Une vaste étude sur les émissions polluantes des voitures constate des progrès mais aussi des manquements
Selon une étude de l’Ifpen, si les véhicules diesel émettent moins, ils restent bel et bien polluants.
Par Eric BéziatPublié hier à 12h15, mis à jour à 10h24
Temps de Lecture 3 min.
Verre à moitié plein ou verre à moitié vide ? Voiture toujours polluante ou automobile plus propre ? La vaste étude – fort attendue – sur les émissions réelles des véhicules, commandée par le gouvernement en août 2019, a été rendue publique mercredi 16 décembre. Elle constate un réel progrès, mais aussi des manquements persistants, près de cinq ans après l’enquête française d’une ampleur similaire, ordonnée dans la foulée du scandale Volkswagen qui avait, en 2016, mis au jour des écarts stupéfiants entre norme théorique et vie réelle.
La nouvelle étude est importante. « Elle représente un peu plus d’un an de travail », souligne Pierre-Franck Chevet, président de l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (Ifpen) qui a mené l’enquête. Elle a porté sur 22 véhicules pris dans le parc existant. Les voitures, de conception récente (norme Euro 6 d-TEMP), ont roulé près de 16 000 kilomètres dans des conditions de conduite parfois agressives et dans un environnement climatique allant de – 5° à + 35°. Neuf sortes de polluants ont été testées.
Un progrès considérable, par rapport au mitan des années 2010
Quelles conclusions peut-on tirer de cette mine de données ? Pour ce qui est du verre à moitié plein, il y a d’abord un respect global des normes environnementales lors de tous les types d’essais pour 20 véhicules sur 22. Cela peut paraître la moindre des choses mais il s’agit d’un progrès considérable, par rapport au mitan des années 2010, quand l’objectif des constructeurs paraissait se borner à réussir l’homologation des véhicules sans se soucier de la conduite réelle. Cette amélioration est très spectaculaire pour les huit diesels testés, qui se révèlent correspondre aux normes des très toxiques oxydes d’azote Nox (80 mg/km), même en conduite dynamique, à deux exceptions près.
La bonne surprise pour ces véhicules, c’est que non seulement ils sont meilleurs (de 11 %) que les voitures à essence en matière d’émission de CO2, mais qu’ils se placent mieux – et là c’était inattendu – en matière d’émissions de particules fines. Des diesels moins polluants que l’essence ! Voilà une nouvelle inédite.
« Nous avons enfin, avec cette étude, une contribution sérieuse, indépendante, permettant de faire la transparence sur ces sujets environnementaux qui ont été l’occasion de beaucoup de désinformation et d’attaques envers le secteur, estime Luc Chatel, le président de la Plateforme automobile (PFA), qui représente l’industrie. Il en ressort que les entreprises de la filière respectent les normes en matière de pollution. Il en ressort aussi que les hybrides rechargeables, eux aussi récemment attaqués, apportent une contribution forte à la lutte contre la pollution. »
Incapacité de tous les modèles thermiques à ne pas polluer audémarrage
Voilà pour la lecture positive. Mais on peut regarder aussi le verre à moitié vide. Car des problèmes persistent. Il y a d’abord ces deux diesels qui détonnent. Ces très mauvais élèves – ils n’ont même pas passé la norme proprement dite – sont deux modèles de marques non européennes dotées d’un système de dépollution dit « par piège à Nox ». Cette technologie est ancienne par rapport à l’injection d’urée dont sont dotés les autres diesels testés. L’autorité de surveillance du marché des véhicules devrait se pencher sur leur cas.
Mais il y a plus problématique. L’étude met en évidence une incapacité de tous les modèles thermiques – diesel comme essence – à ne pas polluer au démarrage et lors des tout premiers kilomètres parcourus, émettant quatre à cinq fois plus de Nox que la norme autorisée lors de cette phase. « Cette étude nous confirme que ces véhicules essence comme diesel, pourtant récents, continuent à être dangereux pour la santé, en particulier en ville », résume Diane Strauss, directrice pour la France de l’ONG européenne Transport & Environnement.
Face aux réponses nuancées de l’étude,
le gouvernement a considéré que
le statu quo prévalait
« Sur les hybrides rechargeables, leurs conclusions sont à peu près conformes à nos travaux, en un peu plus accommodant », ajoute Mme Strauss, dont l’association vient de publier une étude sur les hybrides rechargeables les accusant d’émettre beaucoup plus de CO2 que ce qu’affichent les constructeurs. L’étude de l’Ifpen a constaté que ces véhicules sont capables d’approcher le zéro émission (recharge systématique, trajets courts, conduite « pépère ») ou d’égaler un hybride non rechargeable (recharge incomplète, longs trajets).
L’une des fonctions de cette étude était de déterminer si les diesels récents avaient vocation à passer de Crit’Air 2 à Crit’Air 1 (comme les voitures essence), donc à accéder à une catégorie environnementale avantageuse. Face aux réponses nuancées de l’étude, le gouvernement a considéré que le statu quo prévalait. « Je le déplore, dit Claude Cham, président de la FIEV, représentant des équipementiers automobiles. L’Etat devrait être technologiquement neutre. Et nous aurions besoin de ce genre de soutien. Je rappelle que nos entreprises sont vecteurs de nombreux emplois, en particulier dans la filière diesel, et que celle-ci n’en finit pas d’être secouée. »
Un avis sur « Les véhicules diesel émettent moins, mais ils restent bel et bien polluants mais moins que les véhicules à essence pour les particules fines »