Covid-19 : les soignants contaminés, entre contraintes et règles floues »

Libération constate que « depuis le début de l’épidémie en France, les hôpitaux n’ont reçu aucune directive du ministère de la Santé concernant le personnel infecté par le coronavirus, qui dans certains cas continue à venir travailler faute de remplaçants ».
Le journal relaie ainsi « un méli-mélo de témoignages à ne plus savoir où donner de la tête. Des expériences de soignants bien trop diverses qui laissent à croire que rien n’est simple face à cette question pourtant si limpide : quelles sont les consignes de conduite à tenir pour les personnels hospitaliers dès lors qu’ils sont concernés par une infection au Covid-19 ? ».
Sabine Valera, infirmière en réanimation à l’hôpital Nord de Marseille, observe : « Dans mon service, tout soignant positif est arrêté au moins une semaine et à la fin de ce délai, on refait un prélèvement. Tant que celui-ci n’est pas négatif, le soignant ne peut pas reprendre son poste, même s’il est asymptomatique ».
Alexandre Charly, infirmier au CHU de Saint-Etienne, note pour sa part : « Chez nous, les cas positifs et symptomatiques sont les seuls à s’arrêter, durant 7 jours. Les autres, pour beaucoup, continuent à travailler ».
Une infirmière grenobloise remarque quant à elle : « En réanimation, on appliquait à la rentrée les 7 jours d’arrêt obligatoires pour tous les positifs, même sans symptôme. Dans le même temps, dans le service des maladies infectieuses, les soignants positifs et peu ou pas symptomatiques n’étaient pas en arrêt ».
« Quand les cas Covid se sont enchaînés dans mon équipe début octobre, il a ensuite été décidé de laisser au travail les collègues positifs asymptomatiques. Et finalement, hier, j’ai lu un compte rendu de la réunion plan blanc de l’hôpital, dans lequel il est écrit qu’un soignant positif et sans symptôme doit forcément être volontaire pour rester à son poste… », poursuit-elle.
Libération observe ainsi que « depuis le début de la crise sanitaire, jamais la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) du ministère de la Santé n’a délivré de directive officielle sur le sujet ».
Un directeur d’hôpital de l’ouest de la France relève : « On nous dit qu’une instruction va être envoyée de façon imminente, mieux vaut tard que jamais. Il faut bien comprendre que ça fait 8 mois qu’on tâtonne sans qu’aucune consigne nationale ne soit complètement arrêtée ».
Le journal rappelle en effet que « pour l’heure, seul un avis du Haut Conseil de santé publique (HCSP), daté du 23 mai, émet des recommandations de «conduite à tenir vis-à-vis des professionnels selon leur statut vis-à-vis du Sars-Cov-2». […] Tout soignant symptomatique et asymptomatique doit faire l’objet d’une éviction de 7 jours minimum après résultat du test PCR ou le début de symptômes (ce délai doit aller «jusqu’à la disparition de la fièvre et l’amélioration de l’état respiratoire») ».
« Dans le cas singulier où «un personnel non remplaçable» serait atteint du Covid et asymptomatique, «la possibilité dégradée d’un maintien en poste avec un renforcement des mesures de précaution et d’hygiène est envisageable» », continue Libération.
Un directeur de CHU observe : « Ça ne me choque pas trop qu’une latitude nous soit laissée. Dès lors qu’on a épuisé les solutions de remplacement de soignants, c’est difficile de rester dans un régime d’exception. Avec notre groupe interne d’experts et notre cellule de crise, on a pris les décisions qui nous paraissaient les meilleures ».
Libération remarque que « l’enjeu des évictions est pourtant loin d’être anodine. Outre l’infection entre professionnels et la possibilité que certains d’entre eux contractent des formes graves, le HCSP écrit noir sur blanc que les soignants participent aux transmissions nosocomiales ».
Le journal livre cet exemple : « Au centre hospitalier de Condom, dans le Gers, l’histoire est vieille d’un mois, mais sa teneur fait date tant elle illustre l’épineuse situation des soignants contaminés par le Covid et ses conséquences ».
Le quotidien explique que « mi-octobre, le service de médecine générale a été contraint de fermer la moitié de sa vingtaine de lits après l’apparition d’un cluster en son sein. «C’est parti comme une traînée de poudre, relate Marie, infirmière. En 2 à 3 semaines, la quasi-totalité des patients du service, hospitalisés pour d’autres pathologies, ainsi qu’une quinzaine de professionnels, étaient déclarés positifs» ».
« Marie raconte que le personnel du service a maintenu son mode classique de fonctionnement, circulant d’une pièce à l’autre, Covid + ou non, «sans masques FFP2 pour les paramédicaux». Surtout, «il a été demandé à des soignants présentant des symptômes du Covid-19 de continuer à travailler, ce que des collègues ont fait en attendant le résultat du test, qui s’est avéré ensuite positif», narre l’infirmière. Une situation qui aurait favorisé, d’après elle, la prolifération incontrôlable des cas et entraîné l’amputation du service durant deux semaines », note Libération.
Le journal souligne que « l’avis du HCSP est pourtant très clair : tout professionnel présentant des signes cliniques évocateurs doit être écarté jusqu’au résultat, «sauf situation exceptionnelle, comme un médecin de garde seul dans un service». Marie dit aussi que «sous la pression», certains sont revenus une semaine plus tard alors qu’ils auraient eu besoin de s’arrêter plus longtemps au vu de leur état de santé encore instable. Là aussi, l’avis du HCSP n’est pas respecté ».
« L’ARS Occitanie se défend en dégainant un communiqué de presse du centre hospitalier de Condom, daté du 29 octobre et dans lequel il est écrit «qu’aucun professionnel positif n’a travaillé» et que les «mesures d’éviction de service et d’isolement ont été respectées» », poursuit le quotidien.Date de publication : 18 novembre 2020
Covid-19 : les soignants contaminés, entre contraintes et règles floues
Par Maïté Darnault, correspondante à Lyon , Anaïs Moran et Solange de Fréminville, correspondance à Montpellier — 17 novembre 2020 à 19:06

Depuis le début de l’épidémie en France, les hôpitaux n’ont reçu aucune directive du ministère de la Santé concernant le personnel infecté par le coronavirus, qui dans certains cas continue à venir travailler faute de remplaçants.
C’est un méli-mélo de témoignages à ne plus savoir où donner de la tête. Des expériences de soignants bien trop diverses qui laissent à croire que rien n’est simple face à cette question pourtant si limpide : quelles sont les consignes de conduite à tenir pour les personnels hospitaliers dès lors qu’ils sont concernés par une infection au Covid-19 ? «Dans mon service, tout soignant positif est arrêté au moins une semaine et à la fin de ce délai, on refait un prélèvement. Tant que celui-ci n’est pas négatif, le soignant ne peut pas reprendre son poste, même s’il est asymptomatique», expose Sabine Valera, infirmière en réanimation à l’hôpital Nord de Marseille. «Chez nous, les cas positifs et symptomatiques sont les seuls à s’arrêter, durant sept jours. Les autres, pour beaucoup, continuent à travailler», indique de son côté Alexandre Charly, infirmier détaché pour mandat syndical au CHU de Saint-Etienne. Une consœur grenobloise raconte que les instructions divergent même jusque dans les…
Libération réserve cet article à ses abonnés