Polémique à propos des Infirmières de Pratique Avancée (IPA) entre P. Pelloux et une infirmière (Julie Devictor – La CNP des IPA)

IPA aux urgences : « la fin des médecins »? La réponse cinglante d’une infirmière en pratique avancée à Patrick Pelloux 

Par Aveline Marques le 27-11-2020 

Dans un communiqué du 25 novembre, l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), présidée par le médiatique Dr Pelloux, se dit « scandalisée » par la création du métier d’infirmière en pratique avancée (IPA) aux urgences, en cours de discussions au ministère. Interrogée par Egora, la présidente de la CNP des infirmiers en pratique avancée dénonce des « contre-vérités ».

« Quand vous irez aux urgences, vous ne verrez plus de médecin, vous verrez des infirmières de pratique avancée. Quand vous appellerez le Samu, ce sera plus des médecins que vous aurez dans les véhicules, ce sera des infirmières de pratique avancée. » Face caméra, sur Instagram, le médiatique Dr Pelloux alerte sur les potentielles dérives de la création prochaine d’IPA aux urgences, signe selon lui de « l’ubérisation du monde médical » et de l’avènement d’une « médecine low cost ».

https://www.instagram.com/tv/CH8TdQBqfqr/embed/captioned/?cr=1&v=13&wp=540&rd=https%3A%2F%2Fwww.egora.fr&rp=%2Factus-pro%2Fparamedicaux%2F62517-ipa-aux-urgences-la-fin-des-medecins-la-reponse-cinglante-d-une%3Fnopaging%3D1#%7B%22ci%22%3A0%2C%22os%22%3A1067%2C%22ls%22%3A900%2C%22le%22%3A900%7D

« Au lieu d’avoir par exemple huit médecins urgentistes pour faire tourner une ligne de garde H24 dans un service d’urgence, on en mettra deux et les infirmières travailleront avec les fameux protocoles », illustre-t-il. « ça fait 35 ans que je fais ça, il n’y a pas un malade qui ressemble à un autre, c’est super compliqué »,souligne-t-il. « Ils sont juste entrain de casser la médecine d’urgence », déplore-t-il. « Le drame absolu, c’est que les quartiers riches, vous aurez des médecins, les quartiers pauvres, vous aurez des infirmiers protocolisés de pratique avancée », achève-il, après avoir dénoncé pêle-mêle la casse du service public, le numerus clausus, mais aussi le maintien de la liberté d’installation.

De quoi parle-t-il exactement ? Dans son communiqué du 25 novembre, l’Amuf évoque la reprise de négociations sur la mise en place des IPA aux urgences, mesure issue du Pacte de refondation aux urgences de septembre 2019. Suspendues au printemps avec la crise du Covid, les discussions ont bel et bien reprises, confirme Julie Devictor, présidente de la CNP des infirmiers en pratique avancée. Mais pour le reste, la soignante s’inscrit en faux contre les propos de Patrick Pelloux

http://amuf.fr/2020/11/25/comm-presse-du-25-novembre-2020-vers-la-fin-des-medecins-urgentistes/

« Ce n’est pas quelque chose qui se fait dans l’urgence, souligne-t-elle à Egora. Les discussions ont commencé en 2018, puis après l’annonce de la création d’IPA aux urgences en 2019, des groupes de travail ont été constitués. » Objectif : établir un référentiel d’activités en janvier, afin de former les premières IPA à la rentrée 2021. Les discussions avec les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur n’écartent pas les médecins : la CNP des médecins urgentistes est représentée, tout comme celles des IPA et des infirmières de soins généraux, détaille Julie Devictor.

Dénonçant les « contre-vérités » du Dr Pelloux, qui « mélange tout » (profession intermédiaire, IPA, protocole de coopération), la présidente de l’Unipa assure qu’il n’est pas question de « remplacer » les médecins, ni les infirmières d’accueil et d’orientation, mais d’apporter « une plus-value, une complémentarité à ce qui existe déjà ». Comme les IPA en cours de formation en néphrologie, oncologie et pathologies chroniques en soins primaires, les IPA d’urgences pourront logiquement prescrire. Elles souhaitent également pouvoir poser des diagnostics, dans certaines situations, pour des « cas simples »« Mais c’est en cours de discussion », insiste-t-elle.

Enfin, pas question pour Julie Devictor d’enfermer l’IPA d’urgence dans les quatre murs du service hospitalier. La CNP des IPA souhaite aussi qu’elle puisse intervenir en soins primaires. Alors que rien n’est acté, Julie Devictor regrette amèrement l’intervention de Partrick Pelloux. « Il fait beaucoup de mal en disant que les riches seront soignés par un médecin et les pauvres par une infirmière. Il faudrait qu’il pèse ses mots », juge-t-elle.

Le Quotidien du Médecin – Dr Patrick Pelloux (AMUF) : « Les IPA, c’est l’ubérisation de la médecine »

   Secrétariat AMUF

http://amuf.fr/2020/11/27/le-quotidien-du-medecin-dr-patrick-pelloux-amuf-les-ipa-cest-luberisation-de-la-medecine/

PAR MARTIN DUMAS PRIMBAULT – PUBLIÉ LE 26/11/2020

Le président de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) est vent debout contre l’instauration du métier d’infirmière en pratique avancée (IPA) aux urgences. Il dénonce un « démantèlement » à bas bruit de l’exercice médical, alors que le débat a également fait rage ces derniers jours sur le projet de création d’une profession médicale intermédiaire, pour l’instant abandonné…

LE QUOTIDIEN : Vous êtes très opposé à l’arrivée des infirmières en pratique avancée (IPA) aux urgences, pourquoi ?

Dr PATRICK PELLOUX : Quand cette idée, inspirée des systèmes anglo-saxons, est née, il était simplement question d’une valorisation salariale pour les infirmières qui s’occupent des malades chroniques. Cette délégation de compétences avait tout son sens dans un champ qui a été fixé par le conseil national de l’Ordre des médecins : le suivi du diabète, de l’asthme, des pathologies cardiaques, etc… Cela permettait d’améliorer la prise en charge de ces malades.

Or aujourd’hui, il y a la volonté de donner aux infirmiers la possibilité de réaliser des actes qui sont médicaux : le diagnostic, les examens complémentaires et la thérapeutique. Nous y sommes opposés ! Il y a aussi la volonté de mettre les IPA dans les SMUR. Toute la singularité du système français, qui consiste à médicaliser le SAMU, est en train d’être détruite.

À moyen long terme, nous aurons des services d’urgences avec seulement un ou deux médecins. Et je n’ai aucun doute sur le fait que, bientôt, il y aura des IPA dans les quartiers populaires où on n’arrive plus à mettre de médecins. Les pauvres auront des IPA, les riches auront le droit de voir un médecin.

Vous craignez un démantèlement de l’exercice médical ?

Les IPA, c’est une sorte d’ubérisation de la médecine, par le talon d’Achille des urgences. Certains collègues ont un discours médico-économique très formalisé, très technocratique, qui consiste à vouloir optimiser le temps médical. Ils disent que nous n’accueillons que 5 % d’urgences vitales. Je suis totalement opposé à cette vision.

La pensée libérale consiste à dire que la médecine est un algorithme. L’intelligence artificielle devrait pouvoir établir un diagnostic qu’on peut ensuite faire interpréter par une IPA. Mais un médecin, c’est une somme de savoir et d’accumulation d’expériences, ce n’est pas un algorithme.

Il n’y a pas de « petite » urgence, ou de « petite » médecine. Rien ne met plus en colère un orthopédiste que de lui parler de « petite » traumatologie. Aujourd’hui, quand on veut nier l’existence d’un problème, on dit qu’il est petit. Il y a des malades qui payent des impôts pour avoir des médecins, libéraux ou hospitaliers. Le contribuable a mis du pognon depuis des années pour avoir des urgences avec des professionnels qualifiés. Et là, une certaine partie de la profession voudrait rejeter les médecins urgentistes avec leurs compétences pour mettre à leur place des infirmiers.

La majorité à l’Assemblée nationale vient d’abandonner son projet de création d’une profession médicale intermédiaire. C’est une bonne chose, non ?

Ce n’est pas passé par la porte mais ça entrera par la fenêtre. Ce nouveau métier aurait remis en cause violemment le rôle du médecin. Il faut que l’ensemble des professions médicales en France comprennent qu’une digue est en train de céder.

Nous sommes en train de revenir en arrière. Je rappelle que jusqu’au début des années 1990, aux urgences, il n’y avait pas de seniors. Vous étiez accueillis par l’externe et l’interne de garde. Nous nous sommes battus pendant 20 ans pour la seniorisation des urgences qui est intervenue en 1988.

Mais je comprends que les directeurs soutiennent ce projet car ils paieront moins cher les IPA pour faire le travail du médecin. En gros, pour le prix d’un médecin vous avez deux IPA. Je comprends aussi les universitaires qui pourront demander des postes et créer des écoles pour former ces nouvelles infirmières. Mais avec tout cela, on enlève des médecins dans les services d’urgences et c’est absolument scandaleux.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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