Retour sur le documentaire complotiste HOLD-UP

Le professeur Fourtillan, l’un des témoins du documentaire complotiste « Hold-up », quitte l’hôpital psychiatrique

Ce septuagénaire, proche du professeur Henri Joyeux, est une figure du mouvement antivaccin. Il est poursuivi par la justice dans le cadre d’une enquête sur des essais cliniques illégaux. 

Par Agathe BeaudouinPublié hier à 17h54, mis à jour hier à 18h05  

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/12/18/le-professeur-fourtillan-l-un-des-temoins-du-documentaire-complotiste-hold-up-quitte-l-hopital-psychiatrique_6063886_3224.html

Temps de Lecture 3 min. 

Le téléphone devrait cesser de sonner à tout-va, l’interphone connaître une affluence plus ordinaire et Le Mas Careiron, hôpital spécialisé en psychiatrie à Uzès, dans le Gard, retrouver son calme. L’un de ses patients, le professeur Jean-Bernard Fourtillan, à l’origine de cette inhabituelle agitation, doit quitter les lieux vendredi 18 décembre sur une décision du juge des libertés et de la détention.

L’ancien pharmacien, âgé de 77 ans, et militant antivaccin fait une apparition dans le documentaire complotiste Hold-up. Dès les heures qui ont suivi son hospitalisation d’office, le 10 décembre, le milieu covido-sceptique s’est mis en ordre de marche. Des groupes de défense du professeur sont apparus sur les réseaux sociaux, se donnant rendez-vous dans cette paisible commune de 8 500 habitants pour une manifestation non déclarée, le 12 décembre.

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Aux portes de l’établissement, sous le soleil bleu du Sud, une soixantaine de personnes, casseroles à la main et banderoles déployées, scandaient à tue-tête : « Libérez, Fourtillan ! » Les manifestants dénoncaient « un internement abusif » et demandaient « la levée immédiate de cette mesure coercitive et illégale ». Le standard, pris d’assaut, est resté sous tension durant plusieurs jours. Rarement un tel scénario ne s’est produit aux portes du Mas Careiron : « C’est du jamais-vu, raconte Jean, un riverain. On a même vu une télévision suisse venir filmer les murs de l’hôpital. »

Convoqué devant une juge d’instruction

A Nîmes, comme dans le reste du département, Jean-Bernard Fourtillan n’est pas une personnalité spécialement connue. Mais c’est dans le Gard, où « il était en villégiature avec son épouse », selon son avocat, que l’homme a été arrêté, le 7 décembre. Il faisait l’objet d’un mandat d’amener, délivré par un juge d’instruction du pôle de santé publique, dans l’affaire du Fonds Josefa et des essais cliniques illégaux, où il est mis en examen pour « recherche interventionnelle impliquant une personne humaine, non justifiée par sa prise en charge habituelle, sans obtention de l’avis du comité de protection des personnes et de l’autorisation de l’Agence nationale de sécurité du médicament », ainsi que pour sept autres délits. Il était convoqué le 4 décembre devant la juge d’instruction Brigitte Jolivet, mais il a fait savoir qu’il ne se présenterait pas.

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D’abord placé en détention à la maison d’arrêt de Nîmes, le septuagénaire a ensuite été transféré à l’hôpital psychiatrique sur ordonnance médicale et autorisation préfectorale. Au quotidien régional Midi libre, le procureur de Nîmes, Eric Maurel, a déclaré que l’intéressé n’avait pas contesté son internement.

Jean-Bernard Fourtillan est né à Bordeaux, en 1943. Elève plutôt doué, il mène de brillantes études et obtient de nombreux diplômes. Il est tout à la fois ingénieur chimiste, pharmacien des hôpitaux et professeur honoraire de chimie thérapeutique à la faculté de médecine et de pharmacie de Poitiers. En 1978, il est aussi nommé expert toxicologue spécialisé en pharmacocinétique auprès du ministère de la santé, pour ne citer que quelques-unes de ses fonctions.

Vérification **: Les contre-vérités du documentaire « Hold-up »

Fervents catholiques

Dans la ville de Poitiers, où il réside, il fonde également avec son épouse, Marianne Fourtillan, pharmacienne de profession, un centre de recherche biomédicale, le Cemaf. C’est dans ce laboratoire, en procédant à des travaux de dosage de la mélatonine, qu’il découvre « divinement » – pour reprendre ses termes – en 1994 une hormone sécrétée par la glande pinéale pendant le sommeil, baptisée la valentonine. Il dépose un brevet d’invention, mais cette découverte n’obtient pas le succès espéré. Le professeur parle même d’un « échec » dont il semble avoir du mal à se relever. A la retraite depuis 2008, Jean-Bernard Fourtillan n’est plus inscrit sur la liste des professionnels de l’ordre des pharmaciens. Mais ne reste pas inactif.

Il est un proche du professeur Henri Joyeux, le Montpelliérain figure du mouvement antivaccin en France et habitué des controverses. Les deux hommes, fervents catholiques, s’associent en 2015 pour créer le Fonds Josefa (du nom d’une religieuse espagnole du Sacré-Cœur de Jésus, morte en 1923, à Poitiers). Cet organisme est à l’origine du scandale des essais cliniques qualifiés d’illégaux par l’Agence nationale de sécurité du médicament. Ces essais, supposés traiter les troubles du sommeil ainsi que les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, comme les deux acolytes l’affirment, étaient menés dans une abbaye de la Vienne, à quelques kilomètres de Poitiers, auprès de 350 personnes. Les deux professeurs font aujourd’hui l’objet de poursuites de l’ordre des médecins pour charlatanisme.

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C’est dans le cadre de cette affaire que Jean-Bernard Fourtillan a été interpellé en décembre dans le Gard. Si Pierre Barnérias, réalisateur de Hold-up, n’a pas souhaité répondre à nos questions, les conspirationnistes, eux, ne peuvent s’empêcher de voir dans cette histoire les conséquences des positions contre les vaccins et les récentes déclarations du professeur Fourtillan au sujet de la pandémie. Selon le septuagénaire, l’institut Pasteur aurait fabriqué le coronavirus.

Agathe Beaudouin

*Le drôle de duo derrière « Hold-up », le documentaire au relent complotiste

Ils ont réalisé et produit le film qui prétend dévoiler la face cachée de l’épidémie de Covid-19, et partagent une vision du monde particulière. 

Par Sandrine CassiniPublié le 26 novembre 2020 à 05h55 – Mis à jour le 26 novembre 2020 à 15h37  

https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2020/11/26/le-drole-de-duo-derriere-le-documentaire-au-relent-complotiste-hold-up_6061152_3236.html

Temps de Lecture 6 min. 

Le réalisateur de « Hold-up », Pierre Barnérias, posant dans les locaux de sa société de production.
Le réalisateur de « Hold-up », Pierre Barnérias, posant dans les locaux de sa société de production. AUDEBERT DIDIER / SIPA

« Dix jours après sa sortie officielle, neuf après sa censure : Hold-up, le documentaire, a été visionné et partagé des millions de fois, et ce grâce à vous tous ! » Ce cri de joie, ce sont les auteurs du film controversé sur la pandémie de Covid-19 qui l’ont poussé, le 21 novembre, sur Facebook. « On ne lâche rien (…), on continue », poursuivent-ils, émoticône en forme de poing serré à l’appui. Derrière le succès de Hold-up, un film de deux heures et quarante-trois minutes, bien tourné et bien monté, on trouve Pierre Barnérias et Christophe Cossé, deux professionnels de 55 ans, qui ont sillonné les routes de la télé avant d’emprunter des chemins de traverse.

Bouillonnant, affectif, idéaliste, le premier est un journaliste qui a longtemps œuvré dans des émissions connues, comme « Envoyé spécial », « Des racines et des ailes » ou « Thalassa ». « Il était sympa, généreux, bosseur. C’est un très bon “accoucheur”, qui réussissait à faire parler les gens face à la caméra », se souvient Bernard Vaillot, fondateur de l’agence Galaxie, au sein de laquelle Pierre Barnérias est resté deux ans et demi.

Vérification : Les contre-vérités du documentaire « Hold-up »

Avant cela, alors qu’il est encore chez RTL2, un ami habitant Louveciennes (Yvelines), comme lui, l’appelle. Peu connu du grand public, Alexandre Poussin veut faire un film sur sa dernière aventure dans l’Himalaya avec son pote de lycée… un certain Sylvain Tesson. « C’est ma mère qui m’a dit : “Ton histoire, cela peut intéresser le fils Barnérias” », se souvient-il. Pierre Barnérias s’y colle et coréalise, à la fin des années 1990, le film Ils ont marché dans le ciel, sur ce périple de 5 000 kilomètres à pied.

« Il a été blacklisté »

Alors qu’il poursuit une carrière traditionnelle, Christophe Cossé, lui, se distingue en cocréant « La Carte aux trésors », un jeu d’aventures diffusé sur France 3 à partir de 1996. « C’est un très bon producteur, plutôt psychorigide, obsédé par la rigueur », témoigne Rachel Kahn, ex-directrice du divertissement de France 3. Depuis, le producteur semble avoir quelque peu disparu des radars.

Chez France Télévisions, plus personne ne s’en souvient. Même si c’est cette expérience qui a été mise en avant pour convaincre certaines personnalités de participer à Hold-up. « J’ai reçu un mail précisant qu’il avait produit 250 prime times pour France Télévisions. Cela m’a paru sérieux », se remémore amèrement l’ancien ministre de la santé Philippe Douste-Blazy, qui a demandé à faire retirer les images du film où il apparaît.

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Ni Christophe Cossé ni Pierre Barnérias n’ont souhaité répondre aux questions du Monde. Blessé, ce dernier ne s’attendait pas à « un tel déferlement de haine » après la diffusion de Hold-up, selon Alexandre Poussin, et en viendrait même à regretter d’avoir fait le film. On ne saura donc pas comment s’est formé cet improbable duo. Mais malgré des parcours différents, tous deux partagent une vision du monde particulière, où la vérité ne serait pas celle que l’on croit.

Pierre Barnérias s’est converti au catholicisme à 23 ans, après un grave accident de moto. Jusque-là, la religion familiale le laissait plutôt de marbre, écœuré par un père trop rigide. Sa foi teinte ses choix professionnels. A Ouest-France, il suit la rubrique religion. Pour France Télévisions, il collabore à l’émission dominicale « Le Jour du Seigneur ». Jusqu’à s’attirer des ennuis. Comme chez France 5. La chaîne lui reproche de ne pas l’avoir informée que le couple et les cinq enfants qui voyagent dans le documentaire Passeurs d’espoirs sont « très catholiques ». « On lui en a beaucoup voulu. A partir de ce moment-là, il a été blacklisté », affirme Alexandre Poussin. « Peu à peu, les chaînes n’ont plus voulu de lui », confirme un salarié de Flair Production, la société de Pierre Barnérias.

Comme un beau diable

Se sentant incompris, ostracisé, le journaliste n’en suit pas moins son idée. Les sujets autour de la spiritualité l’inspirent, et il a envie de s’y consacrer. Des dissensions apparaissent chez Flair Production. « Consacrer toute une boîte à cela, on trouvait cela bizarre », poursuit la même source. En 2008, le journaliste claque la porte et vend ses parts. « Underground », free-lance dans l’âme, l’homme est libre de faire ce qu’il veut.

En 2014, sort au cinéma M et le 3e secret, un film sur la Vierge Marie. Cinq ans plus tard, Thanatos, l’ultime passage, un documentaire sur les expériences de mort imminente, qui analyse les visions que l’on peut avoir en état de mort clinique. Chaque fois, Pierre Barnérias se démène comme un beau diable pour financer ses projets : il réunit, pour M et le 3e secret, 772 000 euros, et 460 000 pour Thanatos, des budgets importants pour des documentaires. Avec 36 000 entrées chacun, le succès est modeste.A

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Mais déjà, Pierre Barnérias montre sa patte de réalisateur : il défend une thèse, fait défiler à un rythme soutenu des intervenants qui abondent dans le même sens, sans contradicteurs, et la narration aboutit à un épilogue spectaculaire. Dans M et le 3e secret, il tient pour acquis les « miracles » de Fatima, en 1917, où la Vierge Marie aurait mis en garde contre la montée du communisme et averti des dangers de la franc-maçonnerie. Déjà, il frôle le complotisme.

Cette « enquête » de quatre ans a beaucoup circulé dans le milieu catholique. A Garches (Hauts-de-Seine), où il résidait, la bourgeoisie locale se presse au cinéma du coin. Mais le réalisateur se désole : le clergé, qui n’aime pas être critiqué, le boude, et les médias catholiques en parlent peu. « Il a les défauts de ses qualités : il est bouillonnant, mais brouillon. Sa foi passe devant le côté journalistique », justifie un reporter d’un média religieux connu. Même procédé pour Thanatos, où il considère que ces expériences de mort imminente sont la preuve irréfutable de l’existence de Dieu, sans envisager qu’elles puissent être d’origine neurologique.

Ecole d’hypnose

Là aussi, certains « témoins » sont – c’est un euphémisme – controversés. A l’image de Jean-Jacques Charbonier, un médecin réanimateur, qui organise des séances de « transcommunication hypnotique » pour entrer en contact avec les morts… Mais il ne faut pas chercher de malice chez l’homme. « Il est affranchi, et c’est le rôle des films de faire réfléchir », avance pour sa défense Alexandre Poussin, qui a vu tous ses films.

L’hypnose a-t-elle fait le lien entre Pierre Barnérias et Christophe Cossé ? Comme le réalisateur, le producteur de télévision a pris un virage il y a une décennie, en se formant à cette technique et à la « psy », explique-t-il à FranceSoir, le site des « Covid-sceptiques », auquel il a accordé un entretien, le 6 novembre. Outre une formation dans une école d’hypnose, le quinquagénaire a également participé à des séminaires dispensés par Catherine Henry-Plessier. Une médecin à la retraite qui s’autoproclame « éveilleuse d’âme » et livre des « formations » aux « états d’expansion de conscience ».

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Plus largement, cette plongée dans ces milieux alternatifs a refaçonné la vision du monde de Christophe Cossé. « C’est là que j’ai trouvé tous les outils de manipulation. Depuis, je suis vigilant, j’ai des capteurs, des mises en alerte, et l’ingénierie sociale dans laquelle nous sommes n’a pas manqué de me sauter aux yeux », relate-t-il à Xavier Azalbert, le patron de FranceSoir. Le thème de l’image l’obsède : « Le pouvoir de la télévision, c’est de pouvoir cacher une chose en montrant autre chose », dit-il sur le site de son cabinet d’hypnose.

Pour les deux hommes, l’idée initiale était de sortir Hold-up au cinéma, et d’organiser ensuite des débats sur le sujet. Le confinement a eu raison de ce projet. Alors que la réouverture des salles se profile, le Saint-André-des-Arts, un cinéma parisien en marge, qui ne boude pas les œuvres loufoques, répondra présent. Un an après sa sortie, Thanatos, « qui attirait des barges, des illuminés, et des curieux », selon la propriétaire, Dobrila Diamantis, était encore à l’affiche il y a un mois.Notre sélection d’articles sur le coronavirus

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Sandrine Cassini

Les contre-vérités de « Hold-up », documentaire à succès qui prétend dévoiler la face cachée de l’épidémie

Ce film diffusé en ligne promet de raconter l’histoire secrète de l’épidémie. En réalité, il s’affranchit des faits à de multiples reprises. 

Par Adrien Sénécat et Assma MaadPublié le 12 novembre 2020 à 20h45 – Mis à jour le 17 novembre 2020 à 12h09  

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/11/12/covid-19-les-contre-verites-de-hold-up-le-documentaire-a-succes-qui-pretend-devoiler-la-face-cachee-de-l-epidemie_6059526_4355770.html

Le film « Hold-up, retour sur un chaos », réalisé par Pierre Barnérias, est disponible en version payante en ligne, depuis le 11 novembre.
Le film « Hold-up, retour sur un chaos », réalisé par Pierre Barnérias, est disponible en version payante en ligne, depuis le 11 novembre. CAPTURE D’ÉCRAN HOLD UP

Le Covid-19 ne serait guère plus qu’une « grippette », les mesures sanitaires prises depuis le printemps n’auraient aucun sens et les citoyens du monde entier se seraient fait berner par une élite corrompue. Voilà, à gros traits, ce que prétend dévoiler le documentaire Hold-up, retour sur un chaos (disponible en version payante en ligne depuis mercredi 11 novembre), réalisé par Pierre Barnérias. Très attendu, il a recueilli plusieurs centaines de milliers d’euros de financement participatif, sa bande-annonce a déjà été vue plus de 400 000 fois sur YouTube et il est très largement partagé sur les réseaux sociaux. Vendredi matin, le film a été retiré de la plateforme Vimeo.

Pendant un peu plus de deux heures quarante, les auteurs prétendent raconter l’histoire secrète du Covid-19. Une ribambelle d’invités y défile, dont certains noms prestigieux comme l’ancien ministre de la santé français Philippe Douste-Blazy, qui a, cependant, pris ses distances avec le contenu du film.

Ce récit prospère sur plusieurs controverses bien réelles autour de la pandémie, comme les interrogations sur l’origine du virus, qui n’est toujours pas tranchée et les discours fluctuants des autorités sanitaires sur l’utilité du port du masque. Mais loin d’approfondir ces débats, Hold-up multiplie les affirmations approximatives, voire complètement fausses. Nous en avons sélectionné sept exemples.

Ce que dit le documentaire

Le film remet en question l’ensemble des mesures sanitaires prises en France et ailleurs pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. Notamment dans cet extrait où il est question de chiffres, graphique à l’appui :

« Ces courbes appartiennent à l’Insee. Elles correspondent au nombre de morts total en 2018, 2019 et 2020 de mars à septembre. Le virus a donc particulièrement sévi du 15 mars au 15 avril, période où nous étions tous confinés grâce à une mesure historique censée ne pas faire apparaître cette courbe. »

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Hors publication (Dr Jean Scheffer)

Les deux pics de mortalité un peu plus tard

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POURQUOI C’EST FAUX

La première période de confinement en France a débuté le 17 mars. Et il est vrai que le nombre de décès à l’hôpital a augmenté dans les trois semaines qui ont suivi, pour atteindre son niveau le plus élevé.

Mais il est simpliste d’en conclure que le confinement n’aurait eu aucune utilité sur la propagation du virus. En effet, les conséquences d’une telle mesure ne peuvent être immédiates. Les patients qui décèdent à l’hôpital à une date donnée ont été contaminés en moyenne entre trois et quatre semaines plus tôt. Le « pic » de mortalité observé du 15 mars au 15 avril correspond donc à la circulation du virus très active avant la mi-mars, que le confinement avait justement vocation à arrêter. Des études ont d’ailleurs estimé que le nombre réel de cas de Covid-19 en France au mois de mars était des dizaines de fois supérieur au nombre de cas confirmés par les tests réalisés en faible nombre à l’époque.

Le taux de reproduction du virus dans la population (c’est-à-dire le nombre d’individus qu’une personne infectée contamine) a drastiquement baissé pendant le confinement du printemps, passant d’environ 3 à 0,7, selon les spécialistes. Si l’on peut critiquer les effets du confinement sur l’économie et la société, voire interroger sa part exacte dans la décrue de l’épidémie au printemps, les affirmations de Hold-up en la matière sont bien éloignées des faits.

  • L’accusation infondée contre le docteur Fauci sur la chloroquine et le SRAS

Ce que dit le documentaire

La controverse sur le recours à l’hydroxychloroquine est l’un des éléments centraux de Hold-up. Le documentaire défend la thèse selon laquelle il existerait un « acharnement » contre le protocole de Didier Raoult, pourtant jugé efficace par plusieurs intervenants comme Christian Perronne ou Philippe Douste-Blazy. Parmi les responsables désignés de cette cabale supposée, destinée à favoriser l’industrie pharmaceutique, figurent des médecins français, comme Karine Lacombe, mais aussi l’Américain Anthony Fauci.

Ce dernier est un expert en maladies infectieuses et le pilier de la « task force » mise en place par le gouvernement américain pour lutter contre le Covid-19. Dans le documentaire, il est accusé d’avoir changé son fusil d’épaule sur l’hydroxychloroquine : « Hier, il faisait la promotion de l’hydroxychloroquine dans une épidémie similaire. Aujourd’hui, il la combat. Pour quelles raisons ? »

POURQUOI C’EST INFONDÉ

Aux Etats-Unis, Anthony Fauci a été la cible de multiples théories complotistes, dès lors qu’il a, depuis le mois de mars, publiquement questionné l’efficacité de la chloroquine et de son dérivé, l’hydroxychloroquine, contre le Covid-19. L’idée selon laquelle il aurait, à cette occasion, défendu une ligne inverse à celle qui était la sienne, lors l’épidémie de SRAS, a circulé sur les réseaux sociaux anglophones, avant d’être reprise en France.

D’où vient cette rumeur ? Plusieurs sites de vérification américains ont repéré au printemps des publications virales affirmant que l’immunologue américain défendait l’efficacité de la chloroquine et l’hydroxychloroquine depuis 2005. Selon eux, des internautes ont déterré une étude de 2005 qui suggère que la chloroquine est « un puissant inhibiteur de l’infection et de la propagation » du SARS-CoV, responsable de l’épidémie de SRAS qui a sévi essentiellement en Chine entre 2002 et 2004.

Cette étude a été publiée par une revue scientifique, The Virology Journal, puis indexée par la Bibliothèque nationale de médecine des Instituts nationaux de la santé aux Etats-Unis. Anthony Fauci est directeur depuis 1984 de l’un d’entre eux : l’Institut national des allergies et maladies infectieuses. A ce titre, il n’aurait pas pu ignorer cette publication scientifique, et connaissait donc les effets bénéfiques de la chloroquine sur les coronavirus, selon la rumeur.

Or, cette présentation des faits est inexacte. D’une part, l’étude en question explique que la chloroquine a des propriétés antivirales dans le cadre de tests in vitro, à l’aide de cellules en culture. Mais l’expérience n’a pas été menée sur des malades du SRAS, elle ne prouve donc pas l’efficacité de la molécule sur les humains, comme l’a rappelé l’un des coauteurs de cette étude, interrogé en août par l’Agence France-Presse (AFP). D’autre part, le Virology Journal est une revue qui appartient à l’éditeur britannique scientifique BioMed Central. Elle n’a aucun lien avec les institutions gouvernementales sanitaires américaines ou avec le docteur Fauci, qui n’a lui-même pas pris position sur le sujet, à l’époque, à notre connaissance.

  • Un imaginaire pic de mortalité après le « Lancetgate »

Ce que dit le documentaire

Le 22 mai, la revue scientifique The Lancet publiait une étude soulignant des effets délétères de la prise d’hydroxychloroquine chez les patients hospitalisés pour Covid-19. Mais cette publication a été rétractée le 4 juin, le journal jugeant que les données utilisées étaient sujettes à caution. L’affaire, rebaptisée « Lancetgate », a durablement entaché l’image de la revue.

Dans Hold-up, le médecin Christian Perronne va beaucoup plus loin. Selon lui, cette étude scientifique a eu des conséquences sanitaires désastreuses en dissuadant les médecins de prescrire l’hydroxychloroquine un peu partout dans le monde, notamment en Suisse et dans d’autres pays européens, en Asie et en Amérique. Après la publication, « on a vu un pic de mortalité pendant deux-trois semaines qui était l’effet Lancet, puisque les gens avaient arrêté de prescrire », affirme le professeur Perronne, qui assure aussi que la rétractation de l’article aurait permis de faire repartir la mortalité à la baisse.

POURQUOI C’EST FAUX

Compte tenu du délai entre la contamination et un éventuel décès, cela revient à étudier s’il y a pu avoir un pic de mortalité très ponctuel dans certains pays au cours du mois de juin. Or, aucun pic de mortalité n’a pu être observé entre fin mai et fin juin dans les pays comme la France, l’Italie, l’Espagne ou la Suisse, comme l’affirme Christian Perronne.

Quant aux pays plus durement touchés par l’épidémie à cette période, comme le Brésil ou le Chili, on n’y constate pas pour autant de pic de mortalité limité à quelques semaines qui pourrait suggérer un lien avec un arrêt de l’utilisation de tel ou tel traitement. Au niveau mondial, le nombre de morts était d’environ 4 000 par jour en moyenne en juin, contre environ 5 000 en mai et en juillet.

  • L’intox du Rivotril et de l’euthanasie des personnes âgées

Ce que dit le documentaire

Pour évoquer le sort de « nos anciens, interdits d’hospitalisation pendant le confinement », corrélé au « nombre de morts a[yant] explosé dans les Ehpad », le documentaire tend le micro au pharmacien Serge Rader. Pour lui, l’autorisation par le gouvernement de la vente en pharmacie du médicament sédatif Rivotril est la porte ouverte à une légalisation de l’euthanasie des personnes âgées : « Non seulement on ne les a pas amenés en réanimation, mais on leur a préparé la seringue de Rivotril avec un arrêté à la clé pour les achever complètement alors qu’ils étaient déjà en détresse respiratoire. »

POURQUOI C’EST FAUX

Cette accusation a déjà été portée auparavant par Serge Rader. Il n’est pas le seul : le député UDI Meyer Habib avait dénoncé sur son compte Twitterce « permis légal d’euthanasier en France », une allégation qui avait été reprise en nombre sur les réseaux sociaux.

Pourquoi une telle polémique ? Le gouvernement a adopté un décret le 28 mars donnant droit aux pharmacies d’officine de dispenser sous « forme injectable » le Rivotril aux patients atteints du Covid-19 ou susceptibles de l’être. L’objectif est « la prise en charge palliative des patients confrontés à un état asphyxique et ne pouvant être admis en réanimation, ou pour lesquels une décision de limitation de traitements actifs a été prise »expliquaitla Fédération des pharmaciens d’officine (FSPF).

Cette facilité de prescription s’est donc justifiée par la volonté d’améliorer le confort d’un malade en fin de vie, hors du cadre hospitalier. Il ne s’agissait pas d’une injection létale, d’une euthanasie.

Cet amalgame a été dénoncé par Olivier Véran, qui a pointé des accusations « honteuses » début novembre : « On ne pouvait plus utiliser les médicaments de confort de fin de vie pour des gens qui allaient mourir, a expliqué le ministre de la santé. Il y avait deux options : ou on laissait les gens mourir d’agonie dans les Ehpad […], ou on les accompagnait pour les soulager avec un autre médicament qu’est le Rivotril, conforme aux recommandations de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs. »

  • L’exemple enjolivé de la Suède

Ce que dit le documentaire

Le cas spécifique de la Suède, qui a adopté une stratégie sanitaire atypique, est régulièrement cité dans le documentaire comme la preuve que le Covid-19 ne serait, finalement, pas très dangereux. C’est notamment ce qu’affirme Michael Levitt, lauréat en 2013 du prix Nobel de chimie :

« Ce que nous n’avons pas compris je pense, c’est que le coronavirus ne se développait pas très rapidement. D’une certaine manière, la Suède a décidé à la mi-mars de ne pas intervenir. […] Il est devenu assez clair début avril qu’ils avaient pris la bonne décision. C’était une merveilleuse expérience. »

POURQUOI C’EST PLUS COMPLIQUÉ

Contrairement à bon nombre de pays, la Suède n’a pas édicté de mesure contraignante de confinement de la population. Mais le pays n’a pas adopté pour autant une posture de laisser-faire total vis-à-vis de l’épidémie. Simplement, beaucoup de mesures qui étaient des obligations ailleurs (par exemple, en matière de distanciation physique ou de limitation des rassemblements) s’y sont déclinées sous forme de recommandations, en misant sur le sens des responsabilités de la population.

Avec quelle efficacité ? Difficile, à ce stade, d’en juger. Mais, rapporté à la population du pays, le bilan humain de l’épidémie n’est pas négligeable : il est de 600 morts pour un million d’habitants au 12 novembre, ce qui est, certes, un peu moins que la France (635), mais beaucoup plus que chez les voisins finlandais (66) et norvégien (53). Le tableau est donc, en tout cas, bien moins idyllique que ne l’indique le documentaire.Lire aussi  Covid-19 : la Suède, le Danemark et la Finlande ont-ils une « recette » pour mieux lutter contre l’épidémie ?

  • Une fausse information sur des « camps d’internement » Covid au Canada

Ce que dit le documentaire

Parmi les preuves des supposées dérives de la lutte contre l’épidémie, le documentaire affirme que « ce virus va jusqu’à faire construire des futurs camps d’internement au Canada ». Suit alors l’extrait d’une intervention du député canadien Randy Hillier, un membre du parlement provincial de l’Ontario sur le sujet : « Où ces camps seront-ils construits ? Combien de personnes seront-elles détenues ? Et pour quelles raisons ces personnes seraient-elles gardées dans des camps d’isolement ? »

POURQUOI C’EST FAUX

L’intervention de Randy Hillier au parlement provincial a eu lieu le 7 octobre. D’après Radio Canada International, sa remarque portait au départ sur les « centres », qui sont généralement des chambres d’hôtel mises à disposition des personnes qui entrent sur le territoire canadien et n’ont pas d’autre endroit où effectuer leur isolement obligatoire de quatorze jours à leur arrivée sur le territoire. M. Hillier a alors demandé si les citoyens canadiens « devraient se préparer à des camps d’internement ».

Mais contrairement à ce que suggère ce parlementaire, le gouvernement canadien ne porte aucun projet de créer des « camps d’internement » de Canadiens. Le premier ministre, Justin Trudeau, y a lui-même répondu, dénonçant une campagne de « désinformation ».

  • Un prétendu test pour détecter le Covid-19 dès 2015

Ce que dit le documentaire

Autre thèse avancée par le documentaire : un cercle d’initiés aurait eu connaissance de l’existence du coronavirus SARS-CoV-2 bien avant 2019. Jean-Bernard Fourtillan, un ancien professeur de chimie thérapeutique (par ailleurs mis en cause dans une affaire d’essais cliniques douteux), assure qu’il a récemment « découvert que l’on avait pris un brevet sur les tests pour détecter la maladie Covid-19 le 13 octobre 2015. Donc ils connaissaient le virus… » Le supposé brevet apparaît alors à l’image, comme une preuve de son affirmation.

POURQUOI C’EST FAUX

Le brevet évoqué dans le documentaire existe bel et bien, mais son origine et ses finalités ont été déformées par M. Fourtillan.

Il s’agit au départ d’un brevet déposé par Richard A. Rothschild aux Etats-Unis le 13 octobre 2015, lequel est consultable ici. Il y est question de systèmes d’analyses de données biométriques. A cette date, on n’y trouve aucune référence au Covid-19 ou à un coronavirus.

En revanche, M. Rothschild a formulé, depuis, plusieurs ajouts à ce brevet, comme l’y autorise le système américain de propriété intellectuelle. La dernière en date remonte au 17 mai 2020, et est intitulée « System and Method for Testing for COVID-19 ». Il y a donc bien, cette fois, un lien avec la pandémie actuelle, mais largement ultérieur aux prémices de celles-ci.

Si la rumeur a prospéré, c’est en fait à cause d’une confusion, involontaire ou pas, dans les dates mentionnées sur le brevet. La « Prioriteitsdatum »(date de priorité) mise en exergue dans le documentaire, qui est bien le 13 octobre 2015, est en fait la date de dépôt du brevet initial. La date de dépôt de la version actualisée du brevet est, elle, visible sous la mention « filing date » : il s’agit du 17 mai 2020.

Adrien Sénécat et  Assma Maad

Qui est vraiment Christian Perronne, médecin référent des complotistes ?

Le chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Garches est la caution scientifique du documentaire « Hold-up » et un adepte des « théories alternatives »

Par Adrien SénécatPublié le 18 novembre 2020 à 14h38 – Mis à jour le 19 novembre 2020 à 10h01

  https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2020/11/18/qui-est-vraiment-christian-perronne-medecin-referent-des-complotistes_6060208_4500055.html

Temps de Lecture 2 min. 

Le docteur Christian Perronne, le 5 septembre 2020, à Strasbourg.
Le docteur Christian Perronne, le 5 septembre 2020, à Strasbourg. Nicolas Roses/ABACA

Caution scientifique conspirationniste

« Il y a un homme qui connaît bien les mesures à prendre en cas d’épidémie. Pendant vingt ans, il a géré ces situations de crise. » Cet homme auquel le narrateur du documentaire Hold-up tresse ainsi des lauriers, c’est Christian Perronne. Le chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine) est l’un des personnages principaux de ce film sorti le 11 novembre qui prétend dénoncer les « manipulations » cachées de l’épidémie de Covid-19.

Le visage grave, l’infectiologue y tient son rôle, celui de l’initié qui ose dénoncer les dérives du système. Les coupables sont, selon lui, à chercher du côté de l’industrie pharmaceutique, « première source de corruption », et de leurs complices, des pseudo-soignants aveuglés par leurs conflits d’intérêts.

Vérification : Les contre-vérités du documentaire « Hold-up »

Pamphlétaire à succès

Dès le mois de juin, il signait Y a-t-il une erreur qu’ils n’ont pas commise ? (Albin Michel). Un réquisitoire en règle contre la gestion de la pandémie, qui lui a valu de nombreux passages sur les ­plateaux de télévision. Du gouvernement au conseil scientifique sur le Covid-19, pas un responsable scientifique ou politique n’échappe au jeu de massacre. À l’exception du directeur de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille Didier Raoult, avec qui Christian Perronne partage l’inébranlable conviction que l’hydroxychloroquine est la panacée. Et ça marche : tiré au départ à 8 000 exemplaires, l’essai de l’infectiologue a été réimprimé pour atteindre un total de 103 000 copies

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Adepte des « théories alternatives »

Bien avant la pandémie due au SARS-CoV-2, il s’est illustré par ses prises de position non conventionnelles au sujet de la maladie de Lyme. Selon lui, on constate depuis des années une explosion de cette infection à cause d’une prolifération de tiques modifiées par un chercheur en virologie nazi réfugié aux Etats-Unis. « L’armée américaine et les scientifiques sous sa coupe ont [donc] tout intérêt à cacher l’épidémie »assure-t-il au Journal du dimanche en 2016Une croisade qui lui a attiré les moqueries de Didier Raoult, ce dernier dépeignant, dans une chronique pour Le Point également en 2016, Perronne en « confrère qui a pris une position de leader du Lyme, sans bagage scientifique spécifique dans ce domaine » et a « embrassé les théories alternatives ». 

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Expert multicarte

S’il rivalise de sarcasmes au sujet des « comités scientifiques coupés des réalités du terrain », Christian Perronne a lui-même un CV bien garni de telles expériences. Il a présidé jusqu’en 2016 la Commission maladies transmissibles du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) et eu des responsabilités dans des groupes de travail à l’agence du médicament (ANSM) et à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Peut-on avoir un pied dedans, un pied dehors ? Une partie de ses pairs n’a en tout cas pas apprécié ses mises en cause du monde médical depuis le printemps. L’ordre des médecins, qui a été saisi au sujet de ses déclarations polémiques sur l’épidémie, doit examiner son dossier d’ici à la fin de l’année.

Adrien Sénécat

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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