Sondage d’opinion auprès des 18-30 ans sur les questions sociétales: ils sont loin d’avoir assimilé la notion du vivre ensemble, de liberté de conscience de la laïcité, vue plutôt comme haine de la religion ou comme détestation des identités !


SONDAGE 26/11/2020

FRACTURES SOCIÉTALES : ENQUÊTE AUPRÈS DES 18-30 ANS

https://www.ifop.com/publication/fractures-societales-enquete-aupres-des-18-30-ans/

Près d’un mois après l’assassinat de Samuel Paty et alors que le projet de loi sur les séparatismes est examiné à l’assemblée nationale, Marianne a missionné l’IFOP pour réaliser un sondage d’opinion auprès des 18-30 ans. Cette enquête vise notamment à mieux comprendre le rapport entretenu par les jeunes à la question de la laïcité et à la religion. En voici les principaux enseignements.  

https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2020/11/117735-Résulats-Marianne.pdf

Les jeunes de 18 à 30 ans se définissent avant tout à travers leur appartenance à la nation française 

Les jeunes âgés de 18 à 30 ans se considèrent avant tout comme étant Français (76%) et ils sont moins d’un sur dix à s’identifier à travers le prisme de leur région (9%) ou de leur ville (9%). Enfin, l’auto-définition comme un habitant de son quartier (3%) ou un membre de sa communauté religieuse est ultra-minoritaire (3%). Sur ce point, nous observons néanmoins un clivage important entre les catholiques (2% et 5% pour les catholiques pratiquants) et les musulmans (17%).

Une situation jugée insatisfaisante autant concernant la lutte contre les actes racistes que concernant la délinquance et la lutte contre le terrorisme 

La question de la sécurité apparait comme assez prégnante au regard des résultats de cette enquête, avec respectivement trois quart et deux tiers des jeunes qui jugent la lutte contre la délinquance (74%) et contre le terrorisme (64%), insatisfaisante en France. La situation en matière de lutte contre le racisme en général (61%), les discriminations ethniques (61%) et les actes antisémites (56%) ou anti-musulmans (62% et 72% pour les jeunes musulmans) est également jugée problématique par une majorité de sondés.

Sur la question de l’égalité entre les hommes et les femmes, les jeunes se montrent plus partagés avec respectivement 46% qui la jugent satisfaisante et 54% insatisfaisante. Sur ce point, nous observons néanmoins un important clivage lié aux genre : l’égalité entre les sexes est jugée insatisfaisante par deux tiers des jeunes femmes (67%) contre 42% des jeunes hommes.

Enfin, les jeunes sont également très sensibles à la question de la lutte contre les inégalités sociales, estimant aussi très largement que la situation est insatisfaisante sur ce point (68%).

Islamophobie, violences policières ou encore patriarcat correspondent à une réalité pour une majorité de jeunes 

L’islamophobie est perçue comme étant une réalité par 61% des 18-30 ans et 74% des jeunes de confession musulmane. Ils ne sont à l’inverse qu’un quart à penser que cela correspond à des faits marginaux ou inexistants (22% et 17% des jeunes qui ne se prononcent pas). Ils estiment également majoritairement que les violences policières sont une réalité (60% contre 26% qui pensent qu’ils s’agit de faits marginaux ou inexistants).

Les notions de patriarcat (60%) et de plafond de verre (59%) sont également majoritairement perçues comme véridiques. Relevons par ailleurs, que les jeunes souscrivent davantage que leurs ainés à l’idée qu’il y aurait un « racisme d’Etat » (41% jugent cette notion véridique contre 30% des Français) ou un « privilège blanc » (41% contre 32% des Français).

Laïcité ouverte contre laïcité de combat : un clivage générationnel concernant le rapport à la religion 

L’attitude des 18-30 ans à l’égard de la religion diffère assez significativement de celle adoptée par les générations plus âgées. Ils sont ainsi significativement moins nombreux à juger que la laïcité est en danger en France (70% contre 87% pour l’ensemble de la population française). L’inquiétudes des jeunes à l’égard de l’islamisme est également moins marquée : ils ne sont que 60% à estimer que l’islamisme a déclaré la guerre à la France et à la République (contre 79% des Français). Plus globalement, signe d’une sacralisation du fait religieux, les trois quarts d’entre eux estiment qu’il faut respecter les religions afin de ne pas offenser les croyants (75%).

La définition donnée par les jeunes au principe de laïcité diffère assez sensiblement de celle évoquée par les générations plus âgées. Ils estiment ainsi avant tout que la laïcité consiste à mettre toutes les religions sur un pied d’égalité (34% contre 19% au sein de l’ensemble de la population française) et à l’inverse sont moins nombreux à penser qu’elle consiste à faire reculer l’influence de la religion dans notre société (13% contre 26%) ou à séparer les religions de la politique (21% contre 27%).

Les résultats de cette enquête mettent en exergue:

un clivage générationnel marqué au sein de la population française concernant le rapport à la religion. Les jeunes se montrent globalement beaucoup plus réticents à la critiquer, et sont ainsi un tiers à juger injustifié pour un professeur de montrer des caricatures en classe alors même que l’enquête a été réalisée dans le contexte de l’assassinat de Samuel Paty. Au cœur de ces sujets, c’est la question de la laïcité qui est la plus questionnée, d’ailleurs, ils estiment en premier lieu que le principe de laïcité devrait être de mettre toutes les religions sur un pied d’égalité, plutôt que de les combattre. A cet égard, la laïcité apparait pour une partie d’entre-deux davantage comme étant un « concept islamophobe » qu’un instrument de vivre ensemble garantissant la neutralité de l’Etat et la liberté de conscience.

Pierre-Henri Tavoillot: « Le scénario de la guerre des sexes est en train de s’imposer comme grille de lecture »

Société

Propos recueillis par Soazig Quéméner

Publié le 26/11/2020 à 12:29

https://www.marianne.net/politique/pierre-henri-tavoillot-le-scenario-de-la-guerre-des-sexes-est-en-train-de-simposer-comme-grille-de-lecture?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20201126&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiOGFhNDgzMzIwMWE0MDhlOGE1ZDc3NmFjMGI4NDRiYmMifQ%3D%3D

Le philosophe, créateur à la Sorbonne d’une formation de « référent laïcité » et co-auteur de « La guerre des générations aura-t-elle lieu? »* a accepté de commenter notre sondage.

Marianne :Sur les questions religieuses ou la laïcité, les 18-30 ans que nous avons interrogés semblent faire bande à part, voire même sécession par rapport à l’ensemble de la population. Qu’en pensez-vous ?  

Pierre-Henri Tavoillot : Je suis moins tranché sur le caractère générationnel de cette scission. Globalement, les repères sur la laïcité sont devenus confus, opaques, toutes générations confondues et il y a effectivement un effort de clarification à faire. Surtout en direction des jeunes car il y a structurellement chez eux une sorte d’idéologie spontanée de la tolérance, du droit à la différence, de l’individualisme. Ils ne voient pas que cela peut faire lit du communautarisme, de la différence des droits. Avec par ailleurs, de très grandes confusions sur ce qu’est la religion. Ce n’est pas un problème de génération, c’est un problème de jeunesse : on rentre dans la vie, les repères font défaut. Il faut être vigilant sur le fait de ne pas reprocher à la jeunesse d’être la jeunesse. Ne pas avoir les idées claires, c’est le lot des jeunes depuis les origines. Moi, ce sont les adultes, les professeurs en formation qui m’inquiètent : alors là, oui, je tremble !

Mais n’est-ce pas une génération qui devrait être très au fait de ces questions ? Les personnes que nous avons interrogées avaient entre 13 et 25 ans en 2015, année des attentats de Charlie et du Bataclan… 

Aujourd’hui, il y a une saturation d’information et c’est d’autant plus difficile d’avoir les idées claires. Etre très informé, au bon sens du terme, cela veut dire avoir les grilles de lecture pour comprendre l’actualité. Sinon on part dans tous les sens. La surinformation produit la confusion et la tentation de schéma binaires. Aujourd’hui, la laïcité française est prise en étau entre l’islamisme, d’une part, et d’autre part, le multiculturalisme américain. Et on peut lire des articles presque tout aussi critiques dans la presse américaine que dans la presse pakistanaise. Elle est vue ici comme haine de la religion et là comme détestation des identités, alors qu’elle est ce qui permet d’éviter toute forme de soumission fanatique, communautaire ou identitaire. Il y a un gros travail devant nous pour le rappeler.

On note d’ailleurs des écarts assez importants entre les réponses des 18-20 ans et celles des 25 -30 ans…

Oui, on est toujours tenté de voir des clivages générationnels au fil des âges de la vie ! Attention, je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas être vigilant sur un certain nombre de discours qui émergent. Je suis par exemple assez frappé par le fait que, dans les réponses de votre sondage, l’islamophobie en France apparaît comme plus grave que l’antisémitisme. Or on sait qu’aujourd’hui, les actes anti-chrétiens et antisémites, les actes violents, sont infiniment plus importants que les actes contre l’islam. De ce point de vue là, il y a un vrai déficit d’information qui tend à considérer que la violence se produit aujourd’hui spécifiquement contre les musulmans. Ce qui est une erreur totale. Les attentats n’ont pas produit de réaction de haine de l’islam en France. Il y a, en France, des mouvements de secession ou d’ « archipellisation » (comme dit J. Fourquet), mais qui sont plus géographiques que générationnels.

46 % des personnes que nous avons interrogées disent comprendre les femmes qui déclarent détester les hommes. Et par ailleurs nous avons des écarts très importants entre les réponses apportées par les femmes et les hommes. Qu’en pensez-vous ?

C’est un sujet de vigilance particulier. Il me semble effectivement que le scénario de la guerre des sexes est en train de s’imposer comme grille de lecture. C’est pourtant une erreur totale au plan de la description objective de la société, où le schéma oppresseur/opprimée n’a jamais eu aussi peu de réalité qu’aujourd’hui. Le patriarcat est mort dans les textes (de loi) et moribond dans les têtes. Dans mon dernier livre, je parle des quatre guerres imaginaires avec lesquelles on croit expliquer la société : la lutte des classes, la lutte des races, la lutte des sexes et des générations. Il me semble que ces quatre guerres sont totalement illusoires. Jamais les choses ne se sont si bien passées dans ces quatre domaines, mais dans un monde complexe, sur-informé, où les grilles de lecture font défaut, on se raccroche à ces 4 scénarios car ils sont simples et ils nous donnent l’illusion de comprendre le monde : d’un côté, les gentils ; de l’autre, les méchants ! Le binaire nous rassure et nous donne l’impression d’agir. Pour le coup, le rôle des adultes responsables – et non pas des intellos qui jouent la carte de la démagogie et de l’indignation -, est vraiment de démonter ces 4 scénarios qui sont obscurcissants. Le scénario de la guerre des sexes est celui dont la montée m’inquiète le plus, car il va introduire des effets délétères : la solitude absolue des individus. La défiance à l’égard de l’autre sexe va engendrer des situations tragiques et l’incapacité de vivre avec l’autre au quotidien : bref, l’inaptitude à savoir aimer.

*Calmann-Lévy

Sondage exclusif – Religion, caricatures, genre… Les jeunes en rupture avec le reste de la population française

Fractures

Par Soazig Quéméner

Publié le 26/11/2020 à 12:00

https://www.marianne.net/societe/education/sondage-exclusif-religion-caricatures-genre-les-jeunes-en-rupture-avec-le-reste-de-la-population-francaise

Sondage exclusif - Religion, caricatures, genre… Les jeunes en rupture avec le reste de la population française

Notre étude Ifop montre à quel point les 18-30 ans sont en décalage avec le reste de la société sur toute une série de sujets pourtant essentiels. Elle révèle aussi les profondes fractures qui traversent cette classe d’âge, avec un fossé qui se creuse inexorablement entre les sexes.

Ils avaient entre 13 et 25 ans au moment des attentats de Charlie Hebdoet de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, il y a cinq ans. Cette funeste année 2015, l’onde de choc du massacre du Bataclan et des assassinats sur les terrasses parisiennes traversait la France entière. Ce sont également eux qui paient le prix fort de la crise sanitaire qui vient percuter leurs études ou leurs premiers pas dans la vie active. Que pensent-ils aujourd’hui ? Notre partenaire l’Ifop a constitué un large panel, 1 006 jeunes représentatifs de la population française âgés de 18 à 30 ans et questionnés du 13 au 18 novembre. Nous avons interrogé ces adultes encore en construction sur toute une série de sujets : leur vision de la religion, de l’égalité entre les hommes et les femmes, de la discrimination, de la lutte contre les inégalités sociales…

Notre enquête met au jour un décalage béant avec le reste de la population sur la question de la laïcité et de la manière d’appréhender le fait religieux. Elle montre aussi à quel point cette classe d’âge est parcourue de profondes lézardes, dont une, principale, qui sépare les femmes et les hommes. Et enfin, elle dévoile, et ce sera un sujet de premier plan pour les candidats à la prochaine présidentielle, à quel point les 18-30 ans sont autant d’individus profondément insatisfaits du fonctionnement de la société.

LAÏCITÉ

La grande confusion

Sondage : malgré leur optimisme, les jeunes se vivent comme une « génération sacrifiée »

 11h19, le 12 octobre 2020

De nombreux jeunes ont l'impression d'appartenir à une génération sacrifiée. Photo d'illustration.
De nombreux jeunes ont l’impression d’appartenir à une génération sacrifiée. Photo d’illustration. © AFP

https://www.europe1.fr/societe/coronavirus-les-jeunes-se-vivent-comme-une-generation-sacrifiee-3997959

Dans un sondage IFOP pour Europe 1 et « La Tribune », trois quarts des jeunes interrogés considèrent qu’il est désormais difficile d’avoir une vie sociale. « Une part importante de segments de la population jeune se dit inquiète et pessimiste », explique Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l’IFOP.

Pour de nombreux jeunes, l’épidémie de coronavirus et ses conséquences devraient laisser des traces. Selon un sondage IFOP pour Europe 1 et La Tribune, 62% des jeunes se disent optimistes en pensant à l’avenir, mais une large partie d’entre eux ont le sentiment que la crise actuelle bouleverse en profondeur leur mode de vie. « Ils se vivent complètement comme une génération sacrifiée », explique à Europe 1 Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l’institut de sondage. 

>> EN DIRECT – Coronavirus : suivez en direct l’évolution de la situation lundi 12 octobre

62% des 18-29 ans « se disent optimistes en pensant à l’avenir. C’est beaucoup, majoritaire, plus que l’ensemble des Français », indique certes le sondeur. Mais, précise-t-il aussitôt, « la jeunesse n’est pas d’un bloc ». 

« Une part importante de la jeunesse vit mal la période actuelle »

Ainsi, détaille Frédéric Dabi, « il y a une part importante de segments de la population jeune qui se dit inquiète et pessimiste », notamment « les femmes, les 25-29 ans, la génération de l’insertion qui justement peine à s’insérer du fait des conséquences économique de la crise ». 

« On voit très bien, au-delà de cet optimisme, que l’enquête révèle les ravages de la pandémie, la période que la France vit, sur l’état d’esprit des jeunes qui se vivent complètement comme une génération sacrifiée », poursuit Frédéric Dabi, citant plusieurs résultats parlants du sondage. 

« Les 3/4 des jeunes considèrent qu’il est désormais difficile d’avoir une vie sociale », tandis que « 2/3 se déclarent injustement accusés d’être responsables de la reprise de l’épidémie », détaille le directeur général adjoint de l’IFOP. Et s’il existe un optimiste indéniable, « une part importante de la jeunesse vit mal la période actuelle ». 

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La préoccupation écologique « un peu érodée »

Par ailleurs, le sondage montre que si les jeunes restent parmi les plus concernés par la question écologique, cette tendance se voit modifiée par la crise actuelle. « La préoccupation environnementale reste forte chez les jeunes », assure Frédéric Dabi. Mais, note-t-il « le contexte de crise qui touche une partie de cette jeunesse, notamment les 25-29 ans, fait que dans une alternative transition écologique versus favoriser à tout prix la reprise économique, désormais les jeunes citent d’avantage l’idée qu’il faut favoriser la reprise économique, le soutien à l’emploi, le pouvoir d’achat ». La question « reste centrale, mais un peu érodée dans ce contexte de crise et de chômage à venir », conclut-il.

Par Antoine Terrel

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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