Publié le 30/12/2020
Covid 19 : les asymptomatiques seraient 4 fois moins contagieux
Les formes asymptomatiques de la Covid-19 sont potentiellement impliquées dans la transmission du SARS-CoV-2 au sein de la communauté. Cependant, leur potentiel infectieux reste assez mal appréhendé, les avis les plus divers s’exprimant sur le sujet. Certains en font grand cas et d’autres le contraire, le principe de précaution se chargeant du reste. La charge virale en l’absence de symptômes est probablement plus faible, mais l’on ne peut omettre le fait qu’il existe des « superprogateurs » de l’infection et que les symptômes peuvent apparaitre secondairement…
Le tester-tracer-isoler à Singapour a un tout autre sens…
La stratégie « tester-tracer-isoler » a été appliquée à la lettre à Singapour aussi bien pour les formes symptomatiques et asymptomatiques de l’infection. Dans certaines activités industrielles relevant de la construction, du transport maritime ou de la manufacture, les travailleurs sont considérés comme à haut risque : à ce titre, la recherche du virus par PCR est effectuée toutes les une à deux semaines. La positivité du test amène à tester tous les sujets contacts (en contact étroit pendant au moins 30 minutes avec le cas index à une distance de moins de 2 mètres) et débouche sur une quarantaine étroitement surveillée.
A la fin de la quarantaine, le sujet n’est libéré que si sa PCR est négative, faute de quoi l’isolement est prolongé. Parallèlement, des tests sérologiques sont réalisés chez la plupart des patients infectés : la séronégativité suggère une contagiosité supérieure, puisque la charge virale est en règle plus élevée avant la séroconversion, même s’il ne s’agit pas là d’une loi universelle.
628 cas index, 3 790 cas contacts
Quels sont les résultats constatés lors de ce type d’intervention en termes de contagiosité relative des uns et des autres ?
Une courte lettre datée du 18 décembre 2020 et adressée à l’éditeur du Lancet répond à la question. Entre le 1er août et le 11 octobre 2020, ont été identifiés 628 sujets atteints d’une Covid-19 biologiquement confirmée et 3 790 sujets contacts ont été dépistés selon les critères signalés en excluant les cas contacts trouvés parmi les pensionnaires des dormoirs réservés aux travailleurs migrants : dans ce cas, l’environnement n’avait rien à voir avec celui du contexte communautaire traditionnel visé dans l’étude. Les incidence rate ratios(IRRs) ont été calculés à l’aide d’une analyse par régression binomiale négative après ajustement en fonction des symptômes et des résultats sérologiques du cas index.
Peu importe la sérologie du cas index
En moyenne, six membres de la communauté singapourienne ont été mis en quarantaine pour chaque cas index. Au total, 89 des 3 790 contacts étroits (2 %) ont développé la maladie pendant la quarantaine. Cinquante d’entre eux (56 %) avaient été isolés en raison de l’exposition à un cas index asymptomatique, les 39 autres (44 %) ayant été au contact d’un cas index symptomatique. Dans 43 cas contacts (48 %), le cas index était séronégatif, l’inverse étant constaté pour les 46 autres cas contacts (52 %).
L’analyse par régression binomiale négative après ajustement montre que l’IRR en cas de contact étroit avec un cas index symptomatique, versus asymptomatique était proche de quatre, soit IRR=3,85 (iC 95% 2,06–7,19; p<0,0001).
Ainsi, les cas index asymptomatiques sont certes contagieux mais nettement moins que leurs homologues
symptomatiques. Par ailleurs, la proportion de cas contacts infectés ne semble pas dépendre de la sérologie du cas index : l’explication réside probablement dans l’exposition régulière voire quotidienne des travailleurs des secteurs précédemment définis aux cas index, la transmission de l’agent viral ayant tout lieu de se produire avant la séroconversion de ces derniers.
Les auteurs concluent cette brève étude en ces termes : là où les ressources le permettent, le traçage des contacts doit inclure de manière proactive les formes asymptomatiques de la maladie : c’est le meilleur moyen pour freiner au maximum sa transmission et briser ses chaînes. Là où les ressources sont plus limitées, il est préférable de se focaliser sur les malades symptomatiques qui sont plus faciles à identifier et à isoler. A Singapour, c’est assurément la première stratégie qui a été retenue et l’épidémie est totalement contrôlée à ce jour moyennant des méthodes dignes d’une autocratie…
Dr Peter Stratford
RÉFÉRENCE
Sayampanathan AA et coll. : Infectivity of asymptomatic versus symptomatic COVID-19. Lancet 2020 ; publication avancée en ligne le 18 décembre. DOI: https://doi.org/10.1016/S0140-6736(20)32651-9.