Comment assurer la relève et accompagner les équipes de soins à l’hôpital et dans les EHPAD ?

Recrutement : Ehpad et hôpitaux s’organisent pour « tenir »

Face à une crise au long cours, les établissements de santé renouvellent leurs stratégies pour assurer la relève et accompagner les équipes. 

Par François Desnoyers

Publié aujourd’hui à 07h00, mis à jour à 09h23  

https://www.lemonde.fr/emploi/article/2020/12/02/covid-19-ehpad-et-hopitaux-revoient-leurs-pratiques-de-recrutement-pour-tenir_6061874_1698637.html

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« Les aides-soignantes et les infirmières ? Tout le monde se les arrache ! » Dans cet établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) du Sud-Ouest, la directrice consulte chaque matin avec anxiété les réponses aux offres d’emploi qu’elle a diffusées. Les retours sont peu nombreux. Les besoins sont pourtant urgents, afin de soulager des équipes qu’elle dit « exténuées ». Mais les profils recherchés sont rares et la concurrence fait rage entre établissements – hôpitaux, Ehpad, etc.

Le phénomène n’est pas nouveau : le marché de l’emploi est en tension dans les Ehpad depuis de nombreuses années. Mais la crise liée au Covid-19 a donné une ampleur inédite à ces difficultés. Au cœur de la seconde vague, beaucoup d’établissements souffrent. « Les équipes sont épuisées par le traumatisme du printemps, constate Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées (Synerpa). Dans le même temps, si les tests réguliers nous permettent d’avoir une vision précise du personnel contaminé, ils peuvent entraîner des diminutions rapides d’effectif avec la détection de cas asymptomatiques qui sont placés en septaine. Un établissement peut perdre un quart de son personnel en quelques jours. »

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Face à l’augmentation de l’absentéisme dans certaines structures, des dispositifs ont été mis en place. « Les professionnels libéraux bénéficient par exemple d’une mesure incitative : leurs actes sont surcotés lorsqu’ils nous prêtent main-forte en Ehpad », explique Mme Arnaiz-Maumé. Les pouvoirs publics souhaitent, par ailleurs, lancer des formations courtes, de deux semaines, pour que des agents puissent rapidement épauler les aides-soignants dans leurs missions. Le Synerpa a en outre travaillé sur la question de la formation : il a conçu en Occitanie un cursus de trois mois pour devenir « accompagnant en gérontologie » et demande aujourd’hui qu’il soit reconnu à l’échelle nationale.

Salaires à la hausse

Les établissements peuvent aussi recourir à l’intérim. « Mais ce n’est pas toujours possible, constate Didier Meyrand, directeur de l’Ehpad Les Monts du matin, dans la Drôme. Les agences avec lesquelles nous travaillons subissent également la tension actuelle : elles n’ont plus un seul candidat aide-soignant ou infirmier. »Comment, dès lors, recruter ? L’arrivée de la deuxième vague l’a convaincu de se saisir du levier de la rémunération. Les salaires proposés ont été revus à la hausse : 1 800 euros net par mois minimum pour un aide-soignant (contre 1 600 euros net jusqu’alors), 2 200 euros net minimum pour un infirmier. Le dispositif a fonctionné : des recrutements ont rapidement pu se concrétiser.

Les difficultés observées dans les Ehpad se retrouvent dans nombre d’hôpitaux français. Au centre hospitalier intercommunal (CHI) d’Elbeuf-Louviers-Val de Reuil (Seine-Maritime), la deuxième vague a pris de l’ampleur alors que l’établissement tentait, avec peine, de recruter. Face à l’urgence, il a cherché, comme d’autres organisations, à renouveler ses pratiques.

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Pour gagner en visibilité, le CHI a envoyé une « bouteille à la mer » : un clip présentant ses services et invitant à rejoindre ses équipes a été posté sur les réseaux sociaux. Fortement relayé, il a permis de recevoir 160 CV. « Une vingtaine de recrutements sont en cours », précise-t-on au centre hospitalier, où l’on se dit « soulagé ».

Au sein du centre hospitalier d’Avignon (Vaucluse), particulièrement touché par la deuxième vague, on a aussi connu des tensions sur le recrutement. L’établissement s’est appuyé sur de multiples leviers pour tenter d’adapter ses ressources aux besoins : embauche de contrats courts depuis août, retour de retraités mais aussi d’agents suivant une formation ou de syndicalistes renonçant à leur détachement… L’hôpital a pu tenir. « Mais après ? », s’interroge Christophe Del Rey, secrétaire général FO du site. « Les gens viennent au combat mais sont résignés. Et il y a beaucoup de lassitude, d’épuisement. »

Ecoute aux soignants

Son interrogation fait écho à une autre, posée dans de nombreux établissements : comment tenir sur le long terme ? Car au-delà du reflux de la deuxième vague, la tension restera forte sur les professionnels de santé durant encore de long mois. C’est toute la question de l’accompagnement des équipes en place qui se pose donc aujourd’hui. Des équipes particulièrement exposées, comme le note Simon Lefebvre, le DRH du Centre hospitalier d’Avignon : « Dans ce contexte de crise, les changements de service que nous pratiquons sont très impactants et stressants pour le personnel. Il faut intégrer une équipe, un environnement de travail, se saisir de techniques parfois nouvelles. »

Pour « tenir sur la longueur », il s’appuie notamment sur le « renforcement des équipes » orchestré depuis le mois d’août. « Nous cherchons aussi à prévenir l’épuisement en essayant de limiter les suppressions de congés et en ménageant les temps de repos », poursuit-il.

Comme dans de nombreux établissements, l’accompagnement consiste également à apporter une écoute aux soignants. « Nous avons renforcé les maraudes de psychologues qui sont présents dans les services de manière informelle », poursuit M. Lefebvre. De telles « maraudes » ont aussi été mises en place au CHI d’Elbeuf.

L’établissement normand a par ailleurs cherché à soutenir les soignants confrontés à des décisions médicales difficiles. Le comité éthique du centre hospitalier a ainsi créé une cellule consacrée aux prises en charge des patients atteints du Covid, qui fournit une aide au raisonnement médical. Elle permet aussi une réflexion et une prise de décision collectives. Cela afin de ne pas faire porter aux médecins, seuls, le poids de certains choix. Et de tenter ainsi de limiter, parmi eux, l’apparition de troubles psychologiques.Chiffres

80 % des établissements hospitaliers publics cherchaient activement à renforcer leurs effectifs durant la seconde quinzaine d’octobre (enquête Fédération hospitalière de France)

93 % des établissements publics de santé cherchant à recruter rencontraient des difficultés, selon cette même enquête.

+ 1,8 % c’est l’augmentation de l’absentéisme dans les Ehpad du secteur public hospitalier en 2020 (de janvier à septembre) par rapport à 2019 (enquête Fédération hospitalière de France)Voir plus

François Desnoyers

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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