Chrétiens, juifs et musulmans s’adaptent et se tournent vers une pratique plus intime de leur foi.

« On doit se contenter de la prière seul ou en famille » : les croyants à l’épreuve du Covid-19

Alors que les offices religieux restent limités, chrétiens, juifs et musulmans s’adaptent et se tournent vers une pratique plus intime de leur foi. 

Par Marie Slavicek  Publié aujourd’hui à 17h13, mis à jour à 19h35

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Des vendredis sans prière à la mosquée ; des shabbats sans office à la synagogue ; des dimanches sans messe ou sans culte. Le 30 octobre, reconfinement oblige, les cérémonies religieuses ont été interdites pour tenter d’endiguer l’épidémie de Covid-19. Et les croyants ont été renvoyés à une pratique individuelle ou familiale de leur foi.

Depuis le 28 novembre, les fidèles peuvent de nouveau vivre leur religion en communauté. Mais ces rendez-vous collectifs restent, pour l’heure, très encadrés : le gouvernement a limité la participation aux offices religieux à 30 personnes. Une jauge jugée trop restrictive par le Conseil d’Etat, qui a ordonné à l’exécutif de modifier son décret et de revoir cette capacité d’accueil à la hausse d’ici au 2 décembre.

En attendant, ces dernières semaines, chrétiens, juifs et musulmans ont dû se résigner et adapter leurs pratiques. Pour beaucoup, la voie vers Dieu est passée par Internet. Parmi les témoignages recueillis par Le Monde lors d’un appel à témoignages, de nombreux catholiques citent la chaîne YouTube KTO, et plusieurs musulmans, la radio en ligne MouslimRadio. Dans certaines paroisses, des groupes WhatsApp ont aussi été mis en place pour maintenir le lien entre croyants.

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« Je suis catéchumène [personne qui n’est pas encore baptisée et qui s’instruit pour le devenir]. Ma préparation au baptême est chamboulée par le coronavirus, mais ma foi reste intacte. Mon cheminement se poursuit malgré tout, en visio avec mon accompagnatrice. On innove », résume Ségolène, une Parisienne de 32 ans.

Privés d’offices, des fidèles reconnaissent une « période douloureuse », un « manque réel », voire un « véritable crève-cœur ». Mais la grande majorité des témoignages recueillis par Le Monde comprend et approuve la décision prise par le gouvernement. C’est le cas de Mathieu, 35 ans, qui se dit « très agacé » de voir certains de ses coreligionnaires se rassembler sur des parvis d’église pour réclamer le retour des messes sans restrictions. « Des gens meurent de cette maladie ! La religion catholique nous apprend à être attentif aux besoins des autres, pas à penser à notre petit confort avant tout », dit ce Toulousain.

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« Une période d’ascèse »

Joseph, enseignant à Paris, s’accommode lui aussi de mesures prises « pour notre bien », même s’il reconnaît avoir ressenti « un pincement » à leur annonce :

« Le judaïsme n’est pas seulement une religion, c’est aussi et surtout une façon de vivre. Certes, la synagogue a une place importante, mais ne plus y aller ne nous empêche pas de prier, de manger casher, d’étudier ou de respecter le shabbat chez soi. Dans la Torah, la vie prime sur tout et respecter la loi du pays est également un de nos principes. »

Pour ce professeur d’anglais de 28 ans, le confinement a même été l’occasion de renforcer son ancrage spirituel. « Sur le plan religieux, ça m’a permis de redécouvrir le sens profond de la prière, parfois récitée machinalement : c’est, en réalité, un instant privilégié avec le Créateur qui, de son haut lieu, tend l’oreille à nos doléances, aussi minimes soient-elles ! » 

D’autres parlent d’« une période d’ascèse », d’« une retraite intérieure », voire d’« un moment pour recentrer [s]a foi »« La religion et Allah m’ont aidé à traverser des semaines très dures psychologiquement », confie Alihan, qui a trouvé du « réconfort » dans les cinq prières quotidiennes de l’islam. « Ma foi en sort renforcée », assure ce jeune chargé de clientèle.

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A l’inverse, ce nouveau confinement a été, parfois, synonyme de « souffrances » et de « privations » sur le plan religieux. Muriel, 44 ans, qui se qualifie de « catho mesurée », a vécu l’arrêt des messes dominicales comme « un challenge »« Ma dernière fille va bientôt faire sa première communion, sans nous. La célébration sera filmée et retransmise en direct. C’est un vrai déchirement pour moi », ajoute cette mère de famille.

« Pour nous, catholiques, c’est le moment-phare de la semaine », abonde Adela, 24 ans, qui évoque « une relation à Dieu plus difficile »« Les rites physiques, comme la consommation de l’hostie, nous en avons besoin pour nourrir notre foi », ajoute la jeune femme, qui a « soif » de ces moments collectifs. « Nous ne pouvons plus nous confesser, participer à nos groupes de formation à la foi. Nous devons nous contenter de la prière seul ou en famille. Si cette pratique est importante, elle n’est pas suffisante », tranche-t-elle.

Messes en catimini

Jean (le prénom a été modifié), 42 ans, n’a tout simplement pas réussi à faire sans. Ce cadre supérieur, « marié et père de cinq enfants », habite dans le Limousin. Dans la petite paroisse rurale où il vit, le curé a continué de célébrer les services religieux, en catimini. Lassé de suivre la messe sur Internet, Jean y a assisté deux fois :

« J’ai été très choqué du manque de compréhension du gouvernement qui a autorisé l’ouverture des magasins de bricolage mais a interdit les messes. J’ai obéi aux restrictions pendant le premier confinement. Je m’y suis refusé pour le deuxième par manque d’équité. »

Tous semblent s’accorder sur le fait que cette pratique plus intime de la religion ne peut pas remplacer l’émotion plus profonde ressentie lors d’une messe, d’un prêche ou d’un office. Et si la plupart des croyants se réjouissent de la reprise des cérémonies religieuses, pour d’autres, la question n’est pas encore d’actualité.

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« Faire son culte à la maison n’enlève pas le sentiment de la puissance de Dieu », juge ainsi Aomeur, qui se rend à la mosquée d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) « de temps en temps ». Professeur de physique, il y va avant tout « pour apprendre et enrichir [s]a pensée » : « Tant que le virus circulera, je n’y retournerai pas, même si le gouvernement l’autorise. C’est un principe de précaution que j’applique à moi-même et pour les autres. »Notre sélection d’articles sur le coronavirus

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Marie Slavicek

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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