Les meilleurs livres de 2020 : la sélection du « Monde des livres »
Par Raphaëlle Leyris , Jean Birnbaum , Macha Séry , Florence Noiville , Nicolas Weill et Florent Georgesco
Publié le 12 décembre 2020 à 15h08 – Mis à jour le 13 décembre 2020 à 15h05
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SÉLECTION
Nos journalistes ont chacun choisi cinq livres parmi leurs préférés. On y retrouve Barbara Cassin, Emmanuel Carrère, Philippe Sands, Sarah Chiche, Colum McCann ou Hans Joas.
La fin de l’année qui approche, ce sont les fêtes, mais aussi l’heure du bilan. Chaque journaliste de l’équipe du « Monde des livres » propose une sélection de cinq livres parmi ses préférés parus en 2020.
Sans oublier le prix littéraire Le Monde, décerné le 9 septembre à « Elle a menti pour les ailes », de Francesca Serra, choix, parmi dix titres de la rentrée littéraire, d’un jury composé de treize journalistes qui travaillent aux quatre « coins » du journal.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Francesca Serra, Prix littéraire « Le Monde » 2020 : « Aller voir les monstres d’angoisse qu’il y a dans les profondeurs de la superficialité »
- Le choix de Jean Birnbaum
- Le Bonheur, sa dent douce à la mort, de Barbara Cassin
- La Septième Croix, d’Anna Seghers
- Journal d’un rescapé du Bataclan, de Christophe Naudin
- Un écrivain aux aguets, de Pierre Pachet
- La Petite Dernière, de Fatima Daas
- Le choix de Florent Georgesco
- Océaniens, de Nicholas Thomas
- Histoire de la fatigue, de Georges Vigarello
- Le Sexe polémique, de Laura Kipnis
- La Filière, de Philippe Sands
- La Liberté de conscience, de Dominique Avon
- Le choix de Raphaëlle Leyris
- Yoga, d’Emmanuel Carrère
- Histoire de la nuit, de Laurent Mauviginer
- Par instants, la vie n’est pas sûre, de Robert Bober
- Saturne, de Sarah Chiche
- Comédies françaises, d’Eric Reinhardt
- Le choix de Florence Noiville
- Apeirogon, de Colum McCann
- Le Flot de la poésie continuera de couler, de J. M. G. Le Clézio
- Qui sème le vent, de Marieke Lucas Rijneveld
- Impossible, d’Erri De Luca
- Nickel Boys, de Colson Whitehead
- Le choix de Macha Séry
- Ne dis rien, de Patrick Radden Keefe
- Sous le ciel des hommes, de Diane Meur
- Sur l’alcool, de Charles Bukowski
- Betty, de Tiffany McDaniel
- Mississippi Solo, d’Eddy L. Harris
- Le choix de Nicolas Weill
- Journaux, de Franz Kafka
- Le Roman de Tyll Ulespiègle, de Daniel Kehlmann
- La Valeur du hasard, ma vie, d’Agnès Heller
- Les Pouvoirs du sacré, de Hans Joas
- Athènes 403, de Vincent Azoulay et Paulin Ismard
Le choix de Jean Birnbaum
1. « Le Bonheur, sa dent douce à la mort », de Barbara Cassin
Ce qui captive, dans cette autobiographie poétique signée Barbara Cassin, c’est moins le fond que le ton. Un certain rythme de joie. Que la philosophe évoque les baisers de René Char, sa découverte du grec ou son expérience au sein de la Commission vérité et réconciliation, en Afrique du Sud, chaque fois elle célèbre la capacité du discours à construire le réel, à remettre du jeu dans nos existences. Confiance éperdue non dans « la Vérité vraie » (très peu pour elle), mais dans les enchantements du langage. Le Bonheur, sa dent douce à la mort se déploie comme un récit merveilleusement littéraire, bien plus littéraire que maints romans de la rentrée. Intrépide, drôle, mobile, il se pointe là où on ne l’attend pas, créant des écarts au bord de la langue. Ou des langues, plutôt, car chez Barbara Cassin il y en a forcément plus d’une. La sienne, bien sûr. Et puis l’autre, étrangère et maternelle, celle qui depuis toujours nous court après.
2. « La Septième Croix », d’Anna Seghers
Au milieu des années 1930, sept prisonniers politiques s’échappent d’un camp nazi ; le commandant fait dresser sept croix pour les y supplicier ; tous seront repris, sauf un ; la septième croix restera vide… Publié en 1942, ce best-seller de la littérature antifasciste fut rédigé en France – l’autrice avait fui une Allemagne où on brûlait ses livres. La Septième Croix explore les conditions d’une lucidité possible en situation extrême, et c’est ce qui rend ce texte proprement visionnaire. Comment rester humain quand on voit ce que l’homme fait à l’homme ? Comment maintenir sa conscience aux aguets ? Bouleversant de précision, le style de Seghers hisse ce roman au niveau d’une méditation universelle sur l’amitié comme élan indestructible, la solidarité comme lâcheté surmontée.« La Septième Croix », d’Anna Seghers, traduit de l’allemand par Françoise Toraille, Métailié, 440 p., 22 €, numérique 13 €.
3. « Journal d’un rescapé du Bataclan », de Christophe Naudin
Quelques jours après l’assassinat de Samuel Paty, un autre professeur d’histoire au collège signait un témoignage bouleversant. « Après avoir visé des lieux festifs et de “perversion”, Daech voudrait à présent s’attaquer aux enseignants. Ce n’est pas une grande surprise », note Christophe Naudin dans ce journal tenu au quotidien. A peine un mois avant d’écrire ces mots, le 13 novembre, il se trouvait au Bataclan. Il y enjambait des cadavres. Et il y croisait le regard d’un des tueurs. Son livre frappe. Non seulement parce qu’il a trouvé, après l’assassinat de son collègue Samuel Paty, une stupéfiante résonance. Mais aussi parce qu’il retrace, avec une liberté et une sincérité admirables, les démêlés intérieurs d’un prof de gauche, activement engagé contre la haine des musulmans, soudain frappé par la terreur islamiste.« Journal d’un rescapé du Bataclan. Etre historien et victime d’attentat », de Christophe Naudin, Libertalia, 166 p., 10 €.
4. « Un écrivain aux aguets », de Pierre Pachet
Ce précieux volume rassemble plusieurs livres de Pierre Pachet, figure aussi fascinante qu’inclassable disparue en 2016, écrivain mélancolique, philosophe narquois, traducteur prévenant, auteur d’essais sur Baudelaire ou sur le sommeil, et aussi d’écrits autobiographiques distingués par le présent ouvrage, Autobiographie de mon père (Belin, 1987), Adieu (Circé, 2001), consacré à la fatale maladie de sa femme, ou Devant ma mère (Gallimard, 2007). Ici, nulle complaisance narcissique : quiconque ouvre ce recueil découvre une prose sensible qui va puiser, dans chaque expérience vécue, la lumière d’une élucidation universelle. Car, au centre de cette œuvre importante et encore trop méconnue, Pachet plaçait une certaine idée de l’homme, de sa conscience, et cet appel qu’il nommait « le devoir d’être celui que l’on est ».« Un écrivain aux aguets. Œuvres choisies » de Pierre Pachet, préface d’Emmanuel Carrère, Pauvert, 960 p., 28 € ; numérique 19 €.
5. « La Petite Dernière », de Fatima Daas
Le premier livre de Fatima Daas n’est pas le récit édifiant d’une lesbienne-des-cités qui passerait d’Allah à Despentes. C’est un roman d’apprentissage où l’extase se trouve moins dans les ébats sexuels que dans le corps-à-corps avec Dieu. Au cliché du cuni, elle préfère l’événement du Coran. Comme une douce slameuse, la jeune autrice scande les mille et une manières qu’elle a d’être soi : Française, musulmane, lesbienne, habituée du RER, d’origine algérienne, habitante de Clichy, asthmatique, née en 1995, chtarbée, étudiante en philosophie, homophobe, sœur de ses sœurs, pécheresse… Fatima Daas n’a aucune intention de se réconcilier avec elle-même, elle maintient à vif ses contradictions, et ce geste impossible l’oblige à se tenir dans l’espace de la littérature, à inventer une langue qui n’a rien de spectaculaire, sinon la force vulnérable, rythmée, hardie, avec laquelle elle tient ensemble l’affront au père et la fidélité à ses commandements, la foi héritée et le désir interdit.« La Petite Dernière », de Fatima Daas, Notabilia, 188 p., 16 €, numérique 13 €.
Le choix de Florent Georgesco
1. « Océaniens », de Nicholas Thomas
Nicholas Thomas enquête sur la vie en Océanie entre les premiers voyages de Cook et le début du XXe siècle, qui voit l’ordre occidental s’instaurer dans toutes les îles. Insulaires des Marquises, des Fidji ou de Nouvelle-Calédonie, mais aussi marins, missionnaires et colons européens : l’anthropologue et historien britannique recueille les traces et les souvenirs, change sans cesse d’échelle pour laisser toute sa place à l’expérience singulière des gens, loin des clichés coloniaux et postcoloniaux. Les Océaniens qu’il met en scène ne sont jamais là où on les attend, ils remuent et imaginent, s’adaptent à grande vitesse, veulent découvrir le monde. La vaste recomposition qui se joue alors paraît raconter leur effacement. Mais la vie tient un autre langage. La grandeur de ce livre est de le faire entendre comme jamais.
2. « Histoire de la fatigue », de Georges Vigarello
Comment l’Occident a-t-il éprouvé, décrit, pensé la fatigue ? Du Moyen Age à notre temps, Georges Vigarello explore une expérience universelle des limites, qui n’avait jamais donné lieu à une étude aussi vaste. Des pistes multiples sont ouvertes. Des fils tirés à travers les siècles. Ainsi de la lente prise de conscience des souffrances du travailleur, du poids de la vie urbaine ou de la « fatigue de l’esprit » décrite par Descartes. Sans oublier les régimes totalitaires et leur « homme nouveau » toujours plus « endurci ». Ni, à rebours, l’affirmation de l’autonomie de l’individu, dont Vigarello fait peu à peu le ressort principal de l’enquête. La fatigue des libres, ultime métamorphose d’une épreuve qui se confond avec l’humanité même : apprendre à connaître l’infini de notre désir, et le dérisoire de nos forces.« Histoire de la fatigue. Du Moyen Age à nos jours », de Georges Vigarello, Seuil, « L’univers historique », 474 p., 25 €, numérique 18 €.
3. « Le Sexe polémique », de Laura Kipnis
Nul ne sait comment venir à bout des violences sexuelles. Pour comprendre, Laura Kipnis étudie les pratiques de prévention et de dénonciation sur les campus américains, dont elle tire un bilan accablant. Des vies sont brisées au terme d’enquêtes parfois douteuses, et les abus demeurent endémiques. Pour l’universitaire, un nœud gordien reste à trancher : les mêmes stéréotypes inégalitaires ont cours dans les fêtes étudiantes, où le viol est fréquent, et dans les enquêtes des universités, où prévaut une représentation traditionnelle, selon laquelle les femmes sont passives par nature. Il est urgent, certes, de changer le comportement des hommes. Mais peut-être serait-il plus efficace d’agir sans attendre, en sortant de ces schémas archaïques : « Qu’arriverait-il si nous cessions de nous lamenter de la méchanceté des hommes, et que nous enseignions plutôt aux étudiantes comment dire : “Dégage ta main de mon genou, connard” ? »« Le Sexe polémique. Quand la paranoïa s’empare des campus américains » (Unwanted Advances. Sexual Paranoia Comes to Campus), de Laura Kipnis, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Gabriel Laverdière, Liber, 304 p., 22 €.
4. « La Filière », de Philippe Sands
Plus de 520 000 personnes sont mortes quand Otto von Wächter était gouverneur dans la Pologne annexée par le IIIe Reich. Sur sa cavale après-guerre, sa mort de maladie en 1949, ce qui a précédé ou les arrangements de sa famille avec la mémoire de ses crimes, Philippe Sands met au jour une documentation inédite d’une ampleur sidérante. Il y a tout, et tout prouve à chaque étape la conviction, chez les Wächter, d’être innocents quoi qu’ils fassent. Récit gigogne, dans lequel s’emboîtent le passé et le présent, l’histoire et l’intime, La Filière peut être lu comme une passionnante enquête sur l’héritage du IIIe Reich et les réseaux d’exfiltration des nazis. Mais ce ne serait pas un livre à ce point unique, sans l’ombre profonde qui envahit tout : le silence des bourreaux, leur glaçante bonne conscience.« La Filière » (The Ratline. Love, Lies and Justice on the Trail of a Nazi Fugitive), de Philippe Sands, traduit de l’anglais par Astrid von Busekist, Albin Michel, 496 p., 22,90 €, numérique 16 €.
5. « La Liberté de conscience », de Dominique Avon
« Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. » L’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée en 1948, a instauré un principe inédit : la centralité de l’individu, sujet ultime du droit, au-delà de ses appartenances. Dans son nouveau livre, Dominique Avon raconte la genèse de ce texte. Mais La Liberté de conscience, qui devrait s’imposer comme le livre de référence sur le sujet, est bien plus que cela. Quand, où et dans quelles conditions est apparue l’idée de liberté individuelle ? Comment penser sa spécificité ? Comment – et pourquoi – la préserver, en un temps où, du radicalisme musulman aux diverses tentations illibérales, elle est sans cesse attaquée ou subvertie ? En analysant des milliers de sources, de l’Antiquité à nos jours, partout dans le monde, l’historien reconstitue avec une minutie et une ampleur fascinantes le destin sinueux d’une espérance.« La Liberté de conscience. Histoire d’une notion et d’un droit », de Dominique Avon, préface de Yadh Ben Achour, PUR, 1 172 p., 39 €.
Le choix de Raphaëlle Leyris
1. « Yoga », d’Emmanuel Carrère (P.O.L)
Il est désormais connu que des raisons juridiques ont contraint Emmanuel Carrère à en dire le moins possible, dans Yoga, sur la crise qui a dissous le « nous » conjugal. Le savoir change-t-il quelque chose à l’émotion éprouvée en lisant ce roman ? Je ne crois pas. Il se présente comme la juxtaposition d’événements disparates bien que successifs : une retraite de méditation ; l’enterrement de l’économiste Bernard Maris, victime de l’attentat contre Charlie Hebdo ; un long séjour en hôpital psychiatrique de l’auteur ; son passage sur l’île de Léros, auprès de réfugiés ; la mort de son éditeur et ami, Paul Otchakovsky-Laurens. Ce qui l’unifie, outre la fluidité merveilleuse de Carrère, est la grande question qui hante son œuvre : comment vivre ? Comment habiter sa carcasse et son esprit ? Comment faire avec le chaos du monde, qui finit toujours par vous rattraper ? Ecrit entre les ténèbres et l’espoir, Yoga bouleverse son lecteur pour longtemps.
2. « Histoire de la nuit », de Laurent Mauvignier
Tous les protagonistes de l’admirable Histoires de la nuit ont en commun l’impression d’avoir été humiliés et veulent « solder les comptes, coûte que coûte ». De la nature des comptes en question, il faut dire le moins possible, pour préserver intacte la découverte du lecteur, que la tension saisit dès la première phrase sans faiblir sur plus de 600 pages.
Tout juste peut-on divulguer qu’il s’agit d’un huis clos. Il se déroule dans un hameau, qui se résume à trois maisons dont l’une est inoccupée. Le jour des 40 ans de l’une des habitantes, les trois autres s’agitent pour préparer la fête, qui sera interrompue par l’irruption de trois hommes. Dans le thriller façon Mauvignier, le suspense n’est pas, ou si peu, affaire d’action. C’est une histoire de langage. Plus la phrase s’allonge, plus l’angoisse augmente, et plus le lecteur est attentif à ses ondulations, ses changements de rythme, ses relatives et autres volutes digressives – et plus, à nouveau, le suspense s’accroît.« Histoires de la nuit », de Laurent Mauvignier, Minuit, 640 p., 24 €, numérique 17 €.
3. « Par instants la vie n’est pas sûre », de Robert Bober
C’est au journaliste et écrivain Pierre Dumayet – avec lequel il a constitué un « attelage amical », qui fut l’honneur de la télévision française –, que Robert Bober adresse ce précieux livre, tout en délicatesse. Il lui emprunte aussi son titre. De ce que « par instants, la vie ne soit pas sûre », l’écrivain sait la part menaçante, lui qui fut un enfant caché sous l’Occupation, et dont l’œuvre littéraire et cinématographique tourne autour de la disparition des juifs d’Europe.
Et si cette dimension n’est pas absente, si la possibilité du pire est rappelée au détour de plusieurs passages, il s’agit ici d’abord de célébrer, dans l’incertitude de l’existence, la possibilité du meilleur. De louer ces hasards que sont les rencontres, qui ont orienté l’existence de l’auteur, ancien tailleur devenu assistant de Truffaut, puis comparse de Dumayet, ami de Georges Perec, puis, à 60 ans, écrivain.
Récit « éparpillé » et admirable sur l’amitié, ce livre apprend à écouter et regarder les autres, à cheminer avec ses vivants et ses morts.« Par instants, la vie n’est pas sûre », de Robert Bober, P.O.L, 352 p., 21,90 €, numérique 16 €.
4. « Saturne », de Sarah Chiche
Au cœur de Saturne, il y a la perte. Perte du père de l’autrice, emporté par une leucémie à l’âge de 34 ans. Perte, avant cela, d’un monde, quand sa famille avait dû, au moment de l’indépendance, quitter l’Algérie. Cet exil, la famille « C. » s’essaya à en combler la faille en bâtissant un empire médical, et en célébrant cette réussite par l’acquisition d’un château, où la narratrice, enfant, passera une enfance solitaire, qui lui sera elle aussi arrachée quand sa mère l’éloignera du lieu et de ses habitants.
La première moitié de Saturne entrelace le récit de ces deux deuils. En 130 pages à peine, Sarah Chiche réussit à raconter, par fragments, la courte vie d’Harry, et à la tisser dans l’histoire de la guerre d’Algérie. Plus brève encore, la seconde partie dit les années d’engloutissement dans la dépression après le décès de sa grand-mère.
Saturne est l’œuvre d’une écrivaine puissante et sans peur, dont le lyrisme sombre, les phrases lancinantes, la manière de travailler les motifs et leur répétition atteignent parfois au sublime.« Saturne », de Sarah Chiche, Seuil, 208 p., 18 €., numérique, 13 €.
5. « Comédies françaises », d’Eric Reinhardt
Quel enchevêtrement de circonstances, de décisions, d’effets du hasard a mené Dimitri Marguerite, 27 ans, sur la route de Bretagne où il a perdu la vie ? C’est ce que va s’attacher à restituer Comédies françaises, au fil de ses presque 500 pages à la vivacité remarquable.
Avec Dimitri, on suit un garçon brillant et insaisissable, qui court après une femme, et se passionne pour l’histoire de l’invention d’Internet. Plus précisément, pour la manière dont la France est passée à côté de celle-ci – avec l’intention de venger, par un livre, les visionnaires empêchés.
De son matériau documentaire autant que de son intrigue sentimentale, Eric Reinhardt fait un usage virevoltant. Sa langue souple, rieuse, s’adapte à tous les changements de ton et de tempo que l’auteur impulse à son roman pour en décupler l’intérêt esthétique et la drôlerie. Mais aussi pour faire le compte des forces, occultes ou visibles, grandes et petites, qui agissent sur les individus et les sociétés.« Comédies françaises », d’Eric Reinhardt, Gallimard, 478 p., 22 €, numérique 16 €.
Le choix de Florence Noiville
1. « Apeirogon », de Colum McCann
Avec Apeirogon (prix du meilleur livre étranger 2020), l’Irlando-Américain Colum McCann, lauréat du National Book Award pour Et que le vaste monde poursuive sa course folle (Belfond, 2009), signe son grand roman de la maturité. Dieu sait si le sujet, l’inextricable conflit israélo-palestinien, était périlleux. Mais le génie de McCann consiste à le saisir dans une forme sans fin. En géométrie, un apeirogon désigne une figure au nombre infini de côtés. L’écrivain la translate en littérature sous la forme de mille et un fragments. Au cœur du livre, deux hommes – Rami et Bassam, l’un Israélien, l’autre Palestinien – qui tous deux ont perdu leur fille. Unissant leur peine, ils décident d’« exploiter la force du malheur » et d’aller témoigner ensemble de par le monde. Avec cette gigantesque installation de mots, de sons, de témoignages, de graffitis et de photographies, Colum McCann livre une expérimentation littéraire unique. Un monument au fronton duquel pourrait être écrit : « La seule vengeance consiste à faire la paix. »
2. « Le flot de la poésie continuera de couler », de J. M. G. Le Clézio
Ni anthologie ni essai, voici un ouvrage hors catégories. Il se présente comme un « flot de poésie », s’écoulant sur près de 200 pages. Au fil du courant : un hommage vibrant de J. M. G. Le Clézio aux poètes chinois de la dynastie Tang (618-907), des bribes d’histoires arrachées à la vie des plus illustres d’entre eux (Li Bai, Du Fu…), des centaines de poèmes, dans leur totalité ou en extraits, des calligraphies originales du traducteur et érudit chinois Dong Qiang, un lexique, des repères chronologiques, bref, tout ce qu’il faut pour découvrir cette époque considérée comme l’âge d’or de la poésie chinoise. Et plus encore. Un peu comme, dans la nouvelle orientale de Marguerite Yourcenar, où le peintre Wang-Fô finit par s’évaporer dans son tableau, Le Clézio nous invite à entrer dans cet univers au point de nous y fondre. Lecteur occidental, toi qui t’avances ici, abandonne toute référence. Assieds-toi au bord de l’eau verte, sens, scrute, flotte avec les nuages, change de règne, deviens vent, herbe, oiseau, rocher, vois comme « la paix de la nature est longue et puissante ». Un superbe voyage intérieur, à la fois physique et métaphysique.« Le flot de la poésie continuera de couler », de J. M. G. Le Clézio avec la collaboration de Dong Qiang, Philippe Rey, 208 p., 20 €, numérique 12 €.
3. « Qui sème le vent », de Marieke Lucas Rijneveld
Une ferme aux Pays-Bas. Dès les premières pages, on est saisi par les descriptions de la vie rurale. Froid « aigre », polders gelés, vache en train de vêler, famille protestante habitée par la Bible : ces atmosphères de tableaux flamands sont revisitées par le regard poétique et décalé de Jas, 10 ans. Un jour, un drame vient briser cette rude félicité. Peu avant Noël, Matthies, le frère de Jas, part patiner sur le lac et s’aventure là où la glace est trop mince.
On comprend que la jeune Marieke Lucas Rijneveld, 29 ans, ait émergé en pleine lumière avec ce récit magnifique d’amour et de deuil. Sa narratrice parle de la mort avec une fraîcheur rare où tout se mêle – le bénédicité et les crapauds, le sacré et le scatologique, la fièvre aphteuse et les crottes de nez, les dimanches au temple et la fosse à lisier –, rendant extrêmement réel le maelström des émotions de l’enfance. Jamais l’International Man Booker Prize n’avait récompensé le premier roman d’une si jeune écrivaine.« Qui sème le vent » (De avond is ongemak), de Marieke Lucas Rijneveld, traduit du néerlandais par Daniel Cunin, Buchet-Chastel, 288 p., 23 €, numérique 13 €.
4. « Impossible », d’Erri De Luca
Un face-à-face entre deux hommes : un juge, un accusé. Ce dernier ressemble fort à Erri De Luca : septuagénaire, amoureux de la montagne, autrefois actif dans une organisation d’extrême gauche. C’est pour cela qu’il est soumis à interrogatoire. Il a été rattrapé par son passé. On le suspecte d’avoir poussé dans le vide, sur un sentier des Alpes, un ancien camarade de combat devenu délateur. Nous sommes des années après cette trahison qui l’a envoyé en prison. Mais il n’est jamais trop tard – peut-être ? – pour un règlement de comptes.
Crime ou accident ? Le juge ne croit nullement à une coïncidence. Pourtant, avec un calme implacable, l’accusé démonte un à un ses arguments. De Luca maîtrise l’art du suspense comme celui de la rhétorique. L’enquête digresse, philosophe, interroge toutes les grandes idées qui surgissent de la conversation : justice, liberté, risque, responsabilité, idéal, fidélité à soi-même, bref tous les grands thèmes de l’écrivain. En résulte un récit concis, cinglant, élégant. Sans illusion mais jamais amer. Un interrogatoire qui se mue en dialogue d’abord puis en un monologue plein d’humilité et d’humanité.« Impossible » (Impossibile), d’Erri De Luca, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard, « Du monde entier », 176 p., 16,50 €, numérique 12 €.
5. « Nickel Boys », de Colson Whitehead
« Amérique ségrégationniste », « injustices raciales », « lois Jim Crow »… Dans Nickel Boys, l’Américain Colson Whitehead réussit à nous faire éprouver, physiquement et psychiquement, ce que produit le racisme sur un jeune garçon noir pétri par la foi en son idole, Martin Luther King. Nous sommes dans les années 1960, après le boycottage des bus de Montgomery (Alabama). Fasciné par la lutte pour les droits civiques, Elwood croit en la dignité de son peuple et rêve d’études brillantes à l’université. Or, au moment d’y entrer, tout s’écroule. A la suite d’une erreur judiciaire, il atterrit dans une école disciplinaire baptisée « Nickel Academy », un « endroit maudit » où « une couche de poisse vient s’ajouter à la malchance » d’être noir. On retrouve quelque chose de cette violence inextirpable dans la prose de Whitehead, dure, tranchante avec de nombreuses ellipses qui mettent les personnages devant le fait accompli de leurs vies – des existences entièrement décidées par d’autres. L’écriture précise, incarnée, donne la chair de poule.« Nickel Boys », de Colson Whitehead, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Recoursé, Albin Michel, « Terres d’Amérique », 272 p., 19,90 €, numérique 14 €. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les 100 romans qui ont le plus enthousiasmé « Le Monde » depuis 1944
Le choix de Macha Séry
1. « Ne dis rien », de Patrick Radden Keefe
Patrick Radden Keefe, journaliste d’investigation américain, retrace les grandes lignes de la meurtrière guerre civile nord-irlandaise (1969-1998) – les attentats, le Bloody Sunday, le mouvement des « Dirty Protest », la grève de la faim de Bobby Sands et d’autres détenus politiques – à travers le destin brisé de plusieurs personnages : Jean McConville, une veuve suspectée d’être une indic pour la police britannique ; les ex-paramilitaires de l’IRA provisoire, Dolours Price et Brendan Hughes, qui appartenaient à la « brigade des Inconnus », chargée de liquider espions et « balances » ; et Gerry Adams, ex-leader du Sinn Fein, qui a toujours nié son implication de donneur d’ordre pendant les « Troubles ». Ne dis rien dissèque admirablement les ressorts, les méthodes et les séquelles de la violence politique en Ulster, sans simplifier la complexité de la situation. Richement étayé de témoignages, passionnant d’un bout à l’autre, l’ouvrage de Radden Keefe se distingue par son tressage d’intrigues au fil d’un demi-siècle. Un modèle de structure narrative et d’enquête journalistique au long cours.
2. « Sous le ciel des hommes », de Diane Meur
Sous le ciel des hommes tresse d’une main sûre les trajectoires d’une vingtaine de personnages, dépeignant leurs situations de vie et leurs contradictions psychologiques. Ceux-ci évoluent au sein du grand-duché d’Eponne, mixte fictif de la Suisse et du Luxembourg,
Dans ce roman mi-total, mi-local, les protagonistes de Diane Meur, autochtones ou sans-papiers, ratent ou saisissent des occasions. Ils travaillent dans l’industrie du luxe ou font des ménages. Ils distribuent des prospectus ou dispensent des cours. Ils s’inquiètent pour l’obtention de leur titre de séjour ou du déclin de leur carrière professionnelle. Ils souffrent d’aimer sans retour ou se découvrent d’improbables affinités. C’est cruel et joyeux, d’une humanité débordante, entre routes et déroutes, errances et errements, avec ce sens du détail et cette précision langagière forgée chez Diane Meur par la traduction littéraire.« Sous le ciel des hommes », de Diane Meur, Sabine Wespieser, 340 p., 22 €, numérique 17 €.
3. « Sur l’alcool », de Charles Bukowski
Pas plus repentant que tempérant, Charles Bukowski (1920-1994) a toujours assumé son statut de pochetron. C’était une manière pour lui, disait-il, de bifurquer vers des sentiers buissonniers, de défier le hasard. Sur l’alcool combine des poèmes, des lettres, de nouvelles autobiographiques parues outre-Atlantique – quasiment tous inédits en France – et couvre la quasi-intégralité d’une carrière littéraire s’étirant de 1961 à 1992. C’est un recueil tragicomique, ni sublime ni sordide, bien que « Buk » atterrisse parfois dans le caniveau ou en cellule de dégrisement, et manque de mourir après dix ans de cuites ininterrompues.
Il y a mille bienfaits à lire Bukowski. C’est que le scénariste de Barfly, film inspiré de ses boires et déboires (Barbet Schroeder, 1987), manifeste à chaque phrase une intransigeante honnêteté. Il ne met pas d’eau dans son vin ni de baratin dans sa prose.« Sur l’alcool » (On Drinking), de Charles Bukowski, édité par Abel Debritto, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Romain Monnery, Au diable vauvert, 360 p., 20 €, numérique 13 €.
4. « Betty », de Tiffany McDaniel
Le beau roman de l’Américaine Tiffany McDaniel porte le prénom de sa mère, dont elle narre l’histoire à la première personne. Soit le passage de l’enfance à l’âge adulte d’une métisse cherokee dans un bled de l’Ohio au mitan du XXe siècle. Betty s’apparente à un personnage-gigogne, comme on dit des poupées russes. Elle conserve la mémoire d’autres figures au sein d’une famille d’abord nombreuse (huit enfants), rabotée par les deuils. Pour autant, le livre n’a rien de documentaire dans l’écriture. Breathed est une bourgade imaginaire. Aux membres de sa lignée, l’écrivaine a ajouté des personnages fictifs et, au corpus des mythes amérindiens, des légendes de son cru. Des émotions à ravaler sa glotte. Des sourires jusqu’aux oreilles. Betty est un roman ombre et lumière, enchanteur et tragique, dont la lecture laisse un vif sentiment d’admiration.« Betty », de Tiffany McDaniel, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par François Happe, Gallmeister, 720 p., 26,40 €, numérique, 18 €.
5. « Mississippi Solo », d’Eddy L. Harris
Parcourir à la rame les 4 000 kilomètres du Mississippi depuis sa source au Minnesota, jusqu’à La Nouvelle-Orléans, en Lousiane : tel est l’exploit qu’a accompli, voilà trente ans, Eddy L. Harris. Au défi sportif s’est greffée une prouesse littéraire, digne des plus grands écrivains voyageurs.
Car Mississippi Solo, enfin traduit en français (il est paru en 1988 en Amérique), est un récit d’aventures et de rencontres autant que d’introspection et d’érudition. Au fil des pages et des étapes de ce grand livre, Eddy L. Harris, parti pour découvrir de « quel bois [il était] fait », prend le pouls des Etats-Unis. Il rappelle l’importance, dans l’économie et la culture américaines, de ce fleuve domestiqué par les ingénieurs et rendu célèbre par Mark Twain (1835-1912). Descendre le Mississippi « accablé des fardeaux de la nation », c’est remonter le cours de l’histoire, lequel charrie des mythes et des fantômes du passé, ceux de l’esclavage et de la ségrégation.« Mississippi Solo », d’Eddy L. Harris, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pascale-Marie Deschamps, Liana Levi, 332 p., 20 €, numérique 16 €.
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Le choix de Nicolas Weill
1. « Journaux », de Franz Kafka
Le monde de Franz Kafka (1883-1924) a beau avoir été englouti, son œuvre, principalement posthume, semble vivre une perpétuelle renaissance. De l’Europe centrale de culture germanique et juive témoignent non seulement ses récits et ses romans mais aussi sa vaste correspondance et, bien entendu, les Journaux en douze cahiers qu’il tint, irrégulièrement, de 1909 presque jusqu’à sa mort. Pour la première fois, ce texte est proposé en français dans sa version intégrale, fidèlement traduit par le germaniste Robert Kahn (disparu en 2020). Les frontières entre biographie et fiction sont, chez Kafka, poreuses. En particulier dans ces Journaux, qui, à côté des notes personnelles, font figurer des ébauches de narration, des dialogues ou des récits de rêves, et qui contiennent des récits importants comme le premier chapitre de L’Amérique.
2. « Le Roman de Tyll Ulespiègle », de Daniel Kehlmann
Affronter un mythe historique comme celui de la guerre de Trente Ans (1618-1648), confrontation entre protestants et catholiques qui se compliqua en conflit européen meurtrier sur le sol germanique, moissonnant au passage des millions de victimes, et en tirer un roman lisible pour le lecteur d’aujourd’hui, demande un certain culot. L’écrivain allemand Daniel Kehlmann l’a eu. Ce roman historique et fantastique à la fois plonge le lecteur dans un univers que dieux ou démons n’ont pas encore déserté. Le héros, le comédien et funambule Tyll Ulespiègle, est doté d’une candeur intelligente, en contraste flagrant avec le chaos ambiant où seul les fous et les marginaux sont doués de raison. Entre fiction poétique, série télévisée et roman expérimental à la fois, le récit de Kehlmann se lit avec délectation, glissant de scène en scène, comme pour poser sur un paysage terrifiant le baume du rêve et de l’espoir.« Le Roman de Tyll Ulespiègle » (Tyll), de Daniel Kehlmann, traduit de l’allemand par Juliette Aubert, Actes Sud, 416 p., 23 €.
3. « La Valeur du hasard », d’Agnès Heller
S’il est une intellectuelle qui a su philosopher « par gros temps «, c’est bien la Hongroise Agnes Heller. A eux seuls, la date et le lieu de sa naissance – elle est née en 1929 à Budapest (elle est morte en 2019) – ouvrent les abîmes d’un siècle de fer, dont elle a tenté de penser, les tragédies auxquelles elle a été mêlée, mais aussi les promesses. Loin d’être désenchanté, l’ouvrage lègue une leçon d’énergie. Dans un monde où la vie académique était peu accueillante aux femmes, Agnes Heller a su se hisser jusqu’à ce club informel des esprits progressistes et démocrates, habitué des pages « opinions » des grands journaux, des prix et des rencontres internationales. Energiquement campé par lui-même, le personnage force la sympathie. Car Agnes Heller, passée du marxisme au libéralisme, a beau suggérer que, comme son itinéraire, le futur est livré au hasard, le bilan de son existence montre que la contingence n’empêche pas une vie réussie.« La Valeur du hasard. Ma vie » (Der Wert des Zufalls), d’Agnes Heller, édité par Georg Hauptfeld, traduit de l’allemand par Guillaume Métayer, Rivages, « Bibliothèque », 288 p., 20 €, numérique 15 €.
4. « Les Pouvoirs du sacré », de Hans Joas
Il y a une trentaine d’années, l’idée que la « sortie de la religion » était inéluctable faisait à peine question. Le sociologue allemand Hans Joas, né en 1948, professeur à l’Université libre de Berlin, conteste le diagnostic. Son œuvre a pâti, en France, d’un trop petit nombre de traductions. Il est pourtant l’un de ceux qui ont poussé au plus loin la remise en cause de la sécularisation, en projetant un doute, non sur les phénomènes qui l’attestent, mais sur son caractère de nécessité. Joas conteste que l’actuel culte de la science puisse avoir anéanti le discours de la foi. Juge-t-on la sexualité et l’art comme des réalités disparaissantes parce que les « extases » qu’elles provoquent ne sont pas d’ordre rationnel ? Si l’histoire écrite d’avance appartient au passé, la religion a de beaux jours devant elle.« Les Pouvoirs du sacré. Une alternative au récit du désenchantement » (Die Macht des Heiligen. Eine Alternative zur Geschichte von der Entzauberung), de Hans Joas, traduit de l’allemand par Jean-Marc Tétaz, Seuil, « La couleur des idées », 444 p., 26 €.
5. « Athènes 403 », de Vincent Azoulay et Paulin Ismard
Ce livre original consacré au rétablissement de la démocratie athénienne après la tyrannie sanglante des oligarques, qui avaient installé le règne de l’arbitraire après la défaite d’Athènes contre Sparte (403 av. J.-C.), montre à quel point l’antiquité grecque reste présente. Si pour les deux historiens le passé demeure une terre étrangère, les références antiques ont, disent-ils, de quoi « aiguiser » certains débats contemporains sur l’esclavage ou la liberté, par exemple. La méthode « chorale »adoptée ici illustre ce sens de la distance et de la proximité. A ceux qui seraient tentés de lire la guerre civile entre oligarques et démocrates athéniens avec les lunettes modernes d’un affrontement idéologique ou partisan, l’ouvrage oppose une clé plus probante : le chœur antique. Délaissant l’approche chronologique, les auteurs optent pour une enquête rythmée par des portraits, chacun devant révéler, derrière l’individu, son « chœur » spécifique.« Athènes 403. Une histoire chorale », de Vincent Azoulay et Paulin Ismard, Flammarion, « Au fil de l’histoire », 464 p., 25 €, numérique 17 €. Lire aussi :Le best-of 2019Raphaëlle LeyrisJean BirnbaumMacha SéryFlorence NoivilleNicolas WeillFlorent Georgesco