Évaluation des vaccins covid-19 : des questions à se poser
https://www.prescrire.org/Fr/203/1845/60496/0/PositionDetails.aspx
Dans l’actualité En novembre 2020, les communiqués se multiplient pour annoncer des vaccins contre la maladie covid-19, très « efficaces » et apparemment sans grand danger. Toutefois, aucun résultat détaillé n’a été rendu public, ce qui ne permet pas de juger de la qualité ni de la pertinence des résultats communiqués. Au-delà des effets d’annonce, quelles sont les questions à se poser sur ces essais cliniques ? Les réponses seront utiles pour cerner l’intérêt de ces vaccins, pour déterminer une stratégie de vaccination, en tenant compte de l’intérêt des personnes vaccinées et de celui de la collectivité.
Mi-novembre 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé plus de 200 vaccins covid‑19 en cours de développement. Pour des dizaines d’entre eux, des essais cliniques ont débuté chez l’Homme. Certaines firmes ont annoncé par communiqué de presse que leur vaccin est d’une grande « efficacité » et sans grand danger. Mais mi-novembre 2020, aucun résultat détaillé n’a été rendu public pour permettre de juger de la qualité et de la pertinence des résultats communiqués.
Au-delà des effets d’annonce, quelles sont les questions à se poser sur ces essais cliniques ? Rechercher ces réponses sera utile pour cerner l’intérêt de ces vaccins, pour déterminer une stratégie de vaccination, en tenant compte de l’intérêt des personnes vaccinées et de celui de la collectivité.
Des questions sur les objectifs des essais cliniques des vaccins covid-19. La vaccination contre la maladie covid-19 a des objectifs divers : réduire le risque de survenue des conséquences les plus graves de la maladie telles que la mort ou une hospitalisation en soins intensifs ; réduire les séquelles à plus ou moins long terme ; réduire la transmission et la circulation du virus.
Aussi, face à des résultats d’un essai ayant évalué un vaccin, se posent des questions sur les objectifs de l’essai. L’objectif est-il de détecter une diminution :
- de la mortalité liée au covid-19 ? À court terme ou moyen terme ?
- du nombre de patients qui nécessitent des soins intensifs ?
- du nombre de patients hospitalisés pour covid-19 ?
- des infections, toutes gravités confondues ?
- de la circulation du virus par repérage des infections asymptomatiques ?
C’est en fonction des objectifs fixés que sont définis les caractéristiques des personnes à inclure dans l’essai clinique, leur nombre, les critères d’évaluation et les modalités de collecte des données, la durée de l’essai, etc.
Des questions autour de la conception des essais. Pour évaluer l’efficacité d’un vaccin covid-19 sur la mortalité ou sur la fréquence des infections par le Sars-CoV-2, les études les plus solides sont les essais comparatifs randomisés (c’est-à-dire que l’assignation au groupe vaccin ou à l’autre groupe se fait par un tirage au sort, afin que les groupes comparés se différencient principalement par le fait d’avoir reçu ou non le vaccin covid-19). Tant que l’essai n’est pas terminé, mieux vaut que les participants ne sachent pas s’ils ont reçu ou non le vaccin, pour que cela n’influence pas leur comportement, notamment leur adhésion aux mesures barrières. Et mieux vaut que les investigateurs ne le sachent pas non plus, pour ne pas être influencés dans leur évaluation des symptômes. C’est ce qu’on nomme le « double aveugle ».
Pour savoir si un essai peut apporter des réponses sur l’efficacité d’un vaccin covid-19, les questions à se poser sont :
- l’essai est-il randomisé ?
- qu’ont reçu les personnes dans le groupe témoin (c’est-à-dire les personnes qui n’ont pas reçu le vaccin covid-19) ? un placebo ? un autre vaccin ? aucune intervention ?
- l’essai a-t-il été réalisé en double aveugle ?
- quels sont les critères d’évaluation choisis ?
- quels sont les participants de l’essai ? Quel est leur niveau d’exposition au Sars-CoV-2 ? S’agit-il de personnes côtoyant des patients infectés par le virus, par exemple des soignants ? L’essai a-t-il été réalisé lors d’une forte ou d’une faible circulation du virus ? ou chez des personnes qui se sont volontairement exposées au virus ?
- des personnes à risque accru de formes graves de covid-19 (personnes âgées, patients aux antécédents cardiaques ou pulmonaires, patients diabétiques ou patients obèses) ont-elles été incluses en nombre suffisant pour permettre une interprétation des données dans ces groupes ?
- une évaluation a-t-elle été menée chez des personnes dont la réponse aux vaccinations est souvent moindre que la moyenne telles que les personnes très âgées ou les patients immunodéprimés ?
- quelle a été la durée de suivi des participants ? D’autres résultats avec un suivi plus long sont-ils annoncés ?
Des questions pour anticiper les effets indésirables. Il ne suffit pas que la vaccination soit efficace pour réduire la fréquence et les complications de l’infection. Il faut aussi qu’elle expose à moins de troubles de santé que ne le ferait l’infection. D’où des questions concernant les effets indésirables des vaccins :
- quel est le type du vaccin évalué : virus atténué, virus inactivé, protéine virale, insertion intracellulaire de matériel génétique ? Ce type de vaccin a-t-il déjà été éprouvé dans d’autres vaccins plus anciens ? Quels sont les effets indésirables connus et prévisibles avec ce type de vaccin ?
- le vaccin contient-il un adjuvant ? Cet adjuvant est-il déjà utilisé dans d’autres vaccins avec des effets indésirables connus ? Ou s’agit-il d’un adjuvant jamais utilisé, avec beaucoup d’incertitudes autour de ses effets ?
- les données sur les effets indésirables sont-elles rapportées de manière détaillée dans les comptes rendus des essais ?
- un suivi à plus long terme des participants aux essais a-t-il été organisé ? Chez combien de participants et pendant combien de temps ? Avec quel dispositif pour repérer des événements graves ?
- des femmes enceintes ont-elles été exposées au vaccin ? Combien ? Et avec quelle conséquence sur leur grossesse ?
Des questions sur la transparence des données. D’autres questions concernent la fiabilité et la transparence des résultats présentés :
- l’essai a-t-il été enregistré dans un registre international avant l’inclusion du premier participant ?
- le protocole de l’essai a-t-il été rendu disponible avant le début de l’essai ? Dans quelle mesure a-t-il été respecté ? D’éventuels changements de protocole sont-ils décrits et justifiés ?
- les résultats rendus publics sont-ils détaillés ? Ont-ils été publiés dans une revue scientifique avec analyse critique par des pairs ?
- les données complètes sont-elles accessibles à des chercheurs indépendants de l’essai pour leur permettre de vérifier la qualité d’analyse des données ?
- qui a financé l’essai ?
La pandémie de covid-19 est une situation exceptionnelle dont l’une des conséquences est le développement de vaccins en un temps record. Cette situation d’urgence ne change rien quant au niveau d’exigences à avoir concernant la qualité de l’évaluation de ces vaccins. À suivre…
©Prescrire 20 novembre 2020
Sources :
- OMS « Draft landscape of COVID-19 candidate vaccines » : 12 novembre 2020. > ICI
- FDA « Development and licensure of vaccines to prevent covid-19. Guidance for industry » juin 2020. > ICI
- Lurie N et coll. « The development of covid-19 vaccines. Safeguards needed » JAMA 2020 ; 324 (5) : 439-440. > ICI
- Doshi P « Will covid-19 vaccines save lives ? Current trials aren’t designed to tell us » BMJ 2020 ; 21 octobre 2020 : 4 pages. > ICI
- Doshi P « Covid-19 vaccine trial protocols released » BMJ 2020 ; 21 octobre 2020 : 2 pages. > ICI
Covid-19 : « Les vaccins sont devenus des atouts stratégiques pour les pays »
La politologue Suerie Moon a observé les choix des puissances mondiales dans la course au vaccin contre le Covid-19. Alors que les Etats-Unis ont joué la carte de l’individualisme et que la Chine cherche à renforcer son pouvoir économique, elle loue le leadership européen.
Propos recueillis par Chloé AeberhardtPublié hier à 15h54, mis à jour hier à 16h07
Temps de Lecture 7 min.

La politologue Suerie Moon codirige le Global Health Centre de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève. Américano-coréenne, diplômée de l’université de Harvard, elle a beaucoup travaillé sur les questions d’innovation et d’accès au médicament. Depuis la crise due au virus Ebola en 2014, elle s’intéresse particulièrement à la façon dont la gouvernance mondiale fait face aux épidémies. Cette année, elle a suivi de près la stratégie des différentes puissances dans la course aux vaccins contre le Covid-19.
La course aux vaccins est-elle géopolitique ?
D’un point de vue de santé publique, il est essentiel que tous les pays aient un accès rapide au vaccin pour contrôler la pandémie et empêcher que les inégalités ne s’aggravent à travers le monde. Mais, dans les faits, les vaccins sont devenus des atouts stratégiques pour les pays où ils sont développés et/ou produits. Il est extrêmement révélateur que l’institut de recherche russe Gamaleya ait baptisé son vaccin Spoutnik V, en référence aux satellites soviétiques placés en orbite pendant la guerre froide : cela indique que les Russes ne perçoivent pas le vaccin comme un simple produit technologique, mais comme un élément de prestige national.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les vaccins, nouvelle arme diplomatique de la Chine
A l’échelle d’un pays, avoir « son » vaccin permet aux gouvernants de sauver la vie de nombreux concitoyens, de relancer l’économie et de gagner du crédit politique. Au niveau international, donner accès au vaccin favorise le renforcement des relations diplomatiques avec les pays bénéficiaires, qui deviennent d’une certaine façon redevables.
On a longtemps évalué le poids géopolitique des pays en fonction de leur puissance militaire. Avec le Covid-19, leur supériorité dépend-elle davantage de leurs capacités d’innovation technologique ?
Non, car je pense que l’armée a toujours été liée à la technologie et à la science, qu’elle utilise pour asseoir ses positions – pensez à l’arme nucléaire, aux drones, ou aux médicaments développés par les anciennes puissances coloniales pour soigner leurs soldats en poste à l’autre bout du monde. Donc je ne parlerais pas d’une rupture, mais de la perpétuation d’une longue tradition.
« Le leadership a cette année été européen. Il faut dire qu’aucune autre grande puissance ne voulait jouer ce rôle »
Ce qui me semble nouveau, en revanche, c’est l’attention que prêtent les gouvernants à la souveraineté industrielle : confrontés à la dépendance de leur pays vis-à-vis de l’Inde et de la Chine, principaux fournisseurs de substance active de médicaments, ils ont réalisé combien détenir des capacités industrielles nationales était primordial pour conserver l’avantage sur l’échiquier international.
La pandémie a-t-elle dessiné un nouvel ordre mondial ?
Le Covid-19 a accéléré la multipolarisation du monde. Quoique très solides scientifiquement et industriellement, les Etats-Unis n’ont, depuis le début de cette crise, exercé aucun leadership international. Ils se sont retirés de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et ne participent pas à Covax, un dispositif lancé au printemps par l’OMS en collaboration avec l’Alliance du vaccin (Gavi) et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), et qui tente de fournir aux pays adhérents un accès équitable au vaccin, en réalisant des achats groupés et en mutualisant les risques. Les Etats-Unis ont préféré faire cavalier seul : via l’opération « Warp Speed », ils ont investi 10 milliards de dollars (8,1 milliards d’euros) dans le développement rapide d’un vaccin destiné à leur population, sans se soucier du reste du monde. En agissant ainsi, ils ont laissé un vide de pouvoir.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Vaccins contre le Covid-19 : « De nombreux pays ont déjà réservé leur part du gâteau en passant des accords bilatéraux »
Qui a comblé ce vide ?
L’Union européenne, pour la majeure partie. Dans les premiers mois de l’année 2020, la communauté internationale prenait une mauvaise direction. Plus de coopération, plus d’exportations, les frontières se fermaient et les pays se repliaient sur eux-mêmes. L’Union européenne a beaucoup œuvré pour changer le cap. Le 4 mai, elle a lancé une « conférence de donateurs » qui a mobilisé près de 10 milliards d’euros en un mois pour favoriser un accès équitable aux vaccins et aux traitements contre le Covid-19.
En mai également, l’UE a appuyé la résolution de l’Assemblée mondiale de la santé qui préconisait notamment une distribution équitable du vaccin et une enquête sur l’origine animale de l’épidémie. En parvenant à négocier ce texte commun avec la Chine et les Etats-Unis, en soutenant l’OMS quand le président américain, Donald Trump, l’attaquait avec véhémence, les Européens ont relancé la coopération à un moment d’extrême polarisation. Enfin, l’UE a été parmi les premiers donateurs à soutenir Covax, et elle en est le premier contributeur financier. Pour toutes ces raisons, le leadership a cette année été européen. Il faut dire qu’aucune autre grande puissance ne voulait jouer ce rôle.
Pékin n’a-t-il pas essayé de tirer son épingle du jeu ? Après tout, quatre des candidats-vaccins les plus avancés sont chinois, et l’épidémie est jugulée dans le pays…
Pas sur le plan du leadership : la Chine n’a pas tenté de convaincre d’autres pays de participer aux mécanismes d’aide internationale ; elle a officiellement soutenu l’OMS, mais a refusé qu’une enquête internationale soit menée sur son territoire. Pour autant, l’approche chinoise me semble plus stratégique que celle des Etats-Unis. D’un côté, Pékin joue le jeu de la coopération en tenant des discours rassembleurs et en s’engageant, quoique modestement, au dispositif d’aide européen (46 millions d’euros) et à Covax – on ignore encore si la Chine donnera de l’argent ou si elle mettra ses vaccins à disposition s’ils sont approuvés par l’OMS.
« Nous savons d’ores et déjà que la vaccination se fera plus tard dans les pays à faible revenu »
De l’autre côté, Pékin multiplie les accords bilatéraux avec des pays qui n’ont pas pu signer de contrats avec des laboratoires occidentaux comme Pfizer/BioNTech ou Moderna. D’un point de vue géopolitique, c’est intelligent : si votre intention est d’utiliser le vaccin pour renforcer votre position dans l’ordre mondial, vous avez plus intérêt à négocier avec des gouvernements de façon bilatérale que de verser 1 milliard de dollars à Covax, où vous ne serez qu’un donateur parmi d’autres.
L’OMS a annoncé le 18 décembre que Covax avait atteint son objectif de collecte de fonds pour 2020, soit 2 milliards de dollars. Plus de 4 milliards supplémentaires seront nécessaires en 2021… Le dispositif est-il un succès, ou un échec ?
C’est trop tôt pour le dire. Covax a réussi à rassembler presque tous les pays du monde, ce qui est un accomplissement énorme quand on sait qu’il n’existait jusque-là aucun dispositif de ce type. Le problème, c’est qu’en parallèle les pays les plus favorisés ont préempté des millions de doses en passant des accords bilatéraux avec les firmes pharmaceutiques. Pour tenir ses objectifs, Covax a besoin de davantage d’engagements financiers.
Les Etats-Unis rejoindront peut-être le dispositif en début d’année, à la faveur de l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche. La Russie, qui est l’autre grande puissance à ne pas en faire partie, se trouverait alors isolée et pourrait suivre. Covax manque aussi de doses : pour l’instant, contrairement à AstraZeneca et Sanofi/GSK, les laboratoires Pfizer/BioNTech et Moderna n’ont pas souhaité mettre leur vaccin à disposition. Par conséquent, nous savons d’ores et déjà que la vaccination se fera plus tard dans les pays à faible revenu.
Est-il possible que certains pays à revenu faible ou intermédiaire n’aient pas du tout accès au vaccin ?
J’espère que non ! Dans l’hypothèse où de nombreux vaccins aboutiraient, certains pays riches comme les Etats-Unis ou l’UE, qui disposeraient alors de plus de doses que nécessaire, ont laissé entendre qu’ils seraient prêts à faire don de leurs surplus. Mais il n’y a pas eu d’engagement clair précisant les vaccins concernés, le nombre de doses ni le calendrier. En outre, des accords de transferts de technologie ont été passés entre certains laboratoires (dont AstraZeneca, les chinois CanSino et Sinovac) et des gouvernements de pays industrialisés comme le Brésil, l’Inde, l’Indonésie ou le Mexique, qui peuvent ainsi consolider leur base industrielle et acquérir du savoir-faire.
« Tant que les gouvernements verront le vaccin comme un atout national plutôt que comme un bien de santé public, transférer “sa” technologie au bénéfice d’un éventuel rival ne sera pas une priorité »
Au niveau global, ces transferts de technologie permettent d’« augmenter la taille du gâteau » en multipliant les capacités de production. D’autres pays moins armés financièrement et industriellement, comme le Pérou ou la Jordanie, ont sécurisé un accès en se portant volontaires pour participer aux essais cliniques de candidats-vaccins.
Le 10 décembre, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) n’est pas parvenue à trouver un accord sur la proposition de l’Inde et de l’Afrique du sud, qui appelaient de leurs vœux une exemption des droits de propriété intellectuelle sur les technologies contre le Covid. Est-ce un coup dur pour les pays à revenu faible et intermédiaire ?
Oui, car cette dérogation aurait permis de réduire certains obstacles à la production de médicaments. Elle aurait également réaffirmé le droit des pays à adopter une approche flexible de la propriété intellectuelle pour répondre aux besoins urgents de santé publique, ce qui est un principe très important. Mais cela n’aurait de toute façon pas suffi, car, sans l’assistance des fabricants, il aurait été très difficile de lancer et de mener à bien la production de vaccins. C’est pourquoi les transferts de technologie sont si importants.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : un million de Français recevront un vaccin à la fin de décembre
Il n’y a que dans ce cadre qu’une entreprise en aide volontairement une autre à fabriquer le même produit, en fournissant des connaissances, mais aussi certains matériaux spécialisés. Malheureusement, les laboratoires ne sont pas contraints de réaliser ces transferts, même lorsque leurs recherches ont été financées par de l’argent public. Et tant que les gouvernements verront le vaccin comme un atout national stratégique plutôt que comme un bien de santé public mondial, transférer « sa » technologie au bénéfice d’un éventuel rival ne sera pas une priorité.
Les vaccins, nouvelle arme diplomatique de la Chine
Par Frédéric Lemaître , Sophie Landrin , Benjamin Barthe , Philippe Mesmer , Brice Pedroletti et Bruno Meyerfeld
Publié hier à 15h54, mis à jour hier à 18h42
FACTUEL
En multipliant les accords bilatéraux et en vendant ses vaccins contre le Covid-19 à prix modique dans les pays émergents, Pékin développe une diplomatie sanitaire qui vise à étendre son influence politique et à renforcer ses intérêts économiques.

Mais où sont donc passées les caméras chinoises ? Dimanche 6 décembre, un Boeing de la compagnie indonésienne Garuda se pose sur le tarmac de l’aéroport de Djakarta. A son bord, 1,2 million de doses d’un vaccin développé par le chinois Sinovac contre le Covid-19. Un événement suffisamment important pour que le président indonésien, Joko Widodo, s’en félicite lors d’une intervention télévisée. En Chine en revanche, étrangement, le journal télévisé n’en souffle mot ni le dimanche ni les jours suivants. Le China Daily ne lui consacre que cinq lignes, le mardi, perdues au milieu d’un article publié page 15 sur la vaccination dans le monde.
Mercredi 9 décembre, les Emirats arabes unis (EAU) donnent leur feu vert à l’utilisation d’un vaccin développé par le chinois Sinopharm, « efficace à 86 % ». Nouveau succès majeur pour la Chine et nouveau silence de la télévision d’Etat. Même le très nationaliste Global Times ne relaie l’information que sommairement, en page intérieure.
Les essais cliniques : un levier pour obtenir des vaccins
Pays dans lesquels ont lieu les phases 3 des essais cliniques,
par nationalité des vaccins




CHINEINDONÉSIERUSSIEPAKISTANEMIRATS
ARABES
UNISBAHREÏNJORDANIEEGYPTETURQUIEMAROCARGENTINECHILIBRÉSILPÉROUMEXIQUEINDETURQUIEALLEMAGNEROYAUME-UNIAFRIQUE
DU SUDARGENTINECHILIBRÉSILPÉROUCOLOMBIEETATS-UNISLes pays à revenus intermédiaires ont essayé de tirer parti de leur potentiel en passant des accords avec les groupes industriels pour accueillir des essais cliniques et pour mobiliser leurs capacités de production. En échange d’accords d’achat de doses.
Vaccins américains

Pfizer-BioNtech (américain et allemand)

Moderna

Johnson & Johnson

Novavax
Vaccin britannique

AstraZeneca-université d’Oxford (suédois et britannique)
Pays qui ont précommandé des vaccins

américains

britannique
Vaccins chinois

CanSino

2 vaccins Sinopharm

Sinovac et Instituto Butantan (chinois et brésilien)

Zhifei Biological
Pays qui ont précommandé des vaccins

chinois
Nanoparticules et vaccins contre le Covid-19 : cinq questions pour démêler le vrai du faux
Avec l’arrivée prochaine des vaccins en France, les théories conspirationnistes sur les nanoparticules rencontrent un certain succès.
Par Assma MaadPublié le 11 décembre 2020 à 17h15 – Mis à jour le 13 décembre 2020 à 06h09
Temps de Lecture 7 min.
Une séquence vidéo, très partagée sur Facebook résume les inquiétudes concernant le vaccin et les nanoparticules. Le médecin réanimateur Louis Fouché, figure de proue de la fronde antimasques à Marseille, est interrogé sur les dangers possibles des vaccins contre le Covid-19. Selon lui, les vaccins de Pfizer/BioNTech et Moderna, utilisant la technologie innovante de l’ARN messager, conduiraient à se faire injecter des nanoparticules :
« C’est tellement un jeu d’apprentis sorciers qu’il y a des gens qui proposent de mettre des nanoparticules avec. Et là le but n’est pas clair (…), ça rejoint la notion de traçage : c’est d’essayer de faire un certificat vaccinal sous-cutané, un peu comme une puce RFID, mais sous la forme de nanoparticules qui fluorescent. »https://www.facebook.com/plugins/video.php?height=314&href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fchris.orgone.16%2Fvideos%2F854834971929570%2F&show_text=false&width=560
Nanoparticules, traçage, puce RFID, carnet vaccinal sous-cutané, etc. : en quelques phrases, Louis Fouché condense l’argumentaire, devenu classique, de nombreux opposants aux vaccins (dont des personnalités publiques, comme Kim Glow ouFrançois Asselineau) persuadés de voir, au travers des nanoparticules, une marche forcée vers un contrôle de la population.
Décryptage : Ce que l’on sait de la sûreté des vaccins à ARN messager
- C’est quoi, les nanoparticules ?
Les nanoparticules sont des particules infiniment petites dont le diamètre est généralement compris entre 1 et 100 nanomètres (nm) – un nanomètre est égal à un milliardième de mètre. A titre de comparaison, le diamètre d’un atome d’hydrogène est de l’ordre du picomètre (un millième de nanomètre), une cellule est de l’ordre du micromètre (1 000 nm) ; alors qu’un cheveu peut mesurer entre 80 000 et 100 000 nanomètres de large.
Les nanoparticules peuvent être produites par des procédés chimiques, physiques, ou biologiques, naturels ou non. On peut distinguer trois catégories :
- les nanoparticules d’origine naturelle, issues par exemple de feux de forêt ou de fumées volcaniques ;
- les nanoparticules non intentionnelles, issues de procédés de combustions, comme celles qui sont rejetées par les moteurs diesel, ou les fumées de soudage ;
- les nanoparticules intentionnelles/manufacturées : fabriquées pour leurs nouvelles propriétés, comme par exemple le dioxyde de titane utilisé dans l’industrie alimentaire pour donner de la brillance aux bonbons.
Les nanoparticules ont été mises en évidence il y a une cinquantaine d’années par des physiciens qui ont observé qu’un même matériau pouvait prendre des propriétés différentes lorsque sa taille décroissait. L’acquisition de ces propriétés nouvelles a ouvert un champ pour la recherche, et le développement des nanotechnologies a suscité beaucoup d’espoir, notamment dans le domaine de la cancérologie.
De par leur multiplicité, leur capacité à infiltrer l’organisme, et le peu de connaissances scientifiques disponibles, les nanoparticules suscitent pourtant des inquiétudes. Les associations de défense de consommateurs et les organismes de sécurité sanitaire alertent depuis plusieurs années. En 2018, l’UFC-Que Choisir avait révélé qu’elles étaient présentes dans de nombreux produits (aliments, produits de beauté, médicaments), sans que l’on connaisse précisément leurs conséquences sur la santé.
En octobre dernier, une étude a montré que des nanoparticules de dioxyde de titane, présentes dans des bonbons ou dentifrices, pouvaient atteindre l’environnement du fœtus pendant la grossesse. Une étude de 2017 pointait déjà des risques de troubles immunitaires et de lésions précancéreuses.
L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) a mis en garde sur les dangers de l’inhalation des nanoparticules en milieu industriel issues de certaines activités (fonderie, soudage, métallisation, etc.) :
« Les études épidémiologiques […] suggèrent la possibilité de survenue d’effets respiratoires (réactions inflammatoires, obstruction réversible des petites voies aériennes) et cardiovasculaires (affections ischémiques myocardiques), notamment chez les personnes fragilisées. »
- Y a-t-il des nanoparticules dans les vaccins développés contre le Covid-19 ?
Les nanoparticules sont au cœur des technologies employées par plusieurs candidats-vaccins. Ceux qui reposent sur l’ARN messager développés par Pfizer/BioNtech et Moderna, et qui pourraient être prochainement administrés en France, utilisent des nanoparticules lipidiques. Comme l’explique au Monde Camille Locht, microbiologiste et directeur de recherche Inserm à l’Institut Pasteur de Lille, les chercheurs véhiculent l’ARN messager dans des nanoparticules lipidiques (de la graisse) qui permettent de l’encapsuler et de le protéger de la destruction une fois dans l’organisme :
« Si l’on injecte directement l’ARN messager, il va être détruit. Avec les nanoparticules, l’ARNm se retrouve entouré d’une couche de lipides. Une fois qu’il est introduit, les nanoparticules peuvent fusionner avec la membrane de la cellule, et ainsi injecter l’ARN pour qu’il puisse être traduit et produire l’antigène, la substance active du vaccin. »
D’autres types de nanoparticules sont également employés. C’est le cas du candidat vaccin sous-unitaire protéique développé par l’entreprise américaine Novavax. « La société utilise des petites sphères de lipides pour mettre non pas l’ARN, mais l’antigène dedans, indique le professeur Locht. Cela permet de faire venir l’antigène directement aux cellules qui sont importantes pour l’induction de la réponse immunitaire. »
Treize questions-réponses sur les vaccins : Les vaccins sont-ils « contaminés par des nanoparticules toxiques » ?
- Faut-il les craindre dans les vaccins anti-Covid-19 ?
Les théories selon lesquelles les nanoparticules des futurs vaccins constitueraient une technologie dangereuse, et un instrument de contrôle permettant de « localiser » grâce « à la 5G », circulent régulièrement sur les réseaux sociaux. Sur les risques associés aux nanoparticules dans les vaccins à ARN messager, Camille Locht assure que « ce n’est absolument pas dangereux, il n’y a aucun souci à se faire ». Le chercheur précise :
« Les nanoparticules dans les vaccins contre le Covid-19, injectées en quantité relativement faible, sont composées de lipides et conçues pour se dégrader progressivement. Ce sont des molécules qui sont tout à fait naturelles, car nos cellules sont toutes entourées de lipides. C’est quelque chose de biologiquement tout à fait normal. »
Les thèses conspirationnistes se nourrissent des incertitudes, et les nanoparticules leur offrent un terreau de choix : leur découverte est relativement récente, et l’on navigue dans le domaine de l’infiniment petit, avec des particules omniprésentes et invisibles. Or, selon le professeur Locht, « le fait que ce soit petit ne doit pas faire peur » :
« Une nanoparticule dans la recherche médicale, en particulier dans le domaine des vaccins, ce n’est pas plus petit qu’un virus avec lequel on est tout le temps en contact. »
De plus, le rôle majeur de la nanotechnologie dans le développement de vaccins contre le Covid-19 ne s’apparente en rien à un « jeu d’apprentis sorciers ». La société de biotechnologie allemande BioNtech a développé depuis une dizaine d’années son savoir-faire nanotechnologique au travers de traitements prometteurs contre le cancer.
Explications : Oncologie : des nanoparticules pour renforcer les traitements
- Quel est le lien entre les nanoparticules et le traçage sous-cutané ?
Les réfractaires aux vaccins anti-Covid-19 invoquent le risque de généralisation d’un carnet vaccinal sous-cutané, par le biais de l’injection de nanoparticules sous la peau. « Ce n’est pas de la science-fiction, les gens doivent ouvrir les yeux », avertit Louis Fouché. Qu’en est-il ? Un article du Monde publié en 2019 est souvent cité en exemple pour étayer cette allégation. Il rapporte que des ingénieurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) « ont inventé des nanoparticules injectables sous la peau qui émettent une lumière fluorescente invisible à l’œil nu, mais visible par un smartphone, et qui pourraient un jour servir à confirmer que la personne a bien été vaccinée ».
Ce projet, financé par la fondation Gates (par ailleurs partenaire du Monde Afrique), doit permettre aux pays en développement de disposer de carnets de vaccination, là où les dossiers médicaux sont généralement inexistants. Des enquêtes d’opinion ont été lancées au Kenya, au Malawi et au Bangladesh pour savoir si ces populations seraient prêtes à adopter ce type de carnet vaccinal. Les chercheurs, à la fin de 2019, espéraient le tester sur « des humains en Afrique dans les deux prochaines années ».
Mais, contrairement à ce qui est avancé, ce projet n’a ni vocation à pucer l’humanité ni à être utilisé dans le cadre du Covid-19. L’un des ingénieurs du MIT, Kevin McHugh, l’a confirmé auprès de Reuters en mars dernier : la technologie employée n’est « pas une puce électronique », et « il n’est pas prévu de l’utiliser pour le coronavirus ».
Mise au point : Ce que vous avez lu sur Bill Gates est-il vrai ?
- Facebook a-t-il interdit d’affirmer que le vaccin contre le Covid-19 contient des nanoparticules ?
Plusieurs publications sur les réseaux sociaux ont relayé une information de BFM-TV selon laquelle Facebook interdirait « désormais d’affirmer que le vaccin contient des nanoparticules ». Cette annonce a provoqué la colère d’utilisateurs de la plate-forme : « Une censure de plus en plus violente qui ne se cache même plus. Nous sommes donc très officiellement interdits de dire la vérité sur Facebook », s’est indigné un internaute.
Le site de la chaîne d’information consacrait un article aux annonces de Facebook publiées le 3 décembre pour préciser ses actions de lutte contre la désinformation sur le Covid-19 (Le Monde est partenaire de la plate-forme pour vérifier des informations qui en sont issues). « Nous supprimerons les fausses allégations selon lesquelles les vaccins contre le Covid-19 contiennent des micropuces ou tout autre élément qui ne figure pas sur la liste officielle des composants des vaccins », a annoncé Facebook.
Or, à aucun moment Facebook n’évoque l’exemple spécifique des nanoparticules, ni même le terme. Et pour cause, les nanoparticules sont bel et bien employées dans certains vaccins, Dans une mise à jour publiée le 8 décembre, BFM-TV a finalement changé son titre : « Une première version de cet article évoquait l’interdiction de la mention de “nanoparticules” dans les vaccins. Dans un souci de clarté a été retenu l’exemple des “micropuces”, mis en avant par Facebook. »Décryptage : Nos réponses à vos questions sur les vaccins Covid-19
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Ce que l’on sait de la sûreté des vaccins à ARN messager
Bien qu’étudiés depuis longtemps, les vaccins à ARN ont atteint une maturité technique plutôt récente, ce qui soulève craintes et questionnements.
Par Gary DagornPublié le 11 décembre 2020 à 15h42 – Mis à jour le 14 décembre 2020 à 11h01
Temps de Lecture 10 min.

Le 9 novembre, l’alliance germano-américaine Pfizer-BioNTech était la première à annoncer les résultats de son candidat-vaccin, efficace, selon elle, à 90 % à l’issue des essais cliniques de la phase 3. Sept jours plus tard, le laboratoire américain Moderna annonçait une efficacité de 94,5 % pour le sien. Le point commun entre ces deux projets ? Ils utilisent tous deux une technique vaccinale nouvelle, à ARN messager (ARNm).
Si ces annonces n’ont pas surpris le petit monde des spécialistes de cette molécule, l’irruption médiatique très soudaine de cette technique vaccinale peu connue dans le débat public n’a pas manqué de soulever de nombreuses interrogations, souvent légitimes et qui ont largement dépassé les publics sceptiques sur les vaccins.
- Comment fonctionnent ces vaccins ?
Ces vaccins contiennent de l’ARN messager, une molécule présente chez tous les êtres vivants et dont la structure est quasi identique à l’ADN qui contient l’information génétique dans le noyau de la cellule des êtres humains. On parle d’ARN « messager » lorsque sa forme est celle d’une copie temporaire d’un fragment d’ADN.
Lors de l’injection du vaccin, un brin d’ARNm spécifique est transporté jusque dans les cellules du muscle deltoïde de l’épaule. Une fois arrivé dans la cellule, ce brin d’ARN va être « lu » par ses ribosomes, qui sont, en quelque sorte, les « usines » chargées de synthétiser les protéines de celle-ci, et va leur faire fabriquer la protéine de spicule du coronavirus. Présentes en nombre dans les cellules humaines, ces protéines déclencheront à leur encontre une réaction du système immunitaire, qui fabriquera des anticorps neutralisants. Les mêmes anticorps qui pourront reconnaître et combattre efficacement le coronavirus s’il tente d’infecter l’organisme plus tard.
Une fois cet ARN « lu », le scénario est le même que lorsqu’un virus comme le SARS-CoV-2 infecte une cellule : l’ARN viral est rapidement détruit et il n’en reste plus aucune trace.1.L’ARN protégé par unemembrane de lipides pénètrela cellule humaine2.Le brin d’ARN fait fabriquerl’antigène du coronavirusà la cellule3.Le système immunitairefabrique les anticorpsqui neutralisent l’antigène
L’ARN injecté n’est pas « nu », mais dans une enveloppe composée de lipides (graisse). Pourquoi ? Parce que des ARN libérés dans le milieu extra-cellulaire se feraient rapidement attaquer et détruire. « Quand on injecte un ARN tout “nu”, il est rapidement dégradé, donc la première nécessité, c’est éviter sa dégradation, donc le protéger », explique Bernard Verrier, directeur du Laboratoire de biologie tissulaire et d’ingénierie thérapeutique (LBTI) de l’université Claude-Bernard, à Lyon.
Ainsi, chaque brin d’ARNm est protégé par ce qu’on peut appeler son « véhicule », ou son « cargo », chargé à la fois de lui conférer une « cape d’invisibilité » pour le protéger des cellules immunitaires qui réagiraient à sa présence et de le faire pénétrer dans une cellule humaine. Ce « véhicule » est un assemblage complexe qui est propre à chaque laboratoire et est souvent breveté par ceux-ci.
Lire le décryptage : Comment fonctionnent les futurs vaccins
- Les vaccins à ARNm peuvent-ils modifier l’ADN de nos cellules ?
C’est l’inquiétude principale soulevée par de nombreuses personnes et de nombreux textes circulant sur les réseaux sociaux, dont celui du professeur Christian Perronne, connu pour ses prises de positions tranchées et ses affirmations souvent inexactes.
Nos connaissances actuelles sur le fonctionnement de l’ARNm et de la cellule sont pourtant claires : les vaccins à ARNm ne peuvent pas modifier l’ADN des cellules humaines, car cet ARNm ne peut pas entrer dans le noyau de la cellule, là où se trouvent les quarante-six chromosomes contenant l’ADN humain.
« Pour s’intégrer à notre ADN, il faudrait que cet ARN soit rétro-transcrit sous forme d’ADN », ce qui est du domaine de l’impossible. En effet, la transcription se fait habituellement de l’ADN vers l’ARN. « Il faudrait qu’il entre dans le noyau et qu’il s’intègre au génome, c’est un scénario catastrophe vraiment très, très peu probable », souligne Céline Lacroix, chercheuse au Laboratoire de biologie tissulaire et ingénierie thérapeutique (LBTI).
L’argument n’a pas convaincu le professeur Perronne, qui affirme que cet ARN viral peut être transcrit par les rétrovirus endogènes, car ceux-ci pourraient, selon lui, « produire une enzyme, la transcriptase inverse, capable de transcrire à l’envers, de l’ARN vers l’ADN ».
Pour comprendre l’argument du professeur Perronne, il faut savoir que les rétrovirus sont des virus à ARN qui ont, eux, la capacité de transcrire à l’envers cet ARN en ADN (on parle alors de rétro–transcription) grâce à une enzyme clé qu’ils possèdent, la transcriptase inverse (TI), et ainsi de pénétrer dans le noyau d’une cellule. Le virus du sida, le VIH, possède par exemple ce pouvoir.
En revanche, les rétrovirus endogènes n’ont aucune activité de transcription de l’ARN vers l’ADN, contrairement à ce qu’affirme le professeur Perronne. « Ce qu’on appelle des rétrovirus endogènes, ce sont des rétrovirus qui, au cours de l’évolution, ont intégré le génome de l’être humain, explique Bernard Verrier, spécialiste de l’ARN messager. Il n’y a que si vous étiez infecté par le virus du sida dans la même cellule que le virus pourrait peut-être rétrotranscrire l’ARN. Et après il faudrait encore qu’il s’intègre, donc ce n’est pas possible. » Même dans ce cas de figure déjà extrêmement improbable, une modification si légère n’aurait probablement aucune conséquence, tant le génome humain comporte d’ADN viral apporté par des millions d’années d’évolution (on estime que 5 % à 8 % de l’ADN humain proviennent d’ADN viral).
De plus, de telles modifications ont une probabilité assez faible d’être transmises de génération en génération. Il faudrait pour cela qu’une telle modification procure un avantage évolutif aux cellules qui en sont porteuses et atteigne les cellules germinales (les cellules sexuelles). Là encore, les probabilités sont plus que ténues. « Cela fait beaucoup de successions d’éléments peu probables », résume Bernard Verrier.
- Quels sont les effets secondaires associés aux vaccins à ARNm ?
D’après les données communiquées par Moderna, Pfizer et la FDA, la grande majorité des effets secondaires observés lors des essais cliniques se manifestent dans les jours suivant la vaccination et sont classiques et relativement attendus : rougeur au point d’injection, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires, frissons ou fièvre. La fréquence de ces effets secondaires est plus importante après la seconde dose (jusqu’à plus de la moitié des volontaires vaccinés avec le vaccin Pfizer-BioNTech ont ressenti des effets secondaires bénins à modérés, souvent chez les moins de 55 ans). Les effets secondaires ressentis à moyen terme (un à deux mois après la dose) sont en revanche nettement plus rares.
Lire aussi : Covid-19 : les surprises et les enseignements des essais du vaccin de Pfizer
Selon les données de la phase 3 de Pfizer-BioNTech publiées par la FDA le 8 décembre, la fréquence des événements indésirables graves (EIG) est quasiment identique dans les deux groupes testés (0,6 % dans le groupe des vaccinés, 0,5 % dans le groupe placebo), la plupart dans le groupe des vaccinés étant des appendicites, des infarctus et des accidents vasculaires cérébraux, dont les enquêteurs ont estimé qu’ils n’étaient pas liés au vaccin.
Les enquêteurs ont déterminé que la vaccination était liée à potentiellement trois EIG (une blessure à l’épaule, une arythmie ventriculaire et une lymphadénopathie) sur presque 19 000 patients. Il existe aussi un potentiel lien avec des cas isolés de paralysie de Bell (une paralysie faciale). Un cas modéré de paralysie de Bell avait notamment été détecté en 2017 lors d’un essai clinique d’un vaccin à ARN contre la rage, et quatre cas ont été enregistrés parmi le groupe des vaccinés de l’essai de phase 3 de Pfizer-BioNTech. Mais aucun lien formel n’a encore été démontré. Enfin, deux réactions allergiques observées chez des membres du service national de santé britannique (NHS) ont conduit celui-ci à déconseiller, le 9 décembre, le vaccin de Pfizer-BioNTech pour les personnes présentant des antécédents de telles réactions. Tous ces effets secondaires ont été temporaires et se sont résorbés depuis.
Néanmoins, un essai clinique incluant environ 20 000 personnes ne permet pas de détecter toutes les réactions possibles. Certaines réactions ne concerneront qu’une personne sur 50 000 ou 100 000, d’autres se manifesteront six ou douze mois après injection, et il est donc encore trop tôt pour les détecter.
Théoriquement, l’ARN injecté et son enveloppe de lipides ont tous deux une toxicité intrinsèque. Mais, dans les faits, cette toxicité dépend beaucoup du mode d’administration du vaccin. La voie intraveineuse est, par exemple, connue pour provoquer de plus lourds effets indésirables. Mais la voie intramusculaire retenue par Moderna et Pfizer-BioNTech ne présente pas normalement de risques élevés, et ce mode d’administration est considéré comme sûr.
Bernard Verrier fait aussi observer que « plus les doses d’ARN augmentent, plus les effets secondaires sont importants », à la fois dans les résultats des essais cliniques des vaccins de Moderna et Pfizer-BioNTech. Cela a conduit les laboratoires à revoir à la baisse les doses afin de minimiser la fréquence et la sévérité de ces effets indésirables.
Lire aussi : Nos réponses à vos questions sur les vaccins Covid-19
- Existe-t-il des risques de réactions sévères à ces vaccins ?
Comme pour tous les vaccins conçus sur les techniques précédentes, il est rare mais possible que les vaccins à ARNm déclenchent des réactions sévères.
Au Royaume-Uni, où la campagne de vaccination a commencé, le 8 décembre, les autorités sanitaires ont déconseillé l’administration du vaccin Pfizer/BioNTech aux personnes ayant eu dans le passé d’« importantes réactions allergiques » à des vaccins, des médicaments ou de la nourriture. Deux personnes sujettes aux allergies, au point de garder toujours de l’adrénaline sur elles, ont mal réagi aux premières injections, mais « se remettent bien », selon directeur médical du service national de santé pour l’Angleterre.
Le débat entre chercheurs porte principalement sur le potentiel inflammatoire de ce type de vaccin. « Quand on injecte un ARN, il est considéré comme un corps étranger et très dangereux par l’organisme, qui cherche à tout prix à le détruire, d’où une réaction inflammatoire ; à ce moment-là se déclenche une réponse immunitaire innée qui va détruire l’ARN et empêcher même sa traduction en protéine, explique M. Verrier. Ce qui peut arriver, c’est une réaction en chaîne chez un individu qui a un terrain sensible à l’inflammation. »
« Une possible source d’inquiétude serait que certains vaccins à ARNm induisent une puissante réaction des interférons de type I, qui sont associés non seulement à des risques inflammatoires, mais aussi potentiellement à des réactions auto-immunes », écrivaient ainsi, en 2018, quatre spécialistes reconnus de l’ARNm, dont trois sont issus du département de médecine de l’université de Pennsylvanie. Interrogé sur cette question, Drew Weissman, coauteur de la publication et un des pionniers de l’ARNm, précise au Monde que le fait de modifier les bases de l’ARNm injecté et d’avoir amélioré sa « purification » a cependant « grandement réduit le potentiel inflammatoire » de l’ARN.
Quant au risque de générer des réactions auto-immunes (c’est-à-dire quand le système immunitaire se retourne contre les composants de l’organisme), il reste, pour l’instant, purement théorique. « L’exposition de cet ARN dans une enveloppe de lipides peut peut-être induire – il faudrait le démontrer – une réponse contre les ARN, qui pourrait être source d’une toxicité dans X années », analyse Bernard Verrier.
Les scientifiques n’ont, pour le moment, aucune donnée ni observation à l’appui d’un tel risque, celui-ci doit donc encore faire l’objet de recherches approfondies. Si un tel scénario n’est pas exclu, il est, dans l’état des connaissances actuelles, considéré comme une possibilité relativement rare. « L’identification des individus présentant un risque accru de réactions auto-immunes avant la vaccination par ARNm peut permettre de prendre des précautions raisonnables », concluaient ainsi Drew Weissman et ses collègues, en 2018.
- Dispose-t-on de suffisamment de recul sur cette technologie ?
La question est éminemment compliquée tant l’acceptabilité du risque dépend de ce que chacun perçoit de l’urgence de tels vaccins et du rapport avec le bénéfice qu’on en attend. Il n’est pas tout à fait vrai que cette technologie n’a jamais été testée sur des humains. Les vaccins à ARN ont été testés sur au moins quatre virus : le Zika, la grippe, la rage et le cytomégalovirus. Mais ces essais cliniques n’ont pas dépassé la phase 1, ce qui limite le recul dont on peut disposer sur les observations cliniques.
« Moderna et BioNTech avaient déjà procédé à des essais cliniques, mais ils ont été arrêtés parce que le vaccin ne fonctionnait pas. Comme c’est la première fois qu’on utilise l’ARN en vaccination prophylactique, on n’a pas vraiment de recul », confirme Céline Lacroix. Mais il est aussi clair que cette technique a fait l’objet d’améliorations continues ces dix dernières années, qui ont largement contribué à sa sûreté, au point où désormais beaucoup d’observateurs la considèrent comme sûre, davantage même que d’autres techniques vaccinales.
Si personne n’exclut, à l’heure actuelle, qu’une vaccination de masse puisse générer des cas isolés de réactions sévères que la pharmacovigilance renforcée devra documenter et recenser, les données accumulées jusqu’à présent sont rassurantes et indiquent que le rapport bénéfice/risque est nettement en faveur de cette technique.
Mise à jour du 14 décembre 2020 à 11 h : éclaircicement du passage sur la rétrotranscription de l’ARN vers l’ADN.Notre sélection d’articles sur le coronavirus
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Covid-19 : que sait-on des vaccins ? Les réponses à vos questions
Vaccins à « ARN messager », à « virus inactivé »… les projets en cours de développement suscitent de nombreuses interrogations. Les Décodeurs ont répondu à vos questions sur ce que l’on sait et ce que l’on ignore.
Le premier ministre, Jean Castex, a détaillé jeudi soir la stratégie de la France en matière de vaccination contre le Covid-19. Une première phase doit débuter dès janvier avec la vaccination des résidents des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), avant un élargissement aux plus de 75 ans dans un deuxième temps, puis aux plus de 65 ans et aux professionnels de santé.
- Explications : Comment fonctionnent les futurs vaccins contre le Covid-19 ?
TCHATCe tchat touche à sa fin
Vous avez été très nombreux à poser vos questions, souvent utiles et parfois pointues. S’il est difficile, dans l’espace d’une heure quarante, de répondre à autant d’interrogations, nous continuerons dans les semaines qui viennent à répondre à ces questions, souvent importantes, à travers nos articles.
VOS QUESTIONS
Que représentent les 90% d’efficacité des vaccins ? 90% de chances en moins de contracter la maladie dans les populations vaccinées par rapport aux non-vaccinés, ou bien plutôt une réponse immunitaire chez 90% des personnes vaccinées, sans préjuger de la protection effective apportée, ou bien encore autre chose ?
-Polo
Bonjour Polo,
C’est plutôt la réponse 1), et nous vous invitons à lire l’article ci-dessous pour entrer dans le détail car il est bientôt l’heure de vous dire au revoir :

Covid-19 : les 90 % d’efficacité du vaccin de Pfizer, un « résultat extraordinaire » qui pose des questions
Le résultat provisoire avancé, lundi 9 novembre, par le laboratoire américain Pfizer et l’allemand BioNTech est spectaculaire, mais il pourrait encore évoluer et ne permet pas de déterminer la durée d’immunité apportée.
VOS QUESTIONS
Faudra-t-il envisager des campagnes de vaccination régulières dans les années à venir ou peut-on espérer qu’une fois l’immunité collective atteinte grâce à la vaccination, le virus disparaisse de lui-même une bonne fois pour toute ?
-Jaipastoutcompris
Bonjour,
À vrai dire, il est encore un peu tôt pour envisager la disparition « une bonne fois pour toutes » de cette maladie. Même des maladies anciennes et pour lesquelles des vaccins existent de longue date, comme la rougeole, n’ont pas totalement disparu (la faute, notamment, à une couverture vaccinale parfois insuffisante).En ce qui concerne le Covid-19, une baisse importante du nombre de cas, en particulier des formes graves, permettant un assouplissement des restrictions sanitaires, serait déjà une grande étape.
Les Décodeurs le 04 décembre à 15h38
VOS QUESTIONS
Bonjour Disposons-nous aujourd’hui de plus amples informations concernant les vaccins en oeuvre en Chine et en Russie, notamment sur la technique utilisée( à ARN ou à virus atténué)?
-Orion
Bonjour Orion,
Concernant le vaccin russe développé par l’Institut Gamaleya, Sputnik V, il est basé sur la technologie des vecteurs viraux : deux adénovirus (Ad5 et Ad26) modifiés pour contenir le gêne codant la protéine du Sars-CoV-2 sont utilisés comme « véhicules » pour livrer, dans les cellules humaines, ce gêne codant. Cette technique est assez bien maîtrisée, et l’utilisation de deux vecteurs différents augmente les chances de succès du vaccin. Le savoir-faire de cet institut n’est plus à démontrer, mais il existe une relative opacité sur les données scientifiques communiquées, ce qui rend difficile de savoir ce que valent les résultats annoncés.
Pour ce qui est des quatre vaccins développés en Chine et entrés en phase III, trois d’entre eux utilisent la technique du virus inactivé (tué), tandis que le dernier utilise un adénovirus comme vecteur viral. Ces quatre vaccins sont testés dans une quinzaine de pays d’Asie du sud-Est, mais de nombreuses informations et éléments manquent encore pour se faire une idée de leur efficacité
.
Les Décodeurs le 04 décembre à 15h38
VOS QUESTIONS
Ne craignez-vous pas un large refus de la population à se faire vacciner en entretenant la méfiance via l’emploi de conditionnel et de tournures de phrases diverses qui tendent à faire croire que tout a été fait à la va-vite, sans réels protocoles, sans expliquer le fonctionnement de ce genre de vaccin (et de virus) ? Il apparait que les vaccins sont plus que des alternatives, il n’y a jamais eu de vaccins mortels sur le marché, d’autisme provoqué… Finalement, les vaccins ont permis l’émergence d’un monde où les populations sont plus en sécurité qu’avant. la variole, le tétanos, mais aussi le ROR, et j’en passe.Je pense qu’un article dédié au fonctionnement du virus dans l’organisme, permet de mieux appréhender l’usage de l’ARNm en tant que vaccin. Les médias ont leur part à jouer dans le succès de la stratégie vaccinale des populations.merci.
-coro
Bonjour Coro,
Bonjour Coro,
Nous nous efforçons simplement de rester factuels. Cela étant, vous soulevez plusieurs points qui, cela tombe bien, ont été largement abordés dans des articles des Décodeurs ces derniers mois. L’occasion de vous en proposer une petite sélection : – L’efficacité des vaccins en onze maladies ;- Comment fonctionnent les futurs vaccins contre le Covid ;- Antivaccins : des mensonges dans un débat légitime ;- Nos réponses à vos questions sur les vaccins contre le Covid-19.
VOS QUESTIONS
Euh pourquoi émettre spécifiquement un doute sur le fait que les vaccins limiteraient la transmission du virus. Est ce qu’il y a un seul exemple de vaccin qui empêche les symptômes sans affecter la transmission ? Ça me paraît plus que douteux…
-Docto
Nous n’émettons pas de doutes particuliers sur le sujet. Simplement, à ce stade, il est difficile d’apprécier dans quelle mesure cela sera le cas. Cette donnée doit donc être prise en compte face aux chiffres d’efficacité très médiatisés des vaccins contre le Covid-19 (annoncés comme efficaces à 90 % et plus par les différents laboratoires).
Les Décodeurs le 04 décembre à 15h30
VOS QUESTIONS
Pourra t’on choisir son vaccin? Personellement je ne fais pas confiance aux vaccins américains dont les labos ne sont conduits que par intérêt financiers au dépens de la santé ( voir les opioïdes). Pourra t’on bénéficier du vaccin russe qui me parait plus fiable ?
-Mika
VOS QUESTIONS
Bonjour Mika, Le gouvernement n’a pas donné d’indication sur ce sujet à ce stade. Pour vous répondre, rappelons tout de même qu’il va déjà falloir avoir ne serait-ce qu’un vaccin avant d’imaginer pouvoir le choisir, en fonction de l’approvisionnement… Cela pourra peut-être faire l’objet de discussions avec votre médecin le moment venu, mais tout cela est encore très hypothétique.Par ailleurs, la France n’a pour l’heure pas commandé de doses du vaccin russe Spoutnik-V, et il est donc difficile de vous dire si et quand il pourrait être disponible dans le pays.
Bonjour, je retente ma question : Quel est l’intérêt supplémentaire d’une vaccination si on a déjà été infecté et guéri du covid?
-SARKOV
Bonjour Sarkov,
Vous êtes nombreux à poser cette question. A priori, l’intérêt de se faire vacciner est nettement plus faible pour ceux qui ont été atteints du Covid-19 ces derniers mois. Au vu des dernières études d’immunologie que nous avons pu lire et relayer dans nos colonnes l’été dernier, il est à noter que la plupart des personnes asymptomatiques ont développé des niveaux de réponses immunitaires cellulaires et humorales relativement « satisfaisantes » et protectrices.
Il nous semble donc probable que l’intérêt à se faire vacciner soit moindre pour ces personnes, mais nous reviendrons sur ces questions dans des publications ultérieures, afin de proposer notamment une synthèse actualisée des connaissances, qui continuent d’évoluer rapidement dans ce domaine.
Les Décodeurs le 04 décembre à 15h20
VOS QUESTIONS
Pourquoi dites vous que le questionnement est légitime ? (Or considération philosophique bien sûr)
-Stjean
Bonjour Stjean,
En ce qui concerne les onze vaccins obligatoires en France, nous disposons en 2020 d’un grand recul sur leur efficacité (question que nous abordons en détails et en chiffres ici). Il est tout à fait logique de ne pas disposer des mêmes certitudes concernant les vaccins à venir contre le Covid-19, maladie qui n’était pas connue il y a encore un an. C’est pour cela que les nombreuses questions que nous recevons pour ce tchat, notamment sur les garanties mises en œuvre pour assurer la sécurité de ces vaccins, nous semblent parfaitement légitimes. Cette campagne de vaccination devra probablement s’accompagner d’un réel effort de transparence pour convaincre
.
Les Décodeurs le 04 décembre à 15h08
VOS QUESTIONS
Si je comprends vos explications sur l’absence de données sur la transmission du virus par les individus vaccinés, la protection apportée par le vaccin n’est qu’individuelle. 1. J’en déduis que M. Castex se trompe lorsqu’il parle d’acte altruiste. 2. Je ne comprend pas en quoi le vaccin ralentit alors la circulation du virus. Il ne fait que protéger les vaccinés.Merci pour vos réponses.
-peano
En effet, on ne sait pas pour l’heure dans quelle mesure les vaccins réduiront la transmission du virus, et le ministère de la santé, Olivier Véran, l’a reconnu hier (ce qui est normal à ce stade). Cela dit, si les vaccins tiennent leurs promesses, vacciner des millions de personnes, à commencer par les plus fragiles, réduirait de facto le nombre de cas graves de Covid-19.Jean Castex, quant à lui, a qualifié jeudi « d’acte altruiste » le fait de « se faire vacciner, [car] c’est se protéger mais aussi protéger les autres », et qu’il s’agit donc d’un « acte altruiste« . Or, effectivement, il est trop tôt pour dire que c’est directement le cas.A la décharge du premier ministre, on peut malgré tout retenir qu’une grande baisse du nombre de malades du Covid-19 irait de pair avec une baisse de la pression sur le système de santé et donc un probable allègement des restrictions.
VOS QUESTIONS
Pourra-t-on se faire vacciner si l’on suit un traitement immunosuppresseur de type biothérapie pour une maladie chronique? Ce genre de traitements interdit normalement les vaccins « vivants atténués ». De quel type sont les vaccins contre le Sars Cov 2?
-Andréa
Bonjour Andréa,
En effet, comme expliqué plus tôt ici, les vaccins à virus atténué sont déconseillés pour les personnes fragiles ou immunodéprimées. Mais les nombreux vaccins contre le Covid-19 en développement partout dans le monde utilisent des techniques assez diverses, dont une très large majorité n’utilisent pas de virus atténué. C’est justement l’occasion de vous recommander la lecture de cet article publié ce matin, et qui fait le tour de la question.

Comment fonctionnent les futurs vaccins contre le Covid-19
On compte aujourd’hui 237 projets de vaccins contre le Covid-19 dans le monde, développés selon des techniques très différentes. Voici comment ils agissent.
Et une fois n’est pas coutume, nous vous recommandons, si vous recherchez des informations plus précises, de consulter le suivi des projets de vaccins assuré par nos confrères du New York Times.
VOS QUESTIONS
Bonjour, L’ARN messager des vaccins utilisant cette technologie peut-il muter avant son injection dans le corps humain, et si oui a t’on une idée de la conséquence d’une telle mutation sur la personne vaccinée ?
-J.C.
Bonjour J.C,
Vous êtes très nombreux aujourd’hui à poser des questions sur les vaccins à ARN messager (ARNm), cette technique récente dont vous avez pu entendre parler avec les annonces concernant les vaccins de Moderna et de Pfizer/BioNTech.
Concrètement, l’ARN messager ne peut pas « muter » toute seule. Il s’agit d’une molécule chimiquement plutôt instable, mais qui n’est pas sujette aux mutations spontanées dans un environnement isolé. Une fois injectée, ces brins d’ARNm sont transportés dans un liposome, terme technique désignant une membrane faite de lipides (de graisse), dont le rôle est de conserver l’ARNm en l’état jusqu’à ce qu’elle rencontre une cellule humaine. Une fois entrée dans la cellule, l’ARNm ne pénètre pas dans le noyau de la cellule où se trouvent les chromosomes dépositaires de notre code génétique. Elle est directement « prise en charge » par la cellule, et il n’en reste aucune trace une fois que la protéine virale a été synthétisée par la cellule.
Le risque de modification de l’ADN de nos cellules est considéré comme quasi-nul (le « quasi » étant là pour rappeler que les certitudes absolues sont étrangères à la science). Nous reviendrons très bientôt, dans des articles, sur la sécurité de ces vaccins.
Les Décodeurs le 04 décembre à 14h50
VOS QUESTIONS
On parle beaucoup d’immunité en évaluant les niveau d’anticorps, mais je lis régulièrement que ce n’est pas le seul mécanisme protecteur (lymphocytes,…).Est ce que les études sur l’efficacité des vaccins prennent en compte ces paramètres et sont ils pertinents ?
-Pwouet
Bonjour Pwouet, Comme nous l’expliquons ici, l’efficacité des vaccins est mesurée en comparant la part de personnes malades chez les vaccinés et les non-vaccinés. Parmi les critères observés dans les essais, il y a bien les données sur des formes graves de la maladie. On s’assure donc que les vaccins réduisent le nombre de personnes atteintes par le virus, mais aussi le nombre de personnes gravement touchées, ce qui est au fond le nerf de la guerre.
Les Décodeurs le 04 décembre à 14h47
VOS QUESTIONS
Pourquoi des techniques classiques comme les virus atténués par exemple ne sont pas utilisé pour le Covid-19 ? Est-ce une question de délai de mise au point ou bien y a t’il une raison techonologique ?
-Ulysse
Bonjour Ulysse,
La technique d’inoculer un virus atténué pour provoquer une réponse immunitaire protectrice est utilisée dans le cadre de la recherche de vaccins contre le Covid-19. Selon le recensement du think tank américain Milken Institute, quatre projets de vaccins en développement utilisent cette technique.
Mais si elle n’est plus si utilisée, c’est parce que cette technique comporte un certain nombre de risques, dont le principal est que le virus inoculé ne soit pas suffisamment affaibli et provoque une infection réelle dans l’organisme. Cela peut arriver, spécialement chez des personnes fragiles ou immunodéprimées, dont les défenses peuvent être trop faibles pour faire face au virus, même affaibli. Il existe aussi d’autres risques, rares, mais potentiellement graves, comme celui que les anticorps produits facilitent la reproduction du virus au lieu de le neutraliser. Ces risques font l’objet de travaux de recherche, mais ont progressivement poussé les laboratoires, ces dernières décennies, à délaisser cette technique au profit d’autres, considérées comme plus sûres.
Les Décodeurs le 04 décembre à 14h44
VOS QUESTIONS
Bonjour. Merci pour cet échange. J’ai une question concernant les liens entre immunité collective et vaccin. Le confinement et la distanciation sociale permettent de baisser le % nécessaire de personnes à vacciner pour atteindre une immunité collective ?
-jdlery
Bonjour Jdlery, Plus la proportion de la population qui est immunisée est grande, plus la circulation du virus ralentit. Et ce quelle que soit la part acquise par la vaccination ou de manière naturelle (bien que dans les deux cas, cette immunité n’est pas éternelle, encore une fois). Les mesures qui visent à diminuer le nombre de contacts physiques, comme le confinement, contribuent elles aussi à ralentir la diffusion du virus. Mais ce n’est valable que lorsqu’elles sont en vigueur : le fait d’avoir été confiné en automne ne contribuera pas à nous protéger au printemps, si c’est ce que vous suggérez.
Les Décodeurs le 04 décembre à 14h39
J’ai vu qu’une étude publiée hier conclue que le vaccin de Moderna garantit au moins 3 mois d’immunité. Je comprends qu’il faudra attendre dans la pratique plusieurs mois/années pour confirmer empiriquement l’immunité que donne un vaccin, mais est-ce que les scientifiques ont déjà un avis sur la durée probable de cette immunité, ont-ils émis des hypothèses?
-vladi
Bonjour Vladi,
En effet, cette étude parue hier dans le New England Journal of Medicine (NEJM pour les intimes), l’une des plus grandes revues médicales, montre que le vaccin de Moderna a conféré à la modeste cohorte étudiée un bon niveau d’immunité pendant au moins 90 jours. Cependant, comme vous le soulignez, même en étudiant le niveau d’anticorps chez les personnes atteintes du Covid-19 au début de l’année, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur la durée de protection qu’une infection passée ou un vaccin pourra offrir contre ce virus.
Des six précédents coronavirus connus pour infecter les humains (le SARS-CoV-1, le MERS-CoV et quatre autres coronavirus provoquant des infections respiratoires banales), la durée de protection observée se situait entre douze et vingt-quatre mois. Il est donc relativement probable qu’une infection au SARS-CoV-2 puisse conférer une durée de protection similaire. Mais là encore, il est trop tôt pour le dire.
Les Décodeurs le 04 décembre à 14h38
VOS QUESTIONS
Les personnes vaccinées peuvent-elles garder un risque de transmission du Covid 19 ? Même question pour les personnes ayant été malades et ayant des anticorps.
-Claudius
Bonjour Claudius, La réponse est oui !Une personne malade du Covid-19 peut, semble-t-il, le contracter une deuxième fois après plusieurs mois et donc être de nouveau infectieuse pendant quelques jours. Quant aux vaccins, les premiers éléments sur lesquels les différents laboratoires travaillaient portaient sur leur efficacité avec des niveaux de protection souvent élevés (de l’ordre de 90 % dans une premier temps), mais qui n’est déjà pas absolu. On ne sait pas, pour l’heure, dans quelles proportions les personnes vaccinées pourront contaminer leur entourage ou non mais, là encore, la protection n’atteindra vraisemblablement pas les 100 %, loin de là.
Les Décodeurs le 04 décembre à 14h29
VOS QUESTIONS
Bonjour, j’aimerais savoir quand le vaccin Pasteur sera disponible ??? Merci d’avance
-Paprika
Bonjour Paprika,
Le vaccin développé par les chercheurs de l’Institut Pasteur (en coopération avec le laboratoire Merck) en est encore à la première phase des tests cliniques, lancée en août 2020. Ce vaccin utilise le virus de la rougeole atténué pour « livrer » la protéine de spicule du coronavirus, une technique que l’Institut a développé dans le passé pour un candidat-vaccin contre le Chikungunya passé en phase III. Il ne devrait donc pas être prêt rapidement.
Sanofi-Pasteur (qui est indépendant de l’Institut Pasteur) développe également ses vaccins via deux technologies :
• Un vaccin à base de protéines virales (avec adjuvants) dont la technique de culture a été testée et approuvée pour leur vaccin contre la grippe (FluBlok), et qui devrait bientôt passer en phase III après les phases I et II lancées en septembre. Il devrait être disponible à la mi-2021
• Un vaccin à ARN messager développé avec la firme Translate Bio. Des tests sur les souris et les singes ont montré une bonne réponse immunitaire, et la phase I devrait s’ouvrir ce mois-ci.
Les Décodeurs le 04 décembre à 14h29
VOS QUESTIONS
pourquoi commencer par les personnes les plus fragiles alors qu’on ne connait pas encore précisément les effets secondaires ?
-jbrzo
Bonjour Jbrzo,
Toute campagne de vaccination repose sur une mise en perspective de ses bénéfices et de ses risques. Ici, l’idée est de vacciner d’abord les personnes fragiles car ce sont elles qui ont le plus grand risque de contracter des formes graves de Covid-19. Les données dont les autorités sanitaires disposent pour l’heure leur laissent à penser que les en protéger présente des bénéfices bien supérieurs aux risques liés aux vaccins. En pratique, ils devront faire l’objet d’une surveillance continue.
Les Décodeurs le 04 décembre à 14h25
VOS QUESTIONS
Bonjour, compte tenu qu’on dit que les tests sérologiques (qui contrôlent la présence d’anticorps) ne sont pas fiables pour prédire si l’on est immunisé ou non après une infection guérie, pourquoi les anticorps créés par un vaccin seraient-ils plus efficaces que l’immunité créé « naturellement » ?
-Philippe
Bonjour Philippe, Votre question semble mélanger plusieurs sujets. L’efficacité des vaccins est notamment mesurée en comparant la part de personnes malades chez les vaccinés avec celle des vaccinés dans les essais cliniques. Lorsque cette comparaison tourne à l’avantage de la population vaccinée, on en conclut que le vaccin confère une immunité (dont la durée reste sujette à caution).L’immunité naturelle, quant à elle, n’est pas en cause (même si elle n’est pas éternelle non plus, semble-t-il, concernant le Covid-19), mais elle ne s’acquiert qu’à condition de rencontrer le virus. Or la multiplication du nombre de personnes infectées, indispensables pour atteindre une hypothétique « immunité collective », s’accompagne logiquement d’une multiplication des formes graves de la maladie et des décès.
Les Décodeurs le 04 décembre à 14h17
VOS QUESTIONS
Et s’il y a plusieurs vaccins ? Faudra-t-il se faire vacciner plusieurs fois ?
-Marie P
Bonjour Marie,Vous avez raison : il n’est pas question d’un mais en réalité de près d’une cinquantaine de vaccins en cours de développement contre le Covid-19, dont vous trouverez la liste ici. Différentes techniques ont été utilisées pour les développer, et ils présenteront à l’arrivée des caractéristiques différentes. La plupart de ces vaccins, à commencer par ceux qui s’apprêtent à être mis sur le marché, nécessitent en principe deux injections à quelques semaines d’intervalle pour atteindre leur efficacité maximale.
Les Décodeurs le 04 décembre à 14h12
VOS QUESTIONS
Comment expliquez-vous que de nombreuses personnes sont prêtes à prendre des médicaments de synthèse, quitte à croire aux molécules miracle comme l’hydroxychoroquine, mais se méfient des vaccins qui permettent à leurs corps de créer ses propres défenses contre les virus, ce qui me semble bien plus naturel que de prendre des médicaments ?
-Patrick
Bonjour Patrick, La méfiance à l’égard de la vaccination tient sans doute à plusieurs facteurs. D’abord, une partie des opposants à la vaccination, qu’il s’agisse des vaccins utilisés depuis des décennies ou de ceux qui se profilent pour le Covid-19, relie tout de même ce combat à une forme d’opposition à la médecine en général. Ils revendiquent des médecines prétendument alternatives et vont également, par exemple, rejeter les thérapies contre le cancer.Néanmoins, l’opposition à la vaccination va plus loin. Cela peut s’expliquer notamment par le fait que contrairement à un traitement qu’on va vous prescrire pour soigner une pathologie qui vous affecte, le vaccin vise à vous protéger (ainsi que le reste de la population) d’une pathologie qui pourrait vous toucher. D’où la difficulté de convaincre certains du bien-fondé de la démarche. Par ailleurs, le cas des vaccins contre le Covid-19 est particulier : la vitesse à laquelle ils ont été développées nourrit des interrogations légitimes sur l’ampleur des effets secondaires associés.
Bonjour,A-t-on du recul sur d’éventuels effets secondaires sur les femmes enceintes ? Celles-ci bénéficieront-elles d’une priorité de vaccination comme c’est le cas pour la grippe ?Merci beaucoup.
-C’estpouravril
Bonjour CestPourAvril,
A ce stade, nous manquons de données cliniques quant aux effets potentiels sur les femmes enceintes des vaccins dont l’autorisation de mise sur le marché semble la plus imminente.
Ni Pfizer/BioNTech, ni Moderna n’ont par exemple inclus de femmes enceintes dans leurs cohortes, bien qu’une partie des femmes incluses aient pu commencer une grossesse pendant les tests. Il est donc difficile d’estimer si cette catégorie est plus à risque.
Plusieurs responsables sanitaires ont, à la lumière du manque de données sur la question, incité à la prudence. Le docteur et immunologue Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses aux Etats-Unis, a rangé les femmes enceintes dans la catégorie des publics vulnérables, tandis que le docteur Rashmi Rao, un périnatologue de l’université de Los Angeles, a déclaré qu’il était plus prudent pour les femmes enceintes de ne pas se faire vacciner en premier – et ce d’autant plus qu’il n’est pas établi à l’heure actuelle que celles-ci soient nettement plus vulnérables au Covid-19.
Il faut donc attendre encore quelques temps avant de disposer de données suffisantes pour répondre correctement à cette question.
Les Décodeurs le 04 décembre à 14h03
SUR LEMONDE.FR
Cette campagne vaccinale qui s’organise en un temps record, moins d’un an seulement après le séquençage complet du génome du SARS-CoV-2, suscite de nombreuses interrogations. Avant de commencer ce tchat, voici un premier tour d’horizon des questions récurrentes sur ce thème :

Combien de vaccins ? Quand seront-ils disponibles ? Seront-ils obligatoires ? Peuvent-ils mettre fin à l’épidémie de Covid -19 ? Nos réponses à vos questions
Le Monde.frUn an à peine après le début de la pandémie due au coronavirus, la France se prépare à injecter ses premières doses de vaccin dès janvier 2021.
Le Monde le 04 décembre à 13h30
Bonjour et bienvenue sur ce tchat consacré aux différents vaccins en cours de développement pour lutter contre la pandémie de Covid-19 et qui suscitent de nombreuses questions. Gary Dagorn et Adrien Sénécat, journalistes aux Décodeurs, répondront à vos questions à partir de 14 heures.