Barkane dans l’impasse et Paris qui refuse de négocier avec les djihadistes.

« On a fait le tour du cadran » : la France cherche une stratégie de sortie pour l’opération « Barkhane » au Sahel

En visite au Mali début décembre, le chef d’état-major des armées, François Lecointre, a confié au « Monde » vouloir « limiter le niveau d’engagement des armées ». Mais les forces de Bamako et du G5 Sahel ne sont pas encore en mesure de prendre le relais. 

Par Elise Vincent(Niamey, Niger, Gao, Hombori, Bamako, Mali, envoyée spéciale)Publié hier à 05h56, mis à jour à 12h11 

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Des troupes de l’opération « Barkhane » à Hombori, dans le désert du Gourma au Mali, en mars 2019.
Des troupes de l’opération « Barkhane » à Hombori, dans le désert du Gourma au Mali, en mars 2019. DAPHNE BENOIT / AFP

Il est des moments où il faut savoir se réjouir de peu, féliciter chaque pas comme un grand soir. Et en cette fin d’année, c’est à Hombori, une bourgade de terre ocre aux confins du désert du Gourma, située en pleine zone des « trois frontières » entre Mali, Niger et Burkina Faso, que le chef d’état-major des armées, François Lecointre, est venu se prêter à l’exercice. Et ce, alors que la France réfléchit de plus en plus sérieusement à amorcer une sortie pour ses 5 100 militaires engagés au Sahel, dans une guerre qui a pris en huit ans des allures de puits sans fond.

Ceux à qui s’adressent les encouragements du général en ce 10 décembre, dans le cadre d’une inspection de deux jours des troupes de l’opération « Barkhane », n’arborent rien d’autre que des uniformes vert réséda sans nom ni galons. Des treillis en toile rêche mal taillée, exhumés d’anciens stocks de l’armée française. Mais, en ce jour de visite officielle, ils portent beau. Ils ont entre 18 et 22 ans. Et, aux yeux des stratèges de « Barkhane », ils sont le nouveau visage de l’« élite » de l’armée malienne, telle qu’ils l’ambitionnent.

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Avant d’être projetés ici, entre les ombres invisibles des djihadistes et celles des falaises de grès de cet ancien haut lieu des grimpeurs occidentaux, ces jeunes recrues sont pour la plupart passées par un « parcours type ». Elles ont d’abord eu droit à de la formation dispensée par l’UETM, une mission de l’Union européenne, créée en 2012. Elles ont ensuite été prises en main, début décembre, par des militaires français issus du 1er régiment de tirailleurs d’Epinal et de la 7brigade blindée de Besançon. Objectif : les entraîner au combat rudimentaire en pick-up et à moto, afin de les associer à une opération d’envergure, début 2021.

Progrès précaires

Cette scène d’encouragements aurait dû avoir lieu plus tôt. La montée en puissance de l’armée malienne a toujours été considérée comme indispensable au succès des opérations françaises, depuis que Paris a envoyé ses troupes sauver l’Etat malien des assauts djihadistes. D’abord sous la bannière de « Serval » en 2013, puis sous celle de « Barkhane », à partir en 2014. Mais, depuis, les progrès sont précaires. « On a fait le tour du cadran, on doit désormais aller de l’avant. Un certain nombre d’échéances se profilent », considère le général Lecointre, que Le Monde a pu suivre durant sa septième tournée au Sahel en trois ans.

Le chef d’état-major des armées ne s’en cache pas. Il pousse depuis un certain temps pour un retrait partiel de ses troupes : « Dès que je pourrai limiter le niveau d’engagement de mes armées, je le ferai », assume-t-il. Soucieux du poids des mots, le général Lecointre insiste cependant sur le fait qu’il n’y aura pas de« désengagement » au Sahel, juste une « évolution » de cet engagement. La décision est en réalité aujourd’hui essentiellement entre les mains de l’Elysée. De ces discussions, rien n’a filtré jusqu’à présent.

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Sur les modalités de cet éventuel retrait, le chef d’état-major des armées se montre d’ailleurs prudent. « Je ne sais pas à quel rythme, ni sous quels procédés [se fera cette évolution], mais ce sera durable. Il faut le faire intelligemment pour ne pas, notamment, que les Russes ou les Chinois viennent occuper le vide qu’on aura laissé », prévient-il. Une décision qui dépend en partie des signaux que pourrait envoyer, à partir de janvier 2021, le nouveau président américain Joe Biden vis-à-vis des engagements militaires de son pays en Afrique.

Aucun calendrier arrêté

Aucun calendrier n’est donc officiellement arrêté côté français pour annoncer une éventuelle réduction de la voilure au Sahel. Plusieurs rendez-vous pourraient toutefois être l’occasion de faire les comptes pour l’opération « Barkhane ».

Le premier est imminent. Le 13 janvier marquera le premier anniversaire du sommet de Pau. Il y a un an, face au délitement de la situation sur le terrain et après la mort de treize soldats français, le 25 novembre 2019, lors d’une collision entre deux hélicoptères, Emmanuel Macron avait envoyé 600 nouveaux militaires. Il était convenu de faire le bilan un an plus tard.

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L’autre rendez-vous qui approche est la campagne pour la présidentielle de 2022. A ce jour, le poids des morts pour la France – 44 depuis 2013 – « n’entre pas en ligne de compte » pour « décider de rester ou partir », assure le général Lecointre. En Afghanistan, où la France a été engagée plus de dix ans, près de 90 soldats sont décédés entre 2001 et 2012. Dans les Balkans, où les forces françaises ont été déployées de 1992 à 2014, ils avaient dépassé la centaine.

L’appréciation politique de ces chiffres pourrait toutefois évoluer à mesure que se rapprochera l’échéance symbolique des « dix ans » d’engagement de la France sur zone. Preuve de cette politisation en devenir des enjeux sahéliens, la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat a annoncé, le 9 décembre, un débat en séance publique sur « Barkhane », en février.Article réservé à nos abonné

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Inquiétudes diplomatiques et stratégiques

Dès 2018, le chef d’état-major des armées avait bien pris les devants de l’Assemblée nationale : « Je ne pense pas qu’il soit possible de régler le problème au Mali en moins de dix à quinze ans, si tant est que nous le puissions. » Mais, aujourd’hui, d’autres contingences sont venues complexifier cette projection. A commencer par des inquiétudes diplomatiques et stratégiques, en raison, notamment, des manœuvres de la Russie et de la Turquie en Méditerranée orientale.

« Ce que nos soldats gagnent ici en aguerrissement, ils le perdent en capacité à faire de la haute intensité [en cas de conflit majeur avec beaucoup de moyens technologiques] », résume, avec des mots choisis, le général Lecointre. Paradoxe cruel de cette guerre au Sahel : les difficultés qu’y affronte « Barkhane » sont essentiellement d’ordre logistique. Concrètement, le défi est surtout de maîtriser les distances, la chaleur et l’éparpillement de troupes partenaires, dont le niveau d’entraînement, de moyens et de discipline – des exactions sont régulièrement constatées – est souvent très disparate.

Dans l’espoir de contrôler ce territoire grand comme dix fois la France, le poste de commandement principal de « Barkhane » est basé à N’Djamena, au Tchad. Mais le « cœur du réacteur », la base d’où décollent la plupart des avions de chasse et les drones, est située à Niamey (Niger). « Barkhane » s’appuie par ailleurs sur un archipel d’unités de l’armée malienne, de casques bleus et d’autres postes avancés français qui vont jusqu’à la Mauritanie. Les avions escortant les troupes au sol ont souvent des missions de six heures, durant lesquelles ils doivent être ravitaillés en vol jusqu’à trois ou quatre fois…

Autre paradoxe de l’équation délicate dans laquelle s’inscrirait un éventuel retrait français : les succès militaires ont été nombreux ces derniers mois. Plusieurs figures djihadistes ont été éliminées, tel Abdelmalek Droukdel, chef d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI)« Je ne dis pas que c’est parfait, mais il y a une forte attrition », considère le général Lecointre. Les capacités de résurgence des djihadistes n’en demeurent pas moins fortes et, à défaut d’avoir gardé la mainmise sur un territoire, ils ont désormais étendu leurs capacités d’actions jusqu’en Côte d’Ivoire.

Partenariats avec des pays européens

En attendant, les officiers français s’accrochent aux signaux permettant d’espérer que les choses sont malgré tout « sur le bon chemin », comme le défend le général Marc Conruyt, commandant de l’ensemble de la force « Barkhane » depuis juillet. A l’image de ces quelques partenariats avec des pays européens. En vigueur depuis le début de l’opération, ils se sont renforcés depuis deux ans avec l’apport de nouveaux hélicoptères anglais, danois, une poignée de militaires estoniens, et bientôt des contingents tchèque et suédois. Le tout sous la bannière d’une task force baptisée « Takuba ».

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Autre signe de satisfaction dans ce paysage compliqué : la sortie de terre, à Bamako, après plus deux ans d’errance, d’un véritable QG pour le « G5 Sahel ». Cette coalition de cinq pays (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), créée en 2017 dans l’objectif de mieux coordonner leurs armées respectives, n’avait plus aucun poste de commandement visible depuis 2018, à la suite d’un attentat ayant détruit ses locaux. Depuis le mois de juin, le G5 Sahel dispose enfin d’une base, avec place d’armes, drapeaux et préfabriqués aux normes OTAN.

Pour tenter de renforcer les armées du G5 Sahel, et alors que l’aide au développement n’a pas produit les effets escomptés depuis huit ans, un travail a aussi été engagé pour améliorer leur coordination dans des domaines aussi sensibles que le partage de renseignement, ou la simple standardisation des uniformes et des équipements. L’entretien des 4 × 4, par exemple, est aujourd’hui un casse-tête pour mécanicien. Un « partenariat opérationnel » a été signé à ce titre, en début d’automne, à Dakar, au Sénégal.

Il y a, enfin, les casques bleus de la Mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), créée en 2013, qui représente une force de près de 13 000 hommes. En raison du très strict mandat onusien en matière de « maintien de la paix », ces casques bleus se sont souvent retrouvés à compter les morts, tout en pâtissant des rancœurs des populations civiles. Rien que dans ses rangs, la Minusma a déploré entre 11 et 25 morts par an lors d’attaques. Son cadre juridique d’intervention serait toutefois en train d’évoluer, afin de lui permettre plus de « mobilité » et de « rapidité », selon la Minusma.

Gages de façade

Depuis septembre 2019, dans un bureau situé au sein de l’état-major malien, à Bamako, une poignée d’officiers français tentent, enfin, pour leur part, d’aider les Maliens à mettre sur pied une « planification opérationnelle ». En clair, un plan de recrutement, d’entraînement et de rotations des effectifs. Aujourd’hui, un soldat malien n’a que dix jours de congé tous les six mois. Il n’y a pas toujours de listes nominatives des effectifs, et le paiement des soldes est à l’avenant. Sauf pour les officiers, pour lesquels a débuté la bancarisation des salaires.

« Nous souhaitons que les Maliens nous aident à les aider. Il y a du travail », a lâché sans ambages le général Lecointre à la presse malienne à l’issue d’une rencontre avec le président de la transition Bah N’Daw, le 11 décembre, à Bamako. Comme d’autres, le chef d’état-major des armées regrette les gages de façade donnés, selon lui, à la communauté internationale par les équipes de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, renversé par un coup d’Etat en août. « A chaque fois que je viens, je le dis : il n’y a pas de rente de situation. Il faut toujours rappeler que l’on va lâcher le porte-bagages », insiste-t-il.

Alors que beaucoup d’opérations de « Barkhane » passent par l’usage de drones armés, le général Lecointre assure que les risques de victimes collatérales sont limités : « Cela peut arriver, mais si on ne les maîtrisait pas [ces risques], vous le sauriez », argue-t-il. Les djihadistes s’empresseraient de communiquer sur le sujet, selon lui. A ce titre, à l’état-major des armées, on assume s’être lancé de manière déterminée dans la guerre informationnelle sur la zone Afrique. Particulièrement depuis que les Russes ou les Turcs affichent ostensiblement leurs ambitions sur le terrain. « On est attentifs à ce qu’ils veulent faire mais, pour l’instant, ils ne nous inquiètent pas », nuance toutefois le général Lecointre.

Reste la question des éventuelles négociations entre l’exécutif malien et les forces djihadistes. Sur ce point, le chef d’état-major des armées assume : « On ne négociera jamais avec les terroristes. Mais il faudra bien trouver une solution politique. Un soldat doit savoir pactiser. C’est un devoir. Pour moi ce n’est pas une question morale. On ne pourra pas faire la paix au Mali sans une vaste réconciliation qui dépasse les critères occidentaux. C’est ma conviction. »

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Elise Vincent(Niamey, Niger, Gao, Hombori, Bamako, Mali, envoyée spéciale)

Paris s’oppose au dialogue avec les chefs djihadistes au Sahel

France et Mali divergent sur l’opportunité de négocier avec les forces islamistes, mais les esprits évoluent

Par Cyril BensimonPublié hier à 10h55, mis à jour hier à 13h27  

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Manifestation contre la Mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et l’opération « Barkhane », le 19 août 2020 à Bamako.
Manifestation contre la Mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et l’opération « Barkhane », le 19 août 2020 à Bamako. ANNIE RISEMBERG / AFP

Négocier avec les djihadistes, est-ce une option pour sortir d’une guerre qui n’en finit pas ? En tel cas, quelles sont les concessions que les autorités seraient prêtes à accorder à un ennemi intérieur qui combat sur le terrain militaire mais aussi sur celui des valeurs sociétales ? Au Mali, ces questions sont posées depuis plusieurs années. Le principe de l’ouverture d’un dialogue avec les groupes islamistes armés qui sévissent principalement dans le nord et le centre du pays a été acté en 2017 et réitéré ces derniers jours par le premier ministre de la transition. Dans un entretien le 3 décembre à France 24 et à RFI, Moctar Ouane a exprimé le souhait de son gouvernement « d’engager le dialogue avec tous les enfants du Mali sans exclusive », celui-ci découlant d’une volonté d’« être en phase avec la volonté des Maliens et de tenir compte des réalités nationales ».

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Jusqu’ici, la France s’est montrée fermement opposée à l’ouverture de pourparlers avec ceux qu’elle désigne comme « groupes armés terroristes ». « Avec les terroristes, on ne discute pas. On combat », a sèchement résumé Emmanuel Macron dans une longue interview donnée fin novembre à Jeune Afrique. Un condensé de la position constamment défendue par Paris. Ainsi, en avril 2017, la Conférence d’entente nationale, un vaste conclave censé réunir les différentes composantes du pays, avait préconisé de « négocier avec les belligérants du centre, en l’occurrence Ahmadou Koufa », le chef de la katiba Macina, et « les extrémistes religieux du nord, en l’occurrence Iyad Ag Ghali », devenu depuis l’émir du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Jean-Marc Ayrault, alors à la tête de la diplomatie française, avait dans la foulée été dépêché à Bamako pour signaler l’opposition de Paris à une telle initiative.

Reste que, malgré le refus de son principal allié militaire, le Mali n’a pas renoncé à l’ouverture de pourparlers directs avec les djihadistes. Ce souhait a été répété fin 2019 lors du Dialogue national inclusif puis assumé en février par le président Ibrahim Boubacar Keïta (« IBK »). Tout en se disant « sans aucune grande naïveté »sur les chances de parvenir à un accord inspiré par la politique de « concorde civile » mise en œuvre en Algérie, le chef de l’Etat, depuis renversé par un putsch, expliquait sa volonté de « créer tous les espaces possibles et de tout faire pour que, par un biais ou un autre, on puisse parvenir à quelque apaisement que ce soit. Parce que le nombre de morts aujourd’hui au Sahel devient exponentiel, je crois qu’il est temps que certaines voies soient explorées »

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Aucune démarche engagée

Après le très influent imam Mahmoud Dicko, qui estime qu’il faut « récupérer ceux qui sont Maliens afin de tarir l’environnement de ceux que l’on ne contrôle pas », l’ancien président de transition Dioncounda Traoré (2012-2013) avait été mandaté il y a un an pour « écouter tout le monde ». Des contacts ont été établis avec l’assentiment des autorités, avant d’être brutalement interrompus. Des initiatives locales ont vu le jour dans le centre; des négociations directes pour des libérations d’otages – comme celles de Sophie Pétronin, de l’opposant Soumaïla Cissé et de deux Italiens en octobre – ont été menées entre les services de renseignement maliens et les patrons du GSIM, toujours implantés dans le nord du pays.

Cependant, selon des sources concordantes, à ce jour, aucune démarche n’a été engagée, aucun dispositif n’a été installé pour nouer un dialogue politique avec les islamistes armés. Après la main tendue par « IBK », Iyad Ag Ghali avait posé comme seul préalable à l’ouverture de négociations « la fin de l’occupation raciste et arrogante des croisés français » et le départ des casques bleus de la Minusma. Quelques années plus tôt, en 2016, le principal acteur du djihadisme au Sahel s’était dit prêt à un cessez-le-feu proposé par l’imam Dicko, à condition que la charia, la loi islamique, soit imposée sur l’ensemble du Mali, pays dont il reconnaît l’intégrité territoriale.

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« Demander le départ des soldats de “Barkhane” peut être une position de principe à l’entame de discussions, sachant que la France ne le fera pas dans l’immédiat car cela sera interprété comme une défaite, analyse un négociateur de l’ombre. La clé est sûrement à trouver dans des dispositions pratiques qui permettront de passer d’une République laïque à une République islamique comme celle existant en Mauritanie, en réfléchissant à la place de la charia, des cadis [les juges islamiques]. Cela avait déjà été évoqué lors des négociations de Ouagadougou en 2013. »

« Il est possible, poursuit une source à la présidence malienne, que les djihadistes ne croient pas eux-mêmes au dialogue, mais si jusqu’ici le pouvoir n’a pas voulu dans les projets de révision constitutionnelle toucher au caractère laïque de la République, dans les cercles religieux se pose depuis plusieurs années la question de faire de l’islam la religion d’Etat car c’est une réalité de fait au Mali. »

« Agenda de terreur »

Du côté de Paris, si se dessine dans un premier temps une réduction du nombre de soldats après l’envoi de renforts consécutif au sommet de Pau en janvier, les principes affichés jusqu’ici n’ont pas fondamentalement évolué. « L’Etat islamique au Grand Sahara n’est pas soluble dans la négociation. Seule une réponse militaire peut être opposée à son agenda de terreur, prévient un officiel de haut rang. Concernant le GSIM [dont les positions se sont grandement élargies ces derniers mois], son état-major est un relais des dirigeants centraux d’Al-Qaida dont le seul but est de créer un hub djihadiste pour s’en prendre aux intérêts occidentaux dans le golfe de Guinée. Iyad Ag Ghali est une cible d’action, pas un partenaire de négociation. Croire que l’on va régler le problème en dialoguant avec lui nous parait aussi erroné que dangereux. »

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A ce discours martial, concrétisé sur le terrain par l’élimination régulière des têtes du GSIM, comme l’opération ayant tué le 10 novembre Bah Ag Moussa, le « chef militaire » de l’organisation, cette source introduit une inflexion : « Le GSIM est une sédimentation de plusieurs tendances dont une bonne partie des effectifs peut être soluble dans une solution politique. Nous n’avons aucune raison d’entraver des mécanismes de discussion qui peuvent faire baisser la tension. Aujourd’hui, Ahmadou Koufa n’est plus dissociable d’Iyad mais, si demain Iyad n’est plus là, il pourrait jouer une carte personnelle. »

Nombre de militaires impliqués dans les opérations au Sahel laissent désormais entendre que seule une négociation avec certaines franges djihadistes permettra de sortir d’un conflit aujourd’hui sans horizon de paix.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Les forces spéciales françaises ont tué et enterré le chef d’AQMI dans le désert du nord du Mali

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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