Les hospitalisations, seul indicateur qui ne soit pas au rouge, pour le moment !

Coronavirus : la France devrait-elle prendre des mesures de confinement plus drastiques ?

Même si le nombre d’hospitalisations pour Covid-19 diminue, les cas positifs connaissent eux une tendance à la hausse. Pour les épidémiologistes, « l’équilibre actuel est extrêmement fragile ». 

Par Camille StromboniPublié aujourd’hui à 05h39, mis à jour à 09h10 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/12/21/coronavirus-la-france-devrait-elle-prendre-des-mesures-de-reconfinement-plus-drastiques_6064062_3244.html 

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Devant les Galeries Lafayette, à Paris, le 28 novembre.
Devant les Galeries Lafayette, à Paris, le 28 novembre. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Nouveau confinement le lendemain de Noël, incitations à réduire davantage le nombre de personnes participant aux dîners de fêtes, interdiction des déplacements… Les annonces de mesures plus drastiques s’enchaînent ces derniers jours dans de nombreux pays européens qui voient l’épidémie de Covid-19 rebondir sur leur sol. Alors que la situation sanitaire se dégrade aussi en France, l’exécutif semble exclure pour le moment une stratégie plus coercitive que celle du couvre-feu, en vigueur depuis le 15 décembre (de 20 heures à 6 heures du matin), à l’exception du 24 décembre.

L’énoncé des différents indicateurs matérialisant la dynamique de l’épidémie est pourtant préoccupant. « L’équilibre actuel est extrêmement fragile, on sait qu’on joue avec le feu avec la période des fêtes qui s’ouvre, alors qu’on est déjà à un niveau élevé où tout peut basculer très vite », estime Mahmoud Zureik, professeur en épidémiologie à l’université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

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Le taux d’incidence, en progression depuis début décembre, s’élevait au 20 décembre à 134,6 cas pour 100 000 habitants (sur les sept derniers jours). Le nombre de cas positifs par jour est en hausse : « Nous sommes passés de 10 000 cas il y a trois semaines à 11 500 cas il y a dix jours, et désormais à une moyenne de 14 000 cas sur la semaine du 14 au 20 décembre », poursuit Mahmoud Zureik. Soit un chiffre plus élevé que le seuil de 5 000 cas fixé initialement par le gouvernement pour déclencher le déconfinement à partir du 15 décembre.

Surtout, le R, le taux de reproduction du virus, apparaît lui aussi en progression : de 0,83, selon le point épidémiologique de Santé publique France du 10 décembre, il est remonté à 1,03 au 17 décembre. Soit un seuil supérieur à 1, synonyme d’une « tendance à l’augmentation du nombre de cas », rappelle l’institution sanitaire.

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Les hospitalisations, seul indicateur qui ne soit pas au rouge

Seul voyant à ne pas virer au rouge, comme à la veille des précédents confinements, celui des patients atteints du Covid-19 à l’hôpital – même si d’aucuns rappellent qu’il n’est touché que dans un second temps. Situé sur un plateau élevé – près de 25 000 malades contaminés par le SARS-CoV-2 hospitalisés, ainsi que 2 745 en réanimation au 20 décembre –, cet indicateur évolue encore à la baisse. « Nous restons aujourd’hui globalement dans une décroissance, rapporte le professeur François René-Pruvot, à la tête de la conférence des présidents de commission médicale d’établissement de CHU. Même si la pente s’est infléchie et que la situation est hétérogène selon les régions. » Après plusieurs semaines de baisse depuis le pic de la mi-novembre, une très légère remontée a eu lieu le 20 décembre, d’après les chiffres de Santé publique France, avec 142 patients hospitalisés supplémentaires et 27 patients de plus en réanimation par rapport à la veille.

La situation sanitaire est-elle dès lors aussi dégradée qu’à la veille du deuxième confinement, décrété le 31 octobre ? « Les indicateurs sont encore en dessous de ceux qui ont précédé le deuxième confinement, analyse l’infectiologue Christian Rabaud. Nous avions alors atteint plus de 50 000 cas par jour, au moins. » Pour le professeur au CHRU de Nancy, la période ressemble plutôt à la première quinzaine d’octobre en termes d’indicateurs nationaux. « Mais il y a un côté inéluctable : si on ne change rien dans l’équation, avec ce R supérieur à 1, les choses vont s’aggraver sans aucun doute ; nous sommes déjà sur une pente ascendante. » Ce sont 500 lits de réanimation de plus qui pourraient être occupés d’ici au 1er janvier 2021 par des patients Covid-19, d’après l’hypothèse qu’il juge la plus probable dans le modèle de projection réalisé par son établissement, promettant « de fortes tensions » à l’hôpital en cette période de vacances. Si rien ne vient freiner la progression de l’épidémie avant janvier, 5 000 lits de réanimation seraient occupés au 22 janvier.

« Au plan strictement médical et sanitaire, il faudrait faire comme nos voisins, prendre des mesures plus strictes, comme reconfiner au 26 décembre. » Djillali Annane, patron du service de réanimation de l’hôpital Raymond-Poincaré, à Garches

La situation sanitaire justifie donc bien de « poser la question » de restrictions plus fortes, estime le médecin, qui rappelle, comme nombre de ses confrères, que plus tôt on arrête la montée en puissance du virus par un confinement, plus le confinement est court et efficace. « Mais il faut peser le pour et le contre, l’impact psychologique sur la population, la faisabilité et l’acceptabilité sont cruciales pour l’efficacité d’une mesure », souligne-t-il.

« Sur le plan strictement médical et sanitaire, il faudrait faire comme nos voisins, prendre des mesures plus strictes, comme reconfiner au 26 décembre, estime Djillali Annane, patron du service de réanimation de l’hôpital Raymond-Poincaré, à Garches (Hauts-de-Seine), qui assiste ces derniers jours à une progression du rythme des entrées de nouveaux patients atteints du Covid-19. Mais sur le plan de la santé mentale, de la capacité de cohésion de notre société, il est fondamental que Noël puisse se dérouler, que les familles puissent passer des fêtes heureuses. » Pour le réanimateur, « il faut juste être conscient qu’il va y avoir un prix à cela, avec de grandes chances d’un reconfinement dès janvier ».

Annoncer la couleur dès aujourd’hui

Si urgence il y a, c’est bien celle d’annoncer la couleur dès aujourd’hui, entend-on dans la communauté scientifique. « Une stratégie de santé publique a plus ou moins d’efficacité selon l’adhésion de la population, pointe Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie à l’université de Montpellier. S’il n’y a pas d’urgence absolue à reconfiner tout le pays, il faut commencer à envisager les restrictions à venir. »

La « cohérence » s’impose plus que jamais, pointe sa collègue Hélène Rossinot, médecin de santé publique. « Même si on resserrait dès maintenant les restrictions, cela ne serait pas forcément suivi car de nombreuses incohérences demeurent, estime-t-elle. Comment peut-on dire aux gens de s’autoconfiner, comme le conseillent, à raison, le conseil scientifique ou le gouvernement, tout en laissant les grands magasins bondés ? » Des « messages contradictoires » se font déjà entendre pour les premières semaines de 2021, juge-t-elle : « La ministre du travail évoque un relâchement sur le télétravail en entreprise envisagé au 7 janvier… Ça n’a pas de sens. » 

Dans les régions où l’épidémie a déjà repris une forte progression, comme le Grand-Est, la question de mesures localisées se pose néanmoins plus fortement dès aujourd’hui. « Il faut des arguments très solides pour justifier d’un reconfinement national, ce n’est pas le cas aujourd’hui, estime le professeur Olivier Claris, aux Hospices civils de Lyon. Mais dans certaines régions concernées par de fortes remontées, cela peut se justifier. »

A Nancy, la métropole présentant le taux d’incidence le plus élevé du pays ces derniers jours – supérieur à 200 – le maire socialiste Mathieu Klein n’élude pas la question. « Au vu de la dégradation de nos indicateurs, à l’hôpital également, des mesures plus fortes s’imposent dès maintenant, il doit y avoir une vraie adaptation territoriale, estime-t-il. Nous sommes prêts à réfléchir et à assumer des mesures impopulaires mais nécessaires à la protection de la population. »

« Possibilité de miser sur l’effet du couvre-feu »

La situation de la France, au regard de celle de ses voisins européens, explique peut-être le choix des pouvoirs publics de ne pas durcir davantage les mesures pour endiguer l’épidémie. A écouter les scientifiques, la France serait, pour le moment, en meilleure posture. « La circulation du virus s’accélère chez eux comme chez nous, mais nous avons mis un coup de frein avec le confinement de novembre », rappelle l’épidémiologiste Christian Rabaud.

« Nous ne sommes pas à des niveaux aussi élevés sur plusieurs marqueurs, comme l’incidence, les contaminations, la mortalité… », ajoute Gilles Pialoux, chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital Tenon, à Paris. Si la France paraît assez proche de la situation italienne, d’autres pays, comme la Suisse ou le Royaume-Uni, sont bien plus touchés à ce jour : « Le Royaume-Uni, avec 36 000 cas, a reperdu le contrôle de l’épidémie, d’après le responsable du conseil scientifique anglais », rapporte Gilles Pialoux.

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Le professeur insiste aussi sur une inconnue de taille pour la France : « Il y a une possibilité de miser sur l’effet du couvre-feu en France, une mesure qui a eu de l’effet en octobre, et qui pourrait être un élément de freinage de l’accélération de l’épidémie chez nous. » Sans oublier le début des vacances de Noël. « Il y a une mesure forte que la France vient de prendre sans peut-être s’en rendre compte, c’est la fermeture des écoles pour quinze jours », rappelle le professeur Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève.

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« Si la situation, extrêmement tendue en Europe en cette deuxième quinzaine de décembre, ne s’aggrave pas trop rapidement en France ces prochains jours, peut-être tiendra-t-elle avec l’appui de la fermeture des bars et restaurants, relève l’épidémiologiste.Les vacances des adultes en cette période de fêtes vont aussi exercer un frein supplémentaire sur l’épidémie (moins de restauration d’entreprise, moindre usage des transports publics urbains). » D’après les projections de son institut sur le nombre de cas moyen dans les sept prochains jours, « les prévisions sont proches pour la France, l’Italie et la Belgique, et meilleures que celles de l’Allemagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas ou encore de la Suisse. »

Covid-19 : une éprouvante leçon d’humilité

ÉDITORIAL

Le Monde

Editorial. Le reconfinement décrété samedi 19 décembre par Londres et la fermeture de leurs frontières annoncée dans la foulée par plusieurs pays européens marquent une nouvelle étape de la lutte contre la pandémie. Même si des vaccins arrivent, c’est un brutal rappel à la patience.

Publié aujourd’hui à 11h46    Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/12/21/covid-19-une-eprouvante-lecon-d-humilite_6064104_3232.html

Editorial du « Monde ». A force d’en apprendre chaque jour davantage sur le Covid-19, les dirigeants européens espéraient pouvoir garantir à leurs populations éprouvées par l’épidémie une trêve de fin d’année. Las, plusieurs d’entre eux ont dû subitement faire machine arrière. Samedi, le gouvernement britannique a annoncé le reconfinement express de Londres et du sud-est de l’Angleterre pour tenter de juguler une envolée des contaminations attribuée à un nouveau variant du virus qui pourrait être jusqu’à 70 % plus contagieuse que la précédente.

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Quelques jours plus tôt, la chancelière allemande et les autorités fédérales, impuissantes à juguler l’épidémie, avaient été contraintes d’annoncer la fermeture, au moins jusqu’au 10 janvier, des commerces non essentiels, bars, restaurants, écoles et crèches, ainsi que la limitation du nombre des personnes invitées pour les fêtes de Noël. L’Italie et l’Espagne ont, elles, drastiquement restreint les conditions de déplacements interrégionaux.

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La France, qui avait confiné plus tôt que ses voisins, tente, elle, de sauver la soirée du 24 décembre, mais l’heure n’est vraiment pas à la joie ni à l’insouciance. Le conseil de défense sanitaire extraordinaire convoqué dimanche en fin d’après-midi par un président de la République lui-même malade du Covid-19 et soumis à l’isolement a donné le ton du week-end : la crainte a supplanté l’espoir. Crainte d’une troisième vague qui obligerait, très rapidement, à adopter de nouvelles mesures privatives de liberté, sur fond de grave récession économique et de profonde déprime collective. Crainte, aussi, d’avoir affaire à une nouvelle variante plus virulente du virus qui déjouerait les stratégies établies. En quelques heures, et dans le plus grand désordre, la plupart des voisins du Royaume-Uni, dont la France, ont décidé de se couper d’elle pour tenter d’éviter la contamination. Comme un Brexit avant l’heure.

Des stratégies en échec

Ce qui vient de se jouer en un week-end est une éprouvante leçon d’humilité pour les responsables européens. A force d’apprendre de leurs erreurs et de mieux coordonner leurs efforts, ceux-ci croyaient avoir progressé dans la maîtrise du virus. Chacun à sa façon, ils tentaient de concilier le contrôle sanitaire et le maintien d’une activité économique minimale, en jonglant du mieux possible entre mesures coercitives et respect des libertés individuelles.

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Or, quelles que soient les stratégies mises en place, l’échec est patent. Cités en exemple lors de la première vague de l’épidémie, l’Allemagne et son système fédéral ne réussissent désormais pas mieux que la France et son jacobinisme. La Suède, qui avait cru bon faire cavalier seul en laissant le virus se propager pour viser l’immunité collective, a dû reconnaître qu’elle s’était trompée. Redevenue depuis le mois d’octobre l’épicentre de la pandémie, l’Europe a enregistré plus d’un demi-million de morts depuis l’apparition du virus. La France en déplore plus de 60 000, et l’Organisation mondiale de la santé avertit d’un « risque élevé » de reprise de l’épidémie dans la région début 2021.

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Il faut cependant raison garder. Même si les mesures d’isolement décidées dimanche à l’encontre du Royaume-Uni par la France, les Pays-Bas, la Belgique, l’Italie ou encore le Luxembourg renvoient aux remèdes les plus archaïques de lutte contre une épidémie, il ne faut pas oublier tous les progrès accomplis depuis un an. Grâce à la mobilisation exceptionnelle de la communauté internationale, le virus a été séquencé en moins de trois semaines et, en moins d’un an, des vaccins novateurs à ARN messager ont été fabriqués.

La campagne de vaccination est en train de démarrer, laissant entrevoir une lueur d’espoir. Les déboires essuyés ces derniers jours montrent simplement que la patience devra encore être de la partie, accompagnée d’un sens aigu des responsabilités – y compris au moment des fêtes de fin d’année. Plus les gestes barrières seront respectés, plus les comportements individuels seront maîtrisés, et plus on aura des chances de sortir de cette tragédie collective.

Le Monde

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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