Pour la HAS, les premières doses de vaccin disponibles iront aux personnes âgées vivant en établissement et à leurs soignants.

Covid-19 : les Ehpad, cibles prioritaires de la future campagne de vaccination

La Haute autorité de la santé a recommandé, lundi 30 novembre, de réserver les premières doses de vaccin disponibles aux personnes âgées vivant en établissement et à leurs soignants. 

Par Nathaniel Herzberg  Publié aujourd’hui à 19h11, mis à jour à 20h54

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/30/covid-19-les-ehpad-cible-prioritaire-de-la-future-campagne-de-vaccination_6061701_3244.html

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Les Ehpad d’abord. Ses résidents mais aussi ses personnels. Dans des recommandations préliminaires rendues publiques lundi 30 novembre, la Haute Autorité de la santé (HAS) a tranché le débat portant sur « la stratégie de priorisation des populations à vacciner » contre le Covid-19. Alors que l’Agence européenne des médicaments devrait prochainement examiner les deux premiers vaccins sortis avec succès de la phase 3 des essais cliniques – ceux du duo Pfizer-BioNTech et de Moderna –, la HAS se devait de préparer « l’arrivée des toutes premières doses (…) compte tenu du nombre limité de doses qui seront disponibles au démarrage de la campagne de vaccination », a expliqué sa présidente, Dominique Le Guludec.

Au cours d’un point presse en ligne, elle a détaillé les « cinq phases progressives »de déploiement des vaccins, avec une ligne directrice : « Protéger en priorité les plus vulnérables et ceux qui s’en occupent afin de diminuer les formes graves, les hospitalisations et les décès. » Premiers concernés, donc, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes.

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Daniel Floret, vice-président de la commission technique de vaccination de la HAS, justifie ce choix : « Les Ehpad ont pesé très lourd dans la mortalité enregistrée jusqu’ici. On y retrouve des personnes qui cumulent les risques liés à l’âge, aux comorbidités et à la promiscuité qui rend les gestes barrières parfois difficiles à respecter. » Selon la HAS, 750 000 personnes seraient concernées, auxquelles il convient d’ajouter quelque 90 000 à 100 000 personnels soignants au contact de celles-ci. « Là encore, la priorité sera donnée aux personnels les plus à risque, plus âgés ou qui présenteraient des comorbidités », poursuit-il.

Un calendrier différent de celui du conseil scientifique

La deuxième phase devrait concerner les personnes de plus de 65 ans, en commençant par les plus âgées, insiste M. Floret. « Parmi tous les facteurs de risque, l’âge domine largement », défend le professeur émérite de pédiatrie. Les plus de 75 ans passeront donc les premiers, puis les 65-74 ans avec comorbidité, et enfin l’ensemble des 65-74 ans. S’y ajouteront « les professionnels du secteur de la santé, du médico-social et du transport sanitaire âgés de 50 ans et plus et/ou présentant une ou plusieurs comorbidités », précise la HAS.

La troisième phase concernera tous les plus de 50 ans. « C’est l’âge où l’on voit une première réelle augmentation du risque », explique Daniel Floret. Ils seront accompagnés des professionnels des secteurs de la santé et du médico-social qui n’auraient pas déjà été vaccinés ainsi que des secteurs dits « essentiels » (sécurité et éducation notamment).

Ce calendrier tranche avec celui envisagé par le conseil scientifique. Dans un avis émis le 9 juillet, la structure créée par le gouvernement afin de l’éclairer pendant la pandémie avait placé, au premier rang, avec une « priorité très élevée », les« personnels de santé », puis les professions au contact avec le public, et ensuite seulement les personnes âgées. Une opposition que l’on retrouve actuellement aux Etats-Unis : le gouvernement souhaite vacciner d’abord les personnes à risque alors que les Centers for Disease Control proposent de prioriser les équipes soignantes.

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Pour la HAS, c’est donc dans un quatrième temps que la vaccination serait étendue « aux professionnels dont l’environnement de travail favorise une infection (contacts réguliers du public, milieu clos) » et aux « personnes vulnérables ou précaires ayant un pronostic moins favorable en cas d’infection par le Covid-19 (résidents en hôpital psychiatrique, sans-domicile fixe, détenus…) ».

Enfin, dans un cinquième temps, « sous réserve que les allocations de doses vaccinales auront été suffisantes pour vacciner chacune des populations prioritaires, la vaccination des personnes de plus de 18 ans et sans comorbidités pourrait alors être initiée », indique la HAS.

Les mineurs écartés du dispositif

Dans toutes ces catégories, la vaccination restera un acte volontaire. Dans son document, la Haute Autorité souligne qu’elle ne recommande pas de rendre celle-ci obligatoire, « que ce soit pour la population générale ou pour les professionnels de santé ». Elle « insiste », en revanche, sur la nécessité d’une « information claire et accessible des publics à toutes les phases de mise à disposition des vaccins ».

Une catégorie se voit écartée du dispositif : les mineurs, et plus particulièrement les adolescents. Daniel Floret s’en explique : « D’abord, ils ne font pas de formes graves. Or, notre logique a été la prévention des formes graves et des décès. Certes, ils peuvent transmettre la maladie à des personnes fragiles, mais, pour le moment, nous n’avons pas de preuve que les vaccins, efficaces contre l’apparition des symptômes, préviennent aussi l’infection et la transmission. Si nous obtenions cette preuve, nous reverrions sans doute notre stratégie. A condition toutefois que les vaccins obtiennent une autorisation de mise sur le marché pour les mineurs. Pour le moment, ça ne sera pas le cas car les essais cliniques n’ont pas inclus de mineurs. »

Ces recommandations ne sont que « préliminaires », rappelle la HAS. Un premier jalon dans une stratégie nécessairement « évolutive ». D’autant que des questions demeurent. Quelle durée d’immunité ? Quels éventuels effets indésirables à moyen et long terme ? « On le saura quand le vaccin sera utilisé en population générale », admet Daniel Floret. Autre question encore sans réponse, la date d’arrivée des premières doses. L’Union européenne, qui distribuera la manne aux Etats membres, table sur fin décembre-début janvier. L’Agence européenne des médicaments devait recevoir, lundi 30 novembre, son premier dossier de demande d’autorisation conditionnelle de mise sur le marché de la part de l’américain Moderna

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Nathaniel Herzberg

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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