Avec la 5G le risque une augmentation « significative » des émissions de gaz à effet de serre du numérique et la consommation d’électricité (Haut conseil pour le climat, organismeindépendant)

5G : une empreinte carbone pas neutre, alerte le Haut Conseil pour le climat

Le déploiement de la 5G risque d’augmenter « significativement » les émissions de gaz à effet de serre du numérique et la consommation d’électricité en France, selon l’autorité indépendante. 

Par Stéphane MandardPublié aujourd’hui à 06h00  

https://www.lemonde.fr/climat/article/2020/12/19/5g-une-empreinte-carbone-pas-neutre-alerte-le-haut-conseil-pour-le-climat_6063923_1652612.html

Des antennes relais à Berlin, en avril 2019.
Des antennes relais à Berlin, en avril 2019. FABRIZIO BENSCH / REUTERS

C’est le cadeau high-tech à glisser sous le sapin de Noël version 2020 : un smartphone 5G (et le forfait qui va avec). Les promesses des opérateurs sont alléchantes : un « débit ultrarapide », une « fluidité incroyable », et tout cela avec une consommation d’énergie « plus responsable ». Un cadeau empoisonné pour la planète, si l’on en croit le Haut Conseil pour le climat (HCC). Dans un rapport publié samedi 19 décembre, le HCC sonne l’alarme. L’autorité indépendante estime que le déploiement de la 5G en France, qui a débuté cet automne, risque non seulement d’augmenter la consommation d’électricité, mais aussi d’accentuer significativement l’empreinte carbone du numérique. Et que, faute de mesures correctives, la 5G est donc susceptible de faire dérailler un peu plus la France de sa trajectoire de réduction des gaz à effet de serre (GES) pour atteindre l’objectif de la neutralité en 2050. Des conclusions qui pourraient fournir de nouveaux arguments aux organisations environnementales et aux maires (de Lyon, Lille ou Grenoble) qui réclament un moratoire.

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Contrairement à ce que répètent les opérateurs, le HCC estime que l’impact carbone du déploiement de la 5G ne sera pas neutre. Selon ses calculs, il pourrait ajouter entre 2,7 millions de tonnes (Mt) et 6,7 Mt d’équivalent CO2 en 2030. « Une augmentation significative » par rapport à l’empreinte carbone actuelle du numérique, que le HCC évalue à environ 15 Mt d’équivalent CO2 en 2020, soit 2 % de l’empreinte carbone totale de la France (749 Mt éq CO2), ce qui correspond aux GES émis par le secteur aérien.

Trois scénarios (bas, moyen, haut) ont été envisagés pour parvenir à cette première évaluation. Ils prennent en compte les nombreuses « incertitudes » qui pèsent encore sur le déploiement de la 5G : niveau de couverture du territoire, renouvellement des terminaux, nouveaux usages et services.

Renouvellement accéléré des smartphones

Les trois quarts des émissions de GES supplémentaires induites par la 5G sont liées à la fabrication des équipements de réseau (davantage d’antennes), de centres de données (multiplication des data centers) et, bien sûr, des terminaux. Smartphones mais aussi casques de réalité virtuelle, objets connectés… leur renouvellement ou leur adoption pourraient se voir « accélérés », note le rapport. Ces équipements étant généralement fabriqués à l’étranger, ces émissions pourraient donc faire augmenter les émissions importées par la France de 1,8 Mt éq CO2 à 4,6 Mt éq CO2 en 2030.

Le quart restant est lié à aux usages qui seront faits de la 5G. L’expérience du déploiement des technologies numériques montre que les usages finaux sont « rarement ceux anticipés », mais que les possibilités techniques offertes sont « toujours utilisées », relève le HCC. Aussi, il note que la 5G « risque également d’augmenter les émissions liées à la production d’électricité en France » : de l’ordre de 0,8 Mt éq COà 2,1 Mt éq CO2 en 2030. Une augmentation non négligeable sur un budget carbone pour la production d’énergie de 30 Mt éq CO2 la même année.

Le système d’échange de quotas d’émission (SEQE) européen garantit en théorie que le déploiement de la 5G s’insérera dans les quotas négociés mais « il ne garantit pas l’atteinte des objectifs de la France, et encore moins des budgets carbone sectoriels », alerte le HCC. Enfin, pointe le rapport, la 5G risque d’avoir « un effet important sur la consommation d’électricité en France ». Il estime, toujours selon les trois scénarios, entre 16 TWh et 40 TWh en 2030, soit entre 5 % et 13 % de la consommation nationale d’électricité du résidentiel et du tertiaire en 2019. De quoi, là aussi, remettre en cause la « cohérence » de la Programmation pluriannuelle de l’énergie.

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Une proposition de loi sénatoriale

Très critique, le HCC regrette que l’attribution des nouvelles fréquences aux opérateurs par le gouvernement n’ait « pas fait l’objet d’une évaluation environnementale préalable » et que « seules les logiques de valorisation économique des fréquences pour l’Etat » ou de « compétitivité potentielle des entreprises françaises » aient été prises en compte. C’est pour combler en partie ce manque que le Sénat avait saisi en mars le Haut Conseil pour le climat, afin d’évaluer l’impact carbone du déploiement de la 5G.

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Dans un communiqué, le président du Sénat, Gérard Larcher, souligne que les orientations du rapport « confortent la proposition de loi sénatoriale visant à réduire l’impact environnemental du numérique » à travers notamment la limitation du renouvellement des terminaux par la lutte contre l’obsolescence programmée, la fixation d’objectifs de réduction des impacts des réseaux ou l’inscription d’engagements environnementaux minimaux dans les cahiers des charges des fréquences qui restent à attribuer (autour de 27 GHz). Le Sénat doit examiner le projet le 12 janvier 2021.

Stéphane Mandard

Déploiement de la 5G : un impact carbone « significatif » selon le Haut conseil pour le climat

https://www.actu-environnement.com/ae/news/rapport-haut-conseil-climat-deploiement-5G-impact-carbone-2030-36754.php4#xtor=ES-6

Selon l’intensité de son déploiement en France, la 5G pourrait ajouter entre 2,7 et 6,7 millions de tonnes équivalent carbone dans l’atmosphère à l’horizon 2030, du fait des émissions importées, estime le Haut conseil pour le climat.Gouvernance  |  19 décembre 2020  |  Rachida Boughriet  |  Actu-Environnement.comRéduire la taille du texteAugmenter la taille du texteImprimer cette pageEnvoyer par e-mail

Déploiement de la 5G : un impact carbone « significatif » selon le Haut conseil pour le climat

© ElenaLa majeure partie des émissions carbone induites par la 5G est issue des émissions importées par la France.

À la demande du président du Sénat qui l’a saisi en mars dernier, le Haut conseil pour le climat (HCC) a publié, ce vendredi 18 décembre, un rapport inédit sur l’évaluation de l’impact environnemental de la 5G en cours de déploiement en France.

En octobre dernier, le Gouvernement n’a pas attendu les évaluations environnementales préalables pour mettre aux enchères et attribuer de nouvelles fréquences 5G (bandes autour de 3,5 GHz). L’attribution des prochaines bandes de fréquences (autour de 26 GHz) est aussi prévue.

Le rapport du HCC présente ainsi pour la première fois une analyse détaillée de l’impact carbone du déploiement de cette nouvelle technologie mobile. Il complète les chiffres publiés par la mission d’information sénatoriale sur l’impact environnemental du numérique.

Vers une hausse des émissions carbone induites

La 5G est « susceptible d’augmenter significativement » les émissions carbone « à la fois sur notre territoire mais aussi à l’étranger via les importations de biens électroniques et de l’utilisation de centre de données à l’étranger », a résumé Corinne Le Quéré, présidente du HCC, devant la presse. Les risques de hausse des émissions sont « dus à un renouvellement plus rapide des terminaux comme les smarts phone, à l’émergence de nouveaux terminaux comme les objets connectés mais aussi à l’extension de l’infrastructure numérique avec davantage d’antennes, de centres de données. Et tous ces objet émettent des gaz à effet de serre au moment de leur fabrication et lors de leurs usages » explique Mme Le Quéré.

En l’état actuel du cahier des charges de l’Arcep, le régulateur des télécoms, l’impact carbone de la 5G déployée en France, pourrait ajouter entre 2,7 et 6,7 millions de tonnes équivalent carbone (Mt éqCO2) dans l’atmosphère à l’horizon 2030, estime le HCC. « L’ordre de grandeur agrégé des émissions occasionnées est significatif comparativement à l’empreinte carbone du numérique, qui s’élève à environ 15,1 Mt éqCO2 en 2020 », précise-t-il dans son rapport.

Les trois quarts des émissions de la 5G estimées en 2030 proviennent des émissions issues de la production des appareils qui nous permettent d’utiliser cette 5G « « plutôt que l’utilisation de la 5G elle-même bien qu’elle est tout de même significative », ajoute Corinne Le Quéré (voir encadré). La majeure partie de ces émissions supplémentaires est issue des émissions importées par la France (1,8 Mt éqCO2 à 4,6 Mt éqCO2) et le reste de l’augmentation de l’utilisation de l’électricité dans l’Hexagone (0,8 Mt éqCO2 à 2,1 Mt éqCO2), analyse le Haut conseil. La consommation d’électricité additionnelle est ainsi estimée entre 17 et 40 térawattheures (TWh) à l’horizon 2030. Soit entre 6 % et 13 % de la consommation finale d’électricité du résidentiel et du tertiaire en 2019 (301 TWh en 2019).

L’impact carbone de la 5G par postes d’émissions en 2030 (évaluation haute)© Haut conseil pour le climat   

Concernant les usages induits, si certains peuvent aider à réduire les émissions comme le télétravail nomade, d’autres usages peuvent au contraire augmenter les émissions. « Les effets rebonds sont en particulier à craindre. Ils apparaissent quand l’amélioration de l’efficacité énergétique conduit à la fin à une hausse de la consommation », prévient Mme Le Quéré.

Le déploiement de la 5G peut en effet induire des émissions directes (construction et déploiement des infrastructures) ou indirectes par effet rebond (mise à disposition de nouvelles infrastructures, terminaux et services pour les usages de la 5G, qui génèrent des émissions de GES pour leur fabrication et leur utilisation), explique le rapport.

Déployer la 5G en cohérence avec la SNBC

L’incertitude est très forte quant à ce qu’il résultera de la 5G. Il faut anticiper dès maintenant les risques qui sont associés au regard de la trajectoire vers la neutralité carbone.  Corinne Le Quéré, présidente du HCC Le HCC formule plusieurs recommandations pour que le déploiement de la 5G  se fasse selon les objectifs climatiques fixés dans la stratégie nationale bas carbone (SNBC)« L’incertitude est très forte quant à ce qu’il résultera de la 5G. Il faut anticiper dès maintenant les risques qui sont associés au regard de la trajectoire vers la neutralité carbone », souligne Mme Le Quéré.

Pour agir sur les émissions importées liées à la 5G, le HCC préconise d’intégrer à la feuille de route sur l’impact environnemental du numérique qui est en préparation, « une stratégie de réduction des émissions importées liées au numérique assortie d’objectifs quantifiés ». De même, l’accroissement de la demande d’électricité à l’origine des émissions, pourrait aussi être maîtrisée au travers « de deux mécanismes », recommande le Haut conseil.

D’une part, des normes de consommation énergétique, en phase d’utilisation pour les terminaux et les équipements de l’infrastructure de réseau, pourraient être mises en place au niveau du marché européen. D’autre part, en France, l’Arcep pourrait être mandatée par le Gouvernement pour fixer des objectifs contractuels pour les opérateurs. « Ces objectifs reposeraient sur des indicateurs couvrant l’ensemble des dimensions de l’empreinte carbone de la 5G (infrastructures et modalités de mise à disposition des terminaux fournis à leurs clients). Ces conditions devraient être posées préalablement au cahier des charges des fréquences restant à attribuer, mais pourraient aussi faire l’objet d’une renégociation des modalités d’utilisation des fréquences déjà̀ attribuées, à l’image du « New deal mobile » pour la 4G », estime le HCC.

Rachida Boughriet, journaliste
Rédactrice spécialisée

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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