Covid-19 : les hôpitaux anglais au bord de la saturation
La situation sur le front épidémique s’est brutalement aggravée ces dix derniers jours outre-Manche, sollicitant au maximum les capacités des structures de santé.
Par Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante)Publié aujourd’hui à 03h43, mis à jour à 07h11
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Les abords du Royal Free Hospital sont étonnement calmes, ce mardi 29 décembre. Le parking devant les urgences du principal hôpital du nord-ouest de Londres, énorme bâtiment à l’architecture brutaliste, est presque vide. Les rues alentours sont désertes, les commerces tous fermés, hormis un Mark & Spencer et une ou deux boulangeries haut de gamme.
Les apparences sont trompeuses : en semi-confinement, la capitale britannique est redevenue l’épicentre de l’épidémie de coronavirus qu’elle était au printemps. Ses habitants ont désormais pour consigne de ne plus sortir de chez eux – sauf pour faire leurs courses ou de l’exercice physique – pour cause de reconfinement. Seuls les « magasins essentiels » sont ouverts. Et dans l’air froid, les sirènes des ambulances résonnent en continu, comme au plus fort de la première vague
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La situation sur le front épidémique s’est brutalement aggravée ces dix derniers jours au Royaume-Uni, notamment à Londres et dans le sud-est de l’Angleterre, relativement épargnés jusqu’à présent par la deuxième vague.
Lundi 28 décembre, les autorités sanitaires ont confirmé que le nombre d’hospitalisations liées au virus avait pour la première fois dépassé le pic d’avril, avec 20 426 personnes admises dans les établissements anglais (dont 5 300 à Londres). Et mardi, la barre des 53 000 nouveaux cas positifs au cours des dernières vingt-quatre heures a été franchie dans le pays. Avec 414 décès en une seule journée, le bilan a grimpé à plus de 71 500 personnes décédées des suites du Covid-19 depuis mars.
Reprise galopante de l’infection

« La situation est extrêmement préoccupante », a réagi Susan Hopkins, responsable de l’agence nationale de santé anglaise. « Le nombre de patients Covid à l’hôpital a bondi de 47 % sur les sept derniers jours dans les hôpitaux londoniens », soulignait la veille sur Twitter Alastair McLellan, rédacteur en chef du journal spécialisé Health Service Journal. Le virus mutant, détecté peu avant Noël dans le sud de l’Angleterre, est largement considéré comme responsable de la reprise galopante de l’infection : il est au moins 50 % plus contagieux. les messages d’alerte se multiplient chez les personnels soignants.
Ces derniers jours, les signaux sont en tout cas tous passés au rouge dans le NHS – le système hospitalier britannique. Les tweets de Samantha Batt-Rawden, une médecin en soins intensifs et présidente de l’association professionnelle Doctors Association UK, ont fait le tour des médias mardi. « Je préside un réseau de 46 000 médecins britanniques. Cela va vraiment mal en première ligne [dans les unités Covid-19], les médecins ont besoin d’aide. Des hôpitaux commencent à manquer d’oxygène, l’un d’entre eux n’a plus qu’un seul respirateur, des unités de soins intensifs font appel aux volontaires pour retourner les patients [les mettre sur le ventre, afin de faciliter la respiration]. S’il vous plaît, restez chez vous ! »
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« Les personnels sont redéployés vers les unités Covid, on leur demande de faire des heures supplémentaires, nous sommes désormais proches de nos capacités maximales », témoignait sur la BBC Sonia Adesara, une médecin urgentiste du nord de Londres. Le NHS est dans une situation d’autant plus délicate qu’il manque de personnel (début 2020, il accusait un déficit de 40 000 infirmiers et infirmières) et que ses équipes sont épuisées par une année éprouvante.
A la mi-décembre, le gouvernement de Boris Johnson avait déjà en partie reconfiné tout le sud de l’Angleterre. Les experts le pressent désormais de prendre des mesures encore plus radicales, pour juguler l’épidémie et faire repasser le taux de reproduction du virus en dessous de 1 (il se situe actuellement entre 1,1 et 1,3). « Nous entrons dans une phase très dangereuse de l’épidémie et nous allons avoir besoin d’actions décisives, rapides et au niveau national, pour éviter une catastrophe en janvier et en février. Avec un taux d’infection supérieur de 50 % [pour le virus mutant], les niveaux de restrictions qui fonctionnaient jusqu’alors ne vont plus marcher », a prévenu Andrew Hayward, spécialiste des maladies infectieuses à l’University College London, sur la BBC Radio 4.
Forte pression sur le gouvernement

A en croire le Daily Telegraph, la London School of Hygiene and Tropical Medicine a communiqué au gouvernement une modélisation, selon laquelle les vaccinations devraient passer à 2 millions d’injections par semaine (contre environ 200 000 aujourd’hui), et les écoles rester fermées en janvier, pour contrôler l’épidémie.
Le feu vert – imminent, à en croire les médias britanniques –, de l’agence nationale du médicament (MHRA), au nouveau vaccin Oxford-AstraZeneca, serait une très bonne nouvelle pour le pays ; se conservant au réfrigérateur, est bien plus facile à déployer que le vaccin Pfizer-BioNtech. Mais il ne pourra pas soulager le NHS dès janvier.
Tout à la célébration de l’accord « post-Brexit » agréé le 24 décembre avec Bruxelles, le gouvernement Johnson continuait à communiquer mardi sur le lancement d’une campagne massive de tests dans les écoles au retour des vacances, le 4 janvier en Angleterre. Tout l’automne, le 10 Downing Street a refusé l’hypothèse d’un reconfinement total – identique à celui du printemps – et a défendu le maintien des enfants à l’école. Mais la pression est désormais très forte et une décision pourrait intervenir dès ce mercredi 30 décembre. Les syndicats d’enseignants anglais s’impatientent et, de son côté, l’Ecosse a déjà annoncé que les écoles resteront closes jusqu’au 18 janvier…
En Angleterre, plus de patients hospitalisés qu’au pic d’avril
Le nombre des malades du Covid-19 hospitalisés en Angleterre a dépassé celui du pic de la première vague d’avril, plongeant les soignants « au cœur de la tempête », selon un responsable des services de santé. Lundi matin, 20 426 personnes étaient hospitalisées en Angleterre, touchées par cette maladie, contre 18 974 lors du pic de la première vague, le 12 avril.

Le nombre de personnes contaminées comptabilisées en une seule journée au Royaume-Uni a, lui, atteint 41 385, dépassant le seuil des 40 000 pour la première fois, selon les chiffres officiels. Au total, plus de 2,3 millions de personnes ont été diagnostiquées positives au Royaume-Uni, dont plus de 71 000 sont mortes.
Les autorités britanniques doivent renforcer les mesures de restrictions pour éviter une nouvelle vague « catastrophique » de décès liés au variant du coronavirus, a déclaré mardi un des conseillers scientifiques du gouvernement.
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Le variant britannique présent en Allemagne depuis novembre et détecté aux Etats-Unis pour la première fois

Le variant du coronavirus détecté au Royaume-Uni était déjà présent dans le nord de l’Allemagne dès le mois de novembre, où il a été identifié chez un patient, ont fait savoir les autorités sanitaires allemandes, mardi.
Des scientifiques ont « pu séquencer le variant du virus B1.1.7 chez une personne infectée en novembre cette année », a affirmé le ministère de la santé de Basse-Saxe (Nord), dans un communiqué transmis à l’AFP.Lire aussi : Neuf questions sur le nouveau variant du SARS-CoV-2 observé au Royaume-Uni
Le patient contaminé à la fin de novembre, « très âgé » et souffrant de pathologies antérieures, est « entre-temps décédé », ajoute le communiqué, sans spécifier la cause du décès. L’épouse de cet homme, qui a contracté le même variant du coronavirus, est guérie. Leur fille avait séjourné au Royaume-Uni « mi-novembre »et aurait été, « selon toute vraisemblance », infectée sur place, affirment les autorités.
Par ailleurs, un cas d’infection par le variant britannique a été identifié dans le Colorado, le premier cas répertorié sur le territoire des Etats-Unis, ont annoncé mardi les autorités locales. Le patient porteur du variant est un jeune homme dans la vingtaine « qui est actuellement en isolement dans le comté d’Elbert et n’a pas voyagé », précisent dans leur communiqué les services du gouverneur de cet Etat de l’ouest, Jared Polis.