricants lui garantissant un accès à un certain nombre de doses. Celles-ci doivent être réparties dans les différents Etats membres au prorata de leur population. A ce titre, la France pourrait recevoir jusqu’à 30 millions de doses du vaccin de Pfizer-BioNTech (15 % de 200 millions), le seul à disposer d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) en Europe, et 12 millions de doses du vaccin Moderna (15 % de 80 millions), qui pourrait recevoir le feu vert des autorités début janvier 2021. Des précommandes plus importantes ont été effectuées pour le vaccin d’AstraZeneca – autorisé mercredi par les autorités britanniques pour une utilisation d’urgence – mais l’Agence européenne des médicaments (AEM) ne s’est pas encore prononcée.
Certains pays ont-ils reçu plus de doses que les autres fin décembre ? « Il n’y a pas eu de favoritisme », assure-t-on au ministère de la santé. « Les Allemands ont reçu davantage de doses car leur population est plus importante. » La France a reçu une première livraison du vaccin Pfizer-BioNTech de 60 000 doses samedi 26 décembre, et 500 000 doses supplémentaires en début de semaine. Elle recevra ensuite 500 000 doses par semaine, auxquelles s’ajouteront 500 000 vaccins Moderna par mois dès que le laboratoire aura décroché son AMM. Au total, le ministère de la santé compte sur la livraison au premier semestre de 5,5 millions de doses du vaccin Pfizer-BioNTech et de 2,4 millions de doses du vaccin de Moderna. A raison de deux injections par personne, cela représente en théorie de quoi vacciner un peu moins de 4 millions de personnes.
Les premières livraisons permettront de vacciner les résidents d’Ehpad ainsi que les soignants de ces établissements présentant un facteur de risque (1 million de personnes). La vaccination sera élargie lors d’une seconde étape aux soignants de plus de 50 ans présentant un facteur de risque (1,2 million de personnes) et aux Français de plus de 65 ans (8,5 millions de personnes). Compte tenu du nombre limité de doses disponibles, les plus de 85 ans seront appelés à se faire vacciner en premier, suivi des plus de 75 ans en fonction du nombre de vaccins restant.
- Une stratégie à une dose est-elle possible ?
Pour vacciner les populations âgées au-delà des Ehpad, le nombre de doses risque vite d’être insuffisant. « On voit bien que cela va être difficile si le vaccin d’AstraZeneca ou un autre vaccin n’arrive pas rapidement », reconnaît Odile Launay, infectiologue et membre du comité vaccin Covid-19 français. Dans ce contexte, la priorité n’est-elle pas d’immuniser d’abord le plus grand nombre de personnes avec une seule dose de vaccin, quitte à retarder de plusieurs semaines l’administration de la seconde dose ?
« C’est une stratégie qui se défend tout à fait dans une situation de pénurie en période pandémique, même s’il faut s’attendre à une moindre efficacité », estime Mme Launay. « Les essais montrent une efficacité dès la première dose, et même s’il faut une seconde dose pour atteindre le meilleur niveau de protection, il est sans doute possible de les espacer de plusieurs semaines », souligne-t-elle en expliquant que des données sur l’efficacité avec l’espacement des doses sont disponibles pour d’autres vaccins.
« Si on souhaite élargir la vaccination aux personnes âgées de 50 à 60 ans, une vaccination à une dose pourrait être envisagée pour vacciner davantage de monde », juge-t-elle. Il faut en revanche être « très prudent » pour les plus fragiles, pour qui le régime à deux doses doit, dans tous les cas, être maintenu compte tenu de l’affaiblissement possible de la réponse immunitaire et du risque accru de formes sévères.
- Pourquoi est-ce un défi logistique ?

Stocké à − 80 °C dans de grands frigos, le vaccin de Pfizer-BioNTech ne peut être conservé que cinq jours après décongélation, à une température maintenue entre 2 °C et 8 °C. Et lors de son acheminement dans les Ehpad, le temps de transport ne doit pas dépasser douze heures. En France, six plates-formes logistiques réceptionneront et stockeront les doses, avant de les livrer aux pharmacies selon un « plan de transport optimisé », conçu pour limiter au maximum le temps passé par les vaccins dans les camions. Les dates de vaccination dans les Ehpad seront déterminées en fonction des contraintes liées à cette « tournée », et les volumes livrés dépendront des commandes passées par les établissements auprès des pharmacies. Le conditionnement en flacons de cinq doses requiert aussi un calcul au plus juste pour limiter le gaspillage.
Avant de remplir leur « bon », les Ehpad devront organiser des consultations prévaccinales et recueillir par écrit le consentement des résidents souhaitant être vaccinés, selon les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS). « Cela va prendre du temps, et on voit mal comment cela aurait pu être mis en place pendant la trêve des confiseurs », souligne un responsable de la campagne de vaccination. Le rythme des livraisons devra donc suivre celui du remplissage des formulaires de consentement, et les premières doses devront rester quelque temps stockées dans les entrepôts.
Compte tenu de la complexité de cette organisation, le ministère de la santé s’attend à ce que toutes les doses n’arrivent pas au bon moment au bon endroit. « Le taux d’indisponibilitépourrait atteindre 30 % », avance-t-on au ministère de la santé, en soulignant que ce chiffre inclut les doses perdues si un flacon entamé n’est finalement pas utilisé en totalité.
- Les résidents d’Ehpad sont-ils la meilleure cible ?

Le choix a été fait en France de vacciner en priorité les personnes âgées en Ehpad, population développant les formes les plus graves de la maladie et qui a payé un très lourd tribut dans cette pandémie. Des voix s’élèvent pourtant pour réclamer une priorisation de la campagne vaccinale envers les soignants. Le ministre de la santé a redit mardi soir que des doses seraient proposées aux soignants de plus de 50 ans au cours du mois de janvier.
« Il faut se mettre à vacciner les soignants pour ne pas être en pénurie de personnel quand il y aura plus d’hospitalisations à gérer », appuie le généticien Axel Kahn, pour qui l’hypothèse d’un variant plus contagieux se diffusant dans tout le territoire français et intensifiant l’épidémie doit être prise au sérieux. « Cette décision protégerait par ailleurs aussi indirectement les personnes âgées en Ehpad [en limitant le risque de contamination dans les établissements] », ajoute le généticien. A la Haute autorité de Santé, on défend le choix retenu en rappelant que le vaccin Pfizer, s’il a montré son efficacité contre les symptômes, n’a pas prouvé qu’il empêchait l’infection, donc la contamination. C’est donc bien la protection des personnes à risque qui a été privilégiée.
D’autres s’inquiètent encore du manque de données sur l’efficacité du vaccin chez les personnes très âgées, les essais cliniques des vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna n’incluant pas de sujets au-delà de 85 ans. « Leur efficacité semble élevée, y compris chez les plus de 65 ans », relativise Mme Launay, rappelant que des données « en vie réelle » seront collectées pour évaluer plus précisément le vaccin chez les sujets très âgés.
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- Cibler des territoires plutôt que des populations ?
Une autre approche consisterait à viser les territoires en fonction de la gravité de leur situation épidémique, en suivant l’exemple de Christian Estrosi, maire (Les Républicains) de Nice, qui a réclamé au gouvernement d’accélérer la campagne vaccinale dans la métropole, dont le taux d’incidence a fortement augmenté ces dernières semaines pour devenir le plus haut de France. Pour anticiper les efforts à fournir selon les territoires, il faudrait pouvoir identifier le ou les variants du virus circulant localement et prioriser les endroits où se diffusent majoritairement des mutants plus contagieux, comme celui identifié au Royaume-Uni et déjà présent dans de nombreux pays.
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Cette démarche implique que l’effort soit mis sur le séquençage du virus présent dans les prélèvements faits en dépistage. Or, la France est très en retard sur ce point depuis le début de l’épidémie. Dans une note transmise le 21 décembre au président de la République, des chercheurs du collectif FranceTest plaident pour la création d’un réseau national « SentiCov » destiné à « unir les efforts disparates et finalement peu productifs dans le séquençage des différentes souches circulantes de virus ».
Les objectifs affichés sont notamment d’établir une carte des variants viraux circulant dans les régions et d’évaluer leur impact sur l’efficacité de la vaccination et des tests. « Le gouvernement refuse depuis six mois que la distribution des vaccins se fasse de manière territorialisée, il y a l’idée que tout le monde est égal devant le virus, argumente le généticien Philippe Froguel, l’un des auteurs de la note. Mais si on montre que les Anglais qui ont quitté leur pays à la mi-décembre sont allés dans certaines régions de France, c’est dans ces territoires qu’il faudrait vacciner en priorité les personnes âgées. »Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19
Nathaniel Herzberg, Delphine Roucaute et Chloé Hecketsweiler
L’ACADÉMIE DE MÉDECINE JUGE LA STRATÉGIE VACCINALE FRANÇAISE CONTRE LE COVID-19 TROP LENTE
« Ces précautions excessives risquent de susciter une incompréhension croissante vis-à-vis d’une campagne dont le coup d’envoi semble manquer de détermination », insiste l’Académie, comparant la situation française avec celle d’autres pays européens.
Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 12h57, mis à jour à 14h20
Temps de Lecture 3 min.
« Il n’est plus temps d’attendre ! » L’Académie nationale de médecine s’est jointe aux critiques jugeant la stratégie vaccinale française contre le Covid-19 trop lente et estimant les précautions prises « excessives ».
Dans un communiqué publié mercredi 30 décembre, l’Académie note une mise en œuvre « progressive » de la campagne qui a commencé dimanche dans les Ehpad, en raison du processus de recueil du consentement, de la recherche d’éventuelles contre-indications chez une population fragile et du maintien du patient en observation quinze minutes après l’injection.
[COMMUNIQUÉ] #Vaccination anti-Covid : il n’est plus temps d’attendre ! La France déplore plus de 64 000 décès pa… https://t.co/o03CEpXEyR— acadmed (@Académie Nationale de Médecine)
« Cette extrême prudence est assumée par les autorités sanitaires, qui écartent la possibilité de simplifier ces procédures pendant la phase préliminaire. Elle est sanctionnée par un démarrage très lent du programme », ajoute-t-elle dans un communiqué, estimant « le premier bilan (100 personnes vaccinées en trois jours) difficile à défendre » en comparaison d’autres pays européens. Et d’insister :
« Adoptées pour rassurer une opinion publique gagnée par l’hésitation, ces précautions excessives risquent de susciter a contrario une incompréhension croissante vis-à-vis d’une campagne dont le coup d’envoi semble manquer de détermination. La France déplore plus de 64 000 décès par Covid-19, dont près d’un tiers dans la population à haut risque qui doit être vaccinée au cours des huit prochaines semaines. Face à ce constat, la campagne nationale d’immunisation doit être exemplaire dans un pays qui a tant contribué à l’élimination des maladies infectieuses par la vaccination. »
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L’Académie recommande ainsi de « simplifier et raccourcir autant que possible les procédures de vaccination dans les Ehpad ». Elle plaide également pour que la première phase de vaccination soit déployée « en priorité » dans les départements les plus touchés et appelle à la « transparence » concernant l’état des stocks de vaccins pour que « la mise en œuvre de la stratégie vaccinale n’apparaisse pas dictée par des aléas de livraison ».
Le lent démarrage de la campagne vaccinale, avec moins de 200 injections depuis dimanche contre des milliers en Allemagne ou en Italie, suscite critiques et incompréhension dans la classe politique et chez certains médecins, mais le gouvernement assume sa stratégie.
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Le gouvernement privilégie la « pédagogie », a expliqué le ministre de la santé, Olivier Véran, mardi sur France 2 : « Nous recueillons le consentement des personnes avant qu’elles soient vaccinées. Je crois que c’est un gage de confiance. »
L’OBJECTIF D’UN MILLION DE PERSONNES VACCINÉES FIN FÉVRIER « SERA TENU »
Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a ainsi assuré mercredi que l’objectif de vacciner un million de personnes à risque d’ici à la fin février « sera tenu ».Le professeur Alain Fischer, le « Monsieur Vaccin » nommé par le gouvernement, a qualifié les critiques de « fausse querelle » et a invité à se projeter « dans quelques semaines » pour juger des avancées.
« Nous n’avons pas pris de retard » par rapport au plan prévu et la campagne va « accélérer », a insisté le secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, Clément Beaune, jeudi sur LCI, en assurant qu’« il n’y a pas de pénurie de doses » : la France en a « reçu le même nombre proportionnellement à la population que l’Allemagne, donc il n’y a aucun décrochage ».
Le président des députés Les Républicains, Damien Abad, et le député LR Eric Ciotti ont demandé mercredi l’audition en « urgence » d’Olivier Véran sur la stratégie de vaccination de la France, qui fait, à leurs yeux, « figure de bonnet d’âne » en Europe.
A gauche, Valérie Rabault, présidente du groupe PS à l’Assemblée nationale, a réclamé dans un entretien à L’Obs mercredi que le gouvernement publie « dans le point sanitaire quotidien le nombre de vaccinations effectuées par département », une « transparence indispensable ». Elle appelle aussi à faire vacciner « davantage de soignants plus rapidement » et à mettre en place une stratégie de communication donnant une « vision positive » de la vaccination.
« AUCUN EFFET INDÉSIRABLE GRAVE » POUR L’HEURE
« Aucun effet indésirable grave » ou « inattendu » du vaccin contre le Covid-19 n’a été observé en France après les quatre premiers jours de vaccination, a, par ailleurs, indiqué jeudi l’Agence du médicament (ANSM).
Seules « des douleurs » à l’endroit où se fait l’injection et « de la fatigue » ont été signalées par certaines structures pour personnes âgées où la vaccination a déjà eu lieu, a précisé l’ANSM dans son premier point de situation sur la surveillance du vaccin. « Ces effets indésirables non graves sont mentionnés dans la notice » du vaccin, a-t-elle rappelé.
https://www.youtube.com/embed/bjFtFMilb34?autoplay=0&enablejsapi=1&origin=https%3A%2F%2Fwww.lemonde.fr&widgetid=1Notre sélection d’articles sur le coronavirus
Le Monde avec AFP
VACCINATION CONTRE LE COVID-19 EN FRANCE : LES OPPOSITIONS REPROCHENT AU GOUVERNEMENT SA LENTEUR
A droite comme à gauche, on s’étonne du peu d’allant mis dans la campagne vaccinale lancée le 27 décembre par rapport à l’attitude des voisins européens, au point de soupçonner l’exécutif d’une nouvelle défaillance dans la gestion de la crise sanitaire.
Par Julie CarriatPublié hier à 16h00, mis à jour à 11h12
Temps de Lecture 3 min.
En quelques jours à peine, depuis le lancement de la vaccination contre le Covid-19, dimanche 27 décembre, l’ambiance politique a tourné au vinaigre autour de cet unique espoir de sortie de la crise sanitaire. Remisés, les doutes quant à la fiabilité du sérum à ARN messager ; les oppositions de droite, de gauche et du centre reprochent désormais au gouvernement sa lenteur, sur la foi de comparaisons internationales montrant le retard pris par la France par rapport à ses voisins.
« L’Allemagne est déjà à plus de 42 000 vaccinés, le Royaume-Uni à 900 000 et la France à moins de 200 ! Après les masques, les tests et l’isolement, un nouvel échec serait terrible. Je demande au gouvernement de rendre public le calendrier de vaccination des Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] par département », s’est exclamé mercredi 30 décembre le chef de file des sénateurs Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, dans un Tweet.
Mardi soir, le ministre de la santé, Olivier Véran, a bien fourni un nouvel élément de calendrier vaccinal, en annonçant la mise à disposition du vaccin pour les soignants de plus de 50 ans d’ici à la fin janvier. Mais un cadre précis et chiffré tarde à émerger. « Face à la polémique qui monte, je vous sollicite pour que soit ajouté, aux données sanitaires présentées lors du point quotidien, le nombre de vaccinations réalisées chaque jour », a demandé mardi la chef de file des députés socialistes, Valérie Rabault. Elle appelle en outre le gouvernement à « donner l’exemple », « par exemple avec la vaccination des ministres les plus âgés ».
STRATÉGIE « ASSUMÉE »
Au niveau local, plus de 200 maires, emmenés par l’édile divers droite de Poissy (Yvelines) Karl Olive, affirment, dans une tribune relayée par Le Figaro, leur souhait de se faire vacciner en public pour donner l’exemple au plus vite. Une manière d’apporter de l’allant à une campagne vaccinale aux débuts balbutiants auprès des pensionnaires d’Ehpad. « Voilà qui couperait court également à cette idée répandue que les aînés dans les Ehpad seraient pris pour des cobayes. Qu’il faudrait d’abord tester les effets secondaires sur eux, et ensuite nous aviserions ! Quelle honte. Coupons court à cela et allons plus loin et plus rapidement dans notre démarche républicaine et sanitaire », écrivent-ils.
Il n’y a guère que Christian Estrosi, maire de Nice, à féliciter le gouvernement pour sa gestion : « Le ministre de la santé a été totalement à notre écoute », a-t-il estimé mercredi sur France Inter, la ville ayant obtenu, outre un couvre-feu anticipé, le lancement d’une campagne de vaccination anticipée dans ses Ehpad. Le Grand-Est devrait suivre, à compter de lundi, sans toutefois que la vaccination tourne à plein régime. A Matignon, on prévient que « la vraie montée en puissance est à partir de mi-janvier ».
Lire aussi : Aux Etats-Unis, la ruée sur les vaccins
Olivier Véran, lui, défend une stratégie « assumée ». « Cet écart que nous pouvons enregistrer aujourd’hui (…) il est assumé », a-t-il déclaré mardi sur France 2, citant notamment le recueil du consentement dans les Ehpad et une logistique délicate excluant la constitution de grands « vaccinodromes ». Mais certains crient déjà à la défaillance d’Etat. « Depuis un mois et demi, je demande qu’on se dote d’une logistique pour mener la vaccination : des logisticiens privés ou l’armée, tance sur Twitter le professeur Philippe Juvin, maire (LR) de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine), le gouvernement a voulu garder la main. Résultat. Sans commentaire. » Le président des députés LR Damien Abad et le député LR Eric Ciotti (Alpes-Maritimes) ont demandé de leur côté l’audition en « urgence » d’Olivier Véran par la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la gestion de l’épidémie, jugeant que la stratégie de vaccination française fait « figure de bonnet d’âne » en Europe.
Dans une France championne du monde de la défiance vaccinale, selon un récent sondage Ipsos Global Advisor, ces atermoiements autour du vaccin font tache. Mardi, en conseil de défense sanitaire, il se rapporte que le chef de l’Etat aurait« piqué une colère » devant ses ministres, les exhortant à avancer et expliciter la stratégie vaccinale. Même des membres de la majorité appellent à dissiper les doutes. « On ne peut pas se contenter d’être toujours dans des mesures défensives, estime le patron des sénateurs » marcheurs «, François Patriat. J’attends que la pédagogie soit plus précise, le ministre a dit qu’il tiendrait son rythme, mais quel est le rythme ? » La réponse ne devrait pas tarder à émerger.
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le 29/12/2020
VACCINATION : POURQUOI LA FRANCE EST-ELLE SI LENTE ?
La France fera donc en deux mois ce qu’Israël a fait en…quatre jours.

Paris, le mardi 29 décembre 2020
– Seul une cinquantaine de personnes ont été vaccinés en France lors des deux premières journées de vaccination contre la Covid-19.
La France a déjà pris un retard important sur les autres pays occidentaux.
Le début de la fin ou en tout cas la fin du commencement. Ce dimanche, comme dans la plupart des pays de l’Union Européenne, la campagne de vaccination contre la Covid-19 a débuté en France. Si cette opération a été lancée en grande pompe et a bénéficié d’une importante couverture médiatique, elle est pourtant d’une ampleur très modeste : une poignée d’Ehpad et de maisons de retraite sont concernés et seulement 50 personnes ont reçus le vaccin élaboré par le laboratoire Pfizer et la firme BionTech en 48 heures.
Un démarrage lent, très lent, qui contraste avec celui observé dans les autres pays européens. En Allemagne, où des centres de vaccination et des équipes mobiles ont été mises en place, ce sont 21 000 personnes qui ont été vaccinés depuis samedi. Le Danemark, qui compte une population 11 fois inférieur à la nôtre, a vacciné 4 800 personnes en 48 heures. Le différentiel avec la France est encore plus saisissant si l’on se tourne vers des pays qui ont débuté leur campagne de vaccination depuis plusieurs semaines. Plus de 2,1 millions d’Américains ont déjà reçu une dose des vaccins Pfizer ou Moderna en deux semaines tandis qu’Israël a déjà vacciné 5,7 % de sa population en 10 jours (492 000 personnes vaccinés) !
Malheureusement, aucune accélération de la campagne de vaccination n’est prévue à court terme en France et ce retard ne risque donc que de s’accentuer. Cette semaine, la vaccination va être étendue à 23 Ehpad sur les…7 000 établissements pour personnes âgés que compte notre pays et dont les résidents représentent 44 % des morts de l’épidémie en France. La campagne de vaccination ne devrait s’accélérer qu’à partir du 15 janvier. Les autorités françaises espèrent avoir vacciné 1 million de personne, soit 1,5 % de la population d’ici février. La France fera donc en deux mois ce qu’Israël a fait en…quatre jours.
La lenteur de la campagne française déroute commentateurs scientifiques et politiques et ce d’autant plus qu’elle semble voulue par les autorités françaises. Officiellement, cette prudence s’explique par une volonté de s’assurer du consentement des personnes vaccinées. La France est ainsi le seul pays à recueillir le consentement des individus de manière formelle et ce 5 jours avant la vaccination, un consentement d’autant plus difficile à recueillir chez des personnes très âgés qui ont parfois perdu une partie de leur discernement. Une politique qui serait liée à la méfiance historique des Français contre la vaccination : selon les derniers sondages,seuls 44 % des Français sont prêts à se faire vacciner contre la Covid-19, contre 65 % des Allemands et 81 % des Britanniques.
Mais derrière cette explication officielle et cette volonté affichée de ne pas vouloir braquer les Français méfiants face à la vaccination, se cache peut-être une réalité moins avouable. Celle de l’incapacité des autorités à mettre en place rapidement une campagne de vaccination massive et efficace. Notre administration a peut-être été prise de court par la rapidité avec laquelle les laboratoires occidentaux ont élaboré un vaccin et les autorités sanitaires européennes et françaises l’ont validé.
Après les masques et les tests, le gouvernement est-il en train de faire face à un nouvel échec logistique : celui de la vaccination ?
Nicolas Barbet
Retard dans la vaccination: «On paye un envahissement de la bureaucratie depuis des années au détriment des soins de terrain!»
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Selon le médecin urgentiste Gérald Kierzek, si la France vaccine moins vite que les autres pays qui ont commencé la campagne de vaccination, c’est en partie à caue d’une centralisation excessive et d’un maillage territorial inégal de son système de santé.Par Paul SugyPublié le 31/12/2020 à 11:19, mis à jour le 31/12/2020 à 19:03

Gérald Kierzek est médecin urgentiste et chroniqueur santé, Directeur médical de Doctissimo, et auteur, notamment de Coronavirus, comment se protéger? (éditions de l’Archipel, mars 2020).
FIGAROVOX . – La France a vacciné moins de personnes, à l’heure actuelle, que bon nombre de ses voisins. Est-ce une conséquence d’une procédure trop bureaucratique, comme le dénoncent certains médecins?
Gérald KIERZEK. – On ne paye pas une procédure bureaucratique car cette fois la France a même anticipé avec une stratégie de prioritisation de la vaccination préparée et publiée dès fin novembre par la Haute Autorité de Santé (HAS) et un guide de vaccination pour les Établissements Hospitaliers pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) et pour Unités de Soins de Longue Durée (USLD) diffusé mi-décembre. En revanche on paye un envahissement de la bureaucratie depuis des années au détriment des soins de terrain! Or, qui vaccine? les soignants.
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Il y a deux facteurs expliquant ce retard relatif au démarrage et ces deux facteurs se cumulent: l’organisation et la culture sanitaires françaises centralisée dans la décision et hétérogène sur le terrain peu adaptées à des facteurs intrinsèques limitants du vaccin à ARNmessager qui nécessitent des conditions de conservation (-80 degrés) et donc d’acheminement dans des délais très stricts et planifiées quasi dose par dose.
Il est donc demandé d’établir la liste des candidats potentiels à la vaccination (résidents et professionnels), au plus tard 5 jours avant la date de la livraison, pour pouvoir communiquer à l’interlocuteur de référence le nombre précis de doses nécessaires. Cet interlocuteur est soit la pharmacie à usage intérieur (PUI), pharmacie qui se situe à l’intérieur de l’établissement de santé et qui assure les approvisionnements en médicaments, les dispositifs médicaux des services de soins et contribue à leur bon usage et leur sécurité d’utilisation, soit à une officine de ville de rattachement.
Là encore, comme à l’hôpital avec la pénurie de lits et de mains soignantes, on hérite d’une crise structurelle maintes fois dénoncée
De plus, les ressources médicales, paramédicales, matérielles et administratives sont très disparates d’un établissement à un autre. À titre d’exemple, certains établissements ont des médecins salariés d’autres font appel à des médecins libéraux. Les pénuries de personnels paramédicaux formés et pérennes sont criantes également et pourtant nécessaires à la réalisation de la vaccination elle-même, dans des délais resserrés à compter de la réception des vaccins (de l’ordre de 72 heures maximum).
Là encore, comme à l’hôpital avec la pénurie de lits et de mains soignantes, on hérite d’une crise structurelle maintes fois dénoncée et qui ne fait qu’amplifier les difficultés malgré la bonne volonté des personnels. Le principe politique du fédéralisme allemand est plus propice à une meilleure répartition des responsabilités et une plus grande efficacité de l’action au niveau local, même s’il faut reconnaître que la culture allemande est très différente de la nôtre.
Faut-il vacciner en urgence le plus de monde possible ou vaut-il mieux adopter une stratégie progressive et plus lente, du point de vue de l’efficacité?
Il n’y a pas urgence à une vaccination de masse en France et je suis convaincu que le retard relatif n’est pas une perte de chance. Il est surtout fondamental de garder en tête la situation épidémique et la balance bénéfices-risques qui doivent présider à toute décision. La situation épidémique n’est à priori pas la même en France qu’en Angleterre, en Allemagne ou encore aux États-Unis qui font actuellement face à une vague d’ampleur.
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Elle est liée à la fois à l’absence ou quasi absence de première vague meurtrière au premier quadrimestre 2020 et ensuite au profil épidémiologique très à risque, surtout pour les États-Unis avec deux adultes sur cinq obèses donc particulièrement vulnérables. Ils sont donc dans une situation d’urgence pour leurs publics à risque.
Afin d’établir la priorisation des personnes à vacciner, la HAS a notamment identifié les facteurs de risques de formes graves, c’est-à-dire conduisant à une hospitalisation ou au décès. Les deux facteurs de risque de formes graves les plus importants sont l’âge avant tout, ainsi que la présence de comorbidités.
Il s’agit d’une sorte de confinement vaccinal des plus âgés
La HAS retient les comorbidités identifiées dans les publications scientifiques comme à risque avéré d’hospitalisations ou de décès: obésité (IMC >30) en particulier chez les plus jeunes, BPCO et insuffisance respiratoire, hypertension artérielle compliquée, insuffisance cardiaque, diabète de types 1 et 2, insuffisance rénale chronique, cancers récents de moins de trois ans, transplantation d’organe solide ou de cellules souches hématopoïétiques et trisomie 21. Ce sont ces personnes qui doivent être vaccinées en priorité et pour lesquelles le bénéfice à court terme est indiscutable. Il s’agit d’une sorte de confinement vaccinal des plus âgés!
Les études fournies par les industriels sont suffisantes pour démontrer l’efficacité et l’innocuité à court terme des vaccins autorisés. Mais attention à ne pas survacciner inutilement et à ne pas sortir de cette balance bénéfices-risques démontrée. La survaccination engendre la défiance et il faut toujours rester prudent notamment sur des risques à moyen et long termes non suffisamment documentés dans un contexte où la maladie COVID-19 en elle-même est à très faible risque individuel.
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L’âge médian au décès était de 85 ans et 92% avaient 65 ans et plus. Ce sont donc les cibles de la vaccination, vaccination qui n’a par ailleurs pas démontrée son efficacité pour empêcher la transmission virale. L’idée donc de créer un laisser-passer vaccinal ou conditionner la réouverture des restaurants à une vaccination de masse est à date scientifiquement fausse et éthiquement inacceptable.
Le gouvernement rejette la faute sur les «antivax». Mais ne peut-on rien faire pour prévenir et déjouer cette défiance?
La majorité des français ne sont pas antivax mais attentistes et veulent des explications. Il faut donc exposer le bénéfice de la vaccination chez les plus fragiles, rassurer sur les effets indésirables immédiats minimes et ne pas tenter d’imposer un chantage vaccinal. La précipitation ou la coercition seraient les meilleurs moyens pour renforcer le discours complotiste et faire pencher les indécis du côté des antivax. Ce travail de pédagogie est également nécessaire pour faire la chasse aux contre-vérités: le vaccin ARN messager ne modifie pas l’ADN; ses effets secondaires sont maintenant connus et minimes,…
Le monopole de la parole médicale, changeante, péremptoire voire injurieuse de ces mandarins médiatiques depuis le début 2020 n’arrange pas le climat pour retrouver une confiance
La défiance est ancienne en France vis-à vis de l’industrie pharmaceutique et de l’expertise en général (Distilbène, sang contaminé, Mediator, lévothyrox,…). Cette crise est aussi une crise du monde hospitalo-universitaire,…. Le monopole de la parole médicale, changeante, péremptoire voire injurieuse de ces mandarins médiatiques depuis le début 2020 n’arrange pas le climat pour retrouver une confiance.
Les professionnels de terrain ont pourtant une parole crédible auprès des citoyens avec une confiance individuelle très forte; ils représentent plus de 99% des forces vives médicales et paramédicales et sont invisibles dans le champ médiatique.
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