Publié le 27/11/2020
Cause de la mort : Covid-19 ?

Paris, le vendredi 27 novembre 2020
– Les personnes déclarées comme mortes du Covid-19 étant le plus souvent atteints simultanément d’autres maladies, la question du bilan réel de l’épidémie se pose régulièrement.
Selon le dernier bilan officiel publié par Santé Publique France ce jeudi soir, 50 957 personnes sont décédées de la Covid-19 depuis le début de l’épidémie dans notre pays fin février. Mais un grand nombre de ces morts n’étaient pas uniquement affectés par la Covid-19 au moment de leur décès. Selon un rapport publié par le CDC américain le 26 août dernier, 94 % des personnes recensées comme mortes de la Covid-19 aux Etats-Unis étaient atteintes d’une autre maladie et ce taux devrait être a priori similaire en France.
Cette réalité conduit certains « rassuristes » à déclarer que le bilan « réel » de l’épidémie serait en réalité moindre, puisque de nombreuses personnes déclarées comme mortes de cette infection à coronavirus seraient en fait décédées d’une autre maladie. Leur mort ne serait donc pas la conséquence de l’épidémie. Qu’en est-il réellement ? Que recouvre ce bilan officiel de 50 000 morts ?
Mort Covid et mort du Covid
Sur les 50 000 décès officiels de l’épidémie, on doit d’abord distinguer entre les 35 000 survenus dans les hôpitaux et les 15 000 recensés dans les EPHAD et les EMS (établissements médico-sociaux). Pour les hôpitaux, ce chiffre a été obtenu grâce au système Si-vic (système d’information pour le suivi des victimes) qui recense tous les sujets hospitalisés dont le diagnostic de Covid-19 a été confirmé, soit via un test, soit via des signes évocateurs. Pour chacune de ces personnes, le système note également si ces patients sont décédées.
Problème : le système Si-vic est un outil administratif qui ne contient aucune information médicale. La cause du décès n’est donc pas indiquée. « Si-vic recense un patient Covid décédé, pas un patient décédé du Covid » résume un cadre d’une ARS. « Les décès sont notifiés sans critère d’imputabilité » reconnait de son côté la DGS. En théorie donc, même si cet écueil semble avoir été récemment résolu, Si-vic notera comme mort du Covid-19 un sujet décédé d’un accident de la route mais porteur du SARS-Cov-2.
Pour les EPHAD, où les morts sont recensés grâce au système Voozanoo, ce type de problème semble écarté puisque les décès dûs au Covid sont recensés « sur la base des informations données par les médecins » selon Pascal Champvert, président de l’association des directeurs de maisons de retraite.
Cependant, là aussi le nombre de décès a pu être surévalué. En effet, durant la première vague, en l’absence de test, de nombreux décès ont été enregistrés comme liés au Covid sur la foi d’un examen clinique ou de la présence d’un cluster dans l’établissement. Il est donc possible que, de façon marginale, « certains décès ont été à tort associés au Covid-19 » reconnait Santé Publique France.
Un bilan réel potentiellement supérieur au bilan officiel
Si le recensement des décès par Santé Publique France est imprécis, il faut donc se tourner vers le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDC) pour connaitre le bilan réel de l’épidémie. Ce département de l’Inserm étudie méticuleusement les certificats de décès et notamment leur volet médical dans laquelle le médecin indique la cause du décès. Pour la Covid, un premier tri est effectué pour écarter tous les cas où la Covid n’est en rien la cause du décès (le fameux accidenté de la route porteur du Sars-Cov-2). On obtient donc un nombre de morts du Covid « confirmés ou suspectés ». Un second tri permet ensuite de déterminer quel est, selon des critères établis par l’OMS, la « cause initiale du décès », afin de ne retenir que les personnes « réellement » mortes du Covid-19.
A première vue, on pourrait penser que ces calculs aboutiraient à un bilan réel inférieur au bilan officiel. Il n’en est rien. Selon le premier tri opéré par le CépiDC, on comptait pour la première vague 35 111 morts confirmés ou suspectés du Covid. Et si le second tri n’est pas encore achevé, il semble que dans 90 à 95 % des cas, la Covid soit la cause première du décès, ce qui aboutirait à un bilan final d’environ 32 000 morts. Plus donc que les 29 843 morts officiels de Santé Publique pour la première vague.
Retour de flamme pour les rassuristes
Comment expliquait que le bilan « réel » soit supérieur au bilan officiel, alors même que les techniques de recensement devraient conduire à une surévaluation de l’épidémie ? La première explication tient au fait que le CépiDC travaille sur l’ensemble des décès, tandis que Santé Publique ne recense que les morts dans les hôpitaux, les Ephad et les EMS, oubliant les morts à domicile. La seconde tient aux faiblesses du service Si-vic. Créé au moment des attentats de 2015, ce système n’est pas conçu pour gérer des épidémies touchant des dizaines de milliers de personnes. Plusieurs témoignages rapportent la lenteur du système et ses nombreux bugs et beaucoup d’hôpitaux ont mis plusieurs mois avant d’utiliser correctement Si-vic. Résultat, environ 10 % des décès dus au Covid dans les hôpitaux français seraient passés sous le radar.
On le voit, les « rassuristes » ont bien raison de dire que le bilan officiel ne correspond pas entièrement à la réalité. Mais contrairement à leurs suppositions, il semble que le bilan réel soit en réalité plus grave. Il faudra sans doute encore plusieurs mois voire années pour connaitre l’ampleur réel des conséquences de l’épidémie.
Nicolas Barbet