
Le Tarn 18 Décembre 3,79 Hospitalisés pour 10 000 hab un des départements les plus touchés d’Occitane, après les Hautes-Pyrénées (5,62) et devant la Haute-Garonne (2,11)
Covid-19 : le rebond épidémique fait craindre « une période à haut risque »
A l’approche des vacances de fin d’année, des réveillons de Noël et du Nouvel An, la circulation du nouveau coronavirus s’accélère dans de nombreuses régions.
Par Delphine Roucaute et Camille StromboniPublié hier à 05h16, mis à jour hier à 19h16
Temps de Lecture 5 min.

Doit-on parler de rebond épidémique ou de début de troisième vague ? Ce débat de spécialistes symbolise la situation épidémiologique dégradée dans laquelle s’engage la France, à la veille des vacances de fin d’année. Alors que l’on observait une décrue très forte, fin novembre, du nombre de personnes hospitalisées et du nombre de nouveaux malades du Covid-19, l’évolution de l’épidémie est aujourd’hui « préoccupante, avec une tendance à l’augmentation de la circulation du virus à partir d’un plateau haut », a confirmé le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, jeudi 17 décembre.
Quand le président Emmanuel Macron conditionnait le déconfinement à un seuil de 5 000 nouveaux cas par jour, on en détectait environ 11 400 la semaine du 7 au 13 décembre, soit une augmentation de 10 % en sept jours. Jeudi, on comptait 18 254 nouveaux cas en une journée. Des chiffres qui s’expliquent par une augmentation du taux de dépistage dans toutes les classes d’âge, sauf pour les plus de 75 ans pour lesquels les chiffres sont stables, ainsi que par la nouvelle prise en compte des tests antigéniques dans la base de données Sidep (système d’information de dépistage du Covid-19), mais pas seulement. La positivité reste stable, à 6,1 % et surtout, le taux de reproduction continue sa hausse et dépasse le seuil critique de 1 pour atteindre 1,03. Cela signifie que le virus infecte plus d’une personne en moyenne par cas, augmentant ainsi la vitesse de sa diffusion dans la population.Suivre les chiffres de la pandémie en Francemis à jour vendredi 18 déc.

« Le confinement n’a pas empêché les gens de sortir et de se croiser, mais a seulement fermé le nombre de destinations possibles », notamment les bars, restaurants, commerces non essentiels et lieux de culture, analyse Yves Buisson, président de la cellule Covid de l’Académie nationale de médecine, pour qui « le recours au couvre-feu a sûrement plus d’efficacité que le semi-confinement peu contraignant qu’on a vécu ». Le pic de la deuxième vague a en effet été franchi après les premières mesures de couvre-feu, avec un décalage habituel de deux semaines entre les restrictions et la situation hospitalière. « Ce deuxième confinement a été différent du premier, pour des raisons sociales, culturelles [liées à l’école] et économiques. Nous sommes constamment dans une balance bénéfice/risque, avec une réévaluation des actions à partir des nouvelles informations dont on dispose », nuance Simone Mathoulin-Pelissier, directrice de l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement de l’université de Bordeaux.
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Favorisé par la saison hivernale
Les conditions météorologiques jouent également un rôle important dans cette reprise épidémique. Il est admis que les coronavirus sont favorisés par la saison hivernale en raison d’une meilleure survie des virus respiratoires par des niveaux plus faibles de température, rayonnement ultraviolet, humidité, précipitations et vent. Par ailleurs, le froid fragilise les muqueuses par lesquelles le virus pénètre l’organisme. Enfin, on observe une modification du comportement des individus, avec des activités et interactions sociales en intérieur plus favorables aux transmissions.
Selon le ministère de la santé, ces facteurs expliquent en partie la forte incidence observée actuellement dans les régions Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté, ainsi que dans les vallées rhônalpines, marquées par un climat semi-continental comportant des hivers plus froids. Les trois métropoles enregistrant les plus forts taux d’incidence sont Nancy (Meurthe-et-Moselle) avec 222 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants, Dijon (Côte-d’Or, 222) et Grenoble (Isère, 192).
« On est clairement de nouveau dans une phase ascendante », confirme Christian Rabaud, infectiologue et président de la commission médicale d’établissement du CHRU de Nancy. Depuis la fin novembre, la courbe des lits dédiés aux malades atteints du Covid-19 est repartie à la hausse dans l’hôpital : les patients en réanimation qui n’étaient plus « que » 33 sont désormais 40. Peu de doute pour lui, le rebond devrait se poursuivre ces prochaines semaines, alors que les vacances arrivent pour les personnels, « qui ont tous besoin de souffler », laissant présager une tension grandissante sur les ressources humaines. « Je ne vois pas par quel miracle la pente ne continuerait pas dans le même sens, dit l’infectiologue. Ça monte moins vite qu’en première vague, certes, mais on sait que chaque jour va être un peu plus lourd que la veille. »
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Les conséquences de Thanksgiving
Dans ce contexte, le conseil scientifique a émis des recommandations pour « accompagner une fin d’année pas comme les autres », incitant les Français à privilégier l’autoconfinement une semaine avant de retrouver sa famille et surtout des personnes âgées, à se faire tester dès l’apparition du moindre symptôme (mal de tête, fièvre, nez qui coule) et en cas de situation à risque (repas, réunion sans masque, etc.). « Ces propositions sont bonnes mais c’est dommage qu’elles arrivent si tard, surtout d’un point de vue organisationnel », regrette Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.
Si les vacances de Noël représentent un risque sanitaire, il fallait bien prendre en compte les risques psychosociaux qu’il y aurait eu à empêcher les retrouvailles des fêtes. « Il y a un message simple à intégrer : on peut être négatif le matin et positif le soir. Il faut donc être prudent et vigilant sur le risque qu’on peut apporter aux autres », insiste Simone Mathoulin-Pelissier. Une vigilance qui passe par le maintien des gestes barrières comme le port du masque, l’aération régulière des pièces et l’hygiène des mains.
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Les conséquences qu’ont eues les retrouvailles de Thanksgiving, au Canada comme aux Etats-Unis, laissent craindre le pire en Europe, faisant dire à Jérôme Salomon qu’« il y a une période à haut risque de quinze jours devant nous ». Mais « le vrai bilan des fêtes pourra se faire aux alentours du 10 janvier », anticipe Mahmoud Zureik. Quant au début de la campagne vaccinale annoncée pour la toute fin décembre, il n’aura pas d’impact sur la diffusion du virus avant au moins trois mois, selon l’épidémiologiste. « La stratégie vaccinale présentée par le gouvernement va consister à viser d’abord les personnes âgées en Ehpad, donc cela va avoir un impact sur les formes graves du Covid-19 et donc sur la saturation des services hospitaliers, mais pas sur la circulation du virus. »
Pour autant, les premiers mois de l’année 2021 vont être déterminants car, « sur le long terme, la seule manière de retrouver une vie normale, c’est qu’on réussisse notre stratégie vaccinale », augure Yves Buisson. Un défi logistique et organisationnel qui va nécessiter la mobilisation de tous, notamment des médecins traitants, et un effort accru de transparence de la part des autorités. « Le facteur clé reste l’acceptation de la population », rappelle Simone Mathoulin-Pelissier, dans un pays où, selon un sondage de l’agence sanitaire Santé publique France, seule la moitié (53 %) des personnes interrogées en novembre veut se faire vacciner. Pour obtenir une immunité collective, il faudrait que 50 à 70 % de la population soit immunisée, soit par le vaccin, soit naturellement. Pour Mahmoud Zureik, « on peut espérer que ce seuil soit atteint en septembre ».Notre sélection d’articles sur le coronavirus
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