A Marseille, dans les quartiers populaires, un suivi à domicile des patients Covid-19
Par Gilles Rof
Publié hier à 20h39, mis à jour à 11h06
FACTUEL
Du test initial au soutien alimentaire en passant par la téléconsultation, l’association SEPT propose une « prise en charge globale » innovante à des dizaines de personnes contaminées.
Renforcer les conditions d’accompagnement à domicile des personnes positives. C’est l’objectif « nouveau et ambitieux » qu’a fixé le ministre de la santé, Olivier Véran, lors d’une conférence de presse, jeudi 10 décembre, afin d’améliorer le respect de l’isolement par les malades du Covid-19. A Marseille, la formule a fait sourire Yazid Attalah, le président de l’association Santé et environnement pour tous (SEPT). Depuis mars, sa structure milite pour développer le plus largement possible cette « prise en charge globale » des patients. Un suivi que ses équipes mobiles pratiquent au quotidien dans sept des seize arrondissements de Marseille.
Soutenue par l’agence régionale de santé (ARS), mais aussi par des fondations privées, comme la Fondation de France ou celle du mutualiste AG2R, SEPT s’est mobilisée sur le front du Covid-19 dès le début de la pandémie. Campagne de tests, opérations d’information et de prévention : son terrain d’action se concentre sur les quartiers les plus populaires de Marseille. « De véritables déserts médicaux où la population manque d’éléments sur la maladie, décrit Yazid Attalah, lui-même originaire de ces quartiers. Or, une famille qui ne sait pas qu’elle est contaminée ou qui n’a pas les moyens de respecter un véritable isolement ne casse pas la chaîne du virus. »

En quelques mois, une dizaine de salariés ont rejoint les professionnels de santé bénévoles qui forment habituellement l’ossature de l’association. « Nous reviendrons en arrière dès que le Covid sera passé, car SEPT n’a pas vocation à avoir des salariés », promet déjà son président. En attendant, cet échographe de formation galope dans une ruelle perdue du 15e arrondissement de Marseille, avec, au bout du bras, une des trois valises de téléconsultation dernier cri qu’utilise désormais sa structure.
Téléconsultation
Ce matin, avec Yasmine Cherfi, 54 ans, médiatrice en santé, il se rend au domicile de la famille Djouad, dont les deux parents ont été touchés par le Covid-19. Un appartement dans un petit immeuble bien tenu, à deux pas du marché aux puces de Marseille. « Dès qu’on a appris la positivité de la mère, on a mis tout le monde sous cloche, pour éviter la naissance d’un cluster », explique Yasmine Cherfi qui pilote les actions de SEPT dans le secteur nord de la ville.
« On n’arrive pas équipés en cosmonaute pour ne pas déclencher de psychose chez les voisins », explique Karim Seffraoui, infirmier
Chez les Djouad, la maladie est arrivée deux semaines auparavant par Ahlem, la maman, 39 ans. La jeune femme a été testée positive dans les locaux de l’association, un ancien garage à deux pas de là. « Nous sommes intervenus tout de suite à domicile pour tester toute la famille, expliquer les gestes à suivre pendant l’isolement, faire des courses et fournir des masques et du gel hydroalcoolique », reprend Yasmine Cherfi. Sept jours plus tard, c’est le père, Djamel, professeur de mathématiques dans un institut d’insertion, puis l’aîné des enfants, 13 ans, qui réagissent aux tests PCR. « Les trois autres enfants étaient négatifs, nous avons continué à les accompagner à l’école », reprend Yasmine.
Devant la porte de l’appartement, Karim Seffraoui, infirmier de 36 ans qui intervient bénévolement en marge de sa propre activité, est déjà là. Charlotte blanche sur la tête, blouse bleue, gants et masque, il aide l’équipe à s’habiller sur le seuil. « On n’arrive pas équipés en cosmonaute pour ne pas déclencher de psychose chez les voisins », explicite-t-il mi-amusé, mi-sérieux.

Ce mardi matin, l’association a programmé une nouvelle téléconsultation avec son médecin conseil, Slim Hadiji, dont le cabinet est à quelques kilomètres de là. Au début du suivi, il s’est déplacé en personne pour ausculter Djamel, 53 ans, asthmatique et cas à risque. Aujourd’hui, il s’agit de vérifier l’évolution de son état, alors qu’il est toujours sous traitement anticoagulant. La valise est installée sur la table de la cuisine. En surgissent un stéthoscope connecté, un échographe, un otoscope et un appareil photo qui sert de dermatoscope… « On en a pour plus de 18 000 euros », note Yazid Attalah, qui manie l’équipement avec un soin jaloux.
Colis alimentaires
De l’autre côté de l’écran, depuis son bureau, le docteur Hadiji pose ses questions, fait déplacer les instruments. A l’infirmier, il demande une attention particulière au bas du poumon droit « qui crépitait la dernière fois ». « C’est bien mieux, on commence à voir le bout », rassure le praticien, après quelques minutes d’examen. Un bilan biologique et un nouveau test PCR sont prescrits. L’infirmier Karim Seffraoui les pratiquera dans la foulée. Quelques heures plus tard le test reviendra négatif.

Depuis le 10 décembre, une ordonnance parue au Journal officiel allège le recours à la téléconsultation, ce qui facilite la vie d’intervenants de terrain comme SEPT. Sa prise en charge à 100 % par l’Assurance-maladie a été prolongée jusqu’au 16 février 2021, date de la fin de l’état d’urgence sanitaire. Et plus besoin de s’adresser non plus au médecin traitant des patients. « Ce n’est pas une consultation au rabais. Le médecin est concentré, disponible, et cela ne nous oblige pas à traverser la ville pour un rendez-vous », abonde Djamel Djouad, rassuré d’avoir pu échanger avec un praticien. « C’est un des grands progrès de cette crise du Covid », convient le docteur Hadiji, qui reconnaît qu’il n’était, jusqu’à la pandémie, « pas emballé par la téléconsultation ».
« Certaines personnes ne veulent pas être détectées car elles ont peur de ne plus pouvoir travailler si elles sont positives », déclare Yasmine Cherfi
Le téléphone de Yasmine Cherfi ne cesse de sonner. Des travailleurs sociaux l’alertent qu’à quelques rues de l’appartement des Djouad, une mère de famille craint, elle aussi, d’avoir contracté le virus mais ne veut pas se rendre chez le médecin. « Certaines personnes ne veulent pas être détectées car elles ont peur de ne plus pouvoir travailler si elles sont positives », explique-t-elle. Pour ces patients chez qui le travail, souvent au noir, est vital, SEPT assure aussi parfois la distribution de colis alimentaires.
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« Ce suivi global n’est pas compliqué à mettre en place, mais demande une certaine expertise du territoire. Nous nous appuyons sur les associations de ces quartiers, nous installons nos camps de base dans les centres sociaux et pour l’aide alimentaire, nous sollicitons les personnes qui travaillent sur le sujet. On ne s’occupe pas de tout, mais on orchestre », précise Yazid Attalah, qui s’étonne que malgré la bonne volonté affichée du gouvernement, l’exemple de SEPT ne fasse pas plus d’émules.Gilles RofMarseille, correspondantContribuer
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Le gouvernement entend augmenter le nombre de tests, accélérer les délais d’accès et de rendu des résultats, améliorer le repérage des cas contacts et « assurer l’effectivité de l’isolement des personnes positives et de leurs cas contacts avec un accompagnement renforcé ».
Par Stéphane Mandard et Elisabeth PineauPublié le 11 décembre 2020 à 04h26 – Mis à jour le 11 décembre 2020 à 10h47
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Le gouvernement entend augmenter le nombre de tests, accélérer les délais d’accès et de rendu des résultats, améliorer le repérage des cas contacts et « assurer l’effectivité de l’isolement des personnes positives et de leurs cas contacts avec un accompagnement renforcé ».
Par Stéphane Mandard et Elisabeth PineauPublié le 11 décembre 2020 à 04h26 – Mis à jour le 11 décembre 2020 à 10h47

Le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, en avait fait un préalable à la deuxième étape du déconfinement à compter du 15 décembre : repasser sous la barre des 5 000 cas de contamination par jour, seuil à partir duquel une reprise du contrôle de l’épidémie de Covid-19 est jugée possible. « Nous ne serons pas, le 15 décembre, à l’objectif que nous nous étions fixé, a concédé le premier ministre, Jean Castex, jeudi 10 décembre, lors d’une conférence de presse. La situation sanitaire s’est considérablement améliorée au cours des dernières semaines mais elle marque le pas. »
Si les mesures de couvre-feu puis de confinement ont permis de passer de 50 000 nouveaux malades diagnostiqués par jour à 11 000 ces derniers jours, « c’est encore beaucoup trop », a estimé le ministre de la santé, Olivier Véran, déplorant que le « nombre de malades a arrêté de baisser ». Jeudi, 13 750 nouveaux cas de contamination ont été enregistrés, selon les données de Santé publique France, contre 12 000 sept jours plus tôt. « Ce n’est pas encore une reprise épidémique, c’est un plateau, mais nous savons que du plateau au pic, les choses peuvent aller très vite », a insisté M. Véran.
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Relâchement collectif
Parmi les raisons invoquées pour expliquer une telle stagnation : le relâchement collectif, un brassage plus important de la population en partie lié à l’allégement du confinement depuis la réouverture des commerces le 28 novembre, ainsi que le facteur météorologique, à savoir le froid et l’humidité, qui poussent les gens à vivre davantage en intérieur.
Sur le front de la pression hospitalière, 8 503 nouvelles entrées ont été enregistrées sur les sept derniers jours, dont 1 118 dans les services de réanimation. Le nombre d’hospitalisations diminue mais « la baisse ralentit et ça ne baissera probablement plus d’ici une ou deux semaines compte tenu de la dynamique épidémique actuelle », anticipe Olivier Véran, qui a par ailleurs fait savoir que, cette semaine, des évacuations sanitaires avaient dû reprendre en région Bourgogne-Franche-Comté.
Le nombre de patients en réanimation était un autre critère retenu par Emmanuel Macron pour mettre en place le déconfinement au 15 décembre, visant comme objectif « entre 2 500 et 3 000 » hospitalisations. Il semble, lui, en passe d’être atteint : jeudi, ce chiffre est passé juste sous la barre des 3 000 malades (2 949), contre 3 031 la veille et 3 478 il y a une semaine. Mais « là aussi, le rythme de la baisse est assez lent et nous pouvons craindre que cette baisse se ralentisse davantage dans une à deux semaines voire s’inverse », a alerté le ministre de la santé.
Dans son dernier bulletin épidémiologique portant sur la semaine du 30 novembre au 6 décembre, Santé publique France fait d’ailleurs état d’une « évolution préoccupante de l’épidémie » après quatre semaines de forte décroissance. Une situation qui suggère un « risque élevé de voir la circulation du virus SARS-CoV-2 à nouveau augmenter dans les prochaines semaines ». « Nous ne sommes pas encore sortis de la deuxième vague. Si nous ne changeons rien, le risque est que les cas graves se remettent à augmenter », a insisté Olivier Véran.
Eviter un rebond épidémique
Pour éviter de s’exposer à un risque de rebond épidémique, Jean Castex a annoncé un renforcement de la stratégie « tester, alerter, protéger ». Le gouvernement entend augmenter le nombre de tests, accélérer encore les délais d’accès et de rendu de leurs résultats, améliorer le repérage des cas contacts et« assurer l’effectivité de l’isolement des personnes positives et de leurs cas contacts avec un accompagnement renforcé », a-t-il précisé.
« Actuellement, 75 % des résultats de tests PCR sont rendus en moins de vingt-quatre heures, c’est une amélioration continue mais nous voulons aller plus loin », a, de son côté, affirmé Olivier Véran. A partir du 15 décembre sera mis en place « un dispositif de bonus/malus » pour les laboratoires, afin de tendre vers 100 % de résultats rendus en vingt-quatre heures « et quand c’est possible en moins de douze heures ». Le ministre de la santé s’est par ailleurs félicité de la montée en puissance des tests antigéniques : « 250 000 sont réalisés par semaine et ce sera beaucoup plus dans les prochaines semaines », a-t-il assuré.
Quant au dispositif de traçage, il va lui aussi être revu pour « aller plus vite et plus fort » dans la course contre la montre contre le virus. Le ministre de la santé a promis un « renforcement des moyens humains » mobilisés pour tracer les cas contacts dès qu’un test antigénique est positif. L’exécutif abandonne en revanche la piste de l’isolement « obligatoire » pour les personnes positives ou cas contacts. Un système plus coercitif, avec des amendes en cas de non-respect, était réclamé depuis plusieurs semaines, notamment par des députés de la majorité, afin d’éviter une troisième vague. Il ne faisait « pas consensus », a indiqué le premier ministre après avoir consulté les représentants des différents groupes parlementaires.
Objectif « nouveau et ambitieux »
A l’isolement contraint, le gouvernement préfère désormais un « accompagnement renforcé des personnes malades » à leur domicile. Les contours, encore flous, devraient être précisés en début de semaine prochaine. Olivier Véran a fixé un objectif, qualifié de « nouveau et ambitieux » : que chaque personne diagnostiquée positive se voie proposer systématiquement une visite à domicile par une équipe de soignants afin de pouvoir pratiquer des tests antigéniques à l’ensemble du foyer ou encore apporter des conseils sur les conditions de l’isolement. Une approche qui se calque sur le dispositif Covisan mis en place au printemps à Paris avant le premier déconfinement et géré par l’AP-HP.
Enfin, le ministre de la santé a confirmé que des campagnes de tests massives – et volontaires – allaient se dérouler dans les prochaines semaines dans plusieurs métropoles. A commencer par celles du Havre (Seine-Maritime) et de Charleville-Mézières (Ardennes), du 14 au 19 décembre. Viendront ensuite Roubaix (Nord) du 11 au 16 janvier, et Saint-Etienne (Loire), là aussi aux alentours de la mi-janvier. L’exécutif a ainsi suivi l’une des recommandations du conseil scientifique, qui, dans une note transmise mi-novembre, préconisait la mise en place « d’expérimentations » avant la levée définitive du deuxième confinement.
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« Ça va dans le bon sens, mais ce n’est pas aussi massif et expérimental qu’on le voudrait, réagit Philippe Froguel, professeur au CHU de Lille et à l’Imperial College de Londres, qui, avec une dizaine de confrères, avait transmis à l’Elysée le 11 novembre une note plaidant en faveur d’une telle stratégie. On aurait aimé que, dès début janvier, on soit capables de recourir aux tests salivaires et au pooling[tests groupés], je ne suis pas sûr qu’on ait le feu vert le 11 janvier. On est en train de faire un marathon les bras attachés dans le dos par la Haute Autorité de santé »,qui pour l’heure n’autorise les prélèvements salivaires que pour les personnes symptomatiques.Notre sélection d’articles sur le coronavirus
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