Glyphosate : le gouvernement renvoie la question de l’interdiction au niveau européen
Trois ans après, la promesse d’Emmanuel Macron de ne plus utiliser l’herbicide controversé n’a pas été tenue.
Par Laurence Girard et Stéphane Foucart Publié hier à 04h11, mis à jour hier à 09h04

« J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que les alternatives auront été trouvées et au plus tard dans trois ans. » Ce tweet, Emmanuel Macron l’avait envoyé le 27 novembre 2017. Il faisait suite à la décision de l’Union européenne (UE) de renouveler pour cinq ans l’autorisation de cet herbicide controversé. Paris s’était alors fixé pour objectif de sortir de l’essentiel des usages du glyphosateen 2021, avant une interdiction totale en 2023.
Les trois années ont passé et, à l’heure du bilan, l’herbicide tient toujours fermement sa position dans l’agriculture française, où il reste très utilisé en grandes cultures (céréales, colza, tournesol…) mais aussi en arboriculture et en viticulture. Un anniversaire embarrassant pour le gouvernement, qui assure mener la bataille à Bruxelles pour obtenir de l’UE qu’elle fasse barrage à sa réautorisation, prévue pour 2022.
A l’échelon national, voilà longtemps que M. Macron est revenu sur sa promesse, sous la pression de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), affirmant qu’il n’imposerait pas de sortie en l’absence d’alternative crédible.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les autorités sanitaires restreignent l’usage du glyphosate, quand des alternatives existent
En 2018, malgré d’intenses discussions au sein de la majorité, l’objectif de sortie du glyphosate n’avait pas été inscrit dans la loi alimentation. Si les désherbants à base de glyphosate, en particulier l’emblématique Roundup, ont été bannis des espaces verts publics (dès le 1er janvier 2017), puis des jardins des particuliers (dès le 1er janvier 2019), on le doit à la loi Labbé de 2014 et au renforcement des mesures dans le cadre de loi de transition énergétique de 2015.
La France, premier consommateur européen de glyphosate
A l’issue d’une réunion organisée vendredi 27 novembre avec une partie du gouvernement et des députés européens, M. Macron devait positionner la France sur cette épineuse question. Avec, comme premier élément de langage, l’annonce d’une réduction de l’usage du glyphosate de « 50 % d’ici à la fin du quinquennat », dit-on dans l’entourage du ministre de l’agriculture, Julien Denormandie. Un chiffre qui est une projection issue des nouvelles restrictions d’usage de l’herbicide annoncées début octobre par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Une projection qui, en outre, ne dit rien d’éventuels reports sur d’autres herbicides, parfois plus problématiques – mais moins médiatiques – que le glyphosate.
« Pour l’heure, les données officielles ne montrent pas de remplacement du glyphosate par le S-métolachlore, par exemple, puisque entre 2017 et 2018, les deux ont augmenté, ironise François Veillerette, directeur de l’association Générations futures. Le premier est passé de 8 858 tonnes à 9 723 tonnes et le second de 1 872 tonnes à 2 420 tonnes. Quant aux données de 2019 et 2020, elles ne sont pas encore disponibles… »Article réservé à nos abonnés Lire aussi Baisse du recours aux pesticides : des chiffres à manier avec précaution
A l’heure actuelle, selon la note diffusée dans les rangs du parti présidentiel, l’Hexagone est, de loin, le premier consommateur européen de glyphosate : près de 19 % des quantités épandues en Europe le sont sur le sol français. Premier utilisateur de l’herbicide, la France endossera aussi le rôle, assure le gouvernement, de premier opposant. Avec en ligne de mire l’échéance de 2022 qui doit voir la réhomologation du produit en Europe.
Il s’agit, dit-on dans l’entourage du ministre de l’agriculture, de « mettre en avant la démarche de la France avec un retrait d’autorisation du glyphosate quand une solution viable économiquement est identifiée ». Méthode censée réduire le recours à l’herbicide controversé. « Nous envisageons de [la] porter au niveau européen d’ici à 2022, ajoute-t-on rue de Varenne. Soit une interdiction du glyphosate sauf quand il n’y a pas de solution alternative viable économiquement. Pas d’interdiction généralisée, mais une démarche commune pour éviter les distorsions de concurrence. »
Conflits d’intérêts
Par le biais de son agence réglementaire, l’Anses, la France fait partie des quatre pays qui doivent procéder à la réévaluation européenne du glyphosate, aux côtés des Pays-Bas, de la Hongrie et de la Suède. La dernière expertise, en 2017, avait été conduite par l’Allemagne. Son intégrité avait été vivement mise en cause et aucun Etat membre n’a, cette fois, voulu endosser seul la responsabilité de cette mission. La France a été chargée d’évaluer les risques environnementaux du glyphosate, la question clé de la toxicité pour l’homme étant prise en charge par les Pays-Bas.
Cet aspect est crucial : un pesticide classé cancérogène, mutagène, reprotoxique ou perturbateur endocrinien, probable ou avéré, ne peut être autorisé en vertu du droit européen. Une contribution française à ce volet de l’expertise – pour trancher la controverse sur la cancérogénicité du glyphosate – était prévue. Mais elle a tourné court.Lire aussi Le glyphosate, « vrai poison » ou « faux sujet » ? Petit manuel pour comprendre le débat sur l’herbicide controversé
Saisie par le gouvernement en mars 2018 pour commanditer des études susceptibles de faire avancer la connaissance sur le sujet, l’Anses n’a pu réunir un consortium de laboratoires pour travailler sur la question : mi-juin, la révélation de conflits d’intérêts internes à la procédure d’appel d’offres a conduit à l’annulation du projet de recherche.
En attendant 2022, les ministres de l’agriculture, et de la transition écologique, Julien Denormandie et Barbara Pompili ont annoncé début novembre, une enveloppe de 7 millions d’euros pour accélérer la recherche d’alternatives au glyphosate. M. Denormandie met aussi en exergue les 135 millions d’euros du plan de relance destinés à l’achat d’agroéquipements (remplacement de pulvérisateurs, désherbage mécanique, etc.) et un crédit d’impôts pour les exploitations agricoles désireuses de décrocher la certification Haute Valeur environnementale (HVE).
Laurence Girard et Stéphane Foucart
Interdiction du glyphosate : trois ans plus tard, Emmanuel Macron n’a pas tenu sa promesse
Durée de lecture : 3 minutes27 novembre 2020
https://reporterre.net/Interdiction-du-glyphosate-trois-ans-plus-tard-Emmanuel-Macron-n-a-pas-tenu-sa-promesse

C’était il y a trois ans, jour pour jour. Emmanuel Macron tweetait son ambition d’enfin sortir du glyphosate, cet herbicide dangereux pour la santé humaine et l’environnement. «J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans», écrivait le président de la République, le 27 novembre 2017.
J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans. #MakeOurPlanetGreatAgain
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) November 27, 2017
Trois ans plus tard, l’échéance est arrivée et force est de constater que cette ambition a été enterrée. Une réunion interministérielle sur le sujet était prévue ce vendredi 27 novembre 2020 — en présence de Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, et Clément Beaune, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes. Réelle intention de rattraper le coup ou simple coup de com’? Les associations et ONG penchent plutôt pour la seconde option, puisque aucune décision n’a vraisemblablement été prise à l’issue de cette réunion.
Le gouvernement semble se reposer sur l’espoir que le glyphosate sera interdit par l’Union européenne. «Emmanuel Macron a beau promettre une interdiction du glyphosate au niveau européen, rien ne garantit que celle-ci sera actée par les 27 [pays de l’Union] en 2022, indique Suzanne Dalle, chargée de campagne agriculture pour Greenpeace France. Raison de plus pour la France d’avancer sur ce sujet et de respecter la promesse initiale du Président.»
Une promesse qui n’a jamais été inscrite dans la loi
En 2018, des députés avaient tenté d’inscrire cette interdiction dans la loi, notamment dans celle relative à l’Agriculture et l’alimentation. En vain : l’ensemble des amendements allant dans ce sens avaient été rejetés par la majorité présidentielle.
«Il n’y a pas besoin d’inscrire cela dans la loi, le gouvernement peut prendre la décision quand il le souhaite en suspendant l’Autorisation de mise sur le marché, arguait à l’époque à Reporterre le rapporteur du texte Jean-Baptiste Moreau. J’ai confiance en la parole du Président, il reste engagé sur les trois ans, le gouvernement veut le faire en convaincant les partenaires européens et en trouvant des solutions aux impasses techniques.»
L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un rapport, le 9 octobre 2020, pour définir quels sont les usages pour lesquels l’institution n’autorisera désormais plus la mise sur le marché des préparations à base de cet herbicide. Ce document montre que les situations dans lesquels le glyphosate pourra encore être épandu restent finalement nombreuses, et tout porte à croire que le gouvernement va inciter la mise en application des recommandations de ce rapport plutôt que d’enfin interdire le glyphosate.
Le 5 novembre, Julien Denormandie a annoncé que le gouvernement allait débloquer une enveloppe de sept millions d’euros pour accélérer la recherche sur les alternatives aux herbicides à base de glyphosate.
- Source : Reporterre
- Photo : Flickr (Chafer Machinery/CC BY 2.0)